Apathie, Bourdin et quelques autres : la valse des pantins

Publié le 6 juin 2014 - par - 3 182 vues
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bourdinDeux superbes exercices de style, quasiment simultanés, sur nos radios dites de grande écoute. Au sud, Monte Carlo où officie (de Paris, rassurons-nous) l' »Homme Libre », Jean-Jacques Bourdin, seul contre tous ou seul pour tous, tant on ne sait jamais dans quelle direction iront ses flèches du jour. La Vérité pour dogme et la dure condition du chasseur solitaire pour compagne. Une nature !

Au nord, Luxembourg (de Paris aussi, eh, ho !) où Jean-Michel Apathie passe une partie de son temps à désosser la volaille commise à une humeur dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle change, tel le ciel francilien, de l’orage au grand beau en passant par l’arc-en-ciel, le tout en quelques secondes et en fonction du poulet à occire. Ou à caresser dans le sens de la plume. On est l’écrivain que l’on peut.

Bourdin vs Christian Jacob. Il a dû se lever un peu paresseusement ce matin-là, le chef de la décomposition finale du gaullisme. Pas trop envie d’aller au turbin. c’est qu’on va lui poser des questions sur son ami Copé. Bingo : ça déferle velu, comme eut dit l’ami Lino.

http://www.bfmtv.com/video/bfmtv/bourdin-direct/bourdin-direct-christian-jacob-04-06-201823/

Le fauve a repéré le bouc imprudemment éloigné de la bergerie. Il se rue sur la bête, tous crocs dehors, c’est de la peinture animalière 19è siècle, la viande est offerte, l’hallali autorisé, la pupille se dilate, ça grogne, aboie, déchire, écartèle, fouille la carne, sans recul ni merci. Une boucherie, du sang sur les babines et le caprin qui résiste, rue et donne de la corne mais serré de toute façon, acculé, sauvé in extremis par le dompteur invisible qui décide la fin de la curée.

Apathie vs Cambadelis. Le félin capable d’appliquer à une Le Pen, à un Guaino, à un Dupont-Aignan le traitement de la fièvre maligne par la saignée massive, a rentré ses griffes. Il ronronne, câlin, s’étire, baille et semble même susceptible de s’endormir, bercé par un zéphyr de tropique. L’absolue loufoquerie d’une Région allant d’Orléans à Royan lui fait vaguement soulever une paupière. La sieste entre congénères, à huit heures du matin.

http://www.rtl.fr/emission/l-invite-de-rtl/ecouter/jean-christophe-cambadelis-veut-mener-campagne-en-faveur-du-droit-de-vote-des-etrangers-7772432665

Deux grands moments de radiophonie sous contrôle de la pensée dominante, une mise en perspective de quelques concepts pour étudiants en journalisme : choix du sujet et de méthode d’analyse, stratégie de démolition d’une friche politique ou de secours aux noyés par crue majeure, adoption d’un ton, ici féroce, là cauteleux, masques et bergamasques, et le payeur, derrière la vitre du studio, qui exige du résultat concret : la mise à mort ou la perfusion salvatrice. Cela s’appelle liberté de la presse en France, en l’an 2014.

Tout en devient comique. On n’est pas au journal mais au cirque. Ah, comme l’on aimerait l’union sacrée de ces talents visant enfin la vraie bonne cible de l’époque. Bien au-delà des chasses à courre et des agonies de bêtes antédiluviennes. Je veux parler de la guerre intérieure désormais prête à se répandre à l’intérieur de la France après un détour par la Syrie. Comme il serait plaisant d’entendre nos deux voix autorisées (par qui au fait ?) harcelant sur le même ton, comme elles le font de leur gibier ordinaire, les grands silencieux que sont nos recteurs, imams, pisse-copies du Prophète, agents de liaison (bien Français ceux-là) avec l’étranger et autres égéries de pédiluves protégeant, cheveux au vent, la mise sous séquestre voilé d’une génération entière de leurs propres filles.

Oui, comme on aimerait voir nos preux-sicaires qui refusent, le rose aux joues et parce qu’il ne faut pas désespérer le petit blanc sous-chien, de révéler leurs salaires, désosser une bonne fois pour toutes les coqs et coquelets en Kami ou en costume-cravate, glabres ou barbus mais tous la bosse frontale bien visible, de la basse-cour mahométane. Je me mets à la place de ceux-là, qui doivent plutôt se marrer, privilégiés du premier rang, au spectacle débilitant de la classe politique française. Eux, les malins, les habiles boutiquiers de bazar oriental actuellement occupés à confesser, par pur souci tactique, leur « désarroi » face à la montée d’un péril qu’ils couvent, discrets, attentifs, calendrier en main, depuis maintenant près d’un demi-siècle. Je rêve, c’est vrai, de la réunion ouverte de ces hypocrisies croisées pour le grand déballage public.

Je rêve, c’est mon droit. Le problème étant que les intérêts des uns et des autres étant aussi mêlés que leur discours, c’est ailleurs qu’il faudra trouver les micros, les cameras et le logiciel d’imprimerie susceptibles d’éclairer le peuple sur le seul authentique défi dont on lui cache, de plus en plus difficilement et c’est heureux, l’urgence et la gravité.

Alain Dubos

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