Après Durban 2, nouvelle mission pour Caroline Fourest : sauver l'Europe

Nous avons pris connaissance du dernier article de Caroline Fourest, paru dans « Le Monde ». C’est surprenant de la voir s’exprimer sur cette question. En 2005, en plein débat sur le TCE, elle était resté prudemment aux abris, pendant que nombre de laïques démontraient le caractère anglo-saxon de la constitution, et comment certains articles (I-70, II-52) remettaient en cause le modèle français, en réintroduisant les Eglises dans le jeu politique, et en prônant la liberté religieuse dans tous les pans de la société. Nous n’avons pas oublié non plus, dans cette période, les insultes de Philippe Val contre tous ceux qui s’opposaient à la ratification du traité.
Caroline s’exprime donc pour la première fois sur l’Europe, après avoir encouragé la France à participer à la mascarade de Durban 2. Dans ce texte, elle se lance dans un vibrant plaidoyer pour une Europe de gauche, qui serait une alternative à celle de Barroso. Elle brandit la menace du protectionnisme et de ce qu’elle appelle les « égoïsmes nationaux ». Surtout, elle montre son appréhension devant une forte abstention, et appelle au vote. Est-ce méchant de dire qu’elle vole au secours de l’UMPS, et reprend tous leurs arguments fédéralistes ?
Certes, le style est moins agressif que celui de Val, mais le fond est exactement le même. Certaines rumeurs nous disent que Caroline pourrait prendre des responsabilités beaucoup plus importantes à Charlie Hebdo, suite au départ de son patron à Radio France. A la lecture du texte ci-dessous, que nous allons commenter, chacun pourra constater que sur le fond, rien ne change : qui n’est pas européiste est suspecté de tourner vers la xénophobie, voire vers l’égoïsme national !
[http://www.lemonde.fr/elections-europeennes/article/2009/05/15/l-europe-doit-changer-de-mecanicien_1193528_1168667.html->http://www.lemonde.fr/elections-europeennes/article/2009/05/15/l-europe-doit-changer-de-mecanicien_1193528_1168667.html

COMMENTAIRES SUR L’ARTICLE DE CAROLINE FOUREST

L’Europe doit changer de mécanicien
Une très courte majorité de Français s’intéresse aux élections européennes du 7 juin. Elles comptent pourtant parmi les plus importantes de ces dernières années. Si l’Europe ne parvient pas à passionner en pleine crise économique, elle ne le fera jamais. Si l’Europe n’en profite pas pour devenir une force politique capable de juguler l’économie, elle sera submergée par les égoïsmes nationaux, au mieux protectionnistes, au pire xénophobes. Ce n’est pas un destin, c’est la mort assurée.
Riposte Laïque : L’introduction de Caroline vaut déjà son pesant d’or. Nous apprenons que ces élections seraient parmi les plus importantes de ces dernières années… Ah bon ? Caroline se ferait-elle le relais des publicités grotesques de l’Union européenne – qui nous coûte 100.000 euros – montrant une adolescente hystérique qui hurle, pour montrer qu’elle a peur, et un coureur cycliste qui sort du peloton pour aller voter ? Donc, selon la rédactrice du « Monde », cela ne peut être que l’Europe qui nous sorte de la crise dans laquelle la politique qu’elle défend nous a plongés. Cocasse. Et immédiatement, la menace et la stigmatisation tombent : si vous n’aidez pas l’Europe, celle-ci sera submergée par le protectionnisme… et pire la xénophobie. Remarquons l’amalgame entre les deux, dans la plus pure tradition du terrorisme intellectuel dans lequel excellent tous les européistes. Remarquons que pas une seule fois Caroline n’envisage possible de discuter de la souveraineté des Etats-nations, et de leur libre coopération.
L’échec du taux de participation à ces élections serait bien plus grave que l’échec du référendum sur le traité européen. La critique, c’est déjà un dialogue. La mobilisation en faveur du non fut le signe qu’un nombre plus important de citoyens s’intéressaient enfin à l’Europe. Non plus seulement à la construction européenne mais à la direction que devait prendre le train européen.
Riposte Laïque : Remarquons déjà que Caroline considère que la victoire du « non » au référendum a été un échec grave ! Donc, elle joue de la peur pour convaincre les électeurs qu’il faut absolument voter. Elle ne voit pas dans le « non » un refus de cette Europe, mais seulement une marque d’intérêt ! Bref, à la lire, même les partisans du « non » veulent quand même une Europe, mais différente. Ah bon ?
Il fallait en passer par cette tempête pour que l’Europe se démocratise. Le débat, la houle et le chahut sont nécessaires pour donner de la chair aux entreprises collectives. Il en faudra bien plus encore pour que les peuples s’approprient l’utopie européenne.
Riposte Laïque : Amen ! Souffrons d’abord, continuons à recevoir des coups de fouet, mettons du sel sur les plaies, mais la récompense sera au bout de nos efforts…
Encore faut-il se battre pour de vrais enjeux. En descendant dans l’arène de la consultation populaire pour un traité aussi indigeste, l’Europe a pris le risque du rendez-vous manqué. Difficilement déchiffrable par les non-initiés, la feuille de route proposée donnait le sentiment de mener vers un trafic dérégulé, où le conducteur vous demande de signer une assurance-voyage sans vous révéler la station d’arrivée. Seule une poignée de voyageurs voulaient réellement descendre du train. La plupart souhaitaient profiter de l’ultime possibilité de tirer sur le signal d’alarme pour exiger une pause, le temps de clarifier le trajet. Au risque de priver momentanément le train de conducteur. Les partisans du oui ont fait le pari inverse. Seule une poignée d’entre eux adhérait à l’idée d’une Europe consacrant la libre concurrence. La plupart souhaitaient, au contraire, se doter d’un conducteur européen pour pouvoir négocier avec lui de la direction et de l’organisation du trafic.
Riposte Laïque : La première phrase est fabuleuse, relisez-là bien : on n’est vraiment pas loin de Strauss-Kahn disant : « Il y a eu, dans cette affaire, deux grosses conneries. La nôtre de demander un référendum, et celle de Chirac de nous dire oui ». Le vote « non » est un rendez-vous manqué. Intéressant, pour quelqu’un qui prétend parler au nom des classes populaires. Quand les Français, Hollandais et Irlandais votent « non », c’est forcément un rendez-vous manqué. Mais quand les parlementaires votent oui, sans mandat de leur peuple, c’est donc un rendez-vous réussi ? Ensuite, la deuxième phrase exprime tout le mépris des élites pour le peuple. Nous n’aurions pas voté « non » parce que nous ne voulions pas de l’Europe de la concurrence libre et non faussée, nous aurions voté non parce que ce texte était totalement incompréhensible. Bref, les électeurs sont un peu bêtes, et ceux qui écrivent les textes n’en tiennent pas compte ! Et bien évidemment, Caroline, rejoignant d’ailleurs la plupart des défenseurs du non de gauche, ne peut envisager d’autres solutions que le mot d’ordre des bien-pensants : « non à cette Europe, oui à une autre Europe ».
Aucun des deux n’avait tort ou raison. Le référendum ne posait pas en soi une question de direction mais de mécanique. Depuis, grâce au traité de Lisbonne, le train a été bricolé pour passer en force le barrage populaire. Qu’on soit pour ou contre la composition de ce nouveau moteur, ce n’est pas une raison pour se désintéresser de l’aiguillage qui vient, le 7 juin prochain.
Riposte Laïque : Le numéro préféré de la centriste. Je me mets au milieu, et je renvoie tout le monde dos-à-dos. Le coup du « ni-ni » de Mitterrand. Le coup du « non aux intégristes religieux, non aux intégristes laïques ». Remarquons que le fait d’avoir contourné le vote populaire du 29 mai 2005 par le traité de Lisbonne ne pose aucun problème à celle qui suspecte souvent Sarkozy de dérive anti-démocratique. Son message : votez quand même le 7 juin prochain.
On a souvent cherché le plan B des partisans du non. Le plan B, c’est maintenant. Ceux qui ont voté non pour s’abstenir à cette élection auront simplement contribué à casser le train, à faire qu’il continue sur ses rails, dans la même direction, mais avec moins d’énergie et un moteur mal bricolé. Ceux qui ont voté oui doivent saisir cette occasion de le rediriger. Car les deux ont maintenant l’occasion de choisir les hommes chargés d’aiguiller l’Europe vers plus ou moins de régulation et de coordination.
Riposte Laïque : Remarquez la façon élégante de chercher à discréditer les partisans du « non », qui n’auraient pas fourni de plan B. Les exemples de l’experte es-chemins de fer vont tous dans le même sens, et se veulent rassurants : l’Europe aurait compris le message, et on s’oriente vers la régulation et la coordination. Ah bon ? Après nous avoir expliqué le coup qu’il ne fallait pas déserter Durban 2, Caroline tente de nous convaincre qu’il ne faut pas déserter le vote européen. Si c’est pour avoir les mêmes résultats….
L’Europe saura-t-elle devenir cet espace politique permettant aux nations (les vrais conducteurs) de résister ensemble – et non en ordre dispersé – face à la crise ? La réponse ne sera pas la même si l’Assemblée européenne continue d’être majoritairement à droite ou si elle passe à gauche.
Riposte Laïque : Nous y voilà, il fallait le dire, Caroline, il faut donc envoyer les européistes du PS, plutôt que les européistes de l’UMP, à Bruxelles ! Mais là, aussi sympathique soit-elle, elle nous prend doublement pour des imbéciles. D’abord, en parlant des nations, qui seraient les véritables conducteurs. Les nations n’ont plus beaucoup de prérogatives, et 80 % des lois sont votées à Bruxelles. Ensuite, en nous faisant le coup du « bon choix », comme aurait Giscard d’Estaing, elle oublie juste de nous dire que 97 % des lois sont votées conjointement par le PS et l’UMP, ce que nous appelons, nous autres souverainistes mécréants, l’UMPS.
L’enjeu serait plus clair si la gauche européenne avait su s’entendre pour présenter une alternative incarnée à la politique de José Manuel Barroso. A défaut, la droite française a le champ libre pour nationaliser l’enjeu. Elle se remémore les bons moments de la présidence française de l’Union. Comme s’il fallait voter pour que Nicolas Sarkozy ait le droit de faire une seconde présidence européenne !
Riposte Laïque : Là encore, Caroline nous prend pour des imbéciles. Rappelons lui qu’en 1997, jusqu’à l’an 2000, onze des quinze pays européens sont dirigés par les sociaux-démocrates, et qu’ils sont présents dans deux autres gouvernements. Et qu’il est facile de taper sur Sarkozy, qui, à la tête de l’Union européenne, n’a pas été ridicule, après lui avoir servi la soupe pour Durban 2.
L’enjeu n’est pas là. Il ne s’agit pas de choisir la prochaine nation qui présidera l’Europe. Mais de savoir si l’Europe va enfin congédier la majorité qui freine l’Europe politique depuis tant d’années.
Riposte Laïque : Quels propos politiciens ! La majorité qui a privé les nations de souveraineté, qui veut briser les services publics, qui se montre incapable de protéger le marché européen, qui joue de la concurrence intra et extra-européenne pour tirer les salaires vers le bas, qui veut marchandiser toutes les activités humaines, c’est l’UMPS. La majorité qui s’oppose à toute harmonie sociale depuis des années, c’est l’UMPS. Et la majorité qui se partage l’Europe, et marche main dans la main, c’est l’UMPS. Donc, soit Caroline est mal informée, soit elle est en service commandée pour sauver le soldat Aubry, et les postes de députés du PS. On s’étonne surtout de ne pas trouver un mot sur la laïcité, dans ce texte. Il est vrai que dire qu’il faut voter socialiste aux européennes pour défendre notre modèle laïque et républicain est une acrobatie supplémentaire, et peut-être était-elle celle de trop pour Caro !
Martine Chapouton
Je recommande à Caroline Fourest ce coup de gueule d’un député européen :
[http://www.youtube.com/watch?v=wYLiEhCC4yI->http://www.youtube.com/watch?v=wYLiEhCC4yI ]
Et je lui recommande la lecture de ce texte, paru sur l’excellent site L’Observatoire de l’Europe

Droite et gauche ont un vote identique dans 97% des cas, selon une étude

Le PS de Madame Aubry tape sur l’UMP de Monsieur Sarkozy qui tape sur le PS de Madame Aubry et ainsi de suite, avec au milieu Monsieur Bayrou qui se présente comme l’antisystème bien qu’il en soit l’épicentre.
Une élection approche, on rejoue donc la partition gauche-droite-gauche-droite qui rassure l’électorat de chacun sur l’identité de l’ennemi. Mais il s’agit cette fois de l’élection européenne. Que se passe-t-il vraiment dans l’hémicycle européen une fois que droite et gauche ont fini leurs chamailleries électorales ?
Une étude à paraître (Observatoire de l’Europe) portant sur le sens des votes des groupes politiques au Parlement européen pourrait faire grand bruit, au moment où fusent les critiques tant du côté du Front de gauche que de celui de Philippe de Villiers contre les « arrangements et collusions de toujours » entre les grands partis qui siègent au Parlement européen depuis 1979. Jusqu’ici, personne ne s’était livré au fastidieux travail de recension des votes de chaque groupe puis à leur comparaison.
L’étude à venir porte sur l’année 2008 et fait apparaître que le groupe du PPE-DE, majoritaire, qui rassemble les partis de centre-droit en Europe (dont l’UMP pour la France) et le groupe PSE (socialistes) ont voté dans le même sens sur 97 % des votes par appel nominal (rapports, résolutions) examinés par le Parlement européen. Un score digne de la Douma de l’ex Union soviétique.
Sur 535 votes par appel nominal (votes électroniques, les seuls qui soient enregistrés et donc traçables), les groupes PPE et PSE n’ont voté différemment que dans 18 cas. Et sur ces 18 votes par appel nominal où ils ont divergé, ça n’était pas forcément pour s’opposer puisque l’un des deux groupes a choisi l’abstention 8 fois. C’est-à-dire que droite et gauche au Parlement européen ne se sont opposées que dans 10 cas sur 535 votes.
Sur ces dix votes qui les ont vus s’opposer, un seul était un texte de nature législative. La convergence des votes du PPE et du PSE exprimés en pourcentages est donc de 97 %. Constatant déjà la convergence de leurs politiques au plan national, l’historien Max Gallo avait un jour résumé en disant qu’« ils se chamaillent sur le perron pour faire oublier qu’ils se partagent la maison ».
Le fait est qu’ils soutiennent constamment les mêmes traités et aujourd’hui le même M. Barroso pour un nouveau mandat à la tête de la Commission.
par l’Observatoire de l’Europe
http://www.observatoiredeleurope.com/

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