Après l'affaire Strauss-Kahn, qui nettoiera les écuries d'Augias ?

Sur l’affaire DSK, les récents articles de Cyrano, de Christine Tasin, de Chantal Crabère et de Jérôme Cortier ont excellemment dit, chacun à sa façon, ce qu’il fallait en penser. Je voudrais juste ajouter mon grain de sel sur un point peu évoqué.
La réaction « sidérée » de toute la classe politico-médiatique française, à quelques rares exceptions près, révèle deux maladies bien de chez nous :
1 – D’abord l’épouvante qui a saisi nos zélites à la vue de la brutalité du système judiciaire américain est une belle tartufferie puisque, depuis des lustres, nos télés nous abreuvent de séries américaines toutes plus édifiantes les unes que les autres. Même si la fiction est très exagérée pour gonfler l’Audimat, les flics qui tirent sur tout ce qui bouge en hurlant, les suspects menottés complaisamment exhibés devant les caméras, les cautions extravagantes, les flics ripoux, les juges clientélistes, les procureurs corrompus, tout cela nous est constamment montré et remontré dans les séries, au point qu’on finit par se demander si le système judiciaire américain n’est pas plus barbare que le crime qu’il est supposé combattre. Ça ne peut pas être une découverte pour nos zélites qui, si elles ne regardent pas la télé, doivent bien voyager de temps en temps.
De plus, notre actuel Président, fasciné comme on sait par l’Amérique, n’a eu de cesse d’injecter des bouts d’Amérique dans la France, notamment des bouts de justice américaine dans la justice française, au point que celle-ci, tiraillée entre deux systèmes contradictoires, est de plus en plus incohérente. Que voulait donc Sarkozy sinon faire en sorte que la justice française ressemble à cette justice américaine qu’il adorait encore hier mais qui fait peur à tout le monde aujourd’hui ? Il est vrai que l’adoration béate finit toujours par se fracasser sur la réalité ; qu’on se souvienne du temps pas si lointain où Sarkozy vantait le crédit hypothécaire, décalque des « subprimes » à l’origine du désastre financier que l’on sait.
La réaction indignée des zélites vient en réalité de ce qu’ils considèrent l’arrestation de DSK comme un crime de lèse-majesté contre un membre de leur oligarchie intouchable, un éminent socialiste mondialisé, un puissant devant lequel on s’incline (surtout une bonniche !), un grand parmi les grands et qui tutoie ses pairs, le patron du FMI et le prochain Roi de France ; je m’étonne d’ailleurs qu’aucun de ces anges de vertu outragée n’ait songé à réclamer le report de l’élection française !
2 – Après la tartufferie vient l’embarras car ce n’est pas en France que de telles choses arriveraient ! Non, en effet, chez nous l’affaire aurait été, au nom du respect de la vie privée ou de quelque autre grand principe équivalent, promptement et discrètement étouffée comme bien d’autres avant elle ; l’opinion n’en aurait jamais rien su et on aurait continué à lui marteler matin, midi et soir que DSK était le roi qu’elle désirait, qu’elle voulait, qu’elle réclamait.
Malheureusement, le spectacle humiliant de DSK arrêté comme un vulgaire dealer fait exploser cette belle image et montre crûment le délabrement de notre État entièrement soumis aux turpitudes des zélites ; la connivence généralisée entre politiques, journalistes, financiers, intellectuels ; l’entière soumission de la justice aux intérêts des puissants du moment. Comparé à l’Amérique, notre pays a vraiment l’air d’une république bananière dirigée par une mafia.
Cette affaire DSK est un nouveau « séisme » comme l’avait été celui du
21 avril 2002 ; mais on sait que la gauche n’a tiré aucune leçon de celui-ci, se limitant à rabâcher, comme un disque rayé, ses incantations propitiatoires ; celui qui vient de se produire sera bien plus dévastateur parce qu’en abattant la personnalité de gauche préférée de la droite, il frappe le cœur même du système politique français : l’intime collusion de la gauche vertueuse et de la droite affairiste.
Alors, qui nettoiera les écuries d’Augias ?
Michel Tonarelli

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