Après le Mur des Cons, comment croire à une justice capable d’abriter de tels magistrats ?

Publié le 26 avril 2013 - par - 1 725 vues
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À cet instant où la bêtise d’une faction censée servir le citoyen à travers la Loi qui le protège, poignarde dans le dos des gens de toutes sortes qui faisaient peut-être encore confiance à la Justice de leur pays, je pense à deux jeunes filles assaillies, violées, massacrées, à deux pauvres enfants de cons dont le visage des pères, punaisés tels des papillons de nuit, ornent le mur d’un syndicat de magistrats. De magistrats.

De ces gens entrant solennellement dans les tribunaux pour y arbitrer le cours cahotique de nos existences, de ces statues vivantes à qui nous confions nos colères et nos illusions, nos rêves d’équité, nos désirs de réparation afin qu’ils en fassent la copie acceptable de notre devoir sociétal. De ces neutres et impartiaux penchés sur la misère humaine comme le médecin sur son patient, et cherchant inlassablement l’équilibre entre ce qui est tolérable et ce qui est condamnable. De ces Justes, enfin, rendant la justice comme une mère attentive veille au partage du bien commun entre ses enfants.

syndicatmagistraturemurdesconsAnne-Lorraine Schmitt et Pascale Escarfail ont payé cher la malchance d’être nées dans un monde où petit à petit s’effacent l’une après l’autre les barrières censées les protéger de la bestialité, de la violence aveugle, des sales petits nouveaux fascismes qui se répandent tels du lisier sur le champ de patates que l’on nous impose comme patrie. Et voilà qu’au lieu de la compassion, de la fraternité, du chagrin partagé par les justiciers, elles se voient imposer l’humiliation posthume d’être mal nées, d’être sorties d’une matrice méprisable, d’un ventre juste bon à être placardé au mur des cons, épinglé en compagnie d’une phalange hétéroclite d’hommes et de femmes à abattre, si l’occasion se présente.

Comment croire une seconde que de la justice puisse sortir de là ? Comment ne pas ressentir la terrible blessure ravivée de parents dont on fouaille ainsi la plaie, comme si le deuil impossible, l’infinie détresse, le malheur enduré jour après jour, heure après heure, ne suffisaient pas à leur punition? Magistrats au jeu de fléchettes! Comment les héritiers d’une culture aussi ancienne que la nôtre, d’une civilisation cherchant l’intégrité comme le marin le port, peuvent-ils descendre aussi bas dans le mépris de l’autre ? Des potaches, ça ! Des sortes de carabins ? Mais non ! Les murs des internats de nos hôpitaux sont couverts de fresques mêlant joyeusement grades et générations, vanités et glorioles, anges tutélaires et ripailleurs, il y a là une société affrontée elle aussi à la condition humaine mais qui se regarde avec humour et s’amuse de sa cruauté.

Rien de tel au Syndicat de la Magistrature. C’est bel et bien une liste noire qui se trouve ainsi étalée, complétée au fil des jugements. Je n’imaginais pas des gens de notre gauche humaniste française capables d’un tel étalage. Je pensais que ce genre de poster était réservé au mieux aux jeteurs de sorts du bas-Zaïre, au pire aux nostalgiques de l’Affiche Rouge, du Centre S21 de Pnomh Penh, voire des couloirs d’Auschwitz. J’exagère ? Mettez la chose entre les mains de nettoyeurs au service d’un État tueur, et observez la procédure. Il se montrera alors, je pense, suffisamment de procureurs dans la place, qui l’auront conçue et mise en oeuvre. A cet égard, le renfort que ce syndicat reçoit du parti de Monsieur Mélenchon dessine assez précisément la ligne de front entre justice en déroute et barbarie à l’horizon.

Alain Dubos

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