Après les attentats : la souffrance et le dogmatisme

Publié le 3 septembre 2017 - par - 19 commentaires - 1 461 vues
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On a beaucoup écrit sur cet homme qui, pleurant son enfant assassiné dans l’attentat islamiste de Barcelone, est néanmoins allé embrasser un dignitaire local de cette même religion (l’islam) dont se revendiquait l’assassin – un comportement à première vue aberrant. Mais alors que les commentateurs, dans leur quasi-totalité, se sont limités à des appréciations subjectives, Marcus Graven, dans un excellent article paru le 27 août dans Riposte Laïque (1), a été un des rares, sinon le seul, à avoir recherché une compréhension raisonnée de ce comportement. Qu’il me permette d’ajouter ici quelques éléments à sa réflexion.

http://ripostelaique.com/reflexions-sur-lideologie-contemporaine-qui-amene-a-embrasser-les-assassins-des-siens.html

Une première remarque est que, si les politiciens et les médias octroient volontiers le qualificatif de « déséquilibré » à n’importe quel assassin pour peu que celui-ci soit musulman, ils ont en revanche tendance à considérer ses victimes survivantes comme des gens normaux dans un état psychologique normal. Or, justement, si ces gens sont normaux sur le plan affectif (et ils le sont dans leur grande majorité), ils ne peuvent pas être dans un état psychologique normal après avoir vécu l’horreur : à savoir avoir été eux-mêmes plus ou moins gravement blessés, ou avoir perdu qui un enfant, qui un parent, qui un copain, ce en ayant eu pour seul tort celui d’avoir été « au mauvais endroit au mauvais moment ». À la douleur physique ou morale s’ajoute le sentiment, insupportable, d’injustice. À ces gens-là, il est inutile de demander un jugement rationnel sur le déterminisme de ce qu’ils ont vécu et continuent à vivre – ils en sont tout simplement incapables.

La réaction la plus normale, dans une telle situation, est la haine de l’ennemi et le désir de vengeance. Il fut une époque où la vengeance pouvait s’exercer – cela constitua, on le sait, le thème d’un grand nombre d’œuvres littéraires et cinématographiques. Mais nos sociétés modernes ont prohibé la vengeance individuelle. L’action de la police et des tribunaux est en théorie censée faire justice à la place des victimes, mais ces dernières (ou leurs proches) n’en retirent en général que de la frustration, surtout quand ladite justice est laxiste ce qui, depuis quelques années, est devenu fréquemment le cas…

Les survivants des attentats doivent donc continuer à vivre avec leur souffrance, ce qu’ils ne peuvent faire qu’en la sublimant d’une manière ou d’une autre. Traditionnellement, c’est la religion qui servait à cela : après l’attentat de Barcelone, on aurait expliqué au père éploré que son enfant écrabouillé était allé tout droit au paradis (même que là-haut il pourrait intercéder en faveur de son papa) et qu’il ne fallait pas céder à la douleur, surtout pas se révolter, mais au contraire offrir sa souffrance (rédemptrice, forcément rédemptrice) en expiation de ses péchés (à propos, il faudrait penser à aller plus souvent à confesse…), et bla-bla-bla et bla-bla-bla… Il faut reconnaître que pendant des siècles le pouvoir consolateur de la religion a pas mal marché – et qu’il fonctionne encore très bien pour certaines personnes.

Le problème est qu’il fonctionne pour de moins en moins de gens… Que voulez-vous, dans notre monde moderne formé au progrès scientifique, la mythologie judéo-chrétienne ne fait plus recette. Les histoires improbables de parthénogenèse, d’eau qui se change en vin, de guérisons miraculeuses, de morts qui ressuscitent et de gens qui montent au ciel comme gonflés à l’hélium, ça ne passe plus. Que me reste-t-il alors pour donner du sens à ma vie ? Il me reste une vision naturaliste du monde, le plaisir d’y exercer mon intelligence, et la philosophie d’Épicure : «  Maintenant habitue-toi à la pensée que la mort n’est rien pour nous, puisqu’il n’y a de bien et de mal que dans la sensation et que la mort est absence de sensation… » Bon, très bien tout ça, tant que tout va bien. Mais si, dans un attentat, j’ai vu mourir atrocement ma femme, mon gamin ou mon frère, vous pensez que ce rationalisme suffira à me redonner le goût de vivre ?… Moi non plus.
Que cela plaise ou pas, l’être humain a besoin d’une transcendance, d’une vision d’un monde meilleur, d’une foi à partager et à transmettre. Apparu en concurrence avec la religion, un premier objet de foi a été la nation (« Allons z’enfants de la patriiie… »), qui s’est imposée de la fin du XVIIIe siècle au début du XXe ; hélas, les massacres de la Première Guerre mondiale ont montré les limites de ce culte… Une autre transcendance, née au milieu du XIXe siècle non plus en concurrence mais en opposition avec la religion, a alors pris de l’ampleur : l’internationalisme prolétarien (« C’est la lutte finaaale… »), qui a engendré le communisme ; toutefois, là encore, on en a vu les limites : Staline, Mao Zedong, Pol Pot… Aujourd’hui, une nouvelle idéologie, que Marcus Graven a fort bien décrite dans son article, est à la mode – ce n’est jamais que le troisième avatar de cette divinité sociopolitique dans laquelle nous cherchons la transcendance.

Toutefois, à la différence des deux précédents, celui-ci ne s’inscrit pas en marge ou à l’encontre du christianisme, mais en continuité avec lui : ce culte de « l’Autre », de l’étranger même envahisseur, n’est-il pas (même s’il est appliqué sans discernement) la traduction de « l’amour du prochain », hérité des Évangiles ? Et dans ce « vous n’aurez pas ma haine » ne retrouve-t-on pas la première parole du Christ en croix : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » ? Et c’est ce qui fait la force de cette idéologie mondialiste, libérale et multiculturaliste, qui ressemble étrangement à une religion : elle convient à la fois aux idéalistes athées et aux idéalistes chrétiens… parce qu’ils ont, au fond, les mêmes complexes et la même culpabilisation.
Car certes, comme le dit Marcus Graven, cette idéologie a été concoctée par les élites et nous est imposée par les autorités politiques (et même religieuses… et pour cause !) avec l’appui des juges et des médias. Mais elle ne serait pas répandue comme elle l’est dans l’ensemble de la population si celle-ci n’y adhérait pas. Or, elle y adhère – mieux, elle y croit avec la foi du charbonnier, parce que cette idéologie quasi rédemptrice lui donne bonne conscience : le pacifisme et la supranationalité pour effacer le souvenir du nationalisme exacerbé qui fut fauteur de guerres ; le culte de l’antiracisme et de la diversité (2) pour oublier la Shoah ; et l’acceptation sans limites de l’immigration africaine pour la rémission du colonialisme d’antan. Et c’est ainsi que l’individu pétri d’humanisme, « Citoyen du Monde » (mais dans le Camp du Bien), devient « un morceau de rien dans la grande salade de fruits du progressisme mondialisé » – belle formule, M. Graven !

Et si cet individu voit son gamin massacré dans un attentat, n’espérez pas qu’il soit capable d’en analyser les causes et de remettre en question le sacro-saint dogme de la diversité, et ce pour deux raisons :
– parce que, même sur un esprit humain en état normal, un dogmatisme idéologique a un pouvoir de résilience considérable dont je traiterai dans un très prochain article ;
– mais surtout parce que cet homme, dans son malheur, n’a peut-être que sa « religion de l’Autre » pour donner encore du sens à sa vie…
« Et la foule applaudit »… Non, M. Graven, elle communie : « – Que l’Autre soit avec vous… – Et avec votre esprit. »

Jean-Marie Blanc
(Août 2017)

 

1. http://www.ripostelaique.com/reflexions-sur-lideologie-contemporaine-qui-amene-a-embrasser-les-assassins-des-siens.html
2 Voir, pour plus de détails : http://ripostelaique.com/de-la-diversite-culturelle-7-les-dogmes-de-lantiracisme-et-de-la-diversite-ou-comment-une-culture-sautodetruit.html

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Notifiez de
vitus

J’ai rarement lu un avis sur le christianisme aussi bête, primitif et socialiste. Le pire dans cette histoire c’est Macron qui se rend à Oradour pour nous expliquer pareillement qui est Marine Le Pen. C’est la même Leçon de Choses pour les mêmes oligophrènes idiotisés et contents de l’être. Basta cosi ! –

dufaitrez

Article…. Divin !
Oui, notre Civilisation est « formatée » depuis des siècles sur l’Amour de l’Autre !
Oui, le Pardon submerge la Haine,
Oui, la Repentance fait oublier le Présent,
Oui, nous SOMBRONS !

berk

S’il s’agissait de massacres identiques , perpétrés par d’autres , sur des musulmans , les pays touchés , seraient ils demeurés aussi calmes ? Il y a fort à parier que toutes les victimes auraient déjà été «  » vengées  » !! Sans nounours , bougies , ni fleurs , ou poèmes ! Nous , nous les embrassons !! Et les réconfortons même ..Et pleurons sur leurs épaules .. Snif snif snif : les pauvres ..! C’est vrai qu’ils sont  » à plaindre » » !

Dunois

Par chez nous, en France profonde, on ne se poserait pas de question. On flingue celui ou ceux qui tuent (les p…… de musulmans) et ceux qui font mine de tenter des tueries, on les flingue aussi. Sans publicité. Si on se laissait faire, on n’aurait plus d’honneur et on ne pourrait plus se voir dans la glace sans cracher sur le miroir. Se faire cajoler dans les bras d’un responsable, ça ne risque pas d’arriver. Assez de conneries ! L’imam est le chef, c’est donc lui le responsable, point à la ligne ! Les musulmans, caltez maintenant ou ça… lire la suite

patphil

en regardant bien la photo, je vois un imam qui fait semblant de pleurer et un père qui est manifestement psychologiquement atteint; a t-il une usine de bougies ou de bouquets de fleurs?

Vent d\'Est, Vent d\'Ouest

@ patphil
Je me suis fait la même remarque. Les pleurs de l’iman me font plutôt penser à des grimaces… Pour dissimuler sa joie et son mépris d’une telle naïveté ?

catalan

Cette image donne envie de vomir , cet homme n’a ni honneur ni dignité , ila voulu étre dans les journaux et il savait qu’avec ce geste c’était ce qui allait se passer à sa place j’aurait arraché la gorge de cet imam !

Claire

C’est là qu’on se rend compte à quel point l’endoctrinement politico-médiatique est efficace, en privant les victimes de réactions « normales », dans le cas de ce père, la haine des assassins de son fils et de l’idéologie qui les a inspirés.
En effet, peut-on imaginer la même situation pendant la seconde guerre mondiale, avec un père pleurant dans les bras d’un nazi dont l’idéologie mortifère avait tué son fils??

vitus

Vous avez – Claire – tout résumé, sur le plan autre que religieux. Avec le seul exemple qui convienne pour que nul n’en ignore. Bravo ! –

JILL

A les entendre,nos bien-pensants seraient prêts à mourir pour ces salopards ;mais pas vivre avec eux ;ça,c’est bon pour les sans dents .

plouc

imaginons la situation inverse avec un petit arabe massacré par un attentat  » Facho  » !!! que se passerait t’ il alors ? je vous le donne en mille : des violences urbaines , meurtres de la famille du terroriste , meurtres de policiers et de français lambda , saccage de gares SNCF , RATP et d’ entreprises diverses etc etc !!!! mais dans ce cas ici , rien de tout cela , on en vient meme à consoler le commanditaire de cette idéologie musulmane criminelle !!!!! cela dépasse l’ entendement !!!!!!

Haggar Dunor

Le syndrome de Stockolm, ça vous parle ?

DEGUELDRE

Pas d’accord … désolé, je n’ai pas les mêmes idées du tout !!! Mais,je,vous laisse BOUSSE exprimer au nom de la liberté d’expression ..

Pilou

Quand je lis un tel billet, il me vient à l’esprit comme un éclair, un rappel d’événement. Il y a quelques années déjà, deux assassins jettent, à partir du pont Jacques Cartier, dans le fleuve St-Laurent au Québec, un homme et sa compagne. Voila que cette l’histoire sordide aurait très bien finir dans les anales médiatiques par la condomnation des assassins. Un rebondissement, à la suite de cet événement qui produisit un frisson chez le plus expérimenté psychiatre, fût que les parents des victimes aillent embrasser les assassins en prison. Il faudra un jour que quelqu’un m’explique où peut-on aller… lire la suite

Wika

Oui @Pilou. J’ai vu il y a quelques années une émission montrant aux EU des parents de victimes encadrés par des psy rencontrer l’assassin ou l’agresseur de leur proche et discuter avec lui pour lui faire prendre conscience du mal qu’il avait fait.
L’entretien de terminait par le pardon et on se prenait dans les bras.
Je ne sais pas si tout cela était vraiment authentique, car on est capable de choses dans certaines situations qu’on ne ferait pas dans d’autres

Pilou

@ Wika,

L’événement évoqué dans mon commentaire initial, est authentique.

http://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/200906/01/01-861694-la-rage.php

madeleine

L’explication réside peut-être dans le fait que ces gens sont très croyants, qu’ils éprouvent une foi réelle, et en tant que tels, tout comme Jésus, sont prompts à pardonner et ce pardon les aide probablement énormément en apaisant leur souffrance.

Simone GUTIERREZ.

Excellent article , Monsieur Blanc . Toutefois , ce malheureux père dont le fils a été tué par un islamiste …. et qui va ensuite fondre en larmes dans les bras d’ un IMAM …. ce malheureux père se rend il compte que par ce geste il rend bel et bien l’ islam RESPONSABLE de la mort de son gamin !?!?! Sinon , il serait allé embrasser un prêtre ou un rabbin …. ou un moine bouddhiste … ou n’ importe qui . Oui , le  » nationalisme exacerbé fut fauteur de guerre  » , mais le lavage de cerveau… lire la suite

Djinn

Article pourvu d’un certain bon sens concernant l’état de désillusion de la victime, mais qui n’explique pas l’acharnement des merdias à montrer en boucle cette (mise en) scène tout en évitant volontairement de diffuser n’importe quel prêche dans n’importe quelle mosquée appelant aux massacres des non-musulmans.