Après les crimes de Merah, le maire PS de Toulouse veut éradiquer… les nationalistes !

Lettre ouverte à Monsieur le Maire de Toulouse

Monsieur le Maire,

Vous vous êtes exprimé très récemment à l’occasion d’une manifestation en faveur des langues régionales, notamment de l’occitan.

Hormis le fait que Madame Bovary en bas-normand, Cyrano de Bergerac en basque ou Marius en provençal n’eussent guère franchi les limites de leurs régions d’origine (au lieu de quoi ces oeuvres ont conquis, en français, le monde), je note dans votre discours une terminologie qui me choque profondément.

N’étant possesseur de la carte d’aucun parti, je me sens d’autant plus à l’aise pour vous signaler que le mot « éradiquer » employé par vous à l’endroit des « nationalistes » semble davantage adapté à une solution finale qu’au combat idéologique dont vous faites mention dans votre adresse aux manifestants toulousains.

Ce mot, je l’ai lu dans Mein Kampf, ouvrage dont vous ne pouvez ignorer qu’il eut un prolongement tragique pour une masse considérable de gens. Ce mot, je l’entends, quotidiennement réactivé, de la bouche d’idéologues que le gouvernement a eu ces jours-ci le bon sens de priver de visas pour la France.

C’est un mot terrible signifiant l’annihilation. Je vous somme donc de le retirer sans tarder. Comme je vous somme de retirer de votre discours l’emploi de la force physique envisagé (fort sournoisement d’ailleurs, vous êtes contre tout en le suggérant) pour mettre à la raison des gens libres de ne pas partager vos opinions. C’est là l’exact vocabulaire des crétins de Forsane Alizza. Auriez-vous, Monsieur le Maire, suivant la formule imbécile « les ennemis de mes ennemis, etc « , formé un jour le projet d’éradiquer en leur compagnie?

Je suis patriote, profondément attaché à l’Histoire de mon pays, que j’assume dans sa lumière comme dans ses zones d’ombre. Nationaliste? Pourquoi pas si c’est dans la ligne d’un Saint-Just visitant l’armée du Rhin, d’un Debré conjurant la guerre civile il y a cinquante ans, d’un Moulin mettant l’honneur et la survie de la France au-dessus de sa propre vie. Ces hommes avaient en tête l’idée formelle de la Nation. Il me semble même qu’une place leur est dédiée, à Paris. Souhaitez-vous qu’on la débaptise?

J’eus, au Lycée Fermat de votre bonne ville, un prof de philo qui nous enseigna la parole socratique du Beau, du Bien et du Vrai. Comme vous je pense, je fus antérieurement formé, in situ en Afrique du Nord, aux grandeurs de la culture et de la civilisation gréco-romaine dont nous sommes les héritiers directs. Je conclus de votre infamante apostrophe que d’une part vous n’avez pas bénéficié de l’enseignement de Monsieur Régis, ce qui est dommage et que, d’autre part, vous avez oublié d’où vous venez, ce qui est nettement plus embêtant.

Vous êtes le Maire d’une grande ville pétrie d’Histoire, qui fut au carrefour méridional d’une aventure qui s’appelle la France.  Oc et Oï s’y frottèrent pour enfanter une langue transcendant ses diverses composantes. Je respecte le débat qui les oppose à nouveau, même si ce débat est à mes yeux pour partie celui d’un pays qui part en morceaux sous les coups de bec des prédateurs. Permettez-moi cependant de le trouver un tantinet dérisoire au regard des authentiques dangers qui menacent le moule dans lequel s’est formée notre nation, langues régionales comprises.

Vous vous trompez d’adversaire, Monsieur le Maire. L’enjeu final n’est pas vraiment la coexistence de deux langues sur les panneaux indicateurs. Si par hasard vous avez gagné votre siège d’édile dans une pochette-surprise, le temps est peut-être venu pour vous de vous pencher sur des questions autrement plus importantes que la traduction en occitan des quittances toulousaines de l’EDF. Ce site les évoque assez précisément. Je ne me disperserai donc pas dans l’exégèse des menaces idéologiques pesant sur nous tous, menaces dont les événements sanglants survenus il y a peu dans votre ville étalonnent la gravité.

Visez juste, Monsieur le Maire. En prétendant éradiquer la pensée patriote d’une majorité de Français toutes tendances politiques confondues, en pratiquant à votre tour l’un de ces amalgames que nos ennemis communs dénoncent à longueur de sermons, vous vous érigez en nettoyeur d’un tout historique et culturel dont vous n’avez manifestement pas mesuré le poids. Et si Guitry (Sacha, homme de Lettres, 1885-1957) vous excuse : « Le peu que je sais, c’est à mon ignorance que je le dois », Boileau (Nicolas, moraliste, 1636-1711)  vous coince en revanche au tournant : « l’ignorance est toujours prête à s’admirer ».

Il me plairait donc que vous étant regardé dans la glace et y ayant enfin découvert le reflet de ce que vous êtes en vérité, vous cessiez d’employer, dans votre glose politicienne, des mots dont vous n’avez manifestement pas compris la portée. Sans quoi vous risqueriez d’être surpris à l’occasion par la réaction également physique de gens peu désireux de se voir éradiqués d’une aussi péremptoire manière.

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’expression de ma considération parfaitement républicaine.

Alain Dubos

 

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