Après les Schtroumpfs et Tintin, ils veulent tuer le Club des Cinq !

Après les Schtroumpfs et Tintin au Congo c’est maintenant le Club des Cinq qui passe au massicot du politiquement correct sous prétexte de ne pas stigmatiser et surtout pour faire croire aux enfants qu’ils savent lire en enfumant leurs géniteurs.

A la manière d’un nodule cancéreux qui apparait et se propage dans un organisme les manifestations de censure ne cessent de proliférer quels qu’en soient les prétextes et au mépris le plus absolu de la liberté d’expression. Lors du procès contre Tintin au Congo (écrit en 1930) l ’avocat du Cran et du plaignant, M. Bienvenu Mbutu Mondondo, a rappelé que la Cour Européenne des Droits de l’Homme avait admis qu’une fiction pouvait être sujette à des restrictions en matière de liberté d’expression mais restreindre la liberté d’expression n’est qu’une manière hypocrite de l’interdire.

Pour en revenir au Club des Cinq écrit par Enid Blyton, fleuron de la Bibliothèque Rose qui a permis à beaucoup d’enfants d’accéder à la littérature, voici que l’un de ses titres est mis au pilori de piteuse façon : le Club des Cinq et les Saltimbanques. Rien que le titre vous donne une idée des concepts nauséabonds qu’il véhicule puisque le mot « saltimbanque » désignant à l’origine des acrobates et des artistes ambulants est devenu au fil du temps synonyme d’arnaque. Vous voyez où je veux en venir ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage écrit en 1946 a fait le bonheur de millions d’enfants sans leur laisser de séquelles comportementales graves mais on découvre en ces temps de polissage frénétique la soudaine urgence d’en modifier le titre qui devient désormais le Club des Cinq et le   Cirque de l’Étoile. En soi il est déjà délirant d’en arriver à de telles aberrations mais là où l’affaire s’aggrave encore c’est que l’intérieur du livre a été entièrement reformaté pour coller au niveau zéro du savoir puisque la narration au passé de la version originale est devenue par magie le présent de l’indicatif plus simple à manier, que des mots et des actions ont été modifiés, que des passages entiers ont été supprimés, des descriptions gommées, des personnages méchants devenus d’aimables bisounours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le « nous » est devenu « on » pour coller davantage au langage plus familier de la rue, l’un des enfants battu par son oncle dans le livre original ne l’est plus dans la nouvelle édition, ce qui est certainement très bien pour son bien-être mais fait perdre toute cohérence à l’intrigue. Les démêlés des forains avec la police ont disparu car cela faisait trop mauvais effet, les filles ne pleurent plus et anachronisme suprême, dans la nouvelle mouture les enfants ont des portables ! Évidemment ce serait trop compliqué d’expliquer à nos chers bambins qu’il y eut une époque antédiluvienne sans portables.

Dans le même esprit et pour rendre accessible également la poésie il serait bon que le corbeau et le renard se mettent à la page aussi en communiquant par mails et abandonnent dans la foulée le fromage trop connoté terroir pour le remplacer par un double cheese et une grande frite à emporter par le renard.

Voici quelques phrases de ce livre reconstruites à la sauce néo-censuro-décérébrante : « Nous resterons ici aussi longtemps qu’il nous plaira » devient « On restera ici aussi longtemps qu’on voudra » ; « Ils passèrent une heure à discuter, puis le soleil disparut dans un flamboiement d’incendie et le lac refléta de merveilleux tons de pourpre et d’or » devient « Ils passent encore une heure à discuter, puis le soleil disparaît derrière les sommets alpins, et le lac prend des reflets dorés » (1).

On le voit, la littérature enfantine n’est plus destinée à aider nos enfants à appréhender la lecture et à s’enrichir d’un nouveau vocabulaire et de grammaire mais au contraire à le maintenir en état d’inculture tout en ne véhiculant que des bons sentiments pourvu que tout cela soit accessible à des cerveaux en grave déficit d’instruction, histoire de faire croire que l’école sert encore à quelque chose. La réalité est tout autre comme le montre le site lire-ecrire.org (2) qui nous donne en exemple une phrase de dictée écrite par des élèves de 6e et qui prouve avec éclat l’entière déchéance de l’institution éducative qui d’ailleurs n’éduque pas plus qu’elle n’instruit : « Paul fonsai en dirquesion du bois mirent le paysage de campagne au crépusquel dans la foret de chène il appresu un ecuilleu sauti en de branche en branche, un si que plusieus oiseau a Travers le feuillage : une grive, un rausigal ».

La faillite du système éducatif est totale, la censure intolérable et le mélange des deux contribue à faire de nos enfants de futurs esclaves imbéciles et incapables de se prendre en charge, de se faire comprendre, d’avoir une pensée construite, de communiquer, et un peuple qui ne peut communiquer c’est un peuple condamné à mourir.

La machine bien rodée de la censure et du niveau dangereusement bas du maniement de la langue française est en train lentement mais sûrement de s’implanter et ce sont nos enfants qui en sont les premiers cobayes. Qui sait si dans une génération ou deux Voltaire ou Hugo ne connaitront pas le même sort et quand Candide reviendra pour cultiver son jardin il ne trouvera qu’un désert stérile et un peuple décadent et moribond dont la culture littéraire se limitera à Oui-Oui et Babar et encore, en version audio.

Alors comme Maurice Clavel en 71 il ne nous reste plus qu’à nous lever et à crier d’une même voix « Messieurs les censeurs, bonsoir ! ».

(1)    http://www.marianne2.fr/Le-Club-des-Cinq-caviarde-car-trop-politiquement-incorrect_a211106.html

(2)    http://www.lire-ecrire.org/weblettre.html

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