Après Simon, c'est au tour de Claire de connaître une nuit ordinaire dans une France ordinaire !

Claire est la sœur aînée de Simon, dont je vous ai parlé le 6 décembre 2010 (1). Elle a 27 ans. Elle travaille comme secrétaire. C’est une fille sans histoires : elle a un petit ami, vit dans un studio, et se déplace en 206. Sa voiture fut son premier achat de salariée. Ce n’est qu’une voiture d’occasion, mais Claire y tient parce qu’elle a économisé durant cinq ans pour se l’offrir. Du coup, elle l’entretient régulièrement, et de temps à autre, c’est le grand nettoyage, intérieur compris : c’est ce qu’elle a fait le dimanche 10 avril, en fin d’après-midi.
Le lendemain, elle s’est levée tôt, comme d’habitude, car elle n’aime pas être en retard à son travail. Elle quitte donc son appartement à 7 h, sort dans la rue, se dirige machinalement vers sa voiture, mais ne la trouve pas. Elle s’arrête, réfléchit, se demande si elle ne se trompe pas de lieu de stationnement, fait demi-tour, puis repart dans la bonne direction, s’arrête de nouveau… avant de se rendre à l’évidence : sa voiture a disparu ! Peut-être a-t-elle été enlevée par la fourrière – se dit-elle un instant – mais non, puisque le stationnement est ici autorisé, et, plus encore, gratuit ! La voiture a donc été volée !
Commence alors une tout autre journée : surmonter la colère et la peur, prévenir son chef de service qu’elle ne pourra pas être là à 8 heures, porter plainte à la gendarmerie, téléphoner à l’assurance, se demander ce qu’elle a pu laisser dans la voiture et qui pourrait aggraver le préjudice subi, espérer que maman puisse prêter la sienne pour se rendre au bureau, arriver enfin sur son lieu de travail à 10 h 30, y trouver la même quantité de dossiers à traiter que celle originellement prévue, et accomplir sa tâche comme si rien ne s’était passé.
A 14 h, le commissariat apprend à Claire que son véhicule a été retrouvé, vers une heure du matin, à une trentaine de kilomètres de son point de départ, dans la banlieue d’une bourgade voisine.
«Voilà une bonne nouvelle !», s’écrie Claire – qui se demande déjà comment elle va pouvoir s’organiser pour récupérer sa voiture.
«Le problème, mademoiselle, c’est que votre véhicule a été retrouvé… en flammes ! C’est d’ailleurs à cause des flammes que nous avons pu le localiser rapidement, un habitant du quartier nous ayant prévenus qu’une voiture brûlait au bas de son immeuble» !
Eh oui, dans certaines banlieues dites «à risques», se multiplient les «taxis de luxe» : aucune enseigne officielle ; pas d’attente ; service immédiat ; distance maximale fixée par la jauge d’essence ; tarif forfaitaire à la charge du propriétaire, quel que soit le trajet parcouru : pour Claire, 30 kilomètres représentèrent 2 000 euros (2) ! Si le ou les voleurs avaient couvert 300 kilomètres, Claire n’aurait pas eu un euro de plus à débourser ! Avouez qu’il y a, dans cette délicate attention, beaucoup de noblesse ! D’ailleurs, à bien y regarder, nous sommes dans l’univers de la noblesse, sans armoiries certes, ni blason, ni couronne, mais avec des prérogatives, des privilèges, et ce mépris affiché à l’égard de ceux qui vivent de leur travail. Dans ces banlieues, en effet, c’est la haine du travail qui décide, et cette haine-là est reine. Autant dire qu’il y a beaucoup de rois, notamment lorsque la nuit tombe. Car la police a appris à Claire qu’elle n’était pas la seule, cette nuit-là, à avoir connu semblable mésaventure : «Ce type d’agissements se pratique régulièrement dans la région. Il y a même des quartiers où certaines rues sont de véritables cimetières de voitures brûlées» !
Bien sûr, il ne s’agit que d’une voiture ! Bien sûr, plaie d’argent n’est pas mortelle ! Bien sûr, il y a plus grave ! Mais enfin, outre la barbarie qui consiste à traiter par le feu l’une des inventions les plus géniales de l’homme (3), outre cette autre barbarie qui consiste à se moquer éperdument du mal que l’on peut faire à ceux qui ne vous ont fait aucun mal, il y a surtout cette banalisation des atteintes aux biens et aux personnes qui déshumanise progressivement notre pays ! Tous les jours, des véhicules sont volés ! Tous les jours, des voitures sont incendiées ! Tous les jours, des domiciles sont cambriolés ! Tous les jours, des femmes sont violées ! Tous les jours, des innocents sont frappés à mort ! Et tous les jours, l’on rencontre de brillants avocats pour défendre l’agresseur au détriment de l’agressé ! Et tous les jours, psychologues et sociologues expliquent doctement que les voyous sont les premières victimes d’une société inégalitaire à laquelle ils rendent coup pour coup ! Et tous les jours, les politiques nous assurent que la sécurité est la première des libertés, tout en luttant contre le sécuritaire ! Et tous les jours revient comme une antienne l’idée que de tels faits ne doivent pas être médiatisés, sauf à vouloir faire le jeu du Front National ! Et tous les jours, Claire devra rembourser le crédit auquel elle a dû désormais consentir pour l’achat d’une nouvelle voiture, en attendant de faire retentir sa voix dès le mois de mai 2012 !
Maurice Vidal
(1) Cf. l’article du 6 décembre 2010 : http://ripostelaique.com/Quatre-racailles-agressent-Simon.html
(2) Achat : 7000 euros ; remboursement par l’assurance : 5000 euros.
(3) Qu’on songe au moteur, aux freins, aux roues, aux cardans, au différentiel, aux suspensions, aux phares, au confort de l’habitacle, etc.

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