Arabie Saoudite : la justice religieuse épargne le père violeur assassin

لمى الغامدي02
L’Arabie Saoudite a la charia comme constitution. Ce sont les lois de la charia qui sont la base de son système de gouvernance et des organisations étatiques. Dans les tribunaux, les juges ont le ferme sentiment d’appliquer sur terre la justice divine et les châtiments divins (حدود – قصاص) en se référant à des textes moisis par le temps que nous estimons incompatibles avec une justice humaine. De plus, le musulman est consentant face aux dérives de cette « justice » : il ne dit rien, il ne fait rien, il mange, il boit, il fait ses ablutions religieusement réglementées, il prie, il commerce, il triche, il fornique, il dort. Rien, dans les comportements de ces guignols de juges, ne le bouscule.
Un scandale s’est déroulé en 2011, en Arabie Saoudite, pays qui a signé toutes les chartes des Nations-Unies relatives aux droits de l’homme, à la protection de l’enfance et a même présidé le Centre du Contre Terrorisme de l’ONU (UNCCT). Mais ce royaume ne respecte aucune de ses signatures.
En 2012 donc, le « Très respectable » tribunal de la charia a condamné Fayhan al-Ghamidi, célèbre dignitaire religieux, à payer des dédommagements à son ex-femme, tout en considérant que les 10 mois de prison qu’il a effectués pendant l’enquête qui le concernait étaient suffisants. Il a été ainsi libéré. Mais quel était son délit ou son crime ? Le jugement correspondait-il à son délit ou à son crime ?
L’histoire est sordide. Cet honorable imam télé-prêcheur s’est présenté le 25 décembre 2011 dans un service hospitalier de la ville. Il portait sa fille Lama, 5 ans, dans un état comateux. Il a déclaré aux urgences qu’elle était tombée dans la cuisine en fouillant dans des affaires.
D’emblée, l’équipe médicale a constaté que le père bafouillait. Elle a senti qu’il cachait des choses. L’examen clinique a été fait par une équipe médicale élargie d’une assistante sociale. Cette dernière a déclaré immédiatement que l’enfant avait été « violée de partout » (déclaration modifiée par la suite : a-t-elle subi des pressions ?), que les déchirures, impossibles à dissimuler, avaient touché les organes sexuels incomplètement développés à cet âge et même la région de l’anus. Par ailleurs, le rapport indique la présence de fractures de côtes, du bras gauche, d’une vertèbre lombaire et d’une brèche dans le crâne avec hémorragie. De même, des ongles des mains et des pieds ont été arrachés. En plus de cela, on a relevé de multiples brûlures sur le corps et surtout à l’anus. Le rapport ajoute que la fillette a subi des coups de bâton et a été cautérisée avec des fils électriques. Lors de l’enquête du procureur, note-on, le père a avoué avoir cherché à cautériser l’anus de l’enfant à plusieurs reprises pour stopper une hémorragie. Les supplices endurés par cette toute petite fille ont duré 8 mois.
Pendant l’hospitalisation, le tribunal a refusé de donner l’autorité parentale à la mère. Le père, se sentant conforté, a accusé son enfant de 5 ans d’avoir eu une « mauvaise conduite ». Il avait « des doutes sur son comportement » (à 5 ans ?…). Il a exigé un nouvel examen médical pour s’assurer de la virginité de la fillette. Le rapport a confirmé la virginité de l’enfant … Il faut savoir que dans l’islam, seule compte la virginité anatomique de l’hymen. On reste vierge, même sodomisée … Rappelons aussi que l’islam permet à l’homme de jouir des petites filles, même au berceau.
لمى الغامدي

L’enfant Lama dans le coma

Après 10 mois de soins intensifs, l’enfant est décédée le 22/10/2012. Le rapport d’autopsie a confirmé les premières constatations.
L’affaire a soulevé un tollé dans la presse mondiale qui a braqué ses feux sur le mauvais traitement infligé aux enfants dans la société saoudienne. La campagne sur les réseaux sociaux (avec le hashtag #anaLama « Je suis Lama ») et les pressions internationales ont poussé le gouvernement saoudien à légiférer contre la violence au sein de la famille. Devant le jugement inique du tribunal, la famille royale a dû intervenir afin d’éviter la libération du criminel.
Car, non seulement le crime lui-même mais aussi le jugement touchent au scandale. Le tribunal saoudien a en effet condamné le criminel à verser aux parents un dédommagement (le prix du sang) de 129.000 € à diviser par 3 dont 1 part (43.000 €) versée à la mère divorcée pour qu’elle retire toutes ses plaintes contre lui. Le cheikh, étant lui-même le père, a récupéré ainsi les 2 parts de la somme globale ! Cette somme aurait été doublée si Lama était été un garçon … En droit islamique, un homme vaut deux femmes.
Il faut rappeler aussi que la charia, en Arabie Saoudite, applique souvent des hadiths dits « faibles » comme le hadith suivant : « Le châtiment ne s’applique pas quand un père tue son fils » (selon al-Tirmidhî, † 892) sauf s’il l’égorge. Un père meurtrier de son enfant ne peut être exécuté. Des jugements sont parfois adossés à des sources douteuses comme « le consensus », « l’avis de savants en religion », « d’après les gens d’al-sunna » etc. Ainsi, certains délinquants ou criminels tirent bien leur épingle du jeu.
Lors d’un nouveau procès en octobre 2013, le cheikh a été condamné à 8 ans de prison et 800 coups de fouet, la seconde épouse à 10 mois de prison et 150 coups de fouet. La mère de la fillette (la première épouse) a accepté de recevoir « un prix du sang » fixé à 1 million de rials soit 250.000 € au lieu des 10 millions réclamés pour élever ses autres enfants. Résultat : son ex-mari a échappé à la peine de mort. Et toutes les charges contre lui ont donc été annulées. Rappelons aussi ces notions : « Dans les tribunaux de la charia, la présomption d’innocence joue en faveur de l’inculpé… c’est donc au demandeur qu’incombe la charge de la preuve. La charia insiste sur la nécessité que la preuve soit irréfutable, ce qui réduisait les possibilités de poursuite. L’inculpé a, par la suite, la possibilité de présenter la preuve contraire ou de prêter serment sur son innocence (J. El-Hakim) ».
En janvier 2015, en appel du jugement, le tribunal a déclaré le cheikh al-Ghamidi innocent du meurtre de sa fille et non coupable des agressions subies par l’enfant (coups et cautérisations). L’avocat de la défense a attribué la mort de l’enfant à la « négligence médicale » et est même allé jusqu’à promettre de poursuivre les médias. Il a par ailleurs accusé la mère d’avoir « profité commercialement de cette affaire judiciaire ». Il s’attend à ce que son client soit bientôt libéré, « avec la permission d’Allah ». …
Même si les autres pays du monde sont loin d’être exempts de ce type de crimes inqualifiables, les jugements du tribunal saoudien sont très choquants, surtout parce qu’il s’agit d’une petite fille innocente et d’un père religieux wahhabite médiatiquement connu. Il y a droit et droit.
Bernard Dick
 
Au 31/05/2015 : nombre d’attaques terroristes islamiques mortelles :
TERRORISME 25998 ATTAQUES-31-05-2015

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