Argumentaire pour préserver la laïcité dans les cantines scolaires

belkacemminutevaLa décision du maire UMP de Chalon-sur-Saône, Gilles Platret, de supprimer le menu de substitution au porc dans les cantines scolaires de sa commune, a relancé le débat sur la pertinence de ne pas céder à des caprices religieux dans le cadre scolaire.
Rappelons que la cantine scolaire est bien un lieu lié à l’activité scolaire. L’école est par ailleurs régie par une « charte de la laïcité à l’école » présentée par l’ancien ministre de l’Education nationale Peillon en septembre 2013 et dorénavant affichée dans tous les établissements scolaires publics de France.
La charte rappelle que les élèves ont le droit à la libre expression de leur conviction de croire ou de ne pas croire en une religion tant qu’elle ne devient ni propagande, ni pression sur autrui. A ce titre, l’enfant juif et l’enfant musulman ont donc évidemment le droit de ne pas manger de porc si telle est leur conviction religieuse.
Mais la charte évoque aussi que l’Etat est neutre à l’égard des convictions religieuses ou spirituelles. L’Etat n’a pas à privilégier telle ou telle conviction plutôt qu’une autre. Il n’a donc pas plus à privilégier le judaïsme, l’islam, le christianisme, le végétarisme qu’une autre conviction. La laïcité sépare ce qui relève de la religion et ce qui relève de l’Etat ou d’une collectivité territoriale.
L’interdiction de consommer du porc ne relève donc pas des institutions républicaines, et celles-ci n’ont donc pas à s’en soucier. Cette interdiction ne relève donc en théorie que d’une initiative individuelle d’auto-servitude volontaire. Quoique dans le cas présent de jeunes enfants ou adolescents, elle relève plutôt d’un diktat ou d’un conditionnement parental.
La puissance publique, en l’occurrence ici, une collectivité territoriale, en fournissant des plats de substitution au porc, se fait donc le complice d’un autoritarisme parental non éclairé, ce qui va à l’encontre de l’article 6 de la charte, proclamant que « la laïcité de l’École offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre ».
De façon plus générale, le rôle de l’école est d’élever les élèves en les encourageant à faire usage de leur raison à partir de faits vérifiables par l’expérience scientifique, ou potentiellement authentifiables par des témoignages. Il n’est pas de collaborer à l’enlisement d’élèves dans des contraintes rituelles religieuses opposées à la philosophie des Lumières.
Ce n’est pas à la République de s’adapter à des pratiques superstitieuses, encore moins à les encourager. L’école laïque ne doit pas devenir la suppléante de névroses collectives.
La République n’impose pas un menu, elle propose. Libre à l’élève de l’accepter ou non. L’égalité en droit est respectée. Le droit de se nourrir est maintenu. Et comme la liberté reste évidemment de mise, si l’élève soumis à la volonté divine et parentale, ne veut pas de la viande proposée, il consommera davantage de légumes ou de pâtes, surtout à notre époque où le constat de la baisse de la part de la viande dans la consommation alimentaire est général, sans atteinte à la santé.
C’est justement ce qui distingue la République de certains musulmans militants. Car ces derniers aspireraient à proscrire des repas tel ou tel plat. Ce n’est nullement le cas de la République.
Car, pour ne pas être trop ingénu quant à « l’innocence » des interdits alimentaires islamiques, il est aussi bon pour éclairer le débat d’informer du cadre idéologique dans lequel est apparue cette interdiction de se nourrir de porc.
L’interdiction de la consommation de la viande de porc est énoncée dans quatre sourates du coran (sourates 2, 5, 6 & 16). Leur lecture nous présente la conception que tout bon musulman croyant doit se faire du mangeur de porc.
https://ripostelaique.com/letat-desprit-islamique-a-legard-du-mangeur-de-porc.html
Ce dernier ne peut être qu’inspiré par le diable, nous cite le coran, car en mangeant de la nourriture illicite, on suit les pas du diable. Manger du porc et de la nourriture illicite relève aussi du mal et de la turpitude (2 :169), et même de la perversité (5 :3) (6 :121) ; la chair du porc illicite est impure (2 :168) puisque c’est une souillure (6 :145). Celui qui s’en nourrit devient donc impur ; il n’est pas étonnant alors qu’il puisse être qualifié de pervers dans cette « logique » mahométane.
Celui qui s’entête donc à consommer du porc mérite donc d’être voué aux gémonies ; les versets accompagnant la condamnation de la nourriture de porc fustigent les mécréants qui ne suivent pas Allah, en les assimilant à du bétail et à des êtres incapables de raisonner (2 :171) ; ce sont des menteurs qui tentent d’écarter les musulmans d’Allah (6 :116 & 117). La méfiance doit être de mise face, particulièrement, à des chrétiens « pervers » qui risquent d’éloigner les musulmans du message d’Allah (5 :49).
Ce n’est donc pas par le versant islamique que se constituera un bréviaire du vivre ensemble. Ne soyons donc pas dupes du dogme sous-jacent à ce refus de partager la même nourriture. Seule une stricte laïcité républicaine peut permettre à la jeunesse de vivre réellement ensemble.
Jean Pavée
Addendum : un argument très souvent invoqué par les partisans du repas de substitution est d’accuser les partisans de la laïcité de ne pas avoir exigé l’abrogation du poisson servi dans les cantines le vendredi.
D’abord, il y a belle lurette que le poisson fixé automatiquement au menu le vendredi a disparu dans la plupart des cantines. Enfin si le poisson fût effectivement longtemps de mise dans les repas de cantine le vendredi, ce n’était pas pour satisfaire une exigence de la religion chrétienne, mais tout simplement parce qu’à une époque où la garantie du maintien de la chaîne du froid n’était pas très fiable, manger du poisson le vendredi vous assurait davantage que ce poisson était le plus frais possible, l’essentiel de la consommation nationale, et donc de la livraison étant assuré et concentré ce jour-là.

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