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Arles : musées vidés, ville crasseuse et abandonnée

Au cours de l’été, je suis passée par Arles. Je m’en faisais une joie, mais le résultat est mauvais. C’est une ville qui a 2500 ans d’histoire, et dont les monuments romains et romans sont classés sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité depuis 1981. La ville elle-même est classée « ville et pays d’art et d’histoire ».

Mais que reste-t-il de ces splendeurs après plusieurs années de gestion socialiste (Vauzelle, 1995-1998 puis Toeschi jusqu’en 2001) puis vingt ans de gestion communiste (Schiavetti, 2001- 2020), et dont le maire depuis 2020 est le macroniste Patrick de Carolis ?

Notre arrivée à Arles a été épique. Nous avions réservé dans un petit hôtel que je ne nommerai pas. Mais l’appareil devant nous restituer nos réservations ne fonctionnait pas. Nous avons cru dormir dans la voiture.

Accédant à l’intérieur malgré tout vers onze heure quarante-cinq, le « jeune » (comprenez le jeune Noir aux cheveux nattés) ne sait pas écrire « accueil » sur l’ordinateur, même sous la dictée. Le « cueil » lui pose un insurmontable problème.

Il lui faut trois quarts d’heure de réflexion avant de caler et d’appeler à l’aide. Non sans me lancer un « vous vous plaignez un peu je crois ? » Alors que j’ironise doucement.

Le lendemain nous nous garons sur une petite place ancienne qui aurait pu être jolie si les poubelles prêtes à se renverser n’y étaient pas omniprésentes et puantes, et si elle était parfois balayée.

Nous longeons les arènes d’Arles, avec plusieurs groupes de touristes allemands, que je plains intérieurement. Ils n’ont pas l’air d’être à la fête et on les comprend.

Nous n’avons pas le temps d’entrer dans les arènes pour vérifier si elles n’ont pas été criminellement bétonnées comme celles de Fréjus.

Mais nous notons comme les abords sont crasseux, peu engageants, poussiéreux. Papiers gras, nids de poules. Des herbes folles jaillissent du trottoir défoncé. Comme à Paris, « ils » ont renoncé aux désherbants et même, à l’huile de coude. Tout cela fait de la peine.

Il y a à Arles des impôts locaux abominablement élevés : où donc passe ce « pognon de dingue » ? La ville ne pourrait-elle pas engager des chômeurs (20 % dans la ville) pour balayer et désherber ? Ah non, c’est une idée ringarde.

Nous entrons dans la cathédrale romane Saint-Trophime, (construite en 1100). Certes c’est très beau mais nous ne voyons aucun dépliant explicatif. Par contre nous sommes accueillis à l’entrée par un important stand de bondieuseries dignes de Lourdes, à faire fuir.

Pour accéder à la billetterie du cloître Saint-Trophime du XIIe siècle, il faut traverser une grande cour ancienne, poussiéreuse, crasseuse, incertaine, avec un sol inégal sur lequel les touristes allemands vont se tordre les pieds, avec des fenêtres dans le mur qui pourraient et devraient être rouvertes et restaurées. Mais à l’évidence aucun architecte restaurateur n’est venu depuis longtemps se pencher sur cette cour.

Ce cloître est une merveille, mais les alentours ne sont pas du tout à la hauteur.

Puis nous voilà au « museon Arlaten », créé par Frédéric Mistral en 1906. Cocorico, nous dit-on à l’accueil, vous allez voir comme c’est devenu magnifique !… Ah bon ?

Très peu de monde dans ce musée, pourtant on est en pleine saison touristique.

Fermé pendant douze ans, ce musée d’ethnologie, de culture et de tradition provençale, a été coûteusement restauré, et dans un style qui tôt ou tard va passer de mode. De rutilantes passerelles de métal et de verre, interminables, dénaturent complètement l’ancien hôtel particulier de Laval-Castellane, d’époque renaissance, érigé à la fin du XVe siècle.

Un musée revu au goût du jour, avec de grands passages vides pour aspirer les foules et les écoliers venus sur ordre. Seules trois ou quatre salles respectent ce pour quoi le musée a été créé : l’art et les traditions provençaux.

Nous cherchons des meubles typiquement provençaux qui n’y sont pas ou plus, car ils y étaient, nous les y avions vus avant la restauration. Oui, mais c’était « avant ».

On nous explique qu’ils sont dans la réserve, avec 40 000 autres objets en pénitence, et qu’il faut pour les voir demander un rendez-vous. Tout ça pour ça. Cela doit être la raison des douze années de fermeture : il a bien fallu déménager ce qui ne plaisait plus… encore heureux que cela n’ait pas été jeté ou brûlé.

Dans la magnifique chapelle des Jésuites, du XVIIe, construite quand l’hôtel est devenu collège, est tenue une exposition, heureusement temporaire, sur le mariage. Le mariage provençal, certes. Mais aussi le mariage gitan. Passe encore, bien que les Gitans ne soient pas provençaux. On n’est pas loin des Saintes- Maries-de-la-Mer.

Mais celui des homosexuels ? Il ne me semble pas du tout que ce soit dans la tradition, provençale ou pas, sinon nous ne serions pas là. Et pas dans la tradition arlésienne, qui était catholique ou protestante.

Mais le mariage homo doit avoir partout sa place, n’est-ce pas ?… Ici il est annoncé par une grande photo du mariage de deux jeunes hommes qui s’embrassent évidemment sur la bouche et se déclarent, sur une affiche, opposés à la Manif pour tous.

Voilà qui me paraît nettement idéologique et politique. Surtout dans une chapelle. Le mariage religieux homo, prochaine revendication ?

Nous n’avons pas le temps de voir les Alyscamps, les musées Van Gogh, Réattu, le musée du santon provençal, celui de la Camargue… pas le temps, ou plus envie ?…

En quittant Arles nous ne tournons pas là où il faudrait et nous voilà tout de suite longeant un no man’s land interminable le long du Rhône, pas même bon pour la sortie vespérale du chien. Aucune main d’homme, aucune poubelle, aucune débroussailleuse n’a dû y passer depuis un moment. Bien à l’image que nous retiendrons, hélas, de cette ville autrefois belle, aujourd’hui abandonnée.

Puis nous faisons une halte sur l’autoroute pour nous restaurer. On se croit au Maghreb. Une table avec deux femmes voilées dont une visiblement pas de cette origine, donc convertie, avec une bande d’enfants en bas âge (nos remplaçants ?) Une autre table de femmes voilées, également tout près.

Derrière moi, un salafiste pur jus surveille ses deux jeunes femmes et ses deux enfants, mais il échappe à mon regard.

Accueillis à Arles par l’Afrique incompétente, notre départ se fait sous le signe de la tiersmondisation islamisée. Tout est lié. On dit qu’après 20 h, il vaut mieux ne plus sortir, ici. Comme partout, agressions, vols et coups de couteaux se généralisent. Nous filons.

Arles est une ville sale. Un joyau classé, mais laissé à la crasse. Alors qu’avec un peu d’effort, elle serait superbe. Le tourisme, sa principale activité, va-t-il résister encore longtemps ? Ces splendides monuments vont-ils mourir à force de non-sens avant-gardiste, de culte du néant et d’incurie caractérisée ?

Sophie Durand