Armée française : Echirolles ou la chronique d’une mort annoncée

La fin de la guerre froide, la transposition de la menace et la suspension quasi définitive de la conscription ont de facto imposé une réorganisation structurelle profonde des armées intimée par le politique.

S’adapter étant l’une des qualités premières du soldat, l’institution militaire aurait su mener à bien ce combat car se reposant sur un terreau humain fier de la composer. Des anonymes issus de toutes les strates sociales qui avaient pour point de convergence la notion de dévotion à son pays, à son drapeau, à son peuple.

Cependant, l’inconditionnel esprit de sacrifice du soldat a connu ses premiers vacillements au cours des quinze dernières années.

Les précédents Livres blancs et celui à venir rythment la partition d’un requiem en cours d’achèvement. Révisions baissières successives des budgets, réduction planifiée et continue des effectifs, fermetures de site et regroupements en base de défense, externalisation à tous crins, civilianisation excessive, dilution des savoir-faire etc. sont autant de mesures qui n’ont eu de cesse d’amoindrir la dévotion des militaires.

Elle s’est encore vue davantage fragilisée lors du précédent mandat présidentiel. Le rapide désamour entre la tête de l’état et le soldat s’est traduit par un sentiment d’abandon très souvent partagé dans les rangs.

Consécutivement, la refonte des régimes spéciaux des retraites et donc celui des militaires n’a pas inversé la tendance, bien au contraire.

Alors que les différents observateurs de la Défense affichent un scepticisme grandissant quant à l’avenir de celle-ci, l’actualité conforte leurs analyses systémiques :

Traitement défaillant de la paye des militaires, avancement figé pour des raisons économiques mais accéléré dans d’autres ministères, abandon précipité de la mission de stabilité en Kapisa et obligation faite aux américains de remplacer la France etc.

Mais il est au milieu de cette actualité un fait qui suscite émoi et inquiétude au plus profond de l’institution, l’affaire d’Echirolles.

Deux jeunes militaires Sid Ahmed et Mohamed Amine sont impliqués dans un double homicide volontaire lors d’une expédition punitive.

Il ne s’agit pas du premier fait divers impliquant un militaire. L’on aura à l’esprit Foued, tentative de meurtre sur Rudy en 2008 et évidemment Mohamed Merah qui avait postulé dans l’armée sans pouvoir y être incorporé du fait d’un casier judiciaire trop chargé.

A l’instar de la société française, l’effectif des armées connait une transformation démographique accélérée. Les nouvelles recrues font peu ou prou partie de la population issue de la diversité. Les nouvelles revendications au sein de l’institution l’attestent : adaptation des menus, adaptation des charges de travail en période de rite religieux, adaptation du planning et des jours fériés, refus de partir en missions dans certains pays etc.

Alors que doit faire l’Etat?

Interdire l’accès aux bras armés de l’état (Armée – Police – Gendarmerie) aux jeunes gens issus de familles d’Afrique ou du Maghreb ?

C’est impensable.

Durcir les conditions d’incorporation ?

Du fait d’un manque de candidatures spontanées, l’Armée dépense beaucoup pour la promotion de ses métiers. Sans cet effort budgétaire, les objectifs d’incorporation seraient loin d’être atteints. De plus, en raison d’un manque de postulants, il n’est plus rare d’incorporer un candidat en échec scolaire n’ayant pas un casier judiciaire vierge. La marge de manœuvre de l’Etat sur les conditions d’accès est donc quasi inexistante.

Mieux évaluer les motivations réelles des jeunes recrues ce qui permettrait de filtrer naturellement les candidats présentant un potentiel criminel?

Impossible. Les professionnels du recrutement, y compris les psychologues ne sont nullement aptes à évaluer la véracité des propos d’un postulant. Personne ne l’est. Personne ne pourra jamais l’être. Qu’en serait-il des experts psychologues dont les rapports ont permis la réhabilitation sociale de pédocriminels ayant récidivé ?

Si vous êtes vraiment déterminé à commettre des actes délictueux, mentir à des questionnaires de personnalité ou en entretien de motivation vous posera-t-il vraiment un souci déontologique ?

La messe est dite ! Et c’est en cela que l’avenir de l’institution militaire s’assombrit d’une manière irrémédiable à mesure que la population française se transforme.

La base de l’imposant édifice Armée en reconstruction se fissure inexorablement. Le ciment ne prend plus. Les valeurs qui l’honoraient, défense des concitoyens, fraternité, don ultime de soi ne sont plus partagées par cette nouvelle population.

Pourquoi vouloir défendre une population, au mieux, qui nous est indifférente, au pire, pour laquelle l’on voue une haine viscérale? Echirolles en est criant de vérité.

Des groupes de travail vont être mandatés, des rapports vont être remis et beaucoup de communication sera faite. Mais le mal est là, il irradie toute la nation et l’armée n’échappe pas au cancer généralisé.

De la grande guerre à la seconde guerre mondiale, des militaires et des civils souvent très jeunes sont morts pour la liberté de leurs compatriotes, nous. Y compris Foued, Mohamed Merah, Sid Ahmed et Mohamed Amine.

Aux morts.

Bernard Bayle

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