Arte oublie que la culture ce n’est pas de la propagande religieuse

Publié le 3 septembre 2012 - par - 9 222 vues
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Samedi 1er septembre, en prime time, si l’on peut utiliser cette expression pour les faibles audiences de cette chaîne, Arte s’est livrée à une séance de désinformation en programmant un catéchisme bien-pensant à la gloire de l’islam.

Le synopsis, des 3 épisodes de la série qui nous ont été livrés ce samedi, était à la fois engageant, nous permettant d’en savoir davantage sur les civilisations mésopotamiennes, mais aussi inquiétant car son titre « De l’Orient à l’Occident » sentait déjà bon l’intention de nous inculquer à nouveau la soi-disant dette de l’Occident à l’islam, signifiant par-delà, que la pensée occidentale n’aurait pu se développer sans l’apport islamique.

Cette crainte fut malheureusement plus que fondée. Si le premier volet du documentaire, concernant les anciennes civilisations d’Anatolie et de Mésopotamie, fut effectivement une œuvre digne d’une recherche historique, il n’en fut pas de même pour la suite, où l’inégalité de traitement entre le christianisme et l’islam relevait du grand écart.

En effet, l’installation du christianisme en Orient était noyée dans le deuxième épisode, qui en outre évoquait la révolution du pharaon Akhénaton, imposant le culte d’un dieu unique Aton en renversant les divinités traditionnelles égyptiennes, et la construction du judaïsme avec Abraham et Moïse.

On ne constatait pas la même bousculade d’évènements dans le troisième épisode, d’une même durée de 52 minutes, qui exposait posément et avec plus de détails l’apparition et l’expansion de l’islam. L’exposé présenté alors perdait en partie son caractère historique pour une présentation parfois hagiographique. Sans rentrer dans tous les détails concernant cette inégalité de traitement entre l’islam et les autres religions présentées, observons en quelques-uns.

L’évocation de Mahomet s’effectua à la mode islamique, puisqu’une fois présenté au spectateur, il fut ensuite mentionné quasiment chaque fois par l’expression « le Prophète », comme s’il était l’unique prophète au monde, et surtout comme s’il allait de soi qu’il fut un prophète et a fortiori « The » prophète. Abraham, Moïse et Jésus n’eurent pas le même traitement. Une émission, où Jésus serait cité systématiquement sous la nomination « le Fils de dieu », serait considérée comme partisane, se plaçant dans une logique chrétienne et non pas historienne. Apparemment la recherche historique concernant la culture islamique ne connaît pas cette équivalence.

Comme à chaque fois qu’on nous présente l’islam, nous avons eu droit à une vision de mosquées ou de prosternations sur fond d’appels à la prière ou de récitations de versets bien sonores ; mais en opposition les visions de prêtres et fidèles juifs ou chrétiens n’ont pas été accompagnées de telles proclamations acoustiques.

La diffusion du christianisme a été évoquée plus sous l’angle de la construction d’une Eglise par Paul, et on perçoit donc peu qu’elle s’est effectuée, lors des 3 premiers siècles, par la parole. Par contre sa légitimation dans l’espace romain est montrée par la bataille du Pont Milvius, remportée par l’empereur Constantin, ce qui induit un caractère belliqueux au christianisme.

Par contre aucune vision de l’expansionnisme arabe par le cimeterre n’est présentée ; tout au plus sont évoqués, l’existence de garnisons à l’origine de la création de nouvelles villes, et le mot conquête pour parler de la diffusion de l’islam avec en image une carte sur laquelle apparaît l’extension d’une tâche illustrant l’avancée arabe du VII° siècle. Mais point de représentation de bataille ou de description de combat.

Donc point d’évocation des populations concernées ayant pâti des tueries inévitables de ce genre de circonstance. Pour édulcorer, voire occulter ce qui pourrait déplaire à un public occidental dorénavant peu porté sur les gestes martiales, on a attiré l’attention sur les divisions au sein des grands vaincus, les empires byzantin et perse et sur leurs nombreuses guerres les ayant opposé et qui finirent par les affaiblir au profit des Arabes.

Et puis surtout, car il faut vraiment oser lorsqu’on relate une conquête, nos documentaristes ont embrayé sur la tarte à la crème de tous les islamo-béats : la tolérance. Eh oui, ces conquistadors arabo-musulmans étaient tolérants. Rendez-vous compte, lorsqu’ils se sont emparés de Damas en 635, ils ont laissé la moitié de l’espace de la basilique Saint-Jean aux chrétiens, se contentant de l’autre moitié. Ce pousse toi de là que je m’y mette, mais je te laisse quand même un bout, une curieuse conception de la tolérance tout de même !

La grande mosquée de Damas

De toute manière, cette situation de partage n’était que provisoire, entérinée dans le cadre des négociations liées à la chute de Damas. Vainqueurs, mais peu nombreux, les conquérants arabes musulmans furent contraints à des concessions. Aussi acceptèrent-ils en 635 le maintien de quelques-unes des églises pour les chrétiens. Il n’empêche que fidèles à leur réécriture des religions abrahamiques dans laquelle ils considèrent Jésus et Jean-Baptiste comme des prophètes de l’islam sous les noms d’Issa et Yahya, la basilique consacrée à Jean-Baptiste ne pouvait être que perçue musulmane.

Ne voyons pas dans la reconnaissance de ces personnages sacrés du christianisme un signe d’une magnanimité islamique ; il s’agit au contraire d’une stratégie conquérante mahométane consistant à imposer aux chrétiens l’idée que leurs représentations religieuses sont fausses. En effet les actes et paroles prêtés à Issa et Yahya n’ont rien à voir avec ceux de Jésus et du Baptiste.

Cette appropriation du Baptiste au clan des prophètes islamiques permit l’implantation islamique dans une moitié de la basilique. Cela permet au narrateur du documentaire de s’extasier devant l’utilisation commune aux chrétiens et aux musulmans de la seule entrée disponible du bâtiment. Et de s’épancher sur la tolérance mutuelle régnant entre les membres des deux religions.

Le tombeau de Jean-Baptiste dans la grande mosquée de Damas

On aurait pu simplement lui dire que les dirigeants musulmans pour gérer les espaces conquis avaient besoin d’un personnel expérimenté. Ainsi le grand-père, Mansour, puis le père de Jean Damascène, un Arabe chrétien père de l’Eglise, servirent l’administration arabe, après que Mansour eût servi l’empereur byzantin.

Entre deux envolées emphatiques sur la tolérance islamique, le narrateur reconnait tout de même, d’une façon plate, comme si cela était tout à fait normal, qu’en raison de l’augmentation du nombre de musulmans dans la ville, au bout de 70 ans, le calife fit démolir la basilique Saint-Jean-Baptiste, édifice de petite taille, pour gagner de l’espace. A sa place fut édifiée la Grande Mosquée des Omeyyades ; en raison du caractère sacré de Yahya, le tombeau de Jean-Baptiste fut conservé ; aussi est-ce là la seule mosquée où on assiste face au tombeau à la fois aux prosternations des musulmans, et aux signes de croix et génuflexions des chrétiens.

Enfin l’apothéose nous fut servie avec un final sentencieux et sans complexe « l’islam a changé la face du monde ». Bien sûr, il ne fut pas dit la même chose à propos du judaïsme ou du christianisme.

Le pire est peut-être à venir, puisqu’avant de nous quitter, le commentateur promit de nous évoquer la semaine prochaine « l’âge d’or de l’islam ». Tout un programme !

La série est produite par une maison de production britannique « Lion television » (1). Mais la lecture du générique, qui défilait trop vite, a laissé percevoir un très grand nombre de collaborateurs turcs, ainsi qu’un organisme turc. Serait-ce ce qui expliquerait l’effarante dhimmisation des quatre réalisateurs ? Ou serait-ce la volonté plus ou moins marquée des acolytes de l’islamiste premier ministre turc, Erdogan, de faire du zèle pour montrer aux Saoudiens, qu’en matière de prosélytisme en direction de l’Occident, ils devront faire face à une nouvelle concurrence ?

En tout cas, il est regrettable de constater que la seule chaîne tv qui jusque-là se montrait parfois critique vis-à-vis de l’islam, et pas seulement des islamistes, notamment par des documentaires produits par Daniel Leconte, est en train de rejoindre le camp des béni-oui-oui. Pourtant la propagande est plus que grossière. Elle est digne d’un clip publicitaire ! Arte a-t-elle été payée pour passer la brosse à reluire ? En tout cas, elle a oublié que la culture, ce n’est pas de la propagande religieuse !

Jean Pavée

(1) http://www.arte.tv/fr/De-l-Orient-a-l-Occident—la-serie/6856400.html

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