Assassinats en Libye : les ambiguïtés de la condamnation du CFCM

Dans un communiqué du 13 septembre, le Conseil français du culte musulman (CFCM)  condamne les attaques de Benghazi contre le consulat américain et « présente ses sincères condoléances et sa compassion aux familles des victimes ». Ce qui est bien, encore eût-il fallu que le CFCM se désolidarise plus clairement des agresseurs qui se réclament de l’islam.

Le CFCM condamne par ailleurs le film « Innocence des musulmans » qui est, selon lui, « insultant à l’égard du prophète de l’islam Muhammad » et « profondément choquant pour tous les croyants ». Rien à redire non plus : le CFCM est dans son rôle de défense de l’islam et des musulmans.

Mais deux passages du communiqué sont très ambigus, et rappelle les discours de Tariq Ramadan à double entrée (l’une pour les musulmans et l’autre pour les « infidèles »).

1. « Il est indigne de prétendre défendre la dignité de l’islam en portant atteinte à la vie de personnes innocentes. »

Pourquoi préciser « de personnes innocentes » ? On pourrait comprendre que pour le CFCM, il n’est pas « indigne » de porter « atteinte à la vie » de personnes jugées « coupables », par exemple les auteurs du film « Innocence des musulmans ».

2. « Le Conseil Français du culte musulman profondément attaché aux libertés individuelles appelle les Etats de droit à ne pas tolérer les insultes et les incitations à la haine diffusées contre une religion ou une communauté sous couvert de la liberté d’expression (…) »

Il faudrait savoir ! Si on est « attaché aux libertés individuelles », on ne peut condamner la « liberté d’expression », surtout quand celle-ci se contente de critiquer le fondateur d’une religion.

D’autre part, le CFCM mélange « les insultes et les incitations à la haine » à la fois contre « une religion » et « une communauté ». C’est la fameuse équation : islamophobie = racisme, qui fait que toute moquerie ou hostilité envers l’islam est assimilé à une « incitation à la haine » contre tous les musulmans. Cela rappelle les grandes envolées lyriques de feu Mouloud Aounit contre les caricatures de Mahomet ou comparant Robert Redeker à Ben Laden.

Or dans cette affaire, qui a « incité à la haine » contre les Juifs et les Américains, avec passage à l’acte ?

N’est-ce pas le site oumma.com qui mettait de l’huile sur le feu en titrant : « Un israélo-américain est derrière le film brûlot contre l’Islam » ? N’est-ce pas l’Humanité qui reprenait la fable sans vérification ni prudence : « Le film, « Innocence of Muslims », est réalisé par Sam Bacile, promoteur immobilier de sont état. C’est un israélo-américain, qui a tourné en Californie ce poncif de 2 heures, en levant des fonds (5 millions de dollars) auprès d’une centaine de juifs qui ont souhaité rester anonymes. » ? Informations que se sont révélées fausses sans qu’oumma.com et l’Humanité ne fasse mea culpa.

Le communiqué du CFCM est donc très ambigu. Pour les « infidèles », il peut être lu comme une condamnation ferme des attentats de Benghazi et d’ailleurs, et une défense de l’islam et des musulmans. Pour certains musulmans, il peut être lu comme le droit de se venger physiquement contre les auteurs du film.

Alors quand le CFCM dit qu’il faut « user de moyens justes et légaux pour défendre leur religion et le messager de Dieu », à quelles lois se réfèrent-ils ? Celles de la France et des États-Unis, ou à celles de l’islam contenues dans la charia ?

Roger Heurtebise

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