Atlanta-Sydney-Athènes-Pekin+ 2008

« All forms of discrimination with respect to a country
« or a person, whether for reasons of race, religion,
« politics, sex or any other, are incompatible with the
« Olympic Movement »
(Olympic Charter)

Pour les sportifs de tous les pays du monde, l’année 2008 sera d’abord une année Olympique. Mais ils ne seront pas les seuls à se préparer à cet évènement qui est sans doute l’un des plus médiatisés de l’actualité.
Car les Jeux Olympiques, malgré les critiques dont ils sont l’objet – gigantisme, affairisme, favoritisme- continuent à fasciner. Sans doute parce qu’ils ont l’ambition de ne pas être simplement un lieu de compétition sportive comme les autres, pas plus qu’ils ne se réduisent à un supermarché publicitaire ou à un sous produit du sport spectacle.
Historiquement, la raison d’être du renouveau des Jeux de l’Antiquité, tel qu’il s’est concrétisé pour la première fois à Athènes en 1896, a été la volonté de promouvoir des valeurs universelles à l’intention de la jeunesse du monde.
On peut être sceptique, on peut en rire, on peut vouloir profiter de ces Jeux pour défendre des causes politiques ou humanitaires, mais on peut aussi jouer le jeu et rester sur le terrain du l’olympisme et de ses ambitions.
Se demander pourquoi, s’agissant de la présence des athlètes femmes, après la lutte acharnée des sportives occidentales pour obtenir la reconnaissance de leur droit à participer aux Jeux, aujourd’hui encore du fait de la résistance d’un dernier carré d’irréductibles – les pays islamistes- les Jeux ne remplissent toujours pas leur fonction première : celle de rassembler la jeunesse du monde entier. Les femmes de ces pays sont toujours interdites de stade.
Et cela révèle bien le sens véritable des « coutumes », par exemple le port du voile islamique, qui signent la ségrégation entre les hommes et les femmes.

Olympisme et universalisme

Idéalement, la trêve Olympique représente d’abord un moment de paix entre les peuples et l’occasion pour les jeunes du monde entier d’apprendre à se connaître en se mesurant les uns aux autres dans le respect et la non violence. Ceux qui font partie, à quelque titre que ce soit, du Mouvement olympique, sont selon la Charte olympique les ambassadeurs de ses valeurs et non de celles des nations auxquelles ils appartiennent.
Ainsi le stade Olympique est sans doute le seul lieu international où s’impose une loi unique: celle de la Charte Olympique qui proscrit toute forme de discrimination :
« Toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne qu’elle soit pour des raisons raciales, religieuses, politiques, de sexe ou autre est incompatible avec l’appartenance au mouvement olympique ».
Réinterroger le sens de l’olympisme, c’est l’objet de ce texte.
L’histoire des Jeux Olympiques, témoigne de la force symbolique du sport qui doit être, qui devrait toujours être, un facteur d’épanouissement personnel. Mais le sport se révèle aussi être un formidable moyen d’expression pour ceux que l’Histoire a voulu opprimer.
Personne n’aura oublié la victoire de l’athlète Noir Jesse Owen à Berlin en 1936, à la veille des tueries de la deuxième guerre mondiale, comme un ultime avertissement à l’Allemagne nazie qui s’attendait à la réussite d’un athlète aryen :
« Que son triomphe se situe à Berlin devant le maître d’une Allemagne bercée par les théories de l’homme blanc supérieur et des races inférieures, constitue le plus étonnant symbole que l’on puisse opposer aux spéculations du nazisme »
(« des Jeux Olympiques » aux éditions de la Matinière).
Personne n’aura oublié les déchirements du monde sportif qui ont accompagné les moments forts de la « guerre froide » et les boycotts qui s’en suivirent, ni le poing levé des athlètes Noirs américains en signe de révolte contre la discrimination raciale aux Etats-Unis, ni le sang des athlètes israéliens cruellement assassinés et le visage masqué des Palestiniens qui les tenaient en otage …
Mais il y eut aussi l’exclusion pendant 30 ans de l’Afrique du Sud des Jeux Olympiques pour cause d’apartheid racial. Certes, ce ne fut pas à l’initiative du CIO bien que la décision lui revînt, mais sous la pression internationale à la suite d’une résolution des Nations Unies. Il fallut attendre les Jeux de Barcelone en 1992 pour que l’Afrique du Sud ayant mis un terme à l’apartheid soit autorisée à réintégrer la famille olympique.

Olympisme et ségrégation à l’encontre des femmes

Etait-ce pour autant la fin de l’apartheid ? Sûrement pas puisque personne ne semblait remarquer l’existence à ces mêmes Jeux de Barcelone une forme beaucoup plus ancienne de ségrégation, celle qui touche des millions de femmes sous des prétextes religieux et culturels.
Ainsi, lors de la cérémonie d’ouverture, alors que la presse du monde entier proclamait que « la fête était enfin complète » avec le retour de l’Afrique du Sud représentée par des athlètes noirs et blancs, des dizaines de délégations sans athlètes féminines défilaient dans la plus parfaite indifférence des médias. Très précisément 35 délégations nationales ne comportaient aucune femme.
Alors que l’absence des noirs causait un scandale car ils avaient été écartés en raison de leur appartenance raciale, l’absence de femmes simplement parce qu’elles sont femmes n’a entraîné aucune réprobation.
Expression d’une discrimination ordinaire des pays pauvres qui donnent la préférence aux sportifs masculins parce que cela leur paraît normal de privilégier les garçons dans tous les domaines ?
Oui, certes, mais aussi expression d’une volonté délibérée dans le cas des pays islamistes de ségrégation entre les hommes et les femmes, et d’exclusion les femmes de l’arène sportive internationale.
Comme de la sphère publique si elles ne sont pas revêtues d’un costume qui les dissimule en ayant leur individualité de femme.
De même, à partir de 1993, tous les quatre ans à l’initiative de l’Iran, comme une sorte de réplique aux jeux olympiques officiels, se tiennent à Téhéran des jeux dits de la « Solidarité islamique» qui regroupent les femmes musulmanes.
Ces jeux sont fermés à la presse sauf au moment de la sinistre cérémonie de remise des médailles à des sportives recouvertes du voile noir de la tête aux pieds, voile censé protéger leur pudeur des regards extérieurs ! Des observatrices déléguées par le CIO ont accepté d’assister au déroulement de ces Jeux et ont produit des rapports élogieux, sans même prendre conscience de la gravité des faits dont elles se rendaient complices par leur seule présence.
Quelle justification ont donc osé afficher les organisateurs des jeux séparés qui institutionnalisent une pratique qui, lorsqu’elle touchait les noirs d’Afrique du Sud, était considérée comme contraire aux valeurs universelles des droits de l’homme ? La réponse est inscrite dans le discours d’ouverture prononcé lors des premiers Jeux de la Solidarité islamique en 1993 par Hashimi Rafsandjani, alors président de la République islamique d’Iran :
« Les Olympiades ont été l’occasion d’une grande confrontation entre les femmes qui ne voulaient pas paraître sur les scènes olympiques et d’autre part les organisateurs occidentaux qui exerçaient une pression pour qu’elles s’y plient…Les musulmans devraient prendre toutes les précautions pour que les femmes ne soient pas mêlées aux conséquences indésirables du sport, et d’un autre côté nous devons faire de notre mieux pour satisfaire à leurs aspirations. Etant l’un des fondements du monde musulman, notre République islamique gouvernée par les lois de l’Islam s’est engagée dans cette voie, en réunissant pour ce congrès des experts des pays islamiques ainsi que des personnes qui ont foi dans la préservation de la pureté des femmes et dans les enseignements de l’Islam, afin de prévenir la corruption qui pourrait résulter de la présence simultanée d’hommes et de femmes athlètes dans un seul et même lieu ».
Ces arguments du respect de la pureté des femmes, de leur fragilité, de leur pudeur, résonnent à nos oreilles de femmes occidentales comme un leitmotiv familier qui nous ramène aux années victoriennes.
Le baron de Coubertin, lui-même utilisait un vocabulaire plus rude et qualifiait les olympiades femelles d’inintéressantes, inesthétiques et incorrectes. Ce fut une Française, Alice Milliat, fondatrice de la fédération sportive féminine internationale en 1921, qui réussit à obtenir l’entrée des femmes dans certaines épreuves d’athlétisme en 1928 à Amsterdam. Depuis lors la place de femmes aux Jeux n’a cessé de croître au point de représenter en 2004 près de 41 % des athlètes.
Mais ce chiffre global ne suffit pas à décrire la réalité.
L’accroissement du nombre ne signifie pas la participation des femmes de chacun des pays.
Ainsi l’accroissement du nombre des athlètes noirs au fil des Jeux n’empêchait pas que ceux d’Afrique du Sud en étaient exclus de par la volonté politique de leur pays ;
Ne rien faire face à cette situation c’est mettre en danger les femmes qui dans les pays musulmans comme tels ceux du Maghreb par exemple, luttent pour continuer à pratiquer le sport dans les conditions vestimentaires adaptées aux différentes disciplines et imposées par les règlements internationaux. Malgré les menaces de mort dont elles sont l’objet de la part des islamistes elles tiennent bon. On se souviendra du cri de l’Algérienne Hassiba Boulmerka, en 1995 à Gôtebourg, « je décerne cette médaille à toutes les femmes du monde qui souffrent la même chose que moi, et en particulier les femmes algériennes ».
C’est pour leur apporter notre appui que dès 1992, La Ligue du Droit International des Femmes et Terre des Femmes ont créé une association commune, ATLANTA+ qui fait entendre sa voix à chaque Jeux Olympiques, et en obtenant des résolutions du Conseil de l’Europe, de la Commissions des Droits de l’Homme de Genève et de l’Assemblée Nationale française demandant que le CIO marque sa volonté d’appliquer effectivement sa propre Charte et
« exclue les pays qui excluent les femmes », tout comme elle a su exclure l’Afrique du Sud en son temps.
Malgré les acquis incontestables de cette action continue il faut aujourd’hui dire clairement que les pays qui refusent encore d’appliquer la Charte Olympique, le noyau dur d’irréductibles, doivent être publiquement dénoncés.
Un point d’histoire :
A Atlanta en 1996, le nombre de délégations sans femmes est passé de 35 à 26. Et l’Iran – qui était la cible des critiques du Comité ATLANTA+ – a cédé et envoyé à la dernière minute une femme (vêtue du pied en cap et la tête couverte) pour concourir à l’épreuve de tir ! A Sydney en 2000 le nombre de délégations sans femmes chutait de 26 à 10 !
Notre association qui s’était rendue sur place avec une délégation mixte de sportifs afghans, de la diaspora réussissait à empêcher que les talibans alors sur le point de gagner la guerre civile qui les opposait au commandant Massoud, soient invités comme observateurs par le CIO.
Le Comité ATLANTA+a pu conférer avec le CIO et celui-ci a reconnu la qualité du combat mené. Enfin à Athènes en 2004 – notre association a salué la présence d’une délégation officielle mixte d’athlètes afghans dont la porte drapeau était une femme.
Mais le nombre de délégations excluant les femmes est resté le même qu’a Sydney, preuve que le « noyau dur » résistait.
La pression du Comité ATLANTA+ a été payante. Elle a conduit le CIO à pratiquer une politique d’incitation financière notamment à l’intention des pays africains les plus pauvres, orientée vers la participation des femmes aux Jeux Olympiques.
Mais cette politique d’incitation atteint ses limites puisque les pays tels que l’Arabie Saoudite ne sont en rien pénalisés malgré leur dédain affiché de l’idéal olympique.
Rien, sauf sans doute la menace de l’exclusion ne convaincra l’Arabie Saoudite et les autres irréductibles de reconnaître la loi olympique…mais c’est le pas que le C.I.O refuse de franchir.
En guise de conclusion.
A travers l’action du Comité ATLANTA+ qui a secoué le CIO, ce que rapporte le livre consacré à l’histoire des Jeux Olympiques c’est le sens de l’Olympisme qui est remis au premier plan.
C’est le rôle premier du sport, « langage universel par excellence » comme le définit la Charte de l’Unesco, qui est rappelé.
C’est aussi la démonstration que le voile islamique est bien un signe d’exclusion.
La résistance des pays qui l’imposent souligne leur volonté d’exclure les femmes d’un monde, qu’ailleurs les hommes et les femmes partagent librement.
Le stade olympique constitue une occasion unique de prendre l’initiative d’une affirmation publique du refus de la politique de ségrégation à l’encontre des femmes.
Pekin 2008 sera réussi si ce message est exprimé avec la force qui s’impose.
La présidente,
Annie SUGIER
6, Place Saint-Germain-des-Prés 75006 Paris – France
TEL : (33) 1.45.49.04.00 – FAX : (33) 1.45.49.16.71
Email : w113111@club-internet.fr

image_pdf
0
0