Attention, danger, le toilettage de la laïcité commence !

Depuis le jour où l’évêque de Rome a reçu le chanoine de Latran, depuis la première annonce par Michèle Alliot-Marie d’un toilettage de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat, l’affaire se précise. Le premier Ministre avait demandé un rapport, au Haut Conseil à l’intégration (HCI) ce dernier vient de le lui remettre ces jours-ci, avec des recommandations de mesures à prendre. Des extraits ont été publiés dans la presse, on serait bien inspiré de les lire, car la cause semble entendue : Alors que les Français veulent garder la loi en l’état dans leur immense majorité, si on s’inspire de ces propositions, ce ne sera plus une petite toilette, mais on va faire prendre un bain glacé à la loi, et on jettera le bébé avec l’eau du bain.
Le HCI a été créé pour donner son avis et faire « toute proposition utile au Premier ministre, sur les questions d’intégration des résidents étrangers ou d’origine étrangère». Son Président Patrick Gaubert, député français à l’assemblée européenne, ancien président de la Licra, s’exprime sur la laïcité, et propose de la renforcer dans les espaces où s’exerce l’autorité publique. Il avoue cependant avoir outrepassé sa mission, en soulignant que la laïcité ne faisait pas partie de sa lettre de mission, mais qu’il a décidé de se saisir du sujet parce que l’évolution de la société oblige à « réfléchir à des situations que la loi de 1905 n’avait pas prévues ! »
Autrement dit, il s’est occupé de ce qui ne le regardait pas, de la laïcité sur laquelle personne ne lui demandait son avis. Cette initiative est curieuse venant à la suite du débat sur la Burqa. On peut se demander si son zèle intempestif s’explique par son appartenance à l’UMP, ou son poste au Parlement européen. Ses propositions sur la laïcité, (diviser notre espace de vie en un espace civil, un espace intime, et un espace public pour « renforcer la laïcité ») que nous décortiquerons sont incroyables mais vraies et on se demande de qui on se moque. Elles sont simplement inacceptables.
Commençons par l’appellation d’espace intime. Terme étrange en effet, car le terme signifie normalement « tout à fait privé » ce qui est au plus profond, caché, secret, ce qui appartient à la conscience (une intime conviction) ou au corps (une toilette corporelle intime) d’un individu. Pour le HCI le mot « intime » voudrait dire « chez soi », l’habitation, les lieux personnels etc. On ne voit pas en quoi ce terme renouvelle la pensée, et représente un progrès ? Il est même inexact, car sauf trouble à l’ordre public on a toujours été libre chez soi, dans cet espace privé, qui n’a rien d’intime. La loi de 1905 comme la déclaration des droits de l’Homme de 1789 ont prévu la liberté de conscience. Ne serait-ce pas plutôt l’utilisation par le HCI (à des fins qui s’expliquent quand on déchiffre les intentions) d’un espace seulement limité à l’individu ? C’est ainsi qu’il faut le comprendre.
Dans l’espace public le rapport insiste sur la neutralité de celui-ci. La neutralité est essentielle, le cœur même de la loi de 1905. Mais dans le rapport, celle-ci est réservée à certains lieux définis par le mot « service public », c’est-à-dire qui ôte à l’espace public la plus grande partie de son périmètre. Ce sont l’administration, les écoles, les facultés, les tribunaux, les préfectures dans lequel les fonctionnaires et tous les collaborateurs occasionnels seraient soumis au même impératif de neutralité. Cette idée de limitation est très restrictive, et très inquiétante car les recommandations du HCI concernent les jurys d’examen, les jurés d’assises ainsi que les parents accompagnateurs de sorties scolaires.
Il propose qu’à l’université « les règlements intérieurs interdisent le prosélytisme pendant les cours, que soient préservées la mixité et l’égalité homme-femme », que dans le primaire l’enseignement de l’histoire des religions soit effectif, et que dans les services d’urgence à l’hôpital on ne puisse pas choisir son médecin. Rien d’autre. Attendons la suite qui viendra un de ces jours prochains. Quelques questions nous viennent. Sans parler à nouveau de cette limitation gigantesque du périmètre de notre espace public, on voudrait être certain que tous ces « collaborateurs » ou ces « agents de l’espace laïque » le soient réellement et pas seulement dans le cadre de leur travail. Si on voit mal un (ou des) juge en voile jugeant une prévenue en Burqa, comment empêcher le prosélytisme d’un sous-traitant de cantine, celui d’un personnel de piscine, Qui empêchera le prosélytisme en dehors des cours ? Quid des incidents entre des élèves laissés à l’appréciation du chef d’établissement ? Il en faudra toujours plus à ceux qui ne veulent pas de la loi de 1905. Dans l’espace public ainsi restreint on n’empêchera d’ailleurs pas les problèmes de survenir, jusqu’à outrepasser la loi.

L’espace civil défini par le HCI est un espace complètement virtuel inventé pour la circonstance, qui remplacera l’ancien espace public, mais considérablement élargi. Il sera l’espace ou tout sera permis. Il restera le lieu de tous les problèmes qui se posent aujourd’hui aux Français sans en résoudre aucun. C’est précisément l’espace où on a brulé le drapeau français à Toulouse, où ont lieu les prières publiques rue Myrrha et rue Polonceau le vendredi à Paris. C’est l’espace de la Burqa. Les Français en grande majorité ne voulant pas qu’on change la loi de 1905 (60%) les aménagements ne devraient donc se faire qu’à la marge. Or cet espace civil est loin d’être une marge, c’est même un espace très important (un des plus importants peut-être ?) dans la vie des Français.
C’est celui qu’on appelle « la rue » mais qui comprend aussi les transports, les salles de spectacle, les restaurants, les commerces les stades les marchés etc. etc. Devra-t-on dire voie civile, au lieu de voie publique ? Ces propositions ne sont qu’un avatar parmi d’autres d’une volonté politique du « rattrapage intense de l’Islam », qui nécessite un changement de la loi. Quand on parle d’Islam, on a en vue un islam politique, instrumentalisant la religion, Islam de combat, guerrier, intolérant, et dominateur, qui a peu de ressemblance avec un Islam religion de paix qui accepte les lois du pays d’accueil, comme le font les autres religions. Toutefois derrière ces offensives islamistes (il n’y a pas d’autre mot) se dessine le regard intéressé des autres églises et religions qui pourraient bien tirer les marrons du feu.
On voit bien que toutes ces concessions ne sont pas faites pour les évangélistes, et que les Français vont être confrontés à une floraison de signes religieux, traditionnels ou autres dans la rue (définie comme espace civil) avec l’apparition de troubles à l’ordre public (ou civil ?) dans un paysage qui change. Dans l’espace public pur et dur rien n’empêchera non plus des demandes « d’accommodements raisonnables » et les tensions qu’elles susciteront. Que va-t-il sans doute se produire dans cet espace civil ? La rue n’étant plus laïque, au sens de la loi de 1905, les Français verront leur colère monter et malheur à ceux qui en feront les frais. C’est pourquoi il faut dire attention danger, ne laissons pas passer des propositions aussi inquiétantes.
Si elles étaient adoptées elles iraient à l’encontre de l’opinion et mettraient peut-être le « feu aux poudres » ce qui n’est pas souhaitable. Il faut en revenir à une saine conception, celle de la proposition de J-F Copé et des 200 députés au parlement, Interdiction totale de la Burqa dans l’espace public (à condition de ne pas redéfinir au passage l’espace public). La défaite de la Burqa serait symbolique, et marquerait un coup d’arrêt. Quand on a vu l’absence de réaction des forces de l’ordre à Toulouse, devant des actes graves, contre le drapeau symbole de la République, sur la voie publique, et qualifiés d’événements ludiques, il faut craindre le pire avec des propositions dangereuses, qui provoqueront des troubles dont la loi de 1905 nous protège. Cette loi nous assure une paix civile depuis 105 ans. Ce n’est pas rien, un siècle et cinq ans. Je me rappelle une vieille mélodie de Francis Lemarque « ma rue et moi on se ressemble, on rêve quelques fois ensemble ». C’est fini, on ne rêvera plus dans la rue, on se battra.

Pourquoi se battra-t-on ? Parce que les Français sont laïques, républicains et lucides. Ils ne comprendront pas que la rue devienne différente, que l’espace ou la laïcité s’exercera devienne plus qu’étroit, alors que les autres espaces n’auront aucune vocation à être dans le champ d’application de la loi. En toute permissivité, se développera un communautarisme, contraire aux valeurs de la République, et des conflits. Que deviendra l’intégration devant ces sociétés fermées et imperméables aux valeurs républicaines et françaises ? Quand on s’intègre, on s’intègre à un modèle existant, on n’impose pas son propre modèle. Il y a un modèle français d’intégration, et un seul auquel des arrivants, refusent à l’évidence de s’intégrer, ce n’est pas dans la tradition française. Les Russes après la révolution de 1917 sont restés irréprochables, et se sont assimilés, tout en apportant leur pierre au projet national.
La France est une nation séculaire, Burqa et signes religieux ostensibles sont venus d’un monde différent, respectable s’il reste dans ses limites, mais qui ne l’est plus dés lors qu’il veut transformer notre société selon ses règles et ses lois, en refusant une quelconque intégration. On ne veut pas s’intégrer, quand on exige des « accommodements raisonnables » la non-mixité dans les piscines, le port du voile, la prière sur la voie publique. Tout cela et bien d’autres choses encore seront autorisés dans l’immense espace civil créé par des propositions déraisonnables. Celles contenues dans le rapport du HCI représentent un danger mortel. Elles ne sont pas encore complètement connues, et nous réservent sans doute quelques surprises. Nos élites n’ayant comme projet politique que l’instauration d’une société multiculturelle et multiethnique, on peut s’attendre à tout. Il faut rappeler que les Etats-Unis, société multiculturelle et multi ethnique par excellence, ont le plus fort pourcentage de détenus dans le monde, 1% de la population est en prison ! Est-ce cela que nos élites réservent aux Français ? J’espère que non !
Jack Petroussenko

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