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Au château de Rochechouart, l’art contemporain tue notre culture

(Rochechouart : fresques sur les travaux d’Hercule, XVIème siècle, ruinées par un tas de cailloux)

Passant, si d’aventure tes pas te font approcher le château de Rochechouart (Haute Vienne), fuis à toutes jambes !

C’est comme l’enfer de Dante : vous qui entrez ici, quittez toute espérance.

Sur tripadvisor les personnes qui s’y sont aventurées décrivent ce lieu comme une coquille vide absolument sans intérêt et leur avis est presque toujours : « bel écrin pour musée pauvre », « nul », en résumé « si j’aurais su, j’aurais pas venu » !

https://www.tripadvisor.fr/ShowUserReviews-g1223240-d4546229-r697626251-Musee_du_Chateau_de_Rochechouart-Rochechouart_Haute_Vienne_Nouve

Pourtant le château de Rochechouart est fièrement campé sur ses fortifications, puissant, prometteur. Construit autour de l’an mil, il a été reconstruit aux XIII ème et XVème siècles. Pillé et dévasté à la révolution, il a été rendu à la famille Rochechouart qui ne pouvant plus rien en faire, l’a vendu au conseil général en 1835.

Il a été transformé en musée d’art contemporain en 1985, pour son plus grand malheur. Il présente 1500 m2 d’exposition.

Dès l’arrivée dans la cour on est mis au parfum : une « oeuvre » vue et revue partout mille fois, faite de cerceaux empilés, vous accueille. C’est la tarte à la crème de l’art contemporain.

A côté, une sorte d’objet non identifiable se dresse, comme un sexe masculin géant, et est intitulé « tourbillon ».

(Tourbillon)

Plus loin, pousse un arbre dans lequel on a infusé du bronze. Pitoyable. Que font les écolos ?…

Sur une des façades est gravée la phrase suivante, dorée à la feuille d’or : « nous sommes tous des extra-terrestres ». 

A l’intérieur, c’est du même tabac. Rien. Il ne reste rien du passé de ce château. Des faux plafonds partout, des cloisons qui divisent, des sols flottants, et même, un ascenseur. Tout est blanc, uniformément. On pourrait se croire dans un asile psychiatrique. Une suite de salles d’un blanc immaculé, et vides.

Bien sûr il a été entièrement vandalisé en 1793. Et alors ? On sait que les réserves des musées de France sont pleines à craquer, parfois d’oeuvres qu’on cache par inculture et pauvreté intellectuelle. Par honte de la France. Comme par exemple une superbe maquette de la bataille d’Alésia au château de Saint-Germain en Laye a été longtemps planquée car pas politiquement correcte.

Pas le plus petit meuble dans les caves du Louvre pour meubler ces lieux ? Même pas de casserole en cuivre pour la cuisine (qu’on ne voit d’ailleurs pas) ? Allons, allons.

Je dois être très « peuple » comme on dit, car j’aime bien quand je visite un château, pouvoir imaginer comment on y vivait autrefois. Pouvoir y admirer des décors anciens qui n’ont plus cours. Boiseries, plafonds, meubles délicats ou au contraire, monumentaux. Salons meublés, bibliothèques. Est-ce un rêve honteux, malsain ?…

Interrogée sur ce sujet, la personne de l’accueil me jette un regard de commisération, hausse les épaules et ne répond même pas.

Il y a depuis trois ans deux minuscules salles consacrées à l’histoire très résumée du lieu, probablement après le tollé du public. Où est passée notre histoire ?

Tout le reste, à part deux salles de fresques, est implacablement moderne.

Ainsi cette « oeuvre » dans une belle salle de vingt mètres sur quatre environ, en tête d’article : la pièce est entièrement divisée en deux par un « chemin » de cailloux blancs. Est-ce de l’art ? Non. Car n’importe qui en ferait autant. Je vous fais cela tout de suite, en trois minutes. Quel en est l’intérêt ?

C’est de « l’art qui tue » : cette pièce est ornée de fresques saisissantes, représentant les travaux d’Hercule, en grisaille, du XVIème siècle. Mais la pièce est en réalité au service de cailloux, qui empêchent d’admirer les fresques.

Certes il y a une seconde salle ornée de magnifiques fresques, celles-ci décrivant une scène de chasse, du XVI ème siècle.

La promotion de ces fresques est si confidentielle qu’on s’excuserait presque d’aller les voir. 

Certes, il y a un magnifique grenier avec une très belle charpente. Mais après ?

Certes, le fonds Raoul Hausmann peut aider à passer le temps, mais guère plus…là aussi, n’importe qui peut en faire autant.

(Rochechouart : la pleine lune luit la nuit, de Cally Spooner)

(Raoul Hausmann)

(Kuntzel : « memory ». Qui se moque de qui ?…)

Certes tout l’art contemporain n’est pas détestable, heureusement. Mais hautement contestable et contesté pour ses abus, sa paresse, oui.

Choisir un tel écrin pour de telles « oeuvres », cela dépasse l’entendement. C’est une nouvelle mise à sac du château.

Les artistes exposés sont presque tous étrangers. Ils ne semblent pas aimer la France puisqu’elle leur sert de dépotoir.

Comme l’a dit sans ambages Picasso, on prend les gens pour des c… et ça vous rapporte une fortune, les gens en redemandent, pourquoi s’en priver ?

Comme les « oeuvres » d’Anish Kapoor polluant Versailles, ou le plug anal géant de Paul Mc Carthy installé place Vendôme, le préservatif géant installé par le Miteux sur l’obélisque de la place de la Concorde, le cœur en plastique rouge d’Anne Hidalgo, le mur de béton qui est comme une verrue purulente sur le château de Falaise, ou encore les emballages de Christo, qui escamotent nos monuments et les remplacent par du polyuréthane , ce musée du n’importe quoi dégrade notre civilisation.

Il remplace notre art prestigieux et notre histoire si riche par du vent, du rien.

Quand on aura tout saccagé de notre culture, qu’en restera-t-il ?…

Il en restera une note salée, car évidemment toutes ces sottises nous coûtent les yeux de la tête.

Heureusement dit un commentateur de tripadvisor, ce jour-là c’était la journée du patrimoine, car il n’aurait pas donné trois sous pour la visite.

Au château de Rochechouart, « tout doit disparaître », comme le titre une exposition récente de Joëlle de la Casinière. En effet. Et vite.

Sophie Durand