Au Conseil de l’Europe, la Turquie pousse les feux contre l’islamophobie

Publié le 31 janvier 2011 - par
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Ahmet Davutoglu est le ministre des Affaires Etrangères de la Turquie, et donc la voix officielle de son pays. Dans une surprenante interview à La Croix, il attribue à ce qu’il appelle l’islamophobie la responsabilité au moins partielle des attentats anti-chrétiens en Orient, et il appelle à combattre, au niveau européen, ce qui est pour lui une « incitation à la haine religieuse » :

http://www.la-croix.com/Ahmet-Davutoglu–La-Turquie-demande-le-respect-des-valeurs-e/article/2453257/4077

La Turquie préside actuellement le comité des ministres du Conseil de l’Europe, et elle vient ainsi de faire savoir, par la voix de son ministre des Affaires Etrangères, qu’elle entendait combattre la violence islamique en s’en prenant à ceux qui la dénoncent.

Dans un ahurissant renversement des responsabilités, ce ministre attribue une responsabilité au poins partielle dans les attentats à « l’islamophobie » : « Les extrémismes – la violence contre les minorités chrétiennes au Moyen-Orient, l’islamophobie en Europe – se renforcent mutuellement. À Bagdad et au Caire, les minorités chrétiennes ont vécu depuis des siècles et leur histoire témoigne de la tolérance religieuse qui a longtemps prévalu dans cette région. »

Nous nous permettons de rappeler à Monsieur le Ministre qu’il n’y a aucun parallèle à faire entre des attentats meurtriers d’une part, et d’autre part une la critique de l’islam qu’il appelle islamophobie, et qui consiste simplement en l’exercice du libre débat et en la dénonciation de graves atteintes aux droits de l’homme.

A l’heure où une simple critique argumentée et étayée de l’islam a mené devant les tribunaux une Elizabeth Sabaditsch-Wolff, un Geert Wilders, demain peut-être Riposte Laïque, le ministre appelle à un renforcement de la police de la pensée :

 » … nous avons besoin d’une approche globale pour combattre l’incitation à la haine religieuse et à la violence au niveau local, national et européen, ainsi que dans le voisinage de l’Europe »

On rappellera que les propos du ministre se situent dans le cadre d’une offensive globale pilotée par l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), qui cherche à obtenir une interdiction mondiale de ce qu’elle appelle la « diffamation des religions », en particulier de l’islam :

http://www.ripostelaique.com/A-l-international-la-liberte.html

Ces propos sont d’autant plus inquiétants qu’ils sont émis dans le cadre du Conseil de l’Europe, dont la Turquie fait partie et préside en ce moment le comité des ministres. La Cour européenne des droits de l’Homme dépend du Conseil de l’Europe.

S’agissant de l’islam et de l’islamisme, le Conseil de l’Europe ne cesse de nager en pleine contradiction.

La Cour Européenne des droits de l’Homme a reconnu l’incompatibilité entre la charia et les droits de l’Homme :

http://leuropedeslibertes.u-strasbg.fr/article.php?id_article=109&id_rubrique=5

C’est bien mais, pour autant, cette même juridiction peine à décliner ce principe dans des cas d’application concrète de la charia. Sa jurisprudence sur le voile est illisible. C’est un coup oui, un coup non selon tout un tas de circonstances. Alors pourtant que le voile islamique est une prescription de la charia, cette même charia que cette même Cour condamne expressément tant que la condamnation reste théorique. Ces navigations à vue sont assez incompréhensibles, car, si la charia est incompatible avec les droits de l’homme, il faudrait en déduire que le port du voile l’est aussi, et qu’il l’est en soi et non par rapport au temps, au lieu, au métrage de tissu, à l’âge du capitaine, au sens du vent ou à la phase de la lune. On ne devrait même pas se demander si la femme le porte volontairement, car il n’existe aucun droit naturel à affirmer sa volonté d’appliquer une législation parrallèle (car la charia en est une) plutôt que celle du pays démocratique dans lequel on vit.

Un sommet de contradition est atteint par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe dans sa résolution intitulée Islam, islamis et islamophobie :

http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta10/FRES1743.htm

Résolution que nous avions analysée en détails :

http://www.ripostelaique.com/Islam-islamisme-et-islamophobie-au.html

On peut y lire une définition de l’islamisme à laquelle en principe nous pourrions souscrire à 100 % :

« L’Assemblée rappelle que l’islamisme est une façon de concevoir l’islam non seulement comme une religion mais aussi comme un code de conduite social, juridique et politique. L’islamisme peut être violent ou pacifique et modéré, mais en aucun cas il ne reconnaît la séparation de la religion et de l’Etat, grand principe des sociétés démocratiques et pluralistes. »

Cette définition a le mérite de repérer l’islamisme dans toute son étendue. L’islamisme ne commence pas au terrorisme. Il ne commence pas non plus avec l’exercice de la violence, ni même avec l’expression d’idées ouvertement extrémistes. Il commence dès que l’islam prétend devenir un « code de conduite social, juridique et politique ». Ce code étant supposé venir de Dieu, il échappe par construction au débat démocratique et il mérite donc, en soi (sans même parler de ses excès tels que lapidation, amputations et autres), d’être classé au nombre des doctrines politiques autoritaires, voire totalitaires, et non au nombre des doctrines modernes humanistes et démocratitques.

L’assemblée condamne fermement l’islamisme tel qu’elle l’a largement défini, mais elle rejette aussi ce qu’elle appelle l’islamophobie, condamne le référendum suisse sur les minarets et s’en prend à l’opinion publique européenne, jugée trop négative par rapport à l’islam. Allez comprendre … Elle préconise même un véritable lavage de cerveau tendant à faire admettre une supposée contribution de l’islam à l’humanisme européen moderne :

« Les Etats membres devraient favoriser l’enseignement des religions, de manière à sensibiliser l’opinion publique à l’origine et aux valeurs communes du judaïsme, du christianisme et de l’islam, ainsi qu’à leur incidence sur l’humanisme européen moderne. Les établissements d’enseignement supérieur et de recherche en Europe devraient faire de l’islam une matière d’enseignement afin de former les universitaires, enseignants et responsables religieux et d’établir une distinction entre islam et islamisme. »

Distinguer entre islam et islamisme … vaste programme …. où se termine le premier et où commence le second ?

En principe, le Conseil nous a répondu plus haut : l’islamisme commence dès que l’islam prétend devenir un « code de conduite social, juridique et politique ».

La question est donc de savoir s’il existe des institutions musulmanes qui ne prétendent pas rechercher l’application d’un tel code.

De telles institutions, qui rejetteraient la charia à 100 %, ont bien entendu le potentiel d’exister. On ne voit pas, dans un pays démocratique, ce qui pourrait interdire aux musulmans laïques de se regrouper entre eux et d’expurger leur religion d’origine de ses revendications politiques et juridiques.

Pour autant, nous ne connaissons aucune grande institution religieuse reconnue qui ait fait ce travail. Les grands courants musulmanes telles qu’ils ont été hérités de l’histoire sont classés en quatre grandes « écoles juridiques ». Ces mots disent tout de leur prétention à dire le droit.

Pour l’instant, donc, et sous réserve de développements positifs que l’avenir pourrait réserver et qu’il serait regrettable de nier ou d’étouffer par désintérêt, islam et islamisme se confondent très largement.

On est donc dans ce paradoxe :

Le Conseil de l’Europe condamne l’islamisme, mais, quand il s’agit d’en arriver aux décisions concrètes, il réserve ses coups en grande partie aux supposés « islamophobes »..

La CEDH reconnait que la charia est incompatible avec les droits de l’Homme, mais la France est obligée de ruser pour interdire le voile intégral et n’ose même pas tenter d’interdire en tous lieux le voile ordinaire. Il parait que les droits de l’Homme s’opposent à une telle interdiction.

Nos institutions judiciaires supérieures condamnent la charia mais protègent ses applications concrètes. Notre système répressif n’inquiète les islamistes à peu près que s’ils ont préparé personnellement attentat, mais, celui qui critique l’islam encourt des sanctions pénales pratiquement dès qu’il ouvre la bouche.

Les zélites marchent sur la tête.

Seul le peuple peut assainir cette situation orwellienne, en reprenant le pouvoir qu’il n’aurait jamais du déléguer.

Catherine Ségurane

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