Au-delà du voile, c’est l’avenir de nos démocraties qui est en jeu

Publié le 21 décembre 2009 - par
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Faut-il légiférer sur la burqa en France ?

Le débat fait rage en France et n’en doutons pas, l’Europe (et même le monde) nous regarde, comme ont été regardés les Suisses qui ont estimé, à l’instar de Prévert, que si dans chaque clocher, il y a quelque chose qui cloche, dans chaque minaret, il y a quelque chose qui mine !

Deux écoles s’affrontent, l’une préférant le dialogue et la pédagogie et l’autre, la loi.

La loi a des avantages et des inconvénients. La loi ne règle pas tout, surtout lorsqu’on se débarrasse du problème sans se soucier de quelle façon celle-ci va être appliquée.

La loi sur le voile à l’école avait mis fin aux agressions répétées que les chefs d’établissement étaient seuls, depuis 1989, à gérer. Pendant 15 ans, le gouvernement français avait affirmé haut et fort : « Pour le problème du voile à l’école, que les éducateurs se débrouillent, quant à nous, en ce qui concerne la lâcheté, nous ne craignons personne ! ».

Il fallut attendre les conclusions de la commission Stasi pour qu’une loi soit enfin votée en 2004, mettant fin à cette ambiguïté de mauvais aloi.

Certes, la loi de 2004 n’a pas résolu tous les problèmes, mais elle a eu au moins le mérite de clarifier les choses, surtout par rapport à l’inconséquente loi Jospin du 10 juillet 1989 qui avait mis le feu aux poudres, en instaurant la liberté d’expression religieuse à l’école.

Le champion toutes catégories des lois, c’est notre grand manitou Sarkozy ! Dès qu’un problème apparaît, il sort une loi…sans se demander qui va s’en charger, ni comment elle va être appliquée, ni si elle est redondante par rapport à une autre.

Voilà peut-être pourquoi certains préfèreraient faire de la pédagogie auprès des responsables musulmans, plutôt que de légiférer…. ?

Là, il faut qu’on s’arrête un peu afin de réfléchir vis-à-vis de qui, la pédagogie devrait être faite. La plupart des théologiens de la pensée islamique, comme le mufti de la mosquée de Marseille, Sohieb Bencheikh, admettent que la burqa n’est pas un précepte coranique, mais un signe d’appartenance idéologique.

Les cinq piliers de l’Islam je le rappelle sont uniquement:

La profession de foi, la prière, l’aumône, le ramadan et le pèlerinage à la Mecque.

Le voile n’en fait pas partie. En conséquence, ces théologiens de l’Islam sont déjà convaincus. Qui d’autres ?

Faudrait-il convaincre la poignée d’illuminés qui campent sur leurs certitudes d’intégristes débiles ? Ces intégristes, prenant leur origine dans le « front islamique du salut » (le FIS), généreusement accueillis par la France dans les années 90, ont investi dans les banlieues, le terrain perdu par la démocratie. Sachant que ces lieux sont hors Etat de Droit, je souhaite bon courage aux négociateurs pédagogues!

Benazir Bhutto qui croyait au dialogue avec les islamistes en est morte le 27/12/2007.

La priorité serait plutôt de les empêcher de nuire et de lancer des fatwas de mort sur tous ceux qui ont l’outrecuidance de s’opposer à eux.

Mais pour refuser la solution, imparfaite j’en conviens, de légiférer, il faut avoir des arguments de poids…c’est ce que nous allons voir en étudiant les arguments des associations ayant été sollicitées par la commission Gérin:

Un argument est de prétendre que la burqa, ou la tchador, ou le niqab, ou le hidjad, ne serait rien d’autre qu’une mode, semblable à celle du blue-jean ou de la minijupe…

Après tout, disent-ils, une femme peut bien s’habiller comme elle le veut ! Cela ne regarde personne, c’est son libre arbitre…..

Comment peut-on confondre l’image d’une idéologie intégriste, misogyne et sexiste, véritable apartheid sexuel, avec un banal vêtement féminin ?

Des femmes se font tuer pour ça !

Si vous avez, comme moi, les mêmes qualificatifs en tête sur cet argumentaire plus que léger, nous pouvons passer au suivant ! Einstein disait : « Deux choses sont infinies, la sottise humaine et l’univers, mais pour l’univers, il me manque encore quelques preuves !»

Un autre est de dire que le voile intégral n’est ni plus ni moins que le pendant de la soutane du curé et de la cornette de la bonne sœur….et qu’on ne peut autoriser le prosélytisme de l’un, tout en condamnant l’autre…

A l’école, on m’a appris à ne pas additionner les carottes et les pommes de terre, sauf dans la soupe. Comparer burqa et soutane est un argument très fallacieux, d’abord parce que les soutanes sont de plus en plus rares, (quant aux cornettes, voilà bien 30 ans que je n’en ai pas vues), et que l’on ne peut mettre sur le même pied d’égalité un uniforme de religieux professionnels, (j’entend par « professionnels » l’uniforme de ceux qui ont décidé de consacrer leur vie à ce sacerdoce), avec la tenue banalisée d’une femme qui est, soit contrainte, soit masochiste. (Je reviendrais sur ce point…)

Le voile intégral est, la plupart du temps, le symbole d’une oppression de la communauté sur un individu isolé. Dans certaines banlieues, les jeunes musulmanes n’ont le choix qu’entre le voile et le viol…quand ce n’est pas pire : une condamnation à mort.

Alors, qu’on arrête de comparer le port consenti d’un uniforme avec le joug d’une prison ambulante incontournable. Par ailleurs, prétendre que cet enfermement vestimentaire est un moindre mal par rapport à l’enfermement entre quatre murs qui résulterait de l’interdiction de la burqa sur la voie publique est fallacieux, car il ne faut pas s’attendre à ce que les maris, en général machistes, assument les tâches quotidiennes, (faire les courses, amener les enfants à l’école…), en lieu et place de leurs femmes ! L’intégrisme a des limites tout de même!!!

L’argument le plus ridicule que j’aie eu l’occasion de lire est celui qui consiste à comparer la burqa au casque des motards ! « Si l’on accepte l’un, peut-on interdire l’autre ? »

D’abord, n’oublions pas que le port du casque a été légiféré et qu’il est interdit de rouler tête nue sous peine d’amende. Ensuite, (et je parle en connaissance de cause puisque je suis motard,) on ne porte le casque, ni par plaisir, ni par prosélytisme. L’été, le casque est un calvaire. On le porte uniquement pour des raisons de sécurité routière, cela va de soi.

Enfin, il ne viendrait à l’esprit de personne de garder le casque vissé sur la tête lorsque l’on descend de moto…sauf pour faire un casse, évidemment !

Vaquer à ses occupations dans la cité, ne peut se concevoir avec un casque qui masque le visage et neutralise la voix. C’est d’une telle évidence qu’on est en droit de s’étonner qu’un argument aussi volatil ait pu germé dans un esprit réfléchi… ?

Un autre argument consiste à chevaucher Euclide pour débattre stérilement sur la différence entre sphère publique et espace public. Il me semble que le débat est suffisamment important pour ne pas se lancer dans cette masturbation intellectuelle, d’autant que la définition de sphère publique et sphère privée est absente de la loi de 1905. Seul l’article 28 de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat peut éclairer quelque peu notre lanterne : « Il est interdit d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit… »

Le dernier argument, et non des moindres, consiste à dire, pour les femmes qui portent le voile intégral, qu’il s’agit d’un choix personnel. D’ailleurs, fait-on remarquer, de nombreuses femmes le revendiquent. (Souvent, ce sont les nouvelles converties qui tiennent ce discours, sûrement afin de prouver aux éventuels sceptiques, qu’elles sont de bonnes musulmanes, et qu’elles lavent encore plus blanc que les autres.)

A ce sujet, permettez-moi de reprendre l’exemple entre le voile intégral et le casque de tout à l’heure : revendiquer le port de ces instruments de torture dénote, soit d’un fort penchant masochiste, soit d’une volonté affichée au prosélytisme.

Le « parce que c’est mon choix » qui ressemble au « parce que je le vaux bien » de Loréal est une ânerie, d’abord parce que l’on ne peut faire le distinguo entre celles dont c’est le choix et celles qui ne peuvent s’y soustraire…et aussi parce que le choix personnel n’est pas la garantie d’un esprit raisonnable.

Parents, si votre adolescent devient anorexique, « parce que c’est son choix », le laisserez-vous mourir de faim ? S’il s’automutile ou se scarifie, direz-vous « amen » ? Si vous le trouver en train de se pendre, oserez-vous vous retirer en vous excusant d’avoir troubler son funeste « choix personnel » ? Bien sûr que non !

Le « parce que c’est mon choix » peut être le fruit d’un esprit dérangé, pour ne pas dire intoxiqué et perverti par des doctrines perverses.

Ajoutez à cela qu’il existe une contrainte bien connue des sociologues :

La pression de conformité

Cette pression de conformité est une force de persuasion qui s’applique, de la famille, du clan, de la tribu, de la communauté…vers l’individu ! (C’est le choix entre le voile et le viol ou la fatwa…)

N’oublions pas que les communautés, que les pouvoirs publics ont laissées s’installer dans les ghettos de nos banlieues, sont le terreau d’une pression de conformité énorme.

Quid du choix personnel dans ces conditions ?

Doit-on, par indifférence ou machisme, laisser les femmes et les jeunes filles, dont ce n’est pas un choix personnel librement consenti, se débrouiller toutes seules face à l’agressivité de leur famille ou de leur clan, sous l’influence des « fous de dieu » ?

Un sondage paru dans « Elle » en 2003 a révélé que 49% des femmes musulmanes sont opposées au port du voile. Doit-on abandonner ces 49% à leur triste sort ?

Non, bien sûr ! Alors, légiférons.

L’idéal serait une loi d’origine religieuse, comme ce fut le cas en 1962 lors de Vatican II. Le concile Vatican II a abolit le port ancestral de la mantille aux offices pour les femmes catholiques. (N’oublions pas que cette obligation trouvait son origine dans l’épître de Paul aux Corinthiens datant du premier siècle de notre ère.)

Or, une des différences fondamentales entre Catholicisme et Islam, c’est l’absence d’une institution « papale » capable de tracer la frontière entre le politique et le religieux pour l’Islam. Aucune voix n’est prédominante par rapport aux autres.

En conséquence, une loi nationale paraît se profiler comme étant la moins pire des solutions. Mais s’il faut légiférer, évitons de le faire pour nous débarrasser du problème comme le font les autruches…

André Gérin, député à l’initiative de la commission un dit une chose très juste :

« La burqa est l’arbre qui cache la forêt. S’il faut légiférer, faisons le, non pour contenir momentanément le problème spécifique du voile, mais lutter efficacement contre la forêt elle-même. »

En effet, derrière le voile se cachent les dérives telles que : polygamie, violences conjugales, répudiations, excision, lapidation, crime d’honneur, héritage tronqué, déséquilibre entre le témoignage d’une femme et d’un homme…

Ce souhait me semble très judicieux et c’est dans ce sens que ce député a demandé aux associations ayant exposé leurs arguments en faveur d’une loi, (GLFF et GODF entre autres), de faire des propositions sur lesquelles il faudra réfléchir longuement avant de statuer.

N’allons donc pas trop vite en besogne. Il me semble qu’il faut s’attaquer au problème, non sous l’angle de la religion, (puisque le coran n’oblige pas au port du voile et ne l’associe aucun châtiment), ni même sous l’angle de la laïcité.

Le voile islamique est bien davantage une affaire politique que religieuse :

« Al-islam dine wa dawla »… (L’Islam est une Religion et un Etat.)

Il faut donc combattre l’intégrisme rampant en utilisant nos valeurs républicaines :

Liberté, Egalité, Fraternité.

Comment peut-on être Libre et soumis ? (Islam signifie en effet, soumis.)

Comment peut-on être pour l’Egalité et prôner une distinction entre les sexes ? (Distinction dont le voile n’est qu’un aspect mineur.)

Comment peut-on être Fraternel et se replier dans sa communauté en entendant dans les mosquées et les écoles coraniques, des appels au djihad ?

Talib signifie « étudiant en théologie coranique » et taliban en est le pluriel…le saviez-vous ?

Au-delà du voile, ne nous y trompons pas, c’est l’avenir de nos démocraties qui est en jeu.

Athées, agnostiques, libres penseurs, citoyens, si vous considérez que les religions sont le plus souvent néfastes pour l’humanité, vous devez reconnaître que l’Islam intégriste est sans conteste, l’une des plus sexistes, misogynes, homophobes et anticonstitutionnelles qui soient.

« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent agir et qui refusent d’intervenir. »

Einstein

Michel Auberger

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