Au Portugal aussi, si vous aimez votre pays, vous êtes fasciste

Après 3 semaines passées dans ce petit pays frontalier avec l’Espagne à l’est et ouvert sur l’Atlantique du nord au sud en passant par la côte ouest, quelques impressions d’abord et quelques réflexions issues de conversations avec des Portugais de souche, ou des Portugais nés en France revenus au bercail.

Peu de monde et surtout très peu de voitures. Des autoroutes quasi désertes. Il faut dire que le salaire moyen étant, d’après un autochtone, de 450 et quelques euros par mois et un tarif à la pompe aussi élevé qu’en France, le Portugais n’a pas les moyens de se déplacer motorisé.

L’absence de foule,  les petits commerces qui vivotent, des petites villes ou villages encore préservés d’une urbanisation sauvage, les vieilles femmes portugaises toutes de noir vêtues et pour certaines, à Nazaré, portant toujours l’habit traditionnel fait de 7 jupons, des tags inexistants donnent à ce petit pays un air de France telle que je l’ai vécue durant ma petite enfance au début des années 70.

Un accueil chaleureux, de grands sourires reconnaissants quand ils nous entendent prononcer « muito obrigado(a) », un esprit de service pas une fois démenti au cours de ce périple. Et une telle propreté partout dont d’autres pays tireraient grand avantage de s’inspirer.

Néanmoins, la mondialisation est déjà là quand aux abords des plus grandes villes se dresse le M de Mac Donald, quand des zones commerciales ont poussé : Decathlon, Intermarché, Continent, Feu vert, Casa. Si elles n’ont pas envahi le paysage, elles sont d’ores et déjà bien implantées.

Le Portugal nous réserve aussi une surprise, ô combien agréable : exception faite et à certains moments seulement des petites villes côtières touristiques, c’est de la musique et des chansons portugaises qu’on entend dans les cafés et les restaurants. Cela m’a rappelé la Grèce et dans ces moments-là, on ressent bien plus encore le plaisir du voyage qui est d’être projeté  dans un ailleurs vraiment différent.

Quand nous vivrons tous dans un monde uniformisé de partout, le voyage perdra 99% de son intérêt.

Le Portugal est en  crise et les Portugais le paient. Les traitements des enseignants, pour évoquer ce dont on m’a parlé, baissent chaque année de 10%. Leur confiance en leurs dirigeants politiques qu’ils considèrent corrompus, est donc en berne.  Et ils n’admettent pas que des étrangers venant s’installer chez eux soient exonérés d’impôts.

Ils sont très intéressés par ce qui se passe chez nous et sont parfaitement au courant des problèmes que cause notre immigration.

 » Vous êtes le pire pays d’Europe » ai-je entendu toutes les fois que j’ai abordé ce sujet.

Ils ont très peu de Maghrébins : 0,1 % et si j’ai bien compris, une seule mosquée, à Lisbonne, où se concentre ce minime pourcentage. Je n’ai remarqué aucune autre mosquée en traversant le pays depuis l’est, le centre, et ce, jusque Lagos.

Ils savent qu’ils ont eu à subir l’islam durant plusieurs siècles et toutes les mosquées ont depuis belle lurette été transformées en églises.

Ce sont leurs immigrés Brésiliens qui les agacent : ils viennent au Portugal pour toucher les allocations et ne travaillent pas.

Et ils nous disent aussi que des Portugais viennent en France pour les mêmes raisons que les Sud Américains chez eux !

Il y a bien quelques Noirs vendeurs de lunettes de soleil et autres babioles qui arpentent certaines plages, tout comme j’en ai connus dans l’est de la France autour de la gare ferrovière fin 70, début des années 80. On se dit que c’est peut-être le début.

Et ce soupçon est confirmé par une conversation  à bâtons rompus avec un Portugais vivant dans un petit village de montagne.

Alors que je lui décrivais le traitement qui était réservé aux patriotes défendant leur pays France, les insultes qui jaillissaient à la moindre parole marquant notre attachement à nos spécificités françaises, et alors que je m’apprêtais à lui dire quels mots utilisaient les socialistes mondialistes dès lors que nous disions aimer notre pays, il me devança en lançant : « chez nous c’est pareil, on nous traite de fasciste ! »

Ce qui m’a plongée dans un abîme de tristesse.

Voilà par quoi a commencé, à mon humble avis, la conquête du Portugal par les européistes et mondialistes : la culpabilisation/démoralisation du peuple.

Il est à noter les panneaux indiquant que nous entrons en Espagne, au Portugal et en France sur le chemin du retour :

de grands panneaux sur lesquels sont inscrits le nom de chacun de ces pays entourés des étoiles européennes. Sur aucun d’entre eux ne se trouvent leurs drapeaux nationaux respectifs. Et, quelques jours auparavant, en Bretagne, il en fut de même de certaines communes où on peut lire leurs noms spécifiant  » « commune de l’Europe » avec bien sûr les fameuses étoiles jaunes : soumission aux diktats européens.

J’ai rencontré des Portugais arrivés en France (ou nés en France) avec leurs parents dans les années 60. Ils sont rentrés au pays après 20 ou 30 ans et y vivent, pour les plus âgés depuis 20 ou 30 ans : ils parlent encore un admirable français que bon nombre de nos immigrés ne parlent toujours pas après le même laps de temps sur notre sol.

L’un d’eux nous a raconté avec une grande émotion sa vie de gamin débarqué à Mulhouse dans une France qui accueillait aussi des Italiens et des Espagnols, et tout ce petit monde jouait dehors au pied de l’immeuble ; il avait aussi appris couramment l’italien en plus du français.

Il s’excusait même de buter parfois sur un mot mais « c’est que ça fait 33 ans que je n’y suis pas retourné, alors, sans la pratique, hein ?« 

Ilda, qui vient de reprendre avec son mari- dans d’épiques conditions – la gérance d’un hôtel, est Française, d’origine Portugaise. Née Bourguignonne partie vers ses racines assez tôt, vers  15 ans ( alors que ses parents vivaient toujours en France, Ilda a 35 ans aujourd’hui), cette jeune femme a une diction impeccable et tout ce qui se passe chez nous la passionne. Elle a bien cerné nos soucis : s’ils n’ont pas tout à fait les mêmes avec leurs Brésiliens, c’est parce qu’ils ne sont pas musulmans.

Remarquable petit bout de femme au dynamisme rafraîchissant, d’une clairvoyance étonnante eu égard à celle qu’on ne rencontre pas avec la plupart de nos compatriotes,  avec Ilda également les conversations se sont révélées édifiantes.

Avec ses 30 ans de « retard », le Portugal a encore de belles années devant lui. Il n’est pas gangréné par l’insécurité- on s’y promène tranquillement sans porter une attention soutenue à son sac – on y côtoie des Portugais, des gens travailleurs et fiers de l’être- la vie semble s’y écouler au ralenti dans une authenticité qui fait chaud au coeur.

 Caroline Corbières

image_pdf
0
0