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Au temps de Franco, pas de problème de sécurité pour les citoyens

 

Hier soir, on a beaucoup parlé de sécurité sur BFM TV. Chacun y est allé de ses explications et de ses préconisations. C’est le côté merveilleux de la démocratie : parler, toujours parler jusqu’à oublier qu’il arrive un moment où il faut prendre des décisions, si toutefois on a vraiment la réelle intention d’en prendre. Alors que j’étais figé sur l’écran, la petite madeleine de Proust est venue soudain me prendre dans ses bras.

C’était en 1970,  j’avais 20 ans à l’époque. Avec un copain, j’étais parti sur la Costa Brava. Une nuit, alors que nous traînions, désœuvrés, sur un remblai près d’une plage, nous découvrîmes soudain une grande balançoire à deux places et nous nous mîmes aussitôt bien sûr à nous balancer avec le maximum d’élan en poussant de grands cris et de grands éclats de rire. Soudain, nous entendîmes une voix grave nous dire : « arrêtez ». Le problème c’est que quand on se balance à fond, on ne s’arrêta pas d’un seul coup. C’est alors que je vis le guardia civil qui avait dit « arrêtez », – ils se déplaçaient toujours par deux – tendre vers le bas la crosse de son fusil sur lequel l’un de mes tibias alla heurter. Il avait effectivement trouvé le moyen de me faire arrêter sur-le-champ. J’ai toujours aimé l’Espagne et parlais l’espagnol quasi couramment. Et c’est alors que, – j’étais souvent barjot à cette époque, un peu moins aujourd’hui ! – sans savoir pourquoi, je me mis à réciter une partie du discours de José-Antono Primo de Rivera lors de la création de la Phalange  Espagnole : « Que todos los pueblos de Espana, por diversos que sean, se sientan armonizados en una irrevocable unidad de fraternidad,  que desaparezcan los partidos politicos … ». Et c’est alors que nos deux guardias civiles se mirent à se confondre en excuses : nous étions devenus, nous les deux jeunes Français qui connaissions l’histoire de l’Espagne – enfin moi, car mon copain ne parlait pas un mot d’espagnol – des héros… et nous nous étions sans doute épargné le fait de finir la nuit au poste ! Tout cela me fit soudain penser à une mésaventure un peu similaire mais beaucoup plus dangereuse qu’avait vécue Saint-Exupéry dans un endroit sans doute pas très éloigné de celui où nous étions. C’était pendant la guerre civile, en 1937 je crois. Le créateur du Petit Prince avait été arrêté par des Républicains qui le soupçonnaient d’être un espion franquiste. Ne parlant pas espagnol, il leur avait répondu par un sourire et il fut convaincu plus tard que ce sourire lui avait sauvé la vie.

Je me souviens qu’une autre nuit, nous étions allés prendre un verre dans une sorte de bar-discothèque. Je me souviens qu’à un certain moment, deux types s’étaient mis à s’engueuler et étaient sur le point d’en venir aux mains quand soudain une voix lança : « attention ! la Guardia civil ! » La porte d’entrée s’entrebailla quelques secondes ensuite et l’on vit deux têtes apparaître et le bas de leur grande cape. Et bien, je vous affirme que les deux gars redevinrent sur le champ les meilleurs amis du monde et qu’il régna durant les heures suivantes dans cet étrange bar-discothèque, une atmosphère que je qualifierai de religieuse.

 

Alors, je vous le dis, chers amis, moi, si j’avais été espagnol pendant la guerre civile, sûr que j’aurais été membre de la FAI (Federacion anarquista iberica). Mais cela ne m’empêche absolument pas d’affirmer qu’il nous faut, en France, dans ce pays bouffé par les termites de la déchéance, une vraie Guardia civil et une Guardia civil qui provoque les mêmes effets sur les Français que ceux qu’elle exerçait sur les Espagnols à l’époque de Franco. D’ailleurs, je suis certain que les anarchistes espagnols n’auraient jamais accepté ne serait-ce que 1 % de toutes les saloperies que les crapules commettent en France aujourd’hui !!! N’en déplaise à beaucoup d’entre vous, l’anarchisme c’est l’ordre, car l’anarchisme est la réalisation concrète du consensus. Mais pour vous dire la vérité, je n’y crois absolument pas ; les Français sont devenus beaucoup, mais beaucoup trop cons parce qu’ils sont pourris jusqu’à l’os.

Philippe Arnon