Au tribunal pour une croix celtique à l'arrière de sa voiture

Le 4 février, peu après minuit, un jeune automobiliste de 20 ans est interpellé par les gendarmes à Flixecourt dans la Somme, et son affaire ira jusqu’au tribunal.
A-t-il conduit dangereusement ? Brûlé un feu rouge ? Grillé un stop ? Franchi une ligne jaune ? Blessé quelqu’un ? A-t-il été flashé par un radar au dessus des vitesses autorisées ?
Rien de tout cela.
Le « délinquant » de la route portait simplement, à l’arrière de son véhicule, un insigne représentant une croix celtique et, dans l’ambiance de police de la pensée qui règne actuellement, une croix celtique, ça résonne presque comme une croix gammée, enfin, c’est comme qui dirait du même genre, ça provoque les mêmes associations d’idées. Même si ce symbole n’est pas plus germanique que je ne suis pape. Il s’agit d’un très antique symbole celtique, irlandais à l’origine, qu’historiens, archéologues et folkloristes connaissent bien. Il a été repris par des groupes nationalistes, mais après la seconde guerre mondiale. Il ne saurait passer pour un insigne nazi.

Une croix celtique

Ces quelques explications, ou un petit tour sur Wikipédia, auraient du en principe clore l’affaire dès la phase gendarmerie, mais il n’en fut rien. Le jeune homme fut convoqué au tribunal pour «provocation à la discrimination nationale, raciale et religieuse».
Provocation à la discrimination … diantre ! Et qui donc serait potentiellement discriminé ? Le procureur finira par poser cette excellente question en fin d’audience.
Mais il ne suffit pas de n’appeler à discriminer personne. Encore faut-il avoir les bonnes idées en tête. On put entendre cet hallucinant dialogue entre la Présidente et le prévenu :
– «Pourquoi avez-vous acheté ce drapeau sur internet
«Parce que c’est identitaire».
– «Parce que vous partagez ces idées ?»
– «Oui.»
Et moi qui croyais qu’on ne pouvait être inquiété pour ses idées …
Le jeune homme précise :
«Les croix gammées, c’est néo-nazi. Là, c’est identitaire, c’est différent.»
– «Et quelles idées voyez-vous dans ce symbole
– «Tout ce qui est en rapport avec l’islam en France. (…) Pour moi, la France, c’est catholique.»
Les juges sont interloqués.
Diantre ! L’identité ! La France ! Le catholicisme ! Voilà qui nous rappelle les zeures les plus sombres de notre histoire …
Et cet insolent qui se croit même autorisé à avoir des objections vis à vis de l’islam, comme si la critique des religions était permise !
Heureusement pour le prévenu, c’est paradoxalement le procureur qui vient à son secours en soulignant qu’il fallait prouver l’acte de provocation et en soulevant la question qu’il aurait fallu poser plus tôt :
« Il faudrait dire qui est discriminé et comment il est discriminé. »
Ben … c’est vrai, ça, quand on y songe … quel bien ou quel service le jeune homme entendait-il voir refuser et à qui ? Parce qu’il faut refuser quelque chose à quelqu’un pour que ce dernier soit discriminé.
Le jeune homme repart libre. Quand même !
Mais personne ne semble avoir songé qu’une convocation au tribunal est traumatisante en soi, et qu’un innocent devrait en principe ne pas s’y trouver.
Léonidas
Le Courrier Picard du 28 avril 2011

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