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Augmentation du budget militaire français : c’est bien insuffisant !

“L’effort est réel et inédit” entend-on à propos de la loi de programmation militaire 2019-2025, qui prévoit un budget de 295 milliards sur la période.

“Une bonne dynamique pour les armées”

“Une loi de reconstruction et de renouveau”.

Une LPM qui devrait remonter le moral des armées.

Je ne partage pas cet enthousiasme.

Rappelons que le général de Villiers a démissionné pour deux raisons :

Primo, il a jugé que les moyens budgétaires accordés à la Défense ne lui permettaient plus d’assurer sa mission de CEMA.

Secundo, il n’a pas accepté qu’un jeune président fraîchement élu  l’humilie publiquement.

Je cite :

“Je considérais….ne plus être en mesure d’assurer la pérennité du modèle d’armée auquel je croyais pour garantir la protection de la France et des Français aujourd’hui et demain”.

“Critiqué publiquement et explicitement, devant les représentations étrangères, dont mon homologue américain présent à mes côtés pour notre fête nationale, devant les familles des soldats morts au combat au cours de l’année, devant les blessés des armées et l’ensemble de la communauté de défense, il me semblait impossibe de poursuivre ma mission”.

On mesure à ces propos l’immense humiliation qu’a pu ressentir ce grand soldat qui a servi le pays pendant 43 ans. Macron n’était pas encore né que le général de Villiers portait déjà les armes au service de la France.

Ce comportement inique d’un jeune président orgueilleux et voulant affirmer son autorité n’a pas grandi Emmanuel Macron et restera comme une tache indélébile dans son quinquennat.

En langage clair, il a pété les plombs et a  dégradé  la fonction présidentielle qui exige calme et sang froid absolu en toutes circonstances.

Humilier  publiquement un grand soldat devant des délégations étrangères est une faute inexcusable qui a causé une fracture durable entre l’armée et le pouvoir politique.

Et ce n’est pas une LPM en légère hausse qui recollera les morceaux, même si les grands chefs de la grande muette se taisent par obligation.

Le chef des armées a humilié toute l’armée. C’est ce que les soldats retiennent.

295 milliards d’euros sur 7 ans, c’est la moitié du budget défense annuel des USA.

Certes, sur le papier, il y a un léger mieux. Mais après les années de retard budgétaire subies depuis la fin de la guerre froide, nos armées sont dans un tel état de délabrement, qu’il faudrait un effort autrement plus important pour les remettre à niveau.

Rappelons qu’après la professionnalisation des armées, celles-ci ont supporté l’essentiel de la RGPP voulue par Nicolas Sarkozy.

60 000 postes ont été supprimés en 10 ans, et 6000 seront recréés d’ici 2025 !

60% des véhicules en Opex ne sont pas blindés.

Les VAB qui sillonnent le Sahel ont été conçus il y a plus de 40 ans !

Nos soldats font la guerre avec des véhicules de collection.

Les avions ravitailleurs ont plus de 50 ans et sont deux fois plus vieux que leurs pilotes.

Les hélicoptères font défaut et plusieurs missions de l’opération Barkhane ont été annulées suite à des pannes ou faute de pièces détachées.

Les avions de transport sont insuffisants. L’A 400M arrive au compte gouttes et il faut louer des Antonov à prix d’or aux Russes.

Plusieurs livraisons de matériel sont retardées faute de moyens logistiques.

Les 5 drones Reaper achetés aux Américains ne sont pas exploités de façon optimale faute de personnels suffisants pour les mettre en œuvre.

Les gilets pare-balle sont plus vieux que les soldats qui les portent.

Et les armes de poing, qui datent de 1950, sont trois fois plus âgées !

Les stocks de munitions sont insuffisants, alors qu’il faut prévoir un délai d’un an entre la commande et la livraison de certaines munitions avion sophistiquées.

Ce n’est pas nouveau, nos Jaguar avaient déjà connu cette pénurie de bombes lors de la première guerre du Golfe sous le septennat Mitterrand !!

Nos pilotes de combat, qui doivent s’entraîner 180 heures par an, norme OTAN, ne font que 160 heures, missions de guerre comprises.

Nos marins ont dû renoncer à 25% des sorties en mer pour l’entraînement.

Et que dire du fleuron de la Marine nationale, le Charles de Gaulle, en grande révision pour 18 mois ? Notre unique porte-avions fait la guerre à mi-temps !

Est-ce digne de la cinquième puissance mondiale, qui possède l’arme nucléaire et un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU ?

Rappelons que la France possède le deuxième domaine maritime du monde derrière les USA, ainsi que le deuxième réseau d’ambassades.

Quand on veut jouer dans la cour des grands et peser sur l’échiquier international, on s’en donne les moyens.

Or, c’est loin d’être la cas. Pourtant, sans la force militaire il n’y a pas de politique internationale crédible.

D’abord, l’essentiel de l’effort est reporté après le quinquennat. Et vu le calendrier, cette LPM s’écrit au conditionnel !

En effet, le budget 2018 de 34,2 mds sera augmenté de 1,7 md par an jusqu’en 2022. A ce rythme, on est loin d’atteindre 50 milliards de budget en 2025, hors Opex et pensions. La LPM sera révisée en 2021 nous dit-on…

L’Europe ne pèse rien politiquement, faute d’armée puissante.

Son budget défense représente 1,2% de son PIB, alors que les USA y consacrent 3,3% et la Russie 5,4% !

Et la Chine augmente son budget de 7% pour le porter à 143 milliards d’euros.

Les dépenses militaires dans le monde atteignent 1700 milliards de dollars.

Avec 34,2 milliards d’euros la France consacre 1,5% de son PIB à sa défense.

C’est insuffisant. Et l’effort supplémentaire de 1,7 md par an est dérisoire.

A titre ce comparaison, Emmanuel Macron vient de porter le budget de l’AME, qui permet de soigner les sans papiers mieux que les Français, à 1 milliard d’euros.

Les dépenses 2017 pour l’accueil des 20 000 migrants mineurs isolés, ont coûté 1 milliard aux départements.

Le coût de l’asile, selon la Cour des Comptes, dépasse les 2 mds par an.

En résumé, les dépenses de la politique d’immigration sont prioritaires sur la sécurité des Français.

La France n’a pas les moyens de s’offrir un deuxième porte-avions de 3 milliards, mais elle dépense sans compter pour les migrants.

Un PA a une durée de vie de 40 ans. En 40 ans, la France aura dépensé 40 milliards en euros constants pour soigner les sans papiers ! L’équivalent de 13 porte-avions, c’est tout dire.

730 milliards de budget social et seulement 34 milliards pour la sécurité du pays !

Le général de Villiers nous rappelle que 30 000 de nos soldats sont en posture opérationnelle H24. Par rapport à l’effectif total, ce ratio est exceptionnel.

“En termes d’engagement, nous sommes les premiers en Europe et les deuxième à l’OTAN”.

En conclusion, rappelons que nos armées font face à des menaces diverses et nouvelles, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de nos frontières, et que ces menaces sont durables.

Le moral de nos soldats, qui conditionne leur efficacité sur le terrain, dépend autant des moyens matériels mis à leur disposition pour leur mission, que de leurs conditions de vie en service et hors service.

A ce titre, le moral des familles va de pair avec celui des soldats en opérations.

Matériels modernes et conditions de vie décentes sont les clés du succès.

C’est donc un devoir de la nation que de donner les meilleurs équipements à ceux qui assurent sa sécurité au péril de leur vie, et de leur témoigner la reconnaissance qu’ils méritent.

Le peuple français ne s’y trompe pas.

Un sondage de 2016 montre que 82% des Français ont confiance dans leur armée et que 82% également sont favorables à l’augmentation du budget de la Défense….contre 31% en 2011 !

C’est dire la prise de conscience des Français, durement touchés par les massacres du terrorisme islamique.

Reste à Emmanuel Macron à prouver sa sincérité, après avoir suscité la défiance des armées envers le pouvoir politique.

Il est permis d’en douter…

Jacques Guillemain