Augmentation du sacrifice d'enfants en Ouganda

Dans le numéro 139 de cette revue en ligne, nous avons traité quelques cas de sacrifices humains en Afrique, et en particulier au Libéria (1).
L’agence Associated Press vient pour sa part de consacrer une dépêche très détaillée au cas de l’Ouganda (2). Nous en donnons ci-après une traduction simplifiée.
Dans la ville de Ninja, Ouganda, en janvier dernier, la petite Caroline Aya, 8 ans, jouait devant sa maison quand un voisin jeta un linge sur elle et s’enfuit en l’emportant. Deux jours plus tard, le corps était retrouvé à peu de distance, la langue coupée. La police pense à un sacrifice humain en vue de rechercher santé ou richesse.
La pratique du sacrifice humain est en augmentation en Ouganda, si l’on en juge par le nombre d’affaires dans lesquelles sont sectionnées des parties du visage ou le sexe. L’an dernier, d’après la police, 15 enfants et 14 adultes semblent avoir été victimes de sacrifices humains, contre 3 cas en 2007. Des dénombrements informels font état de 154 cas suspects, dont 50 en instance de jugement. Les enfants sont les premières victimes.
L’ampleur du problème est telle que la police a créé une cellule spéciale, la Anti Human Sacrifice Taskforce. Dans les postes de police, des affiches montrent un inconnu au visage sinistre en train de tourner autour de deux fillettes dans une voiture, cependant que la légende met en garde les parents : « Prevent Child Sacrifice ».
Des sacrifices humaines ont été enregistrés à toutes les époques, et se produisent encore dans de nombreux pays, comme l’Inde, l’Indonésie, l’Afrique du Sud, le Gabon et la Tanzanie. Un homme-médecine traditionnel d’Ouganda, interrogé sur le phénomène, a parlé de la Bible, de la Genèse et du sacrifice d’Abraham.
Cependant, la récente augmentation du nombre des sacrifices humains en Ouganda semble, d’après Moses Binoga, chef de la cellule spéciale précitée, provenir d’une recherche de la fortune et de l’idée que des produits à base d’organes humains peuvent apporter la richesse. Il est possible qu’ils aient été encouragés par une série de films nigérians violents, de plus en plus populaires, dont le schéma général montre une famille moissonnant des richesses après un sacrifice humain.
D’après M. Binoga : « Il y a un problème de désorientation psychologique : les gens perdent le respect de l’humanité et ne recherchent plus que l’argent et la chance. »
Joue aussi un rôle la croyance dans les hommes-médecine traditionnels, qu’on rencontre pratiquement à chaque kilomètre en Ouganda.
Au bout d’une route poussiéreuse en bordure de Kampala, capitale de l’Ouganda, les enfants aux pieds nus pressent le pas quand ils passent devant le panneau vantant les compétences médicales de Musa Tsimbe, qui se fait appeler Professeur Gabogola. L’insigne au dessus de sa petite hutte de bois promet la panacée et la guérison de tous les soucis : « Médecine traditionnelle ; pouvoirs surnaturels ; résout tous problèmes : démons, voleurs, chutes de dents, fièvre, difficultés sexuelles. »

Par les trous du toit de métal de la hutte de Tsimbe, on voit la lumière de lasers. La fumée emplit l’air. Des fourrures couvrent le sol. Des cornes d’animaux sont placées devant Tsimbe, qui chante, murmure, secoue la tête, comme sous l’effet d’une violente possession par les esprits.
Agé de 38 ans, marrié à deux femmes et père de 14 enfants, Tsimbe dit que les sacrifices humaines existent peut-être mais que lui ne les pratique pas.
Un autre homme-médecine traditionnel, âgé de 60 ans, Livingstone Kiggo, dit que le sacrifice fait partie de la boîte à outils du soignant : sacrifices de chèvres, moutons ou poulets. Mais, dit-il, le sacrifice humain est le fait de tueurs, pas de soignants.
En 2008, dit-il, un homme l’a approché, lui proposant de lui vendre un enfant. Il le dénonça à la police, qui monta une souricière et prit l’homme en train d’essayer de vendre un de ses neveux pour 2000 dollars. Police et avocats citent des cas de parents appauvris ayant essayé de vendre leurs enfants.
La population de Jinja cite trois cas suspects ces derniers mois, dont celui de Caroline. Quand Binoga organisa une réunion sur le sujet à l’ombre de cinq grand arbres, 500 personnes s’y pressèrent. Beaucoup se plaignirent de la corruption de la police, de la lenteur des enquêtes, et du peu de conviction des tribunaux.
Sur les 30 personnes accusées l’an dernier de crimes rituels, aucune n’a encore été condamnée. La dernière condamnation remonte à 2007.
D’après Hanura Mawa, président de l’agence de protection de l’enfance ANPPCAN : « Il y a un manque de volonté politique touchant la protection de l’enfance. Les lois sont bonnes, mais la volonté de les appliquer est manquante. »
L’agence de Mawa a eu à traiter plusieurs cas récents de sacrifices d’enfants. Un petit garçon de deux ans a eu son pénis coupé par un homme-médecine et urine maintenant par un tuyau.
Un petit garçon de 12 ans nommé Shafik avait déjà le couteau sous la gorge, quand la femme-médecine s’aperçut qu’il était circoncis. Les enfants circoncis et ceux aux oreilles percées ne sont pas considérés comme appropriés aux sacrifices ; ils sont considérés comme impurs ; certains parents dont donc circoncire leurs enfants, ou leur font percer les oreilles.
Dans la famille Christ, les trois enfants qui restent ne vont à l’école qu’accompagnés de leurs parents. Mais, dit Fred Kyankya, officier de renseignements du district criminel : « On ne peut pas être tout le temps avec ses enfants. Les gens ont peur de la présence de tels vices dans le pays. »
Catherine Ségurane
(1) http://www.ripostelaique.com/Sacrifices-humains-en-Afrique.html
(2) Ritual sacrifice of children on rise in Uganda :
ALeqM5iVKJwZGbjcGft_IsyTJWdY6UGlCQD9ESCS900

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