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L'enseignement du fait religieux à l'école

Manipulation et prosélytisme sont les dérives de cette nouveauté apparue récemment dans les programmes scolaires, fallacieusement présentée comme une disposition consensuelle.
A partir de deux exemples concrets, les Libres Penseurs des Yvelines, adhérents de l’ADLPF, publient une plaquette qui analyse les dérives inévitables de l’enseignement du fait religieux au sein des établissements scolaires publics. Ils y relatent l’historique de leurs interventions et de leurs échanges épistolaires pour tenter de faire prendre conscience, aux enseignants et à leur hiérarchie, de la nécessité de ne pas attenter à la conscience des élèves.
Les programmes scolaires – dont les extraits utiles sont publiés en annexe de cette brochure – et surtout les manuels réalisés en fonction de ceux-ci par certaines maisons d’édition très intéressées par la question, telles celles tenues par l’Eglise catholique (éditions du Cerf par exemple), conduisent des enseignants peu regardants, non formés à ce
qu’est la laïcité, à des dérives inacceptables.
Illustration nous est donnée à partir de ce qui s’est déroulé au collège public d’Issou (78). Un professeur de français de 6e procède à l’étude d’un texte biblique. A partir de celle-ci, comme le lui suggère le manuel, il bâtit une séquence de conjugaison. Ce pourrait être une démarche pédagogique légitime, et même louable. Mais que penser du fait que, pour cela, on utilise des exercices, proposés par le manuel, qui transforment le cours en pure et simple séance de catéchisme ? En voici quelques exemples particulièrement édifiants.
Mettre au futur les verbes entre parenthèses :
Tu (vouer) ta vie à Dieu.
Tu (prier) souvent.
Vous (rejeter) ceux qui n’(honorer) pas Dieu.
Dieu dit : « les hommes (être) punis, j’(inonder) la terre durant quarante jours.
Mettre au présent de l’impératif :
Apprendre à respecter Dieu.
Prendre l’habitude de prier.
Faire des offrandes à Dieu
Etc, etc… Ni le professeur concerné, ni le principal du collège, ni l’Inspecteur d’Académie n’y a vu malice. Pour eux, il n’y a là aucune forme insidieuse de prosélytisme… Quid de la Lettre à l’Instituteur de Jules Ferry qui s’adressait au maître d’école de la façon suivante : « vous ne toucherez jamais avec trop de scrupule à cette chose délicate et sacrée qu’est la conscience de l’enfant » ? Pas de doute. Ce texte fondateur, base des actuelles lois laïques organiques qui régissent toujours l’enseignement public, est bien oublié par les décideurs – et certains exécutants – de la politique éducative. C’est la raison pour laquelle un extrait important en est cité dans cette brochure réalisée par l’Association des Libres Penseurs des Yvelines (ALPY), intitulée Non à la manipulation des consciences, qui peut être envoyée par Internet. Pour se la procurer, il suffit de la demander à l’ALPY alpy78@orange.fr .
Il est essentiel que les militants laïques se mobilisent contre la mise en œuvre de cet « enseignement du fait religieux à l’école ». S’il ne s’agissait que de présenter en littérature, en histoire, en disciplines artistiques… les bases religieuses des événements et des réalisations, alors une remarque s’imposerait : les enseignants le faisaient déjà. Ce serait même leur faire injure que de penser qu’ils pourraient faire étudier Pascal, Michel Ange, Claudel ou Meyssian en restant muets sur les explications à caractère religieux nécessaires à la compréhension de leurs œuvres ! Il ne s’agit pas davantage d’explications, qui sont déjà prodiguées, de faits et d’événements religieux (la Réforme, la Contre Réforme, le massacre de la Saint Barthélémy et celui des cathares, la révocation de l’Edit de Nantes et les dragonnades…).
Ce dont il est question, c’est bien, en fait, d’enseigner de façon neutre, donc sans mise en œuvre de la critique rationaliste qui s’imposerait, une nouvelle discipline, « le fait religieux », avec « étude des textes fondateurs » que sont les livres révélés, Bible et Coran notamment. Autrement dit, il s’agit bien d’une forme de catéchisme œcuménique qui s’invite au programme… mais celui-ci n’envisage pas « l’enseignement du fait athée » qui, dans ce cadre, serait au moins aussi utile, mais que les laïques ne demandent d’ailleurs pas.
Le Parlement a adopté cette disposition à la quasi unanimité car on l’a présentée comme une occasion de meilleure compréhension entre les fidèles des différentes religions qui se connaîtraient mieux. Pour en faire apparaître toute la perversité, il faut recenser tous les cas de dérives antilaïques qu’elle occasionne. Depuis l’envoi récent de cette plaquette à nos contacts laïques, plusieurs autres cas nous ont été signalés dans le Val d’Oise, dans l’Eure, etc. N’hésitez pas à nous faire connaître tous les cas semblables. Outre les militants locaux de l’ADLPF, n’hésitez pas non plus à saisir, voire à « booster », les organisations laïques normalement concernées par la vie scolaire : associations familiales, associations de parents d’élèves, syndicats d’enseignants, DDEN…
La conscience de nos enfants n’appartient à personne ! « Former les esprits sans les conformer, les armer sans les enrôler » (Jean Rostand, qui fut président d’honneur des Libres Penseurs).
Roland BOSDEVEIX
président de l’Association des Libres Penseurs des Yvelines (ALPY),
Denis PELLETIER
président de l’Association Des Libres Penseurs de France (ADLPF).




Les palinodies du Parti des Travailleurs ou de l'élasticité de la laïcité lambertienne

A moins qu’il s’agisse d’un tyran sanguinaire, d’une parfaite crapule ou d’une ordure intégrale, il est rare qu’à l’occasion de la mort d’une personnalité on souligne les aspects négatifs de sa vie.
L’an dernier, moi qui préside une association anticléricale, je me suis fendu d’un éditorial pour La Raison Militante dans lequel, au moment de la mort de l’Abbé Pierre, j’écrivais : « Nous saluons son engagement dans la Résistance et son dévouement à la cause des sans-logis. Loin de nous l’idée de considérer qu’il n’y aurait pas d’individus bons et généreux parmi les hommes d’église ».
Il n’y a guère que Boris Vian, alias Vernon Sullivan, pour oser écrire « j’irai cracher sur vos tombes ». Pour autant, doit-on tomber dans le syndrome des lunettes roses pour juger de l’œuvre d’un militant ? C’est ce dont semble être victime notre ami et camarade Jean-François Chalot si on en juge par le panégyrique qu’il dresse du Parti des Travailleurs et de son gourou Pierre Boussel – Lambert à l’occasion du décès de celui-ci.
Jean-François n’est pourtant ni dupe ni sous-informé. Il évoque d’ailleurs, mais pour l’évacuer aussitôt, le « rapport particulier à la démocratie » de cette organisation trotskyste. Qu’en termes galants ces choses-là sont dites ! Jean-François ne veut retenir que la permanence de Lambert et des siens dans la défense de la laïcité et leur fidélité à ce combat. On aimerait pouvoir souscrire à ses propos. Mais, ce qui apparaît de façon au moins aussi visible que l’affichage laïque du P.T., c’est sa propension à faire varier la géométrie de la laïcité.
Il serait abusif de dire que j’ai bien connu personnellement Pierre Lambert ; mais j’ai longtemps été un compagnon de route – certains diront un idiot utile – de l’O.C.I. J’ai même suivi trois G.E.R. (groupes d’études révolutionnaires, stages de « formation » préalables à l’admission dans l’organisation), mais, à chaque fois, à la fin de la session, je refusais d’adhérer, notamment en raison du montant exorbitant de la « phalange » (cotisation) à verser mensuellement comparable à ce que les sectes exigent financièrement de leurs adeptes. Ce caractère sectaire de l’O.C.I. – et aujourd’hui du PT – se manifestait et continue de se manifester en toute occasion. Jean-François l’évoque aussi, mais l’esquive pudiquement.
L’unanimisme de façade, la volonté de constituer « l’avant-garde du mouvement ouvrier » et de montrer à celui-ci la voie à suivre, a conduit et conduit toujours le mouvement lambertiste à un total isolement mal camouflé par les cache-sexes, faux nez et fantoches dont il sait s’entourer et se parer pour lancer des « appels » , constituer des « comités », tenir des « assises » et réunir des « constituantes » tous plus « unitaires » les uns que les autres, mais aussi plus « laïques » et « démocratiques ».
Les autres spécialités du lambertisme sont le noyautage et l’occupation de places de responsabilité grâce auxquelles on escompte non seulement se camoufler et utiliser un porte-voix pour diffuser les positions du parti trotskyste, mais aussi gagner une respectabilité, si possible juteuse. Et, pour y parvenir, plus aucun principe ne vaut. Le total noyautage de la Libre Pensée et son bien peu laïque cadenassage ont contraint quelque 500 militants, dont la quasi-totalité des anciens présidents et secrétaires généraux, à fonder en 1995 l’Association de Défense des Libres Penseurs de France (A.D.L.P.F.) qui deviendra totalement autonome de la fédération nationale en 1998 sous le nom d’Association Des Libres Penseurs de France (1).
Les dirigeants lambertistes de la L.P. se sont ensuite attaqués à l’Union Mondiale des Libres Penseurs. Mais, comme ils ne sont pas parvenus à en obtenir la direction, ils l’ont alors quittée en 2003 pour aller investir l’IHEU (International Humanist and Ethical Union), organisation représentée à l’UNESCO, mouvement de tradition anglo-saxonne très respectable, mais qui n’a pas grand-chose de laïque ! et qui était, auparavant, la cible des attaques lambertistes, précisément parce qu’elle n’avait pas une attitude laïque !
Ceux qui, aux yeux des lambertistes, étaient des antilaïques notoires la veille, devenaient le lendemain, et sans avoir rien changé, les plus ardents défenseurs de la laïcité dans le monde ! N’est-ce pas là , Jean-François, une étrange « fidélité à des principes » ? Même conception variable de la laïcité lorsqu’en juillet 2006 les dirigeants lambertistes de la LP signent un communiqué commun avec la Ligue de l’Enseignement dans lequel « les deux organisations se sont rejointes dans la critique de la loi du 15 mars 2004 » sur l’interdiction des signes et tenues religieux à l’école publique, loi que les deux associations jugent xénophobe et discriminatoire.
Auparavant, la Libre Pensée et le Parti des Travailleurs stigmatisaient, à juste titre, la conception « laïcité ouverte » défendue par la Ligue de l’Enseignement. Qu’est donc devenu le mot d’ordre « ni croix, ni voile, ni kippa à l’école » défendu par la Libre Pensée et le PT, mais combattu par la Ligue de l’Enseignement ?
Etranges palinodies! Laïcité à géométrie variable également selon qu’on s’adresse à l’Eglise catholique, à laquelle on ne ménage pas ses attaques, ou à l’Islam ! qu’on oublie même de citer quand on prétend s’opposer à l’introduction d’un délit de blasphème. Les dirigeants PT de la Libre Pensée sont même tombés dans l’abject avec ce communiqué sur l’affaire Redeker dans lequel, au lieu de soutenir la victime de menaces des intégristes islamistes, ils expliquaient qu’elle était bien responsable des ennuis qui lui arrivaient.
Il y a 18 mois, dans Respublica, un militant analysait avec une grande pertinence la palinodie des dirigeants lambertistes de la Libre Pensée à l’occasion de ce communiqué commun L.P. – Ligue de l’Enseignement. Il intitulait son article « La carpe et le lapin ou une révision qui vient de loin » et écrivait, parlant de la Libre Pensée : « il faudra payer le prix de cette révision historique ». L’auteur était ! Jean-François Chalot.
Alors, Jean-François, pourquoi vantes-tu aujourd’hui « la fidélité à ses engagements » laïques de Lambert et de son organisation ?
Denis PELLETIER
Président de l’Association Des Libres Penseurs de France (A.D.L.P.F.) affiliée à l’Union Mondiale des Libres Penseurs.
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(1) C’est à peu près le même processus que celui qui a conduit à la création de la CGT-Force Ouvrière en 1947 pour se libérer de l’étau stalinien qui enserrait la centrale syndicale! F.O. aujourd’hui largement infiltrée par les lambertistes