1

S'abstenir, c'est voter contre Sarkozy et Barroso

Depuis des semaines, divers partis politiques inondent les citoyens avec le slogan « s’abstenir, c’est voter Sarkozy ». La chose est apparemment risible au vu des efforts, des moyens de propagande, pour pousser les citoyens à voter qu’ont déployés ce dernier et ses amis européens au premier rang desquels José Manuel Barroso, Président de la commission de Bruxelles.
En fait, les promoteurs de ces appels sont conscients que nombre de citoyens dont ils espéraient les votes veulent, au travers de cette consultation, sanctionner une construction européenne antidémocratique qui les insulte en méprisant leur rejet du traité constitutionnel européen. Il s’agit donc surtout pour eux de remobiliser leurs propres électeurs en détournant le sens du scrutin.
On assiste alors à des scènes pour le moins étranges. Des partisans du retrait de la France hors de l’Union européenne appellent à voter en masse alors qu’une forte participation aurait pour conséquence de légitimer les instances de Bruxelles ; des personnalités habituellement critiques vis-à-vis du « Parlement européen » insistent sur la nécessité de le soutenir. Comprenne qui pourra.*

La seule cohérence pour les partisans du Non au référendum du 29 mai 2005 est évidemment de ne pas cautionner cette mascarade, surtout après que le pseudo Parlement de Bruxelles a demandé qu’on passe outre aux votes français, néerlandais et irlandais, et bien qu’il agisse comme si le traité de Lisbonne était déjà en vigueur.
Quant à Sarkozy, il poursuit deux objectifs : mettre l’UMP en tête, ce qui paraît assez joué d’avance, et avant tout légitimer les instances de Bruxelles, surtout après le coup de force contre le suffrage universel qu’a représenté l’adoption du traité de Lisbonne.
Seul le boycott de cette élection est une attitude cohérente pour les partisans du NON.
André Bellon
Ancien Président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale
Paru sur le site du Comité Valmy
http://www.comite-valmy.org




Traité, le retour

Nicolas Sarkozy nous avait promis : « Je tiens compte du vote des français ; il n’y aura qu’un mini traité technique ».
On sait ce que valent ses promesses. Mais là, il s’est surpassé. Le traité n’est pas mini du tout ; il est, à quelques éléments symboliques près, le jumeau du précédent ; certes, ce n’est plus une Constitution et c’est bien même s’il faut rappeler que la question était restée en suspens en 2005 ; certes, certains chapitres ont disparu, mais ils sont évoqués dans les annexes, ce qui leur donne la même force juridique que le corps du texte. Le nouveau traité conserve donc la teneur du texte antérieur tout en le rendant encore plus illisible.

Fier de ce tour de force, Nicolas Sarkozy entend faire ratifier en urgence et par le seul Parlement.
La volonté populaire, clairement exprimée le 29 mai 2005, est considérée comme quantité négligeable, la démocratie est bafouée.
De façon ahurissante, les principaux dirigeants de la soi-disant opposition semblent, pour la majorité d’entre eux, trouver ce choix acceptable et légitime et ne pas vouloir s’y opposer avec fermeté. La « social-démocratie » n’est même plus démocrate.

Il ne saurait être question de transiger avec les principes fondamentaux des droits du peuple. Un vote a eu lieu. Il doit être respecté. Seul un nouveau vote populaire pourrait légitimer un nouveau traité.
Les instances politiques actuelles n’ont aucun droit à s’y substituer. Dans le cas contraire, il s’agirait d’un véritable coup d’État. Si, par malheur pour nos principes politiques, les dirigeants de ce pays persistaient dans leur volonté de passer en force, il est impératif, dans un souci démocratique qui doit être celui de tout citoyen :

1/ de faire savoir aux parlementaires que leur vote favorable à ce « nouveau » traité les positionnera en adversaires de la volonté populaire et que les citoyens devront en tirer les conséquences lors des prochaines échéances électorales.

2/ de se préparer à dénoncer dans toutes les prochaines élections et sous les formes les plus adaptés tous les élus qui auront soutenu ce coup de force.

3/ de se rassembler pour imposer enfin de nouvelles règles du jeu politique contre des institutions et des pratiques qui ne représentent plus les électeurs et stérilisent tout débat politique sérieux. La nécessité d’une Assemblée constituante destinée à recréer un espace démocratique est, jour après jour, de plus en plus évidente.

André Bellon