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Les Françaises n'ont pas été à la fête : à qui la faute ?

Femmes et sport : à Pékin, les Françaises n’ont pas été à la fête,
A qui la faute ? Qui s’intéresse au sport féminin ?
Le sport reste encore un combat à mener en France pour que les filles y aient accès dans les mêmes conditions que les garçons. Pratiquer un sport c’est déjà une victoire sur soi si l’on veut bien se souvenir de l’histoire des femmes. Se voir en vainqueur, ce mot qui en français n’a pas de féminin, c’est s’attaquer au modèle de la gentille petite fille qui plombe nos ambitions de femmes libres.
Comment ne pas se poser des questions face aux constats de « déroute » des françaises aux JO de Pékin qui fleurissent dans la presse?

« Les filles inquiètent », note Stéphane Joly, l’envoyé spécial du JDD dans la publication du 24 août : « les femmes représentent 45% de la délégation mais n’ont contribué qu’à 17% du butin (7 médailles), bien moins qu’à Athènes (48%), Sydney (31%), ou Atlanta (43%) ». Et de pointer les raisons conjoncturelles et ce qu’il appelle les vrais « plantades ». Des disciplines entières sont désertées. Les jeunes filles ne semblent pas attirées par la haute compétition et font le choix des études plutôt que de la carrière sportive. Et l’auteur de l’article de conclure « La mixité est le chantier urgent : les femmes représentent moins de 30% des licenciés des fédérations, encore moins de leur encadrement ».
De son côté le journal L’Equipe, sous la plume de Patrick Lafayette titre : « Où sont les femmes ? ». En vrac on trouve tous les arguments habituels (« elles ont été plus émotives que leurs homologues masculins », « elles doivent s’autoriser à prendre des risques », « la psychologie et le relationnel tiennent manifestement un rôle important dans ces échecs récurrents », et puis on cite le cas de cette athlète prometteuse qui s’arrête pour avoir des enfants « désir légitime et fréquent en France, le pays européen (avec l’Irlande au plus taux de natalité »). Dernier argument intéressant à méditer « Ajoutons que beaucoup d’athlètes à l’heure de la confidence, expriment leur envie « de ne pas perdre leur féminité », répugnant dès lors à modifier leur corps, prendre des muscles et du gabarit pour répondre aux nouvelles exigences de l’olympisme ».
Quand on voit dans la rue, au quotidien, les ravages de l’obésité due à la sédentarité et à la malbouffe, phénomène qui frappe en majorité les femmes, on se dit que celles-ci auraient tort de préférer le modèle féminin classique à celui de la sportive de haut niveau…
Ce qui est navrant c’est le vide des idées et des intentions affichées par Fabien Canu, le directeur de la préparation Olympique et para olympique, qui déclare au journal L’Equipe « Un grand chantier va s’ouvrir », mais quand on lit avec attention ce qu’il propose on reste sans voix : « Comment y remédier ? », dit-il « c’est une question qu’on se pose à laquelle je n’ai pas encore de réponse… » et d’ajouter à propos des pistes qu’il envisage « on verra dans notre grand débriefing des Jeux… ». Aveu intéressant lorsqu’il fait allusion aux programmes de financement lancés par le ministère en direction des sportives « ils concernent la pratique et le développement, pas le haut niveau » !!!
Heureusement Marie-José Pérec, qui tient une tribune dans l’Equipe explose par un titre cinglant « Tout est fait pour les décourager ». Et de citer le modèle qui valorise le corps musclé pour les hommes, les grands leaders du sport français qui sont des hommes, le milieu sportif qui est essentiellement masculin…
Il n’est que de lire les études qui ont pu être faites ces dernières années sur le sport féminin pour se rendre compte que le sport féminin reste le cadet des soucis des pouvoirs publics et des dirigeants sportifs, mais aussi des médias.
En décembre 2007, l’association Femix’Sports dénonçait les discriminations dont sont victimes les sportives. Jean-Louis Aragon dans le journal le Monde du 15 décembre 2007, sous le titre « Le sport féminin peine à trouver sa place dans les médias », cite l’enquête réalisée par Femix’Sports selon laquelle « la pratique sportive féminine ne représentait, en 1999, en France que 16% des articles des pages sport de la presse nationale, en 1999, 24% de la presse régionale, 4% de la presse spécialisée, 2,5% de la presse féminine, 15% de l’Equipe, 16% de la presse fédérale. Selon une enquête réalisée au mois de novembre 2007, cette proportion tombe à 4,25% en moyenne dans les quotidiens L’Equipe, Le Parisien, Le Figaro, Le Monde »
Autre scandale, qui rejoint notre combat contre le voile et la régression dans les modèles culturels ambiants : le nombre de jeunes filles issues de l’immigration qui pratiquent du sport est en chute libre. Le 18 avril 2004, dans le JDD, Guillaume Perrier annonce la sortie d’un rapport aux ministres des sports et de la parité qui pointe la montée du communautarisme et la remise en cause de la mixité. Le titre de l’article est éloquent « dans les cités les filles restent sur la touche ».Une photo de joueuses de foot résume la situation « A Dreux il existe plusieurs équipes de foot féminines qui regroupent beaucoup de maghrébines, malgré les menaces, les insultes et les découragements. Au début, elles venaient en pantalon et en bonnet. Maintenant elles jouent toutes en short ».
Toujours à propos de ce rapport, Cécilia Gabizon, dans Le Monde du 22 avril 2004, note qu’il « révèle une véritable ségrégation ». L’étude repose sur des témoignages (Maires, dirigeants de clubs, travailleurs sociaux, habitants) et une étude de l’INSERM. D’où il apparaît que les filles sont « exclues de la sphère publique et surtout de celle du sport ». La journaliste donne la parole à Brigitte Deydier, vice présidente de la fédération française de judo, qui déclare « Le monde du sport ne peut assister sans réagir à la lente exclusion des filles dans certains quartiers ».
Quand on sait le « gisement » de sportifs que représentent les jeunes issus de l’immigration, on se dit que même l’intérêt bien compris d’un pays qui veut afficher des ambitions sportives internationales, n’aiguise pas l’efficacité de nos dirigeants.
Le Ministre de l’époque Jean-François Lamour avait annoncé la création de dix sites expérimentaux dans dix quartiers… en outre un groupe d’universitaires devait essayer de décortiquer le phénomène… interview par Ruth El Krief à RTL le 4/07/03)
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Il faut rappeler que lors de son passage au Ministère de la Jeunesse et des sports, Mme Buffet avait organisé des Assises nationales Femmes et Sport ( 29-30 mai 1999) qui avaient beaucoup remué le milieu sportif. Des dizaines de groupes de travail s’étaient mobilisé des recommandations d’action touchant à tous les domaines (haut niveau, éducation, entrée dans la hiérarchie des instances sportives, médias, international, ..). A quand le point 10 ans après ???
Annie Sugier
Présidente de la Ligue du Droit International des femmes et du Comité Atlanta-Beijing +




Lettre au maire d'Argenteuil, pour qu'il refuse les piscines communautaristes

LIGUE DU DROIT INTERNATIONAL DES FEMMES
Créée par Simone de Beauvoir
Le 20 juillet 2008
Monsieur Philippe Doucet
Mairie d’Argenteuil, Val d’Oise
Monsieur le Maire,
Je vous adresse cette lettre en tant que présidente de la Ligue du Droit International des Femmes afin de vous faire part de mon inquiétude à la lecture d’un article dans le journal le Parisien Dimanche intitulé « Ils veulent des créneaux non-mixtes à la piscine ».
J’ai été particulièrement indignée par les propos des personnes qui appelaient à signer une pétition en faveur de séances non mixtes pour les hommes et d’autres pour les femmes accompagnées de jeunes enfants, l’un d’entre eux déclarant que « le service public doit pouvoir s’adapter à son temps et à toutes les communautés ».
C’est donc avec satisfaction que j’ai noté la position dont vous avez fait part en tant que Maire d’Argenteuil « avec fermeté lors d’un conseil municipal en mai » et que vous confirmez aujourd’hui en affirmant que « la piscine est un lieu public et collectif qui restera laïc ».
La question du sport est à l’évidence au cœur du débat sur la mixité et l’égalité entre les hommes et les femmes. Notre association a pris conscience de l ‘importance de ce sujet dès les années 90 en constatant que de nombreux pays, au nom de principes religieux ou culturels d’un autre âge, ne permettaient pas aux femmes de participer aux compétitions sportives au même titre que les hommes. En cette année olympique la question est particulièrement d’actualité et nous devons être solidaires de ce combat.
Accepter de céder à ceux qui pratiquent un chantage constant vis-à-vis de l’opinion au nom d’une conception erronée de la « liberté de choix », ce serait introduire dans notre société laïque et démocratique le principe de la ségrégation entre les hommes et les femmes et d’un statut dévalorisé des femmes.
Derrière ce débat il y a naturellement celui du port du voile. Le sport, et singulièrement la natation, démasque les hypocrisies et démontre que c’est bien une société basée sur la ségrégation entre les hommes et les femmes que veulent ceux qui prônent le port du voile (ou l’espace public aménagé avec séparation des sexes).
Veuillez agréer Monsieur le Maire l’expression de mes salutations distinguées,
Annie Sugier
Présidente de la Ligue du Droit International des Femmes




Les JO : un scandale peut en cacher un autre

Acte I : un scandale annoncé, le choix de Pékin

Ce fût un grand classique, et de bonne guerre.
Dix des plus grandes organisations de défense des droits de l’homme rédigent un « petit livre » rouge pour dénoncer les crimes de la dictature à la chinoise. « Reporters sans frontières », emmené par le virulent Robert Menard, en rajouta plusieurs couches en désignant à la vindicte populaire la flamme olympique, symbole des valeurs universelles bafouées par le choix de Pékin.
Le président du CIO fait semblant, pendant un temps raisonnable, de croire aux promesses de ses interlocuteurs chinois pour, en fin de compte et selon une formule bien rodée, déclare qu’il ne faut pas attendre du CIO qu’il règle des problèmes que les instances politiques internationales n’ont pas su résoudre.
Les athlètes français tentent de sauver les valeurs de l’Olympisme en proposant de porter un badge avec un extrait de la Charte « pour un monde meilleur. C’est en réponse à cette initiative que le 10 avril à Pékin, en introduisant la conférence des 205 Comités nationaux Olympiques, le président du CIO en dit juste un peu trop, juste assez pour que nous prenions conscience d’une règle de la Charte Olympique qui nous avait échappée jusque là. La règle 51 qui comme le rappelle Jacques Rogge, interdit toute forme de propagande ou de manifestation politique ou religieuse sur les sites Olympiques.

Acte II : un scandale ignoré, l’apartheid sexuel

La déclaration de Rogge fait « tilt » dans nos esprits de laïques et féministes. Pourquoi alors le CIO accepte-t-il le voile islamique sur le stade Olympique ?
Jusqu’à présent, de la Charte Olympique, cette loi qui s’applique à tous, nous n’avions retenu que le rejet de toute forme de discrimination quelle qu’en soit le cause et notamment de race ou de sexe. C’est au nom de ce principe que le Comité national d’Afrique du Sud fût exclu pour cause d’apartheid pendant plus de 30 ans. Il ne réintégra la famille Olympique qu’en 1992 à Barcelone. C’est aussi au nom de ce principe que nous exigeons du CIO, l’exclusion des Comités nationaux qui ne comportent pas de femmes dans leurs délégations.

Nous avions obtenu que le CIO mette en œuvre une politique d’incitation auprès des pays concernés (versement de 40% des crédits de la solidarité au développement du sport à l’intention des femmes). Les résultats avaient suivi avec la régularité d’un métronome. Le nombre de pays récalcitrants dégringolant de 35 à Barcelone en 1992, à 26 à Atlanta en 1996, 9 à Sydney en 2000 et …encore 9 à Athènes en 2000.
Le noyau dur était atteint. Il s’agissait pour l’essentiel des pays islamistes qui pratiquent l’apartheid sexuel : Arabie Saoudite, Brunei, Emirats Arabes Unis, Koweït, Oman, Qatar et Yémen. Les autres pays ayant pour excuse de n’envoyer que de minuscules délégations.
A Pékin, grande surprise, le « noyau dur » s’effrite. Deux des très conservatifs pays du Golfe « craquent » : Oman et Emirats Arabes Unis, auxquels s’ajoute le Yémen. Il reste donc 4 pays islamiques dont les délégations sont composées uniquement de femmes : Arabie Saoudite, Brunei (qui n’est pas présent à Pékin), Koweït et Qatar.
Mais, leurs athlètes sont …voilées. Comme le sont celles d’Iran, pays que nous avions ciblé dans nos attaques lors des JO d’Atlanta en 1996. A la veille de la cérémonie d’ouverture, ils prirent la décision d’envoyer une tireuse à la carabine voilée et, pour cacher le fait qu’elle était seule au milieu d’une bonne quarantaine d’homme, elle fût aussi (la) porte drapeau.. Le gros des sportives iraniennes se produit dans des Jeux séparés, dits de la Solidarité islamique, qui ont lieu tous les 4 ans à Téhéran depuis 1993 et qui sont fermés aux hommes et à la presse. Ces Jeux sont cautionnés par le CIO !
Certes, nous avons envie de nous réjouir car certains des pays que nous avons ciblés ont compris qu’ils ne pouvaient pas maintenir les femmes hors des JO. Mais ce sont des femmes « handicapées » qui sont autorisées à concourir en public. Handicapées par le port d’un voile.
Il faut se poser sérieusement la question : aucune athlète autorisée à concourir ou une poignée d’athlètes voilées confinées dans quelques disciplines alibi, ou encore des Jeux séparés pour les femmes excluant la présence des hommes et des journalistes, la signification en est la même, c’est-à-dire l’affirmation d’une idéologie politico-religieuse contraire à l’esprit et à la lettre de la Charte Olympique.

Acte III : un scandale à venir, les Jeux de la ségrégation

Le double langage du CIO est évident.
Et cela se produit dans l’indifférence quasi générale. Aucun des commentateurs de la télévision, lors de la cérémonie d’ouverture de Pékin, ne relève la présence ou l’absence de femmes, ni la montée en puissance du « voile » islamique, préférant ce gargariser de la beauté des costumes folkloriques. Il n’y eut qu’un moment de faux espoir, lorsque la délégation du Bahreïn passe avec devant la tribune de la presse avec une femme voilée. L’un des commentateurs se souvient l’avoir vue courir « avec son foulard et son collant, comme le lui impose… », Suit un brouhaha qui rend le commentaire inaudible : mais gageons qu’il voulait dire la loi religieuse de son pays. Et il conclut par un « pas pratique! » ironique.
Ce sont maintenant 14 (+) délégations qui comportent des femmes voilées (athlètes, membres du soutien des équipes ou simples invitées ? difficile à dire ?).
C’est ainsi une permission de transgresser la règle 51 qui est donnée par le CIO aux pays islamiques. Les prétextes affichés sont ; « parce que mieux vaut des femmes voilées que pas de femmes » selon la porte parole du CIO. Pire encore : parce que « il s’agit d’un choix personnel » dixit le président du CIO dans une interview au journal belge Le Soir.
Ne nous y trompons pas, il ne s’agit d’un hasard mais d’une stratégie du CIO qui vise à intégrer le monde islamique dans le respect des exigences politico-religieuses quitte à s’assoir sur les valeurs universelles qui sont le fondement de la Charte.
Cette volonté du CIO transparait dans les plus récentes décisions prises par ses instances dirigeantes. D’un côté le CIO annonce à Pékin, que la Marocaine Nawal El Moutawakel (non voilée), première médaillée d’or africaine, devient membre de la Commission exécutive du CIO (sous le titre « pour la première fois une musulmane (sic) élue à la Commission Exécutive »). De l’autre il pousse sur le devant de la scène l’Egyptienne, Rania Elwani. (Nouvellement voilée et qui était déjà invitée à la cérémonie de clôture des JO d’Athènes aux côtés de Rogge sous la bannière Olympique), ancienne médaillée en natation, membre du CIO et de la Commission des athlètes. Cette dernière, qui s’exprime sur le site du CIO comme modèle pour les jeunes générations, apparaît à Pékin dans les cérémonies de remise de médailles.
Cette trahison par le CIO de sa propre Charte dans un domaine qui est le sien, le sport, n’a fait que renforcer la volonté des pays islamistes de promouvoir un modèle (leur modèle) des Jeux de la ségrégation.. Allant au-delà des simples jeux de la Solidarité pour les femmes islamistes, qui commençaient à mourir dans l’ennui généralisé, ils ont engagé depuis 2005 à Ryad en Arabie Saoudite, de grandes manouvres pour organiser des jeux d’une plus grande dimension. Ceux-ci seront toujours des jeux de la ségrégation, mais seront présentés comme mobilisant les hommes et les femmes au même moment mais dans des lieux séparés pour respecter la loi religieuse. La deuxième édition aura en 2009 dans trois grandes villes iraniennes. Ce sont 7000 athlètes, 57 pays et 23 disciplines(++) qui seront concernés. L’apartheid sexuel devient ainsi un modèle exportable face aux valeurs de mixité et d’universalisme que le CIO n’a pas su défendre.
A quand la fusion entre le CIO et les jeux islamistes avec comme prochain site la capitale du Qatar qui d’ailleurs s’est porté candidat pour la tenue de prochains JO ?
Annie Sugier
Présidente de la LDIF e du Comité Atlanta-Beijing +
(http://www.ldif.asso.fr)
Lire aussi :
1. http://www.wunrn.com et http://www.womensenews.org:80/article.cfm?aid=3696
2. Collectif Chine JO 2008 « Revendications pour Pékin » signé de 9 organisations de défense des droits de l’Homme.
3. Le Monde, « A Pékin le CIO admet traverser une crise », signé du correspondant à Pékin ( du 12/04/08)
4. Libération, Rebonds: lettre ouverte au président du CIO signée A.Sugier, L.Weil-Curiel ; A-M .Lizin, E. Badinter et L.Kandel (du 5/05/08).
5. Elle, éditorial du signé Michèle Fitoussi « Voile sur les JO » (du 12/07/08).
6. Le Temps de Genève, « le foulard tenue règlementaire aux JO » (19/06/08) et « Ces femmes interdites de Jeux » ( 25/07/08) signés Caroline Stevan.
7. l’Humanité, dossier sur « l’Olympisme est-t-il en crise ? ». Le point de vue de l’ancienne inspectrice pédagogique Annick Davisse ( du 26/07/08)
8. Charlie Hebdo, « Idéal Olympique : les gonzesses au vestiaire ! » signé Agathe André ( du 30/07/08)
9. Libération , « On a oublié le badge », signé Gilles Dhers et Grégory Schneider ( du 8/08/08)
10. Le Monde, « Le badge définitivement hors Jeux », signé Solen Cherrier ( du 3/08/08)
(+) pays dont les délégations ne comportaient que des femmes voilées : Yémen, Palestine, Djibouti, Iran, Soudan, Lybie, EAU, Oman, Afghanistan, ; pays comportant une ou plusieurs femmes voilées : Maldives, Mauritanie, Bahreïn, Egypte, Ethiopie ;
(++) Le secrétaire général de ces jeux islamiques, Hassan Mirza Aghabek déclare ( cf site internet) « En accord avec la tradition et le culture islamiques, les femmes athlètes vont concourir dans des stades séparés où les hommes ne seront pas autorisés à rentrer ».




Le voile d'une religieuse est-il moins choquant que celui d'une islamiste ?

Si l’on se réfère aux termes du jugement qui condamne Fanny pour discrimination sur des bases religieuses et non pour des raisons racistes, il apparaît que la Cour nous a partiellement entendu(e)s – nous qui la soutenions – malgré ce que prétendaient les parties civiles MRAP, LICRA et LDH, par contre il est clair que nous n’avons pas été convaincantes sur le thème de la discrimination religieuse. Cela est sans doute dû aux réponses que nous avons données à une question particulière du président qui sans doute ne l’ont pas convaincu.
« Et si à la place d’une femme voilée musulmane vous aviez eu devant vous une religieuse catholique, est que vous auriez eu la même réaction ? ». Cette question le président du Tribunal Correctionnel d’Epinal l’a posée d’abord à Fanny Truchelut, alors que j’attendais dans la salle des témoins, puis à moi, après que j’eu terminé mon témoignage sur ce représente le voile.
Nos réponses ont été assez voisines. Fanny a dit : « Non, je n’aurais pas eu la même réaction car une religieuse est en quelque sorte une professionnelle ». Quant à moi, je ne me souviens plus de mes mots précis, mais j’ai dû dire : « Non, car une religieuse a fait le choix de se retirer du monde et de se consacrer à Dieu, et le port du voile dans ce cas n’a pas valeur de modèle pour l’ensemble des femmes ».
Donc nous n’avons pas été comprises. Voilà pourquoi il me semble important de revenir sur ces réponses.
Il faut d’abord affirmer sans détour que quelle que soit la femme qui porte un voile et quelle que soit sa religion, le voile correspond à une vision du rôle et du statut des femmes qui est en contradiction avec sa place et son statut dans une société démocratique c’est-à-dire mixte et égalitaire.
Le voile a représenté, avant même l’arrivée des religions monothéistes, une façon de dissimuler le corps des femmes considéré comme source de désordre. A la question « d’où vient cette histoire de voile ? », Mohamed Kacimi ( Tribune libre de Libération du 10 décembre 2003 et auteur de « La confession d’Abraham, L’Arbalète, 2001), répond qu’ il « s’agit d’une croyance sémitique très ancienne qui considérait la chevelure comme le reflet de la toison pubienne ! » Il est une forme de stigmatisation de la sexualité des femmes auquel leur corps est assimilé dans sa totalité.. Il ne faut pas oublier que la sexualité de « l’autre » fait toujours peur. De ce fait, la place assignée aux femmes est la maison. Lorsqu’elles se déplacent dans l’espace public elles doivent être invisibles car l’espace public appartient aux hommes Le voile est donc doublement discriminatoire : il sépare les femmes des hommes et il sépare les femmes honnêtes des autres. Ainsi comme le rappelle Mohamed Kacimi dans cette même tribune libre de Libération,, le roi d’Assyrie Teglat Phalazar 1er, qui au XII éme siècle avant JC rend obligatoire le port du voile, stipule – ce qui est révélateur- que « les prostituées ne seront pas voilées » !
Le voile est « dérangeant » au sens fort du terme, en ce qu’il est le symbole de cette stigmatisation du corps des femmes. Stigmatisation qui dans l’histoire de l’humanité s’est traduite par un statut de second rang pour les femmes dont nous sortons à peine dans nos sociétés. . Cette peur de la sexualité des femmes est à l’origine de l’obsession de la virginité, de mariages forcés, de crimes d’honneur, de la lapidation des femmes adultères,
Alors pourquoi le voile de la religieuse, qui renvoie à ce même symbole, serait-il moins « dérangeant » que celui de la musulmane ? Est-ce parce que nous accepterions plus facilement ce qui vient de notre fond culturel chrétien que des musulmans ? Evidemment non ! Il y a en fait plusieurs réponses à cette question.
D’abord, comme je l’ai dit lors du procès parce, même si le symbole auquel renvoie le voile est le même, il n’éclabousse pas l’ensemble des femmes puisque celles qui le portent déclarent être entrées en religion -elles font d’ailleurs vœu de chasteté et sont symboliquement les épouses du fils de Dieu- et sont donc en dehors des normes du séculier.
Ensuite parce que ce voile, de même que les mantilles ou les foulards, que portaient dans les Eglises il n’y a pas si longtemps les femmes – cette fois-ci toutes les femmes et non pas seulement les religieuses- représentaient une marque de soumission à Dieu et non aux hommes. Il ne faut pas oublier que sauf exception elles ne les portaient pas dans la rue mais bien en pénétrant dans l’Eglise. On peut admettre, même si l’on est laïque, que des personnes croyantes veuillent marquer leur respect et leur soumission à l’égard de Dieu dans le lieu de culte. On peut regretter que cela se fasse par le bais d’un voile pour les femmes. On peut en tout cas se réjouir que cette pratique ait été abandonnée par la majorité des femmes mêmes dans des pays comme l’Espagne ’
Tel n’est pas le sens donné au port du voile par les femmes musulmanes qui le portent en outre en adoptant des modéles issus de traditions venant des pays du Golfe et non du Magrheb !. Il s’agit bien ici, comme ce fût le cas dans le passé de se conserver pour son mari, et de se séparer des autres hommes au point même de ne pas leur serrer la main et même de porter des gants et de se recouvrir le visage et parfois tout le corps. Cela va aussi dans les hôpitaux jusqu’à refuser d’être soignée par un médecin homme. A la différence de la pratique des mantilles tombée en désuétude, celle du voile islamique et de tout ce qui en découle, se développe à vue d’œil avec la volonté d’affirmer une vision de la femme pudique et modeste par comparaison avec la femme occidentale dépravée.
Alors là nous réagissons car le sens qui est donné au voile est celui qui a fait tant de mal aux femmes et à l’humanité dans son ensemble dans la passé : celui de la ségrégation entre les hommes et les femmes et, celui d’une subordination des femmes aux hommes. Il n’est que de rapprocher la situation des femmes des zones géographiques où le voile islamique persiste – ou se développe- pour tirer la conclusion que les femmes n’ont rien à gagner à prendre le voile !
Ce voile n’est pas un signe religieux , il est, et nous le savons tous, le porte drapeau de l’islamisme politique –modéré ou non, le mot modéré est déplacé car sur la question des femmes l’islamisme n’est jamais modéré- qui en fait un élément prioritaire de son programme.
Annie Sugier
Paru dans le numéro 8 du 17 octobre




Cachez ces corps que nous ne saurions voir !

Heureux hasard que le retour au premier plan de l’actualité du sport au féminin. Après le jugement de Lille sur la virginité, c’est bien toujours le corps des femmes qui fait polémique.
Ainsi, à propos du tournoi intermosquées exclusivement réservé aux femmes – et finalement annulé – Khalil Merroun, fondateur de la mosquée d’Evry-Courcouronnes déclare à Céline Carez du journal le Parisien : « On donne trop d’importance à ces sujets(…) C’est bien que les femmes musulmanes fassent du sport. En revanche, si on ne voit rien de leur corps et si elles jouent correctement habillées, en survêtement, je suis en faveur de la mixité ». Tout est dit. La mixité sous condition. Le sport des femmes sous condition. Telles sont les règles.
Cette fois-ci, nous avons su réagir à temps et nous avons refusé « ces » règles.
Mais cette victoire a ses limites. Ce qui a fait l’unanimité contre le projet de tournoi intermosquées c’est sans doute que les hommes auraient été exclus d’un lieu public. La ségrégation était évidente. Imaginons maintenant que les promoteurs du projet aient été plus subtils, que les hommes aient été admis au spectacle mais que les femmes aient porté des survêtements, des foulards bien noués, comme l’aurait souhaité Khalil Merroum, ou plus simplement un couvre-chef affiché comme un signe de la différence religieuse et de la volonté de respectabilité des joueuses, aurions-nous eu la même unanimité ?

Qui aurait réagi ? Nous aurions été dans le symbole. Un symbole qui tout de même constitue à la fois un handicap et un signe de division dans un endroit qui est censé rassembler et où seules des règles vestimentaires devant favoriser la discipline sportive pratiquée ont leur place. Mais voilà, pour les femmes musulmanes, c’est différent.
Témoin, ce qui se passe dans le cadre des Jeux Olympiques et que Riposte Laïque dénonce avec vigueur en cette année Olympique. Le scandale est double et ce sont les femmes qui en sont les victimes. D’abord il se pose en termes d’exclusion. En effet, les femmes des délégations de 9 pays sont exclues. Il s’agit de 6 pays islamistes et de trois pays envoyant de minuscules délégations.
Le scandale des Jeux Olympiques c’est aussi le non respect de la neutralité politique et religieuse sur les sites Olympiques. Ainsi, depuis les Jeux d’Atlanta des sportives voilées appartenant aux délégations d’Iran, d’Egypte( et peut-être d’autres) ont obtenu l’autorisation d’arborer ce signe politico-religieux.
Or voilà que le jour même où Le Parisien rebondissait sur l’affaire de Vigneux, un journal suisse « Le Temps », sortait, sous la plume de Caroline Stevan, un éditorial, doublé d’un article très bien documenté, intitulé « Fichu foulard islamique ». D’emblée, elle pose les questions qui dérangent. Comment les responsables sportifs réussissent-ils à concilier le respect des termes des règlements sportifs et de la Charte Olympique avec le port du foulard islamique ?
Les réponses sont embarrassées, hypocrites voire fumeuses. Du genre « Le code du sport fixe ce que porte le joueur, non ce qu’il ne doit pas arborer, à l’exception de bijoux ou d’accessoires dangereux » (dixit la Fédération française de football, la FIFA ou la fédération internationale de volleyball) ou du genre ergoteur qui cite un cas particulier « il ne s’agit pas d’un foulard islamique »…En résumé « ce n’est pas que c’est autorisé, c’est que ce n’est pas interdit » ( dixit l’entraîneur d’une équipe féminine !).
Quant à la porte parole du CIO, elle précise d’abord que seule une iranienne a fait une demande de port de voile dans les enceintes olympiques. Et d’ajouter, pour expliquer le profil bas adopté par le CIO dans ces affaires : « nous avons estimé que les motivations de cette iranienne n’avaient rien à voir avec de la propagande ». Naturellement cette réponse fait l’impasse sur les termes précis de la Charte Olympique qui interdit à la fois toute « propagande politique ou religieuse » mais aussi toute « manifestation » de ce type…
Elle fait l’impasse aussi sur la déclaration du président du CIO en avril dernier, devant la conférence des Comités Nationaux Olympiques à Pékin, arguant des termes de la Charte Olympique cités plus haut, c’est-à-dire l’« interdiction de toute manifestation politique ou religieuse sur les sites olympiques », pour prendre position contre le projet des athlètes français de porter un badge sur lequel aurait été inscrite une simple citation de la Charte Olympique « pour un monde meilleur ». La porte parole du CIO tient, à ce propos, à souligner la différence entre la demande des athlètes français et celle de l’iranienne : « Les Hexagonaux n’ont pas posé comme condition de porter le fameux badge. La sportive iranienne, championne de taekwondo, elle, ne viendra pas si elle ne peut se couvrir du foulard ».
Et c’est ainsi que la porte parole du CIO révèle le véritable chantage et le choix de lâcheté fait par le CIO « selon le CIO, note la journaliste, mieux vaut donc une femme voilée qu’une femme absente ».
Ce qui est grave, c’est que, à Montréal, lors d’un symposium sur le rôle du sport comme outil de résistance des femmes musulmanes ( 28 mars 2008, « The Role of Sport in Resisting, Accomodating and Remaking Muslim Women », Concordia University, Montréal) des arguments semblables ont été développés. Ainsi la sociologue Homa Hoodfar a déclaré « quand des jeunes femmes portent le hijab alors qu’elles jouent au football, elles mettent en avant leur identité musulmane mais elles s’opposent aussi à la tradition qui voit d’un mauvais œil les femmes faisant du sport ».
Quelle erreur d’analyse ! Si on peut admettre que des femmes vivant sous la dictature des mollahs ne puissent trouver d’autre voie de survie que celle-là telle ne saurait être notre position, ni celle des instances sportives car ce serait :
– La porte ouverte à toutes les dérives de type politiques ou religieuses (port de signes distinctifs qui séparent des « autres » au lieu d’unir),
– La porte ouverte à toutes sortes de pressions dont seraient victimes les sportives des pays de religion majoritairement musulmane qui résistent encore au diktat des extrémistes (Algérie, Tunisie, Maroc, etc) et qui ont produit des athlètes médaillées d’or ( la marocaine Nawal El Moutawakel, l’ algérienne Hassiba Boulmerka,…).
– L’exclusion de fait des sportives de disciplines incompatibles avec le port du voile.
Il nous faut garder les yeux ouverts pour Pékin.
Annie Sugier




Etats-Unis : plutôt un Noir qu'une femme ?

Obama contre Hillary, c’est l’histoire qui recommence.
– Le vrai défi, c’est un noir qui peut prétendre à la présidence des Etas-Unis.
Les journaux exultent : c’est Obama qui gagne contre Hillary! Qu’attend-elle pour s’avouer vaincue ? Les intellectuels et les médias français avaient déjà, de longue date, choisi leur camp
L’Amérique surprend le monde entier. L’Amérique a su faire ce que la France n’est pas capable de réussir : un Noir candidat à la présidence. On serait tous prêts de nouveau à aimer les Etats-Unis. Obama, grâce à son charisme, à sa capacité à enflammer les foules, ce jeune homme que personne ne connaissait il y a quelques mois, est devenu un « héros des temps modernes ».
A l’évidence le seul fait qu’un Noir puisse, avec des chances de gagner, prétendre à la fonction suprême de la plus grande puissance du monde, est considéré comme un défi majeur en soi et même déjà comme une victoire qui doit tous nous remplir d’espoir. Et c’est vrai que cette aventure ne peut que nous fasciner.
Mais il est tout aussi évident que cette même analyse n’était pas faite s’agissant de la candidature d’une femme : Hillary Clinton. Je ne me prononce pas ici sur les qualités comparées des deux candidats. Ce que je cherche à comprendre c’est pourquoi le vrai choc – pour les observateurs, pour le public – c’est qu’un Noir puisse gagner.. La longue marche des femmes vers leur accès aux plus hautes fonctions et ce que cela représenterait de révolutionnaire que de voir l’une d’entre elle gagner est totalement occultée. Tant mieux pour Obama s’il gagne. Mais permettez-moi de considérer que le pas en avant aurait été encore plus grand si Hillary avait été la première femme présidente des Etats-Unis, cela aurait été une belle revanche sur l’hsitoire. Et je dis cela car moi je n’ai pas oublié l’histoire. Celles des féministes américaines.
– le droit de vote des Noirs avant celui des femmes.
Revenons plusieurs siècles en arrière, à la fin de la guerre de cessession aux Etat-Unis. Nous sommes en 1865, la guerre civile aura duré 4 longues années. Les mouvements féministes ont dès l’origine pris parti pour l’abolition de l’esclavage, à la fois parce qu’elles rejettent l’insulte à l’humanité toute entière que représente un tel asservissement et aussi parce que, du fait de leur statut de mineure à vie, elles se reconnaissent dans la situation d’oppression extrême vécue par les Noirs.
Deux grandes figures du féminisme américain, Elizabeth Stanton et Susan Antony, et leurs allié(e)s du mouvement pour le droit des femmes s’attendent à voir enfin les droits de tous les opprimés reconnus : ceux des Noirs comme ceux des femmes, et ne particulier le droit de vote.
Or que se passa-t-il ? En mai 1865, la Société Américaine Anti-esclavagiste se réunit pour savoir si elle devait ou non se dissoudre. Wendell Phillips, l’un des responsables de cette Société insiste pour qu’elle continue son action, et obtient gain de cause arguant du fait que la liberté des Noirs sera toujours menacée tant qu’ils n’auront pas obtenu le droit de vote ce qui nécessite l’amendement de la constitution américaine. Un véritable défi. Elizabeth Stanton et Susan Antony qui se battent pour le droit de vote des femmes, applaudissent des deux mains, considérant qu’il est temps de comprendre qu’il s’agit d’un droit naturel des citoyens, quel que soit sa couleur de peau ou son sexe.
Là où l’affaire se complique c’est que, pour Wendell Phillips et pour la majorité des anti-esclavagistes, il ne faut pas courir deux lièvres à la fois. La difficulté serait trop grande. Le vote pour les femmes devra attendre, déclare Wendell Phillips, ce n’est pas leur tour (« This hour belongs to the negro ») et de citer, à titre de justification, la formule célèbre d’ Abraham Lincoln selon lequel il ne faut mener qu’une guerre à la fois !
Pour les féministes c’est la douche froide. Une partie d’entre elles s’incline, mais Elizabeth Stanton et Susan Antony refusent ce diktat. Elles considèrent que garantir le doit de vote d’un groupe de citoyens aux dépends d’un autre est une trahison des principes qui ont porté leur mouvement depuis 1848. Abandonner ces principes c’est accepter une « aristocratie basée sur le sexe ». Elles ont la conviction que cela reviendra à retarder l’acquisition du droit de vote pour les femmes de plusieurs décennies. Mais c’est peine perdue malgré la force de leur réaction et leur persévérance.
Alors commence la bataille pour le quatorzième amendement qui non seulement ne fait nullement référence au vote des femmes, malgré les dizaines de mille de signatures recueillies par les féministes, mais désigne explicitement comme personnes en capacité de voter « les citoyens mâles ». C’est la première fois que la constitution américaine inclut une distinction fondée sur le sexe. Le Parti Républicain introduit ce projet d’amendement dans son programme. Le Congrès approuve le quatorzième amendement en juin 1866.
Elizabeth Stanton et Susan Antony ne verront pas le résultat de leurs efforts et de ceux des féministes qui leur succéderont, car il faudra attendre 1919 et le dix-neuvième amendement pour qu’enfin le droit de vote soit reconnu aux femmes, plus de 50 ans après les hommes Noirs.

Des leçons à tirer d’un échec

La solidarité des femmes entre elles n’est sans doute pas aussi grande que celle des Noirs à l’égard d’un de leurs leaders. Affirmer cela n’est pas un scoop. Pour gagner il faut au moins disposer d’une base solide autour de laquelle viendront s’agréger d’autres votes. On a vu en France que les femmes n’ont pas massivement voté pour Ségolène Royale, comme si elles ne comprenaient pas que, au-delà des qualités ou des défauts d’une candidate (et l’on voit aujourd’hui que l’autre candidat n’était pas nécessairement plus prêt qu’elle à prendre le costume de Président…) , le simple fait qu’une femme, qui avait fait ses preuves en politique, qui aurait su s’entourer une fois au pouvoir (car une fois la place acquise le PS aurait vu son intérêt à la soutenir, la victoire appelant la victoire) soit la première magistrate de France constituait en soi un pas à franchir dans notre histoire.
Il est une quelque chose en tout cas que l’on ne pourra pas retirer à Hillary et à Ségolène c’est qu’elles ont montré leur combativité et leur résistance.
Les deux pays, patries de la déclarations des droits de l’homme, Les Etats-Unis et la France, ont décidément du mal avec le pouvoir politique au féminin.
Annie Sugier




Le relativisme culturel et la mixité hommes femmes dans les espaces publics

1. la notion de droit universels s’applique-t-elle aux femmes ?

Au début de la décennie 80 Simone de Beauvoir, avec un groupe de militantes du mouvement de libération des femmes, décide de créer la Ligue du Droit international des femmes ( LDIF) en partant du constat que le droit des femmes varie au gré des cultures et surtout des religions, sans que cela ne semble choquer la communauté internationale, comme si la notion de droits universels de la personne ne s’appliquait pas aux femmes.
Une décennie plus tard, du fait du développement de la mondialisation, des effets de la révolution culturelle iranienne, des guerres du Moyen Orient, d’Afghanistan ou de Tchétchénie, ce qui jusqu’alors n’était qu’un résidu de l’histoire – la situation d’oppression extrême des femmes- est devenu un modèle en pleine expansion revendiqué comme religieux et identitaire…. Un modèle qui s’affichait en opposition avec celui des droits universels et dont l’un des traits fondateurs est la séparation des sexes et le port du voile pour les femmes.
Un certain nombre d’intellectuels ou des politiciens de droite comme de gauche n’ont pas su ou pas voulu comprendre que le respect de la culture de l’ « autre » ne passe pas par l’acceptation de ce qui est contraire aux droits de la personne.
Dans les pays occidentaux on a vu aussi se dégrader les relations entre les garçons et les filles. Pour échapper aux agressions sexistes les filles de certaines cités qualifiées de « difficiles » en arrivaient à ne plus oser porter de jupes, choisissant des tenues de jogging ultra-larges.
(1) les autres co-fondatrices du Comité ATLANTA+ sont Linda Weil-Curiel, avocate et secrétaire générale du Comité, ainsi que Anne-Marie Lizin, présidente honoraire du Sénat belge. Elles sont parties prenantes de l’élaboration de cet appel.
Les voiles islamiques ont fait leur apparition et certains ont commencé à parler de « laïcité ouverte » et ont questionné le bienfondé de la mixité.

2. La mixité un acquis récent à défendre

La mixité est un acquis récent qui a permis aux femmes de sortir de leur ghetto. Quelles que soient les sociétés, un regard en arrière nous démontre que la règle fût la séparation entre la sphère privée et la sphère publique. La libération des femmes est passée et passe encore par leur accès sans entraves ni conditions à l’espace public.
C’est au vu de cette régression, et du rôle particulier que joue le sport, parce qu’il touche au corps, que la LDIF l’a considéré comme un enjeu majeur, un indicateur de la place des hommes et des femmes dans l’espace public dans une société mixte, égalitaire et laïque.
Elles ont pris en cela pour modèle les militants de la lutte contre l’apartheid dont étaient victimes les noirs d’Afrique du Sud et qui avaient fait du sport, et notamment des Jeux Olympiques, leur cheval de bataille car ils sont la vitrine de nos sociétés en bien comme en mal.
D’où la création, au milieu de la décennie 90, d’une association, le Comité ATLANTA +, dédiée à dénoncer la pratique de la ségrégation des femmes à travers ce qui se passe dans l’enceinte des Jeux Olympiques.

3. Le combat du Comité ATLANTA +

Le stade Olympique est un lieu unique, sans frontières où s’applique une loi, la Charte, qui s’impose à tous et qui est porteuse de valeurs universelles :
« Toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne, qu’elle soit pour des raisons raciales, religieuses, politiques, de sexe ou autres est incompatible avec l’appartenance au Mouvement Olympique ».
Même si les drapeaux des nations sont présents, aucun autre signe d’appartenance politique ou religieuse ne doit paraître sur un site olympique. Le serment olympique est sans ambiguïté : ceux qui le prononcent se déclarent les ambassadeurs des valeurs universelles de l’Olympisme et non ceux de leur culture, religion ou nation.
L’intervention du Comité ATLANTA a mis le CIO devant ses responsabilités. Le Comité ATLANTA+ a obtenu des résolutions de la Commission des Droits de l’Homme, du Conseil de l’Europe et du Parlement Européen. C’est ainsi que le nombre de délégations sans femmes est passé de 35 en 1992 à Barcelone, à 9 en 2004 à Athènes. Mais il demeure un noyau dur de pays dont la conception de la séparation des sexes est contraire à l’esprit de la Charte Olympique. La politique de simples recommandations du CIO auprès de ces pays révèle aujourd’hui ses limites.
Autre entorse à la Charte Olympique, l’apparition de femmes voilées sur les sites Olympiques (Iraniennes, Egyptiennes et on en annonce d’autres à Pékin), alors que toute expression politique ou religieuse est interdite sur les sites Olympiques.
Enfin, peu de gens savent que l’Iran a créé des jeux séparés pour les femmes, dénommés Jeux de la Solidarité Islamique qui ont lieu tous les quatre ans, et dont les hommes comme la presse sont exclus. Cependant le CIO n’hésite pas à participer à cette mascarade contraire à tous les principes défendus par la Charte, en y envoyant des observatrices officielles.

4. En guise de conclusion

La question de fond qui se pose c’est celle de notre capacité à défendre des valeurs auxquelles nous croyons et qui ont fondé les Jeux Olympiques modernes. Le sport « langage universel par excellence », selon la Charte de l’Unesco, est un moyen privilégié de montrer que la ségrégation entre les hommes et les femmes se traduit de fait par l’exclusion des femmes, ou leur présence sous condition, le port du voile.
La question c’est de savoir si nous avons la même conviction et la même combativité que les militants de la lutte contre l’apartheid et si nous ne nous arrêterons pas au milieu du chemin en considérant que le voile est un moindre mal puisque au moins les femmes peuvent sortir…
Nous n’avons pas inventé les termes de la Charte Olympique. Ils sont sans ambigüité. Un appel a été élaboré à l’intention du CIO en lui demandant de rendre des comptes sur sa détermination à faire respecter sa Charte, c’est-à-dire de refuser la ségrégation à l’encontre des femmes et le port de signes religieux ou politiques sur les sites olympiques. C’est la mixité et la laïcité que nous voulons ainsi défendre. Deux valeurs primordiales de la démocratie.
Annie Sugier
présidente de la Ligue du Droit international des femmes et co-fondatrice du Comité ATLANTA+(1).
Intervention à Rome, le 31 mai 2008




L'université Lyon II se surpasse sur la question du voile

C’est Michèle Vianés de « Regard de Femmes » qui, la première, nous fait partager son indignation en nous envoyant un message ahurissant : « L’université de la mode » installée à Lyon, dans les locaux de l’Université Lumière Lyon II, organise un colloque au titre évocateur de la douce poésie qui entoure le monde des femmes : »les voiles dévoilées : pudeur, foi, élégance ». Le but affiché du colloque est d’aborder « tous les aspects du voile, symbolique, sociologique et esthétique, dans l’histoire et dans le monde contemporain, au travers de ses fonctions laïques (sic !) et religieuses » (1).
Alors même qu’une loi, enfin interdit le voile à l’école publique, et que, dans le débat qui a précédé cette décision courageuse du pouvoir politique, le caractère discriminatoire et ségrégationniste du voile a été reconnu, alors même que la bataille autour de ce porte drapeau de l’islamisme militant se poursuit chaque jour ici mais aussi ailleurs – dans des pays où résister signifie parfois en mourir – comment ne pas s’indigner que des responsables universitaires se permettent de banaliser un tel signe et de l’associer à la notion d’élégance !
L’énormité de cette information était telle que j’en suis venue à me demander s’il ne s’agissait pas d’une simple maladresse dans le titre du colloque. Peut-être l’intention des organisateurs était-elle toute autre et, ce qu’ils comptaient faire, était de montrer que l’habillement n’est jamais neutre dans l’histoire de l’humanité, surtout dans l’histoire des femmes. Qu’il faut savoir décrypter le sens de ces symboles. Il y a eu le corset, les pieds bandés des chinoises, les colliers à anneaux de certaines africaines…la liste est longue. L’élégance affichée masquant la réalité de la souffrance Les prétextes pour imposer ces accoutrements grotesques sont nombreux : tantôt la pudeur « naturelle » des femmes qui les inciterait à cacher les signes de leur féminité, tantôt à l’inverse, leur désir de séduire qui les conduirait à mettre en valeur leurs atours (le corset faisait remonter les seins et le crinolines augmentaient le volume du postérieur, les pieds bandés donnaient une démarche de petite fille modeste, les colliers à anneaux mettant en valeur l’élégance du cou ..).
Mais au total le résultat est le même : l’humiliation et le handicap dans les gestes de tous les jours.
Quel était donc le véritable objet de ce colloque ? A la lecture de nos réactions les organisateurs du colloque nous répondent en s’étonnant « du procès d’intention » que nous leur faisons et en mettant en avant « le souci d’équilibre qui a prévalu dans son organisation et la qualité scientifique de ses interventions ». Pour ceux qui n’auraient pas compris que nous avons affaire à de vrais scientifiques l’auteur de la réponse en rajoute une couche en rappelant ce que sont les fonctions de l’Université : « lieu d’apprentissage de la connaissance sans sectarisme ni à priori ; lieu de culture et d’apprentissage scientifique et où les enseignants, cumulant leurs rôles de pédagogie et de recherches, sont formés à la rigueur et à la formulation de leurs résultats en s’abstenant de jugement personnel ; lieu enfin de débat et de discussion où peuvent se confronter des points de vue différents, hors de toute polémique ».
On retrouve bien là une morgue classique chez certains de ceux qui pensent détenir le savoir et ne voient pas qu’ils ont simplement perdu leur bon sens. Que signifie l’équilibre dans le choix des intervenants si cela conduit à mélanger des choux et des carottes ? Quel est cet esprit scientifique qui dit ne pas avoir de sectarisme et d’à priori et qu’il s’abstient de jugement personnel alors que le sujet du voile et de sa signification est déjà largement documenté ? Ainsi, qui oserait dire encore aujourd’hui qu’il n’a pas de sectarisme et d’à priori ni de point de vue personnel sur l’excision des petites filles noires ? Sur l’apartheid en Afrique du Sud ? Sur l’inique « code noir » de l’époque de l’esclavage ? Que signifie aussi cette subtile distinction entre le débat et la discussion où l’on confronte des points de vue (sous entendu entre scientifiques raisonnables) et la polémique (sous entendu avec des militants ayant des positions non fondées sur une analyse scientifique)?
La lecture du programme n’a fait malheureusement que confirmer notre première réaction. Bien évidemment, comme le souligne Michèle Vianés, ni Chadortt Djavan, ni Chahla Chafiq, ni toutes celles qui au risque de leur vie dans leurs pays ou réfugiées en France se battent contre ce symbole possessionnel et obsessionnel de la soumission des femmes à dieu ou aux hommes ne sont invitées. Elles sont sans doute trop partisanes, pas assez « scientifiques ».
A titre d’illustration citons le méli-mélo de deux sessions qui se succèdent, au cœur du colloque. La première est intitulée « les voiles symboles de soumission ou de résistance ». Tout un programme quand on n’a pas d’a priori en effet. On ne peut pas mieux faire pour brouiller les pistes. Quelle logique y a-t-il à mélanger soumission et résistance ? Soit il s’agit de noyer le poisson, et je crois que c’est le cas dans ce colloque, soit il s’agit de dénoncer la fausse résistance prônée par les « nouvelles voilées » à l’égard des valeurs qu’elle qualifient d’ occidentales au nom d’une identité culturelle qui fait des femmes une sous-humanité.
Mais pour que cela soit clair il aurait fallu consacrer une session entière à la question de la complicité dénoncée par Simone de Beauvoir entre certaines femmes et leurs oppresseurs. Pour cela, il aurait fallu que, quelque part au cours du colloque, apparaisse un moment fort de débat sur les régressions en droit qui résultent d’un tel contresens. Au contraire de cela la session présente un mélange de sujets dont on ne comprend pas les liens qui les unissent. Pour couronner le tout cette session est suivie par un morceau de choix qui arrive en fin de colloque, juste avant la synthèse, et qui porte sur « les voiles dans la mode » : le foulard dans la mode occidentale, les sept voiles de l’architecture, puis de nouveau le voile dans la mode de la révélation et la séduction…
Quarante ans après 68, et la naissance du mouvement de libération des femmes, on s’étonne de la confusion qui règne aujourd’hui dans les esprits à propos du voile. Elle est particulièrement grave quand il s’agit de l’université. Celle ci, en effet , quand elle s’empare d’un thème de réflexion et d’étude, lui confère une caution intellectuelle. Celle ci est d’autant plus évidente ici, que le colloque évoqué ne propose aucune approche critique du phénomène du voile et ne donne pas la parole à celles qui pourraient apporter un autre son de cloche sur la question. De cette affaire, le voile sort grandi : il a acquis droit de cité dans ce lieu de savoir et de distance intellectuelle qu’est censée être l’université. Nos protestations auront été vaines, tant est grave l’aveuglement dont font preuve certains milieux, infestés par une idéologie gauchisante. Combien faudra il perdre de grandes capitales européennes pour leur faire comprendre que leurs errements sont vraiment diaboliques ?
Annie Sugier
(1) http://w4-web75.nordnet.fr/rdf/univ/reactions.htm




C'est alors que j'ai compris qu'on pouvait changer les choses

C’était le début de ma vie professionnelle. Je travaillais comme ingénieur chimiste au Commissariat à l’énergie atomique. J’ai tout de suite saisi en regardant autour de moi que, pour les femmes, il n’y avait pas le moindre espoir de faire carrière. Tous les chefs étaient des hommes. Quant aux rares femmes cadres, elles n’avaient le choix qu’entre deux ornières : le laboratoire d’analyse et la documentation. On n’attendait d’elles aucune créativité mais de la patience et de la rigueur dans des gestes répétitifs.
Les postes étaient en général occupés par des « vieilles filles » (aigries, cela va de soi, alors que j’y voyais une forme d’indépendance), les autres s’étaient mariées et, à quelques exceptions près, avaient disparu de la circulation. Seules les secrétaires réussissaient à « tout concilier », travail et famille (mais elles se limitaient prudemment à un seul enfant juste histoire de montrer qu’elles étaient des mères). Il y en avait de deux sortes, les jeunes dactylos, en « pool », et LA secrétaire du directeur. Pour des raisons différentes, elles faisaient l’admiration de ces messieurs.
En dehors de mon monde professionnel ce n’était pas mieux : on ne pensait même pas qu’une femme puisse être journaliste politique ( à RTL il y avait bien, Geneviève Tabouis, qui avait contourné le barrage en clamant « ce qui va se passer demain »), dans un tout autre registre, une jeune femme dont j’ai oublié le nom et qui s’essayait à la bicyclette en compétition était qualifiée de « hideuse » par le chroniqueur du journal le monde, quant aux comiques ( pourquoi j’y attache de l’importance ? allez savoir) en dehors du cercle des chansonniers où certaines avaient réussi à se faire un nom, on disait que « les femmes ne sont pas des grands comiques, elles tombent tout de suite dans la vulgarité ». Bref j’arrête là ma liste.
J’étais donc accablée par le sentiment profond que l’ennui allait me faire pourrir sur place. C’était une époque où on en plaisantait pas avec les horaires et où, lorsqu’il y avait eu un « pont » on devait le « rattraper » le samedi. Bien plus tard dans ma vie professionnelle, quand j’ai eu enfin des responsabilités j’ai travaillé pratiquement tous mes weekends mais ça n’avait rien à voir, rien à voir avec cette immobilité qui s’apparentait à une forme de mort. J’avais connu la même chose à l’école des sœurs en Argentine et aux Lycées divers et variés que j’avais connus dans mon enfance. Du peu que j’avais échangé avec mes collègues ou avec mes patrons j’avais compris que nous ne partagions pas les mêmes constats ni les mêmes frustrations. Je me souviens d’une secrétaire qui essayait de me faire comprendre que j’avais tout faux en croyant que les femmes n’avaient pas leur juste place dans la société et qui m’avait dit « c’est comme si une femme voulait conduire un autobus ! Vous imaginez ça ? Ce serait ridicule ! ».
Persuadée que je ne survivrai pas à cette vie sans horizon, je rêvais à un départ dans un pays lointain. Pourquoi pas l’Australie ? Ils cherchaient des étrangers. Mais quand je me suis présentée à l’Ambassade ils n’ont pas voulu de moi. Le pays n’avait pas besoin d’ingénieurs mais d’ouvriers.
Mai 68 approchait. Partout dans le monde ça bougeait. Sauf en France. C’est comme si cette société là était à mon image : enterrée vive.
Et puis enfin, la presse se fait l’écho des premiers soubresauts, le 22 mars, pour une raison assez futile, mais peu importe ! Et puis le mouvement étudiant prend l’ampleur, bientôt les syndicats commencent aussi à s’agiter. Il se trouve que je venais de prendre ma carte à la CGC (pas très révolutionnaire, mais c’était aussi ma façon de dire que j’étais cadre alors qu’on prenait toujours les femmes pour la secrétaire du service…).
Donc un beau matin de printemps, c’était le 13 mai 68, j’entends à la radio le secrétaire général de la CGC annoncer qu’il est pour la grève. Quand j’arrive sur mon lieu de travail, je me trouve face à un piquet de grève qui me demande la position de mon syndicat. Je prends le micro, alors que je n’ai strictement aucune responsabilité dans ma section, et en toute bonne foi je réponds « on est pour la grève ! ». Applaudissements. Un collègue me dit « vous avez franchi un pas ! Plus rien ne sera plus pareil pour vous maintenant ».
Naturellement, quelques heures plus tard, quand la section locale de la CGC se réunit je me fais passer un savon car la majorité de la section est contre la grève. Mais ils ne savent pas comment se dépêtrer de la confusion que j’ai créée. Ils attendent pour voir comment tournent les événements au plan national. Comme l’ampleur du mouvement se confirme, je passe du statut de l’écervelée à celui plus agréable de celle qui a anticipé (« continues à nous représenter dans les intersyndicales puisque tu as commencé, nous on ne se sent pas d’y aller ! »).
Quel plaisir de voir la grande peur de la hiérarchie ! Il y avait ceux qui cherchaient à s’expliquer, ceux qui ne venaient même plus au travail, pour éviter l’humiliation de ne plus rien diriger, il y avait aussi ceux qui souffraient réellement et ne comprenaient pas du tout ce qui se passait. En bref, je me retrouve présidente du Comité de grève, passant d’une AG à une autre. Dans des salles bourrées de monde. On fait voter à main levée des motions sur tout et sur rien, les yeux rougis par la fatigue et la fumée de cigarette. Parfois on se trompe de salle, mais le gens votent oui tout de même.
De féminisme, il n’en est toujours pas question. D’ailleurs je n’y pense pas persuadée que je suis seule de mon avis. Au moins pour le moment je m’amuse et je suis reconnue. Le temps me semble léger.
C’est plus tard, dans une librairie du quartier latin que je tombe en arrêt devant une revue. Son titre m’attire comme un aimant : « Libération des femmes année zéro ». Je l’achète. Je le lis comme on dévore un fruit juteux. Il y là tout ce que je pense. Mais comment rencontrer ces femmes ? Je lis un prénom « Anne ». J’appelle la maison d’édition, on me donne son numéro de téléphone ( quelle époque.. !!). Une voix un peu rogue au bout du fil, tout pour en décourager une autre que moi, c’est Anne Zelensky « Si tu veux tu peux venir ce soir chez moi, il y a une AG aux Beaux-arts, tu verras, c’est le bordel ! ».
C’est ainsi que du jour au lendemain j’ai connu le MLF et que j’ai tout appris de ce « bordel ».
Il m’a fallu une bonne année d’observation pour trouver réellement ma place dans le groupe. Je venais aux réunions chaque semaine. Il y avait des discussions enflammées sur à peu près tout. Un bouillonnement d’idées permanent. Des propositions d’actions qui soulevaient immédiatement des oppositions et finalement très mystérieusement arrivaient à faire leur chemin. Je regardais avec admiration ces femmes très belles, toute jeunes, qui n’éprouvaient pas le besoin de sourire à chacune des phrases qu’elles prononçaient. J’avais la certitude que si quelque chose devait se passer ce serait ici, avec elles, grâce à elles. Même si d’une certaine manière j’étais assez différente de toutes celles qui étaient là. Je pensais être habillée « normalement » mais je me souviens d’une remarque sur mon petit tailleur bourgeois (« tu es toujours déguisée comme ça ? »). Il est vrai que la tendance était plutôt au genre décontracté, hippy ou excentrique. Mais moi, j’allais au bureau et il me fallait vivre entre deux mondes, celui d’avant et un nouveau monde.

Le thème majeur c’était la liberté de disposer de son corps et le droit à l’avortement. Personnellement, bien que je n’ai pas rencontré ce problème, je n’ai eu aucun doute quant à l’urgence d’accéder à ce droit. Mais mon plus grand plaisir c’étaient les manifestations. Celles où nous étions des milliers à scander des slogans, à cesser de faire semblant, à proclamer que plus rien ne serait comme avant. J’éprouvais une joie immense en constatant que ma voix portait au milieu des voix des autres femmes.
J’adorais à crier aux passantes sur le trottoir ou aux femmes qui nous regardaient pas la fenêtre « les femmes avec nous, dans la rue !» Où lorsque chantions « nous les femmes esclaves ! ». Le meilleur moment fût, au cours de l’une des manifestations les plus massives, lorsqu’un élan irrépressible m’envahit au moment où nous passions devant l’Eglise St Ambroise, et qu’une future mariée montait les marches dans sa longue robe blanche. Je criais « allons vers l’Eglise ! ». Toute une partie de la manifestation me suivit aux cris de « mariage piège à cons ! ». La mariée, le voile (déjà !) flottant à l’air, entourée de tout le groupe qui l’accompagnait prit la fuite et disparut dans l’Eglise, nous courrions à sa suite.
L’orgue poussée à fond pour couvrir nos cris, déchirait les tympans, nous renversons les chaises, comme des cartes que l’on jette à terre, et nous courons jusqu’à l’autel en riant dans un vacarme indescriptible. Puis nous ressortons, avec sur nos talons le prêtre. Le bedeau, resté dedans, s’empresse de refermer la lourde porte, sans voir que le prêtre est coincé dehors avec nous. Alors un dialogue étonnant s’engage entre nous deux. Je lui dis « vous l’Eglise vous avez toujours été contre les femmes ! ». Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il me répond « vous exagérez ! Je ne dis pas que ça n’a pas été vrai à certains moments dans le passé mais c’est en train de changer ». Je lui demande « alors on pourra être Pape ? ». Il lève les bras en signe d’impuissance et répond « Ah, non ! Ce n’est pas possible ! ». Ma réponse ne se fait pas attendre « Tant pis alors, l’Eglise se passera de nous ».
Le lendemain, les journaux saluaient la force de la manifestation qui devait peser lourd dans le débat sur la liberté de l’avortement mais l’épisode de l’Eglise fût unanimement condamné comme « une faute de goût » et tout le monde de plaindre la pauvre mariée qui parait-il pleurait à chaudes larmes.
Anne, à la différence de moi à ce moment là de mon militantisme, était l’une des leaders, ce qui explique qu’elle supportait plus difficilement la confusion qui régnait souvent dans les AG du mouvement. Elle cherchait à y voir clair au bout de quelques heures de débat pour « tirer des conclusions et savoir qui allait faire quoi ». De mon côté, je regardais le spectacle avec une forme d’attendrissement. « Tu verras, me dit un jour Anne, quand tu voudras prendre en charge un projet, ça va t’énerver aussi ! ».
Plus tard, sans doute parce que j’avais fait le plein des observations nécessaires à mon apprentissage, j’ai enfin trouvé « mes sujets » : le viol, les femmes battues, la loi anti-sexiste. Ce fût une rude bataille, dans un mouvement qui s’éssouflait, que de réussir à nous structurer. Crime de lèse mouvement ! Nous avons dû passer en force pour créer la Ligue du Droit des Femmes.
Quelques années plus tard je transformais la section internationale de la Ligue en association à part entière, la Ligue du Droit international des femmes pour dénoncer tout ce qui touchait aux coutumes d’un autre âge : l’excision, les violences contre celles qu’on appelait les « beurettes », les enlèvements d’enfants issus de mariages mixtes, les crimes d’honneur… C’est alors que j’ai découvert les ravages du relativisme culturel, comme si, s’agissant des femmes, la notion de droit universels n’avait pas de sens. Et qu’il était normal de voir le droit des femmes varier au gré des cultures et des religions. Après la religion catholique, ma cible devint l’islam. Je pensais que l’on ne peut pas se sentir libre si ailleurs des femmes simplement parce que femmes ne le sont pas.
C’est de là que vient le lien étroit que je fais entre féminisme et laïcité.
Annie Sugier




Jeux Olympiques : défendre les valeurs universelles, face au relativisme culturel

La plus grande confusion règne à propos de ce que les athlètes peuvent ou ne peuvent pas faire pour soutenir la cause des valeurs olympiques à Pékin cet été. Une plus grande confusion encore règne sur le rôle du Comité International Olympique (CIO) dans cet imbroglio. Et que dire de la cause que l’on cherche à défendre : la démocratie en Chine ou l’autonomie ou même l’indépendance du Tibet ?

Quelle cause défend-on ?

Evacuons d’abord le dernier point. Comment ne pas être troublé par ce qu’écrit Jean-Luc Mélenchon sur l’histoire du Tibet « le Dalaï Lama et les autre seigneurs tibétains, écrit-t-il, ont accepté tout ce que la Chine communiste leur proposait et leur offrait. Cela jusqu’au jour de 1956 où le régime communiste a décidé d’abolir le servage au Tibet et régions limitrophes. Dans une négation des traditions que j’approuve entièrement, les communistes ont abrogé les codes qui classaient la population en trois catégories et neuf classes dont le prix de la vie était précisé, codes qui donnaient aux propriétaires de serfs et d’esclaves le droit de vie, de mort et de torture sur eux. On n’évoque pas le statut des femmes sous ce régime là. Mais il est possible de se renseigner si l’on a le cœur bien accroché ».
En même temps, comment ne pas être choqué par ce qu’on a vu à la télévision sur la façon musclée qu’a eu la police chinoise de réprimer toute manifestation, y compris en faisant des morts ? C’est ce qu’ont ressenti les sportifs français qui se trouvaient soudain pris au piège d’une « tourmente médiatique ». Il fallait prendre partie. Mais sur quoi ? Sur l’autonomie ou l’indépendance du Tibet ? Sur la porte ouverte au retour à des traditions d’un autre âge ? A moins que le Dalaï lama n’ait changé… ? Sur la violence des représailles ? Sur l’emprisonnement d’opposants chinois qui avaient simplement voulu s’exprimer ? Bref sur l’absence de démocratie en en Chine ?

Que peut le CIO ?

Qui a choisi Pékin pour les jeux ? Pas les athlètes, c’est la responsabilité du CIO. Choix sans doute contestable puisque les Jeux Olympiques se veulent différents d’une compétition sportive ordinaire, ils s’affichent comme porteurs de valeurs universelles de fraternité, de démocratie, d’égalité. Choix que le CIO a justifié au moment où la décision a été prise – il fallait calmer ceux qui le critiquaient ou le croyait-il lui-même ?- en affirmant qu’il avait obtenu des garanties d’une plus grande ouverture de la Chine au moment où se tiendraient les Jeux… Admettons. Admettons que le CIO y ait cru. Qu’il ait été trompé. Tout ce qu’il pourrait faire aujourd’hui c’est revenir sur sa décision et donner les jeux à une autre ville( déjà prête ? pas évident). Evidemment personne n’envisage cela.
On passerait alors clairement à une décision purement politique. Or, sur ce point il faut lever une ambigüité qui empoisonne ce débat : le CIO, même s’il « fricotte » avec les grands de ce monde, même s’il se fait plus puissant qu’il ne l’est, n’a pas vocation à faire de la politique ; c’est à travers le sport qu’il est censé faire en sorte que le monde devienne meilleur.
La doctrine olympique est relativement fumeuse. Si on la décrypte elle se résume en ceci : faire le pari que la mise en lumière d’une capitale comme Chine, la venue des médias du monde entier, la rencontre de la jeunesse des quatre coins du monde, le serment olympique, la libre et pacifique concurrence entre ces jeunes dans un pays considéré comme très fermé, allaient créer les conditions dune véritable compréhension entre les individus et allaient laisser des traces positives. Etre le début de quelque chose. En tout cas, sans peut-être le vouloir, le CIO a ouvert le débat ! Ce qui prouve paradoxalement que tout le monde a pris le CIO au mot ! Aujourd’hui on lui reproche de nous avoir menti.

Que faire ?

Au total, on va chercher des poux sur la tête du CIO sur un sujet qui est purement politique alors qu’on ne s’attaque pas à ce qui est vraiment de sa responsabilité : la façon dont il applique sa Charte. Il a perdu toute crédibilité face aux puissants de ce monde. Cette crédibilité il l’avait gagnée exemple quand il a osé exclure l’Afrique du Sud pendant 30 ans pour cause d’apartheid.
On ne croit plus le CIO parce qu’il utilise la charte lorsque ça l’arrange. Pour preuve j’ai sous les yeux une photo. Elle montre le président, Jacques Rogge, à la cérémonie de clôture des JO d’Athénes avec à ses côtés, sous la bannière olympique, des invités triés sur le volet dont…une ancienne médaillée égyptienne, voilée de la tête aux pieds ! Or c’est ce même président qui aujourd’hui interdit aux athlètes de porter un badge avec la mention « pour un monde meilleur » extraite de la Charte Olympique, sous prétexte que la Charte ne permet aucune manifestation de caractère politique ou religieux sur les sites olympiques ! Qu’est ce que c’est pour le CIO qu’un voile islamique sinon le porte drapeau de l’islamisme politique, le signe de la soumission des femmes et l’équivalent de leur apartheid.
Il faut soutenir l’initiative des athlètes français car elle a déclenché un débat au sein de tous les Comités nationaux olympiques sur le sens de la charte. C’est une occasion unique de se battre contre le relativisme culturel face aux valeurs universelles et laïques
Annie Sugier
Présidente du Comité Atlanta +