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Et si on s'intéressait aux Bleues, celles de 2011 ?

Il est des moments où la moutarde vous monte au nez et où l’on a envie de s’adresser à tous ces commentateurs qui aujourd’hui se déchaînent dans les médias pour jeter aux orties des footballeurs qu’ils ont encensés hier. A ces bavards de comptoirs, à ces rêveurs d’un jour qui proclament leur volonté de faire table rase de l’existant pour imaginer un « autre football » dégagé de la violence, de la vulgarité, de l’argent, nous demandons de commencer par regarder du côté des filles. Cette équipe « black- blanc- beurre », respectueuse des règlements, débordante de talent et d’envie de vaincre existe ! Simplement ils ont préféré l’ignorer.
Auteure jusqu’à présent d’un parcours sans faute, en éliminatoires de la Coupe du Monde 2011, l’équipe féminine de France continue sa campagne victorieuse en cette fin de saison. Dimanche 19 juin, pendant qu’en Afrique du Sud se déroulait le psychodrame que l’on sait, elle écrasait la Croatie 3 a 0 ! Mercredi 23 juin, au lendemain de la calamiteuse défaite des Bleus, l’équipe féminine s’imposait face à l’Estonie 6-0 ! Sa qualification est assurée avec 42 buts marqués, 0 encaissés, 8 matchs victorieux d’affilée. L’équipe de France Féminine est ainsi la première de son groupe.
Au sortir du match contre la Croatie Bruno Bini, sélectionneur de l’équipe de France féminine, confiait sa fierté à ceux qui voulaient bien lui tendre un micro : « Je suis très satisfait du jeu produit par les filles surtout qu’on a changé de système à un moment donné. On a fait un match propre techniquement avec quelques enchaînements de grande classe ( … ). Le public a été super, 6700 spectateurs, c’est bien alors qu’il y avait des matchs de Coupe du Monde à la télé, que c’était un dimanche après-midi et qu’on était à la fin de la saison. Et puis quand les gens viennent et, à priori, repartent heureux, c’est toujours bien. On a même un ministre qui est venu nous « serrer la pogne » donc c’est bien car on n’a pas l’habitude».
Marie-Laure Delie, attaquante équipe de France, auteure du troisième but de ce même match déclarait radieuse : « Je suis très contente, on a pratiqué du beau jeu. J’espère que ça a plu à tout le monde, on met trois but, on n’en prend pas, c’est important ».
D’un côté il y a une équipe d’enfants gâtés pleins aux as qui fait honte à la France mais autour de laquelle bourdonne la presse comme un essaim d’abeilles, de l’autre un bande de filles talentueuses et motivées, qui relèvent tous les défis du foot féminin : peu d’argent, pas de reconnaissance médiatique, juste le plaisir du sport. Où est l’erreur ? L’honneur du football français est dans la tête et dans les pieds de ces jeunes sportives. Il serait temps de s’en apercevoir.
Alors que les bleus ont décidé de ne pas toucher le montant de leurs primes et que RMC proposait de les verser au foot amateur, ne serait-il pas plus judicieux d’en faire bénéficier les bleues ?
Annie Sugier et Linda Weil-Curiel, présidente et secrétaire générale de la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF)
Article paru dans la page « Rebonds » de Libération du lundi 28 juin




Les mot d'ordre des adversaires de l'apéro : courage fuyons !

Depuis quelque temps déjà je reçois des messages me demandant ce que je fais « encore » à Riposte Laïque. Ne parlons pas de ces derniers jours avec l’affaire de l’apéro géant !
Alors, courage fuyons ?
Pourquoi pas. Les arguments ne vont pas me manquer. Comme dans tous les groupes au bout d’un moment on voit mieux les défauts des autres, et sans doute un peu moins les siens. Ainsi je me suis mise à marteler qu’avec un peu plus de nuances dans nos articles on serait moins attaqués. Car être la cible de toutes les attaques n’est pas forcément un objectif en soi. Ça peut même parfois desservir la cause que l’on défend.
Mon souhait, je l’ai dit à maintes reprises, c’est plus de diversité dans les points de vue. Par exemple sur les questions européennes car – et je ne le regrette toujours pas – j’ai voté pour la Constitution (et oui, ça existe, même à RL…). Mon souhait c’est aussi qu’on soit à la fois capables d’applaudir une personnalité comme Zemmour parce qu’il défend des idées auxquelles on tient, tout en le critiquant vertement pour son livre « le premier sexe ». Mes agacements c’est parfois une façon de mettre en avant la notion de nation et d’identité nationale, à laquelle j’adhère dès lors qu’on souligne avec force qu’elle se fonde sur les valeurs d’universalisme. Je serai bien la dernière à dire que je vais à l’apéro-saucisson de vendredi juste parce que « c’est bien de chez nous » et que j’adore suivre les traditions ! Etre féministe c’est aussi savoir secouer les traditions.
Sans doute j’aimerais que l’on parle davantage des autres religions et pas seulement de l’Islam. Je sais que dans certains pays, et même dans certains continents, la puissance de l’Eglise catholique demeure un véritable frein à la maitrise par les femmes de leur fécondité. Mais ici en France et en Europe il se trouve que les atteintes les plus quotidiennes à la laïcité et à l’égalité hommes femmes viennent de ceux qui se revendiquent de l’Islam et non de ceux qui pratiquent les autres religions. C’est un fait ! Faut-il qu’encore et toujours on se justifie en rappelant qu’on a aussi combattu les méfaits des autres religions ? A-t-on oublié que dans les années 70, lorsqu’on manifestait pour le droit à l’avortement, « on » (dont moi) n’avait pas hésité à faire irruption bruyamment dans une Eglise à Paris pour y semer le trouble, puis une autre fois, on avait cassé une vitre de la légation du Vatican à Paris pour dénoncer les pressions de la hiérarchie catholique contre l’IVG ? Imagine-t-on les réactions aujourd’hui si on faisait cela dans une mosquée ?
Donc, courage fuyons ?
D’ailleurs vous avez vu dans la vidéo de « Arrêt sur image » que l’attaque principale contre RL c’était l’alliance supposée avec l’extrême droite ! Peu importe que Anne et Pierre aient affirmé n’avoir rien à voir avec cette idéologie… seule l’accusation est audible par ceux qui se sont fait une opinion a priori. Et avez-vous entendu Caroline Fourest sur France Culture ? Sans compter ce dimanche, à la tribune du colloque consacré à l’anniversaire des manifestations anti-Ahmadinejab. Au cours du débat, répondant à une question de la salle, Caroline Fourest en a profité pour épingler les excès condamnables… des ultralaïcistes qu’elle qualifie de « néo-nazis parmi lesquels il y a une féministe historique des années 70, Anne Zelensky ». N’est-il pas étonnant, voire même obsène que dans un tel cadre, alors que l’on parle des tueurs de Téhéran, de réserver une pareille attaque à une militante qui a consacré sa vie au combat pour la libération des femmes ?
Alors non ! Je ne partirai pas maintenant. Un jour peut-être, mais comme je pourrais le faire en me détachant de n’importe quel groupe car la vie est ainsi faite. Et vendredi je serai là, car je ne vois rien de mal à cet apéro-saucisson. Reprenons notre bon sens. De quoi s’agit-il ? D’un apéro- saucisson géant dans une rue de Paris. Où est la provocation ? Chez ceux qui prennent en otage une religion, tout un quartier, une liberté volontairement dévoyée pour s’imposer dans l’espace public, ou comme on voudrait nous le faire croire, chez ceux et celles qui veulent montrer que dans certains quartiers on n’a plus le droit de faire ce qui ailleurs semblerait normal. ?
Dire que cette rue est déjà prise, n’est-pas une façon de reconnaître que la liberté n’y est plus de mise ? CQFD !
Aujourd’hui, messieurs et mesdames les maires vous criez au feu. Et vous avez raison et je crie avec vous. Mais la lance à incendie c’est vous qui l’avez ! Que j’aille à cet apéritif ou non, que RL appelle ou non à y aller n’y changera rien ! Cette lance à incendie s’appelle la loi de 1905. Elle est faite pour ça. Pas juste pour signifier la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais aussi pour rappeler que la liberté d’expression de la religion a des limites dans l’espace public et que l’oublier peut remettre en cause la paix civile.
Annie Sugier




Présente à Montreuil, j'ai vu à l'oeuvre ceux qui veulent interdire tout débat sur le voile en France

Il serait faux de dire que tout avait bien commencé ce soir-là à Montreuil. Sur mes talons, alors que je venais de m’engager dans la rue Pépin qui monte vers le lieu du débat, j’ai entendu des voix excitées derrière moi, il s’agissait d’un groupe de voilées qui, je n’en ai pas douté un instant, se dirigeait vers le même lieu que moi. Je me suis dit qu’il y aurait sans doute de l’agitation. Et je n’ai pas été déçue.
Les organisatrices avaient collé des affichettes tout le long de la clôture qui nous séparait de l’ensemble scolaire, lieu de la rencontre. La salle de réunion, mobilisée pour le débat, se trouvait en contre bas de la rue et il nous fallait emprunter un escalier extérieur pour y accéder. Ce même escalier qui, quelques heures plus tard, allait être bloqué par la police appelée pour calmer un débat qui avait dérapé.
La salle ressemblait à n’importe quelle salle de classe ou d’éducation physique, des chaises avaient été disposées en cercle, sans estrade, histoire de ne pas séparer les intervenants « officiels » des participants lambda. Très vite, au fur et à mesure que la salle se remplissait, on a compris que l’assistance serait littéralement coupée en deux camps : les voilées et leurs accompagnateurs d’un côté, sur ma gauche, près des fenêtres, ils représenteraient un bon quart des participants, et de l’autre, tous ceux qui étaient venu là pour écouter et soutenir les organisatrices et les deux députés partisans d’une loi contre le voile intégral : Jean-Pierre Brard et Manuel Valls.
En fait il n’y eut pas de débat, puisque les agitateurs de service se mirent à parler haut et fort et à réclamer le micro dès les premières interventions de Sihem et des invité-es dont Loubna, la jeune soudanaise qui avait déjà témoigné à plusieurs réunions de NPNS.

Sihem Habchi.
Lorsqu’elle rappela sa condamnation au fouet pour port de pantalon, « alors que rien dans l’islam ne dit cela », elle déclencha immédiatement des hurlements de la part d’une voilée en blanc soutenue pas son fan club « En France, je te le dis, on n’est pas loin de cela ! ». Un fort en gueule, sans doute le leader du groupe, qui était débout derrière les voilées, et auquel le micro fût tendu, s’en empara avec délectation, jetant toute sa haine froide vis-à-vis de ces élus du peuple qui ne savent pas défendre la dignité des femmes dont les corps dénudés s’étalent sur les panneaux publicitaires. A Sihem qui osa parler des ces femmes qui en Algérie se sont battues pour ne pas porter le voile, les agités près de la fenêtre rétorquèrent qu’on n’était pas en Algérie ni en Iran ici, que ça n’avait rien à voir ! Le type qui tenait le micro se mit soudain a faire un discours sur ce que l’Islam avait apporté aux femmes, osant même parler de « l’héritage qui… ».
Là-dessus le brouhaha monta d’un cran, les gens se criaient à la figure par petits groupes des invectives, en cherchant au plus près celui ou celle qui n’était pas de son avis. Derrière moi, il y avait deux jeunes voilées « simples » qui se mirent à injurier une femme à côté de moi « t’es jalouse, par ce que t’es vieille, t’as le cou tout ridé ! », et l’autre de répondre « Quand vous aurez plus de 60 piges et que vous serez comme moi vous serez contentes ! ». Et l’une des filles de répliquer « Alors tu t’es fait tirer la figure ». Et la femme de rétorquer « Dites-donc il faut choisir ! ou vous me trouvez ridée ou alors tirée ! ». De mon côté je criai « Vous n’êtes que des femmes soumises ! ». Le visage déformé par la rage, la voilé me dit : « A quoi vous voyez ça ? ». « A votre voile » lui ai-je répondu en retournant m’asseoir.
Les micros, entre-temps étaient tombés en panne et l’on dût continuer en comptant sur le seul soutien de sa voix. Il eut un moment où les organisatrices réussirent à calmer le jeu, demandant le « respect ». Le député Brard se proposa pour coordonner les interventions. On crut alors que la rencontre allait enfin se dérouler plus normalement. J’ai profité de cette brève fenêtre de calme pour prendre la parole et affirmer que « Le voile est un symbole, celui de la ségrégation entre les hommes et les femmes. Il est une façon de dire que le corps des femmes est source de désordre dans l’espace public, on ne peut pas porter le voile et en nier le sens ! ». Je voyais, juste en face de moi, le regard haineux des voilées de service, à l’évidence, elles ne voulaient rien entendre de ces propos. Pour elles c’était un moment de grande jouissance, elles étaient au centre de l’intérêt de leurs accompagnateurs et n’en avaient strictement rien à faire de ce qui se disait. La voilée blanche prit un moment la parole tournoyant au milieu de la salle, et nous racontant son compte de fée, la conviction qui lui vient de se convertir, de se mettre le voile, le bonheur que ça représente, et « je n’ai ni père, ni frère, ni mari ». Et pendant ce temps, une autre voilée, une jeune femme d’origine africaine, qui elle a « choisi » le tissus noir, joue à se couvrir le visage, alors qu’elle est arrivée le visage découvert !
Bizarrement la rencontre marquait des temps de grand brouhaha, puis des temps de plus de calme. A l’évidence, c’étaient les élus du peuple qui étaient la cible principale des perturbateurs. Ils avaient trahi leur fonction ! Malgré leurs dénégations et celles de Sihem qui s’escrimaient à exonérer l’islam de l’obligation du port de la burka, et qui présentaient le projet de loi d’interdiction comme une défense des valeurs de la République et non une attaque contre une religion, les fauteurs de trouble n’en pensaient pas moins et le considéraient come une nouvelle façon de frapper l’islam. Quant aux NPNS, elles étaient « vendues à la droite ». Ne parlons pas du président de la République dont la femme s’exhibait nue sur la toile. Autre cible, Elisabeth Badinter qui d’un côté parle de la dignité des femmes et de l’autre est à la tête d’une entreprise de communication qui utilise le corps des femmes.
Heureusement, ajouta le « leader » des pro-voiles, reprenant la parole, toutes les féministes ne sont pas comme celles qu’on entend ici, on en connaît d’autres qui savent où est le véritable droit des femmes, et de citer Christine Delphy. Comme par hasard, une tenante de cette ligne prit la parole pour abonder dans ce sens !
C’est sans doute à ce moment là que se produisit une sorte de bousculade, tout près de l’entrée, à l’intérieur de la salle. Une de ces bousculades dont vous comprenez immédiatement qu’elle est différente, bruyante et silencieuse à la fois, et cela vous dit quelque chose de grave se passe. Je suis montée sur une table pour essayer de voir au-delà des personnes les plus proches de moi. Mais tout ce que j’ai aperçu c’est un type assez jeune très agité, que le groupe de provocateurs cherchait à calmer en le coinçant contre les fenêtres. Puis relâchaient la pression pensant qu’il avait repris ses esprits, mais comme il n’en était rien et que le type en question se remettait à vouloir en venir aux mains, tout en hurlant « on ne peut tout le même pas tout laisser dire ! ». Alors le groupe le re-coinçait un peu plus loin, comme dans un slow inattendu, qui les faisait glisser vers le fond de la salle. Je n’ai rien vu de plus, je crois comprendre que quelqu’un a menacé de frapper une personne de l’assistance et qu’au moment où le coup partait, l’agresseur aurait été stoppé dans son geste violent par ceux qui étaient autour de lui. J’imagine que c’est le type en fureur que j’ai vu entouré par ceux qui, aprés l’avoir chauffé à blanc, tentaient de la maitriser !
Laissons maintenant la plume à l’AFP qui note : « Les organisateurs ont décidé d’arrêter le débat et fait appel aux forces de l’ordre. La police est arrivée peu après, bloquant les sorties, et demandant aux victimes de coups d’identifier leurs agresseurs qui ont réussi à s’échapper. » Il est urgent qu’il y ait une loi très claire qui bannisse totalement les obscurantismes et protège les femmes », a réagi la présidente de Ni Putes Ni Soumises, Sihem Habchi. « Je pense que ceux qui avaient un doute avant le débat de ce soir ont compris, en sortant, la nécessité d’une loi qui dise stop à ceux qui instrumentalisent la religion musulmane et réduisent les femmes au silence », a-t-elle ajouté. Après avoir relevé que « le débat a dérapé, le député Manuel Valls (PS), partisan d’une loi d’interdiction générale du voile intégral, a déclaré qu’il sortait de la réunion « avec une conviction redoublée pour une loi à cause de ces comportements ». « Je sens qu’on éprouve dans cette affaire la République et ses représentants et moi je ne me laisserai pas faire », a-t-il-il ajouté.
Drôle de soirée. J’ai lu de la tristesse dans le regard des deux députés.
Le fait est que nous vivons une forme de guerre de religion. Et que toutes les nuances que les uns et les autres, – eux-mêmes d’ailleurs – avec sincérité ou hypocrisie essayent d’introduire, ne sont pas entendues par ceux qui ont intérêt à vouloir en découdre avec une République qu’ils pensent faible. Burka ou voile, espace public ou services publics, .., écrit ou non dans le coran, arrêtons de nous torturer les méninges et de faire des contorsions verbales pour tenir compte de ce que les ennemis des valeurs de la République disent ou pensent.
Nous avons aujourd’hui la preuve par l’absurde que la laïcité est toujours d’actualité et que tout cela nous aurait été épargné si dès le début la crise, République s’était souvenu des termes de sa constitution.. Il nous faut cette loi sur la burka mais aussi une loi générale contre les signes religieux ostensibles dans l’espace public car les religions sont source de division et bien rarement d’amour et d’égalité.
Annie Sugier




La FIFA se déculotte devant Téhéran

Début avril des dépêches de presse annoncent la décision prise par la FIFA de refuser la participation de l’équipe féminine iranienne de football aux premiers Jeux Olympiques de la Jeunesse (JOJ) qui auront lieu à Singapour en août prochain. Le Comité National Olympique iranien exigeait que les joueuses portent le hidjab en contradiction avec l’article du règlement général de la FIFA : « L’équipement de base nécessaire ne peut inclure aucun signe équivalent à une affirmation d’ordre politique religieux ou personnel ». Nous avions alors salué cette décision de bon sens et d’indépendance, la FIFA ayant passé outre les appels pressants du Comité olympique iranien et du Comité international olympique (Libération du 28 avril).

Or voilà que moins d’un mois plus tard des dépêches de presse font état du revirement de la FIFA. L’annonce en venue d’abord de Téhéran qui a claironné triomphalement : « La FIFA a levé une interdiction pour les joueuses iraniennes, de participer aux JOJ ». Cette reculade résulte d’une rencontre, le mois denier, à Genève, entre Joseph F. Blatter, président de la FIFA et Ali Kafashian., président de la Fédération iranienne de football (IFF). La FIFA essaie de sauver la face par des explications fumeuses : « Cette décision (de réintégrer l’équipe) a été prise après confirmation par écrit de l’IFF et du Comité national olympique iranien qu’ils acceptent une solution selon laquelle les joueuses ne porteront pas le hidjab islamique pendant les matchs de la compétition. A la place, les joueuses peuvent porter un couvre-chef sur leur chevelure mais qui ne doit pas descendre sous les oreilles ni recouvrir leur nuque ».
La vérité sort de la bouche du président de l’IFF lui-même : « nous lui avons dit (à la FIFA) que le fait de les empêcher (les iraniennes) de jouer avec le voile islamique empêchait le développement du football féminin ». Rien ne devant être laissé au hasard, la conception de ce hidjab new look est en train d’être travaillée par des « fabricants locaux de vêtements de sport ». Il sera conseillé à ceux qui penseraient que l’abdication de la FIFA rend service au sport féminin en Iran, de revoir le documentaire consacré par la chaîne Arte à la rencontre entre footballeuses allemandes et iraniennes qui s’est déroulée à Téhéran, en avril 2009: « le jour du match, les hommes restent aux portes du stade, journalistes allemands y compris, selon le compte rendu qu’en fit l’Equipe. Sur le terrain, ça joue hidjabs blancs des visiteuses contre hidjabs noirs des receveuses. Des femmes de tous âges investissent les lieux. En tribunes les chants se transforment en revendications ‘hommes et femmes, mêmes droits et même libertés’ ». Conclusion, malgré les accords passés, il n’y eut pas de match retour : « il fut annulé au dernier moment par les autorités iraniennes prétextant un problème technique sur l’avion… ».
Ce n’est donc pas la première fois, et ce ne sera sans doute pas la dernière, que le monde du sport se fait cocufier par le régime des mollahs. Il est loin le temps où l’Afrique du Sud était exclue des JO pour cause d’apartheid. Sport et courage seraient-ils antinomiques dès lors qu’il s’agit du droit des femmes ? Nous l’avons déjà écrit, mais il n’est pas inutile de le rappeler, ce sont les futures Nawal el-Moutawakel et Hassiba Boulmerka, qui osent résister au port du voile islamique et respecter les règles du sport, que l’on assassine.
Annie Sugier
Linda Weil-Curiel
Présidente et Secrétaire de la Ligue du Droit International des Femmes (LDIF).
Paru dans la rubrique « Rebonds » de Libération, le vendredi 14 mai.




M. Delanoë, nos impôts servent-ils à financer une mosquée ?

Lettre ouverte au maire de Paris

Objet : Financement d’un lieu cultuel musulman dans le 18e arrondissement.
Le 12 mai 2010
Monsieur le Maire, est ce à cela que vous utilisez nos impôts ?
En tant que Parisiennes, citoyennes laïques et contribuables, nous venons par cette lettre vous dire notre surprise indignée.
Vous avez décidé en effet de prélever 28 millions d’euros sur le budget municipal, pour financer la construction d’un vaste espace cultuel, dédié aux musulmans dans le 18e arrondissement. L’expérience nous a montré que cette dénomination, très neutre en apparence, recouvre en fait des activités de type religieux. Or, mieux que quiconque vous savez que la loi de 1905 interdit le financement public des lieux de culte. Vous allez de surcroît allouer à une association musulmane, gestionnaire des locaux, une première subvention de 696 000 euros.
Vous n’avez sans doute pas oublié qu’il y a quelques années vous aviez favorablement accueilli le projet d’une Cité des femmes, lieu d’échanges, de service, d’Histoire, destiné à la moitié de la population : les femmes, lesquelles entretiennent avec l’autre moitié, les hommes, une relation privilégiée. Un lieu qui aurait donc concerné l’ensemble des citoyens de la capitale. Mais vous avez renoncé au projet, faute de moyens.
Or les moyens qui vous manquaient alors vous les avez trouvés aujourd’hui pour les mettre au service d’un projet intéressant une minorité qui ne cesse d’afficher des revendications communautaristes. Nous ne pouvons que nous étonner d’un tel choix car il privilégie une réalisation de type religieux au détriment d’autres réalisations sociales. Nul doute que les parisiens considèreront qu’il s’agit là d’une gestion partisane des deniers publics.
Voilà pourquoi nous considérons qu’il est urgent, dans la situation de restrictions budgétaires sévères que nous subissons, de suspendre un tel projet et de consulter la population parisienne sur l’opportunité de dépenser les deniers publics dans une réalisation qui contrevient aux principes républicains de laïcité. En outre, en tant que féministes, nous savons très bien que de tels lieux cultuels ne sont pas que d’innocents lieux de prière, mais souvent des lieux de formation à la religion et à ce qu’elle véhicule de plus rétrograde. Ils peuvent déboucher sur des incitations à l’intégrisme. Ne courez-vous pas le risque, sous le prétexte illusoire de satisfaire la demande d’une minorité de citoyens, de favoriser la propagation de dogmes contraires à l’esprit de notre république ?
Ne perdons pas aujourd’hui en cédant aux pressions des porte-paroles de la religion musulmane, un combat que nous avions gagné dans les années 70 en refusant les ingérences des porte-paroles de la religion catholique qui affichaient leur opposition à la libre maternité des femmes. C’est toute la sagesse de la laïcité que de nous éviter ces dangers. Respectons-là !
Nous enverrons cette lettre à la presse.
Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’expression de nos salutations citoyennes,
Anne Zelensky, présidente de la LDF.
Annie Sugier, présidente de la LDIF.




Non, le voile ou la polygamie ne sont pas des problèmes secondaires !

Admettons que l’affaire soit trop belle, admettons que le président de la République se fourvoie en ne respectant pas le temps de débat au Parlement, admettons qu’il eût mieux valu ne pas demander l’avis du Conseil d’Etat, pour finalement s’en passer. D’accord, c’est de bonne guerre en démocratie de critiquer tout cela, on verrait mal les partis d’opposition dérouler un tapis rouge sous les pieds de ceux qui sont au pouvoir.
Mais faut-il pour autant qu’encore et toujours la gauche, et singulièrement les ténors ou petites voix du Parti socialiste ou des Verts, en profitent pour nous assener qu' »il y a des lois plus utiles et plus urgentes sur la condition des femmes », « que les Français ont des soucis plus importants en tête », « qu’il s’agit d’une entreprise de diversion sur une pratique certes choquant mais ultra-minoritaire », que « ça suffit cette stigmatisation systématique d’une religion », « qu’après le voile voilà la polygamie, où va-t-on s’arrêter ? »…
Incontestablement, toutes les femmes voilées intégralement ou non n’ont pas un mari polygame et il y a gros à parier que l’écrasante majorité d’entre elles n’ont pas envie qu’un jour leur époux leur dise qu’il a fait venir une autre femme.
A ce titre, le reportage sur TF1 d’Harry Roselmack était particulièrement révélateur, lorsque, reçu dans l’intimité de l’un des religieux salafistes en présence de sa femme totalement voilée il aborde ce sujet, l’homme admet que la religion le lui permet, et sa femme reconnaît que cela lui déplairait. Et pourtant, en portant le voile, quelle que soit sa taille sa forme, sa couleur, cette femme – ces femmes – signifie que la polygamie entre dans le champ des droits accordés au mari.

Non, la polygamie n’est pas un problème secondaire ! Il est au cœur du combat pour la libération des femmes dans tout une partie du monde et concerne des millions de femmes. Rien ne peut mieux faire comprendre qu’un homme vaut plusieurs femmes que lui donner ce droit, même encadré. Dans un texte particulièrement percutant intitulé L’Enigme du Maghreb, la grande féministe algérienne Wassyla Tamzali rappelle que seule la Tunisie a interdit la polygamie, ajoutant : « C’est une lutte féroce qui est engagée pour conserver tous les symboles de cette domination [celle des hommes sur les femmes], notamment le plus sacré, la polygamie, si emblématique de la morale sexuelle des hommes musulmans. Un privilège qui était peu pratiqué, mais qui est dorénavant en hausse. »
C’est vrai, il ne faut pas tout mélanger, mais le problème c’est que le premier à avoir tout mélangé est sans doute le mari de la conductrice voilée intégrale de Nantes. C’est aussi les religions, et en particulier la religion musulmane, qui sont réfractaires à la critique sous prétexte qu’elles ne font que transcrire les paroles de Dieu.
Tant que les religions n’auront pas eu le courage de faire un véritable tri dans leurs textes fondateurs afin d’en extirper les considérations, prescriptions ou licences contraires à l’égalité hommes/femmes, la laïcité sera la seule véritable politique de promotion du droit des femmes contre les résidus d’un passé que l’on croyait révolu. Voilà pourquoi, dans le cas précis qui nous occupe, la Ligue du droit international des femmes tout en réaffirmant son attachement au vote d’une loi d’interdiction du voile intégrale, souhaite qu’on en revienne aux fondamentaux de la laïcité – qui auraient dû aussi être ceux de la gauche – et demande l’interdiction générale du port de signes religieux ostensibles dans l’espace public.
Annie Sugier
Présidente de la Ligue du droit international des femmes
Paru dans Lemonde.fr le 30 avril.




Vive la Belgique !

Décidément la Belgique nous surprendra toujours. D’abord le 16 juillet 2009, au moment où à Paris se met en place la mission sur le voile intégral, notre amie la sénatrice indépendante Anne-Marie Lizin, membre éminent de la Ligue du Droit International des femmes, reprend l’idée au vol et dépose au Sénat une résolution visant à interdire la burqa en tout lieu. Rebondissant sur ce texte, des élus libéraux déposent une proposition de loi, d’abord au Sénat, puis voyant que l’affaire risque de s’enliser, à la Chambre des députés.
Le texte n’y va pas par quatre chemins, même si le mot burqa n’est pas prononcé, il est stipulé que les personnes qui « se présenteront dans l’espace public le visage masqué ou dissimulé, en tout ou en partie, par un vêtement de manière telle qu’ils ne soient plus identifiables » seront punis d’une amende et/ou d’une peine de prison de un à sept jours. Le texte précise qu’il faut entendre par « espace public » l’ensemble des rues, chemins, jardins publics, terrains de sports ou « bâtiments destinés à l’usage du public où des services peuvent lui être rendus » La proposition bénéficie du soutien des cinq partis de la coalition. Et sans coup férir voilà que la commission de l’Intérieur approuve le texte à l’unanimité ! Reste à le faire voter en séance plénière.

Les Belges vont-ils nous coiffer au poteau ? Il semble bien que oui, car côté français, après avoir fait un travail remarquable, la mission patauge en fin de parcours. A l’approche des élections régionales, sous prétexte que Copé a voulu aller plus vite que la musique en déposant une proposition de loi, sans attendre la remise du rapport de la mission, les socialistes quittent la mission en parlant de récupération politicienne. Et tout le monde, médias, partis, intellectuels, d’y aller d’une petite phrase assassine du style : « il y a des choses plus importantes » « les préoccupations des Français sont ailleurs » « on va stigmatiser les musulmans » « ce sera inapplicable » « on va se faire épingler par la Cour Européenne ».
Au total les régionales se traduisent par une abstention record et une remontée spectaculaire du FN…Au lieu de foncer, le gouvernement encore sonné par son échec, ébranlé par les arguments de certains juristes, demande l’avis du Conseil d’Etat, renouvelant ainsi l’erreur de Jospin, lorsqu’il était ministre de l’éducation nationale et qu’il avait été confronté à la première crise sur le voile. Egal à lui-même la Conseil d’Etat prend son temps avant de répondre de façon alambiquée, découpant l’espace public en rondelles selon qu’il lui semblerait ou non judicieux d’interdire …Et chacun de louer la grande perspicacité des sages. Alors loi d’interdiction générale ou non ? Proposition de loi ou projet de loi du gouvernement ? Procédure d’urgence ou non ? L’Elysée, sentant que l’affaire est mal partie et que son électorat attend plus de fermeté, reprend la main. On semble parti pour une procédure d’urgence appliquée à un projet de loi d’interdiction générale précédée par une résolution. C’est peu dire que les protestations de tous côtés se font des plus véhémentes.
Côté belge, alors que tout était prêt pour une confirmation du vote de la Commission à la Chambre des députés, patatras, l’actualité des querelles linguistiques fait irruption sur la scène nationale et le gouvernement présente sa démission au Roi. Plus personne ne parierait un sous sur le passage de la loi. La aussi le bruit assourdissant des « il a tout de même des choses plus importantes » envahit l’espace médiatico-politique. Il faut dire que c’est de l’avenir de la Belgique, de la future présidence de l’Union, de la dissolution de la Chambre, de l’envie de vivre ensemble des Belges dont il s’agit.
Mais voilà, il se trouve qu’au milieu de ce grand désarroi, quelques femmes et hommes politiques, parmi lesquels, naturellement Anne-Marie Lizin, nous donnent une leçon de capacité de conviction et d’action. La fenêtre de tir était on ne peut plus étroite. Il reste une dizaine de jours avant la dissolution de la Chambre. Or la Chambre des députés a voté le texte ce soir à l’unanimité moins deux abstentions. Faut-il encore que le texte passe au Sénat dans les plus brefs délais avant que le couperet de la dissolution ne tombe. L’ « évocation » du texte par le Sénat requiert les signatures de 15 Sénateurs. Cette étape est acquise. Il faut donc désormais limiter la période de débat au Sénat à quelques jours. Aucune raisons de ne pas y arriver, selon des sources bien informées !
Ainsi il y a toutes les chances pour que la Belgique soit le premier pays en Europe à franchir le pas de l’interdiction totale du voile islamique.
Annie Sugier
(1) AFP 29/04/2010
Lire également cet article de Christine Tasin, paru sur son blog :
le-29-avril-2010-jour-historique-bravo-et-merci-amis-belges-49520440.html




En finir avec le mariage des petites filles nées sous loi musulmane

Au Yémen, après l’histoire qui finit bien, celle de Nojoud Ali, voilà l’histoire qui finit mal, celle d’Elham Mahdi al-Assi. La première fait l’objet d’un livre « Moi, Nojoud 10 ans, divorcée »(1). Toute menue, entourée d’une nuée de photographes, couverte de la tête aux pieds d’un voile noir, Nojoud n’en finit pas de raconter ce qu’elle a subi, ce mariage contre nature voulu par sa famille, les coups, le viol conjugal, sa décision d’en appeler à la justice, et, enfin, une « happy end » grâce à un juge, une avocate, des ONG qui ont bien voulu la soutenir…La seconde histoire, celle qui finit mal, ne fait l’objet que de quelques dépêches. Elham Mahdi al-Assi n’avait que 13 ans, elle est décédée le 2 avril « d’une hémorragie résultant d’une déchirure vaginale », à peine quelques jours après son mariage arrangé par la famille avec un trentenaire(2)
En fait les deux histoires disent la même chose : le viol de deux enfants, en tout point semblables à des millions d’autres soumises à des lois dont la référence est la charia, avec la complicité de toute une société et de la communauté internationale sous prétexte de respecter les exigences religieuses et culturelles. D’après le Centre International de Recherche sur les Femmes (ICWR) basé à Washington, près de la moitié des Yéménites sont mariées avant l’âge de 18 ans, un âge trop précoce selon la convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (3).
Le sujet est sans doute trop désespérant pour qu’on s’y attarde, et puis sur quoi va-t-on déboucher ? Sur une nouvelle stigmatisation des lois qui se fondent sur la charia… Et si on raisonnait de façon différente et qu’au lieu de penser à une religion mythique qui serait débarrassée des scories de la misogynie et de la violence, on pensait aux victimes bien réelles et à ceux qui osent les défendre et ont besoin de la pression de l’opinion publique internationale ? Il faut savoir que la mort de cette fillette intervient alors que des débats et des manifestations ont lieu au Yémen à la suite du vote en février 2009 d’une loi fixant l’âge minimum du mariage à 17 ans, loi qui a été rejetée par le « comité de codification de la charia islamique » et qui devrait être revotée.
Il faut savoir aussi que le Yémen n’est pas une exception, le scandale des mariages précoces fait partie des sujets les plus disputés dans les pays soumis à la loi musulmane. D’un côté il y a ceux qui veulent modifier la loi, et qui parfois l’ont réussi mais n’arrivent pas à l’appliquer, et d’un autre ceux qui considèrent que le modèle de vie du Prophète serait remis en cause par une telle évolution du droit. Le Prophète – qui ne saurait être critiqué – a en effet épousé Aïcha quand elle n’avait que six ans et a eu des rapports sexuels avec elle quand elle en avait neuf !
« Il est permis d’épouser une fillette d’un an, si les relations sexuelles sont reportées » déclare le Dr Ahmed Al-Mub’i, un officiant saoudien de mariage, et de citer le modèle de Mahomet (4). Au Bahreïn certains déclarent qu’ « interdire le mariage des filles à 9 ans serait contraire à l’Islam » et les islamistes s’en prennent au gouvernement car les autorités viennent d’interdire la validation de tout mariage contacté entre des filles âgées de moins de 15 ans et des garçons de moins de 18 ans. Cette décision prise par le Ministre de la Justice a été violemment critiquée par les radicaux chiites qui l’accusent d’invalider de facto le mariage du prophète avec Aïcha, la mère des croyants ». Les musulmans doivent rejeter cette décision qui porte atteinte à leur prophète » a affirmé l’ouléma Issa Al-Qassem (5). Même débat hors des pays officiellement placés sous loi musulmane mais où vivent des populations immigrées que certains voudraient maintenir sous contrôle des lois musulmanes. Ainsi à Toronto où des « savants » d’une mosquée affirment sur leur site web « On peut marier des fillettes de moins de 9ans »(6). …

Arrêtons là cette liste et regardons de plus prés un cas très révélateur, celui du Maroc. C’est le cheikh Mohammed Maghraoui qui a provoqué la polémique en déclarant que les parents avaient le droit de marier leurs filles mineures. La Ligue Démocratique pour les Droits des Femmes (LDDF), ainsi que de nombreuses ONG, ont dénoncé cette fatwa, affirmant qu’elle « équivaut à un viol » est une violation des droits de l’Homme en général, et des droits des enfants en particulier (7) . Quant au nouveau Code de la famille, il stipule que les hommes et les femmes ne peuvent se marier qu’à l’âge de 18 ans. Il stipule également que le mariage pour des individus n’ayant pas atteint l’âge légal ne peut être décidé que par un juge.
La loi autorise le juge à accorder une telle autorisation uniquement s’il estime que le mariage est dans l’intérêt des parties concernées, et seulement après avoir consulté les parents ou le tuteur légal de l’enfant mineur, et en tenant compte de conseils médicaux et des résultats d’enquêtes sur la situation sociale. On voit bien à travers ce texte les contorsions auxquelles le législateur doit de soumettre pour tenter d’éradiquer ce type de crime contre les enfants tout en laissant entendre que le faire serait tout de même possible à condition que … Ouf, on est sauvés, c’est sans doute une façon de dire que Mahomet pouvait légitimement le faire. Autre exemple de réaction, toujours liée à l’affaire de la fatwa de Maghraoui, l’un des commentaires cités par la dépêche : « l’intellectuel islamique Abdelbari Zemzem a déclaré aux journalistes que cette fatwa est inacceptable d’un point de vue religieux. Le mariage de jeunes filles mineures est inapplicable dans les sociétés modernes, explique-t-il, où aucun intérêt éthique, religieux ou social ne saurait justifier le mariage d’une jeune fille de neuf ans ». Ici encore, on tourne autour du pot : est-ce que la question est de savoir si un tel mariage est inapplicable ou n’est-ce pas plutôt qu’il s’agit d’un crime ?
La mort de la petite Elham Mahdi al-Assi signe l’échec d’une conception relativiste des droits individuels. Aucun compromis, aucune « réserve », aucun accommodement raisonnable n’est possible au nom d’un ordre religieux ou culturel qui serait supérieur à l’expression des droits universels n’est acceptable. Seule la laïcité pure et dure, sans résidu religieux constitue une protection pour les plus faibles.
Annie Sugier
(1) Moi Nojoud, 10 ans divorcée, de Nojoud Ali avec Delphine Minoui, éditions Michel Lafon
(2) Belga 8 avril 2010
(3) IRIN 10 avril 2010
(4) interview diffusée sur LDC TV le 18 juin 2008.
(5) Mediarabe du 9 décembre 2007
(6) site web de Khalid mosquée de la région de Toronto
(7) Édité sur Magharebia‎ (http://www.magharebia.com)
features/awi/features/2008/09/12/feature-02




Le scandale de l'Eglise et de la pédophilie

C’est par centaines que l’on compte les nouvelles allégations d’abus sexuel d’enfants venant éclabousser l’Eglise Catholique d’Irlande. En outre, personne n’aura oublié que les mêmes débordements se sont produits aux Etats-Unis, en Australie, en Autriche, … et plus récemment encore en Allemagne et aux Pays-Bas. Quelle est donc la véritable étendue du scandale ? Le Vatican est-il lui-même en mesure de l’estimer ? Et surtout est-il décidé à dire la vérité ?
On pourrait le croire un instant en lisant Le Point.fr (publication du 13/03/2010) qui cite les propos d’un responsable du Vatican, Mgr Charles J. Scicluna selon lequel : « Environ 3.000 accusations de pédophilie à l’encontre de prêtres ont été traitées par la justice du Vatican de 2001 à 2010 pour des affaires commises ces 50 dernières années ». Mais c’est aussitôt pour tenter de dégonfler ce chiffre en affirmant que : « dans environ 60 % des cas, on a plutôt affaire à des actes d’ éphébophilie , c’est-à-dire d’attraction physique pour des adolescents de même sexe. Dans 30 %, de rapports hétérosexuels et pour les 10 % restant, de véritable pédophilie, c’est-à-dire d’une attraction sexuelle pour des garçons impubères ». Et d’en conclure que : «en neuf ans, les cas de prêtres accusés de pédophilie sont donc d’environ 300″. CQFD. Drôle de comptabilité quand on sait qu’en général dans tous les actes de violences physiques et surtout sexuelles, les plaintes ne représentent que la partie visible de l’iceberg et qu’il faudrait multiplier ces chiffres par 3 voire par 10. Drôle de comptabilité aussi que celle qui consiste à retirer des actes de pédophilie les actes hétérosexuels. S’agit-il d’actes sexuels avec des petites filles ou avec des femmes adultes ?
Au lieu de faire profil bas ce représentant du Vatican laisse poindre dans ses réactions l’agacement d’une institution qui se sent injustement soupçonnée. « (300 cas c’est) trop certes, mais il faut constater que le phénomène n’est pas étendu comme on veut le faire croire », ajoute-t-il, rappelant qu’il y a 400.000 prêtres diocésains et religieux dans le monde ».

On nous rétorquera que le Pape, quant à lui, a exprimé la «honte» et le «remords» de l’Eglise, dans une lettre aux catholiques d’Irlande. Mais qu’en est-il des autres catholiques ? Et qu’en est-il de l’explication du long silence de l’Eglise alors que depuis longtemps elle savait ? Qu’en est-il des raisons profondes de ces comportements ? Des « erreurs graves de jugement » écrit Benoit XVI. Pourtant comme le note Caroline Pigozzi, une inconditionnelle du Pape (Paris Match du 18-24 mars) : « Même si ce flot de révélations va fragiliser aussi l’enseignement catholique – soit quelque 300.000 écoles dans le monde- le courageux pape a tenu à poser sans détour les vraies questions. Notamment celle du célibat sacerdotal, principe sur lequel le Vatican ne dérogera pas ». Ah ! Nous voilà rassuré-es ! Pas question de s’attaquer aux racines du mal, pas question de remettre en cause des fondamentaux qui pourtant n’étaient pas ceux des premiers temps de l’Eglise. Encore moins de faire appel aux femmes pour introduire enfin une véritable mixité dans l’Eglise. Bref, il s’agit simplement de pointer du doigt quelques brebis galeuses.
Mais le plus drôle dans cette sinistre affaire c’est la raison qui est citée par l’inénarrable Caroline Pigozzi pour justifier le refus de l’Eglise de déroger à la règle du célibat des prêtres alors que dans le rite oriental et chez les protestants cette règle n’existe pas (on ne parle même pas de la possibilité d’ordonner des femmes …) : « le Saint Siège ne fléchira pas, ses statistiques secrètes faisant état d’une importante homosexualité dans les églises orthodoxes et protestantes (bien que ce ne soit pas de la pédophilie) ». On croit rêver ou plutôt cauchemarder : sous prétexte qu’un autre modèle de vie produirait de l’homosexualité il serait préférable d’en rester à celui qui produit de pédophilie ?
En marge de ces scandales, j’en profite pour donner une idée de la considération dont bénéficient les femmes dans l’Eglise en prenant au hasard l’exemple de la fratrie Ratzinger : l’un deviendra pape – Benoît XVI – après avoir été longtemps préfet de la Congrégation pour la doctrine et la foi, l’autre, Maître de chapelle de la chorale des « petits chanteurs de Ratisbonne», aujourd’hui un peu chahuté à cause des gifles distribuées à ses élèves ( « mais il est plutôt frustre » nous confie Caroline de Pigozzi), ce qui ne l’a pas empêché d’être archevêque de Munich et de Freising. Quant à la sœur de ces deux sommités, on nous dit qu’elle fut la gouvernante du futur Pape ! Il fallait bien une femme pour s’occuper des tâches matérielles… et une sœur, enfin une vraie, ça ne fait pas jaser.
Annie Sugier




Les dérapages de la gauche sur le voile islamique

L’exhibition du voile islamique bafoue les principes de laïcité et d’égalité entre les hommes et les femmes qui devraient faire partie de fondamentaux d’un parti de gauche. Alors comment expliquer les tergiversations du PS sur ce sujet ?
Comment justifier la décision des députés socialistes, membres de la mission parlementaire sur le voile intégral, de quitter les discussions au sein de cette mission alors que celle-ci n’avait pas achevé ses travaux ?
C’est pour faire part de ces interrogations à la première secrétaire du PS, qu’avec Anne Zelensky, présidente de la Ligue du droit des femmes, nous lui avons adressée une lettre ouverte.
Notre message se résumait en quelques mots : ce que nous attendons d’un parti de gauche, c’est de savoir défendre sans tergiverser ses principes en dehors de toute considération politicienne. Le PS a-t-il oublié que lorsqu’il s’est agi de voter la loi Veil, sur l’interruption volontaire de grossesse, ses dirigeants n’ont pas pensé un instant se retrancher derrière le fait que le gouvernement et le président étaient de droite et que ceux-ci pourraient en tirer bénéfice ?

Or voilà qu’aujourd’hui c’est d’un autre parti de gauche que vient un reniement encore plus grave. Comment qualifier autrement la décision du NPA de présenter en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, une candidate voilée ? Le double langage de ce parti éclate ainsi au grand jour : d’un côté il se revendique comme le parti des opprimés mais de l’autre il adhère à un symbole, le voile islamique, qui sous toutes les latitudes signifie ségrégation entre les sexes, invisibilité du corps des femmes dans l’espace public, statut de second rang pour les femmes.
Par ce geste, le NPA fait table rase du combat des femmes des pays de culture musulmane qui ont osé affronter tête nue les tueurs islamistes.
La NPA se solidarise avec les pires dictatures, au premier rang desquelles, la République Islamique d’Iran, qui, rappelons-le, dès février 1979 au lendemain de son arrivée au pouvoir imposa le voile aux femmes, malgré l’opposition farouche dont des milliers d’entre elles firent preuve. Trente ans après la révolte héroïque de la jeunesse iranienne, n’aura donc pas davantage décillé les yeux des militants du NPA !
Il serait temps que le NPA sache mettre le mot opprimé au féminin et qu’il ait la décence d’entendre celles qui, au risque de leur vie, osent affronter l’islamisme, à commencer par l’algérienne Djemila Benhabib, auteure d’un livre sans concessions sur l’islamisme en Algérie, « Ma vie à contre-coran ».
Cette jeune femme, dans une lettre adressée au président de la mission sur le voile intégral (du 13 novembre 2009), écrit : « Sachez qu’il n’y a rien dans ma culture qui me prédestine à être éclipsée sous un linceul, emblème ostentatoire de différence. Rien qui me prédétermine à accepter le triomphe de l’idiot, du sot et du lâche, surtout si on érige le médiocre en juge. Rien qui prépare mon sexe à être charcutée sans que ma chair n’en suffoque. Rien qui me prédestine à apprivoiser le fouet ou l’aiguillon. Rien qui me voue à répudier la beauté et le plaisir. Rien qui me prédispose à recevoir la froideur de la lame rouillée sur ma gorge. Et si c’était le cas, je renierais sans remords ni regret le ventre de ma mère, la caresse de mon père et le soleil qui ma vu grandir».
Ce que nous demandons aux dirigeants du NPA, puisqu’ils se complaisent dans un aveuglement complice, c’est qu’au moins ils cessent d’utiliser des mots dont ils ignorent le sens : féminisme, laïcité, égalité, émancipation. Et sans doute aussi, liberté et fraternité.
Annie Sugier
Présidente de la Ligue du droit International des Femmes
Paru dans Libération du 8 février