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Mon "crime" : je dénonce l'islamisme en Belgique

En Belgique, écrire sur l’islamisme n’est pas une activité anodine. Les menaces et les intimidations sont fréquentes. On en parle peu. J’ai choisi de ne plus me taire.
Dans notre pays, aujourd’hui, dénoncer l’islamisme a un prix. Insultes, intimidations et menaces, sont incessantes. Chacun réagit à sa façon face à ces campagnes de harcèlement visant ceux qui rédigent des articles ou des livres critiques, non pas sur l’islam, mais sur ses fractions extrémistes. Souvent, les victimes de ces procédés traumatisants n’en parlent pas. Pour ma part, j’ai décidé de briser la loi du silence.
En écrivant ces lignes, je ne veux pas jouer au martyr. Les vrais héros, ce sont les femmes musulmanes, ou de culture musulmane, qui combattent les intégristes. Et qui, comme Karima, auteur du livre « Insoumise et dévoilée », doivent parfois vivre – en Belgique ! – sous protection policière.
Mon histoire est beaucoup moins dramatique. Elle me semble pourtant révélatrice d’un climat malsain qui, insensiblement, s’installe chez nous.
Pendant longtemps, l’islamisme n’a pas fait partie du champ de ma réflexion. En une vingtaine d’années, j’ai rédigé des centaines d’articles et publié huit livres. Je n’ai pas le souvenir d’avoir écrit une seule ligne sur le sujet.
En 2009, j’ai réalisé plusieurs enquêtes sur les activités, notamment à Bruxelles, d’une petite minorité d’activistes d’un islam pas vraiment modéré, alliés à quelques islamo-gauchistes. J’entends par « islamo-gauchistes », des militants de la gauche radicale, persuadés que communistes et islamistes doivent s’allier pour combattre leur bête noire, « l’impérialisme américain ».
J’ai publié une série d’articles, à ce propos, dans le Journal du Mardi, et plusieurs cartes blanches, dans la Libre Belgique et le Soir. J’ai souligné des connexions douteuses avec la mouvance Dieudonné (« humoriste » anti-juif), des admirateurs de l’Iran d’Ahmadinejad, et quelques staliniens non-repentis. J’ai expliqué qu’il ne fallait pas banaliser ces foyers d’extrémisme, aujourd’hui limités, mais très prosélytes.
Un certain discours politiquement correct nuit au vivre ensemble en niant l’émergence d’un fondamentalisme musulman, dans certains quartiers. Enrayer la progression de ce fondamentalisme est la meilleure façon d’être aux côtés de nos concitoyens d’origine arabo-musulmane dont l’aspiration est double. D’une part, vivre sereinement leur foi. Et, d’autre part, ne pas être assimilés aux excès d’une minorité de radicaux dont les excès stigmatisent parfois, à tort, l’ensemble d’une communauté.
Etiqueté journaliste « de gauche », mon image a changé du jour au lendemain, auprès d’une partie de l’intelligentsia bien-pensante. Un seul article sur ce thème a suffi à me faire basculer dans le camp du Mal. Aux yeux de certains, je suis devenu suspect. Je critiquais « l’islam », la religion des pauvres, des exclus, des damnés de la terre. Je trahissais le camp du Bien, celui des progressistes, des pro-palestiniens, des antisionistes.
Vision simpliste, bien sûr. Je n’ai jamais dénoncé « l’islam « . L’islam ne doit pas être confondu avec l’islamisme. De même, le juste combat pour un Etat palestinien n’implique pas la diabolisation d’Israël. La lutte, toujours à approfondir, contre le racisme et les discriminations – à l’embauche, au logement – ne justifie pas la victimisation de tous les musulmans, y compris ceux qui rejettent nos valeurs démocratiques, l’égalité hommes-femmes, la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Après chaque article mettant en garde contre une poussée d’un islam peu tolérant, j’ai eu droit à des attaques courageusement anonymes sur Internet. Ma photo a commencé à circuler sur Facebook, affublée de qualificatifs de plus en plus orduriers : « raciste », « facho », « renégat », « petit blanc haineux », « dégueuli humain » (sic), etc. Un docte universitaire a même proposé, lors d’une discussion sur Facebook, dont j’ai eu connaissance par hasard, d’organiser une manifestation…en burqa, pour me faire taire.
Dans un autre registre, certains amis de gauche ont pris leurs distances. Les plus modérés m’expliquaient que ceux qui, comme moi, mettent en exergue certaine dérives d’une minorité de « fous d’Allah », n’ont pas tort, mais que « ce n’est pas le moment ». « Tu comprends, me dira l’un d’eux, la priorité, c’est de combattre les sionistes, l’Etat fasciste d’Israël ».
Certains sympathisants de la gauche de la gauche ont coupé les ponts avec moi, changeant de trottoir quand ils me croisaient. J’ai été exclu du « blog de débats » d’un ancien collègue journaliste, me reprochant mes prises de position « nauséabondes » (sic). Les insultes ont redoublé lorsque j’ai publié, en octobre dernier, le livre « Lettre aux progressistes qui flirtent avec l’islam réac ». J’ai commis « le crime de trop » : cosigner ce livre avec un libéral, Alain Destexhe.
L’exaltation de certains a été crescendo. Je suis devenu la caricature de l’apostat. J’avais osé franchir la ligne rouge (sans jeu de mots !), brouiller le clivage gauche-droite. Dans un débat à Controverses (RTL-TVi), Philippe Moureaux m’a traité de « collaborateur de l’extrême droite ». Dans les coulisses de l’émission, il a qualifié notre livre de « nouveau fascisme ».
Dès cet instant, la machine à fasciser, nazifier, lepéniser, a tourné à plein régime. En privé, j’ai reçu le soutien de nombreux amis socialistes. Rares sont ceux qui m’ont soutenu en public. Certains anti-calotins primaires, habitués à « bouffer un curé tous les matins », sont beaucoup moins pétaradants quand il s’agit de mettre sur le grill l’une ou l’autre mosquée ou imam ultra-conservateur.
Un samedi matin, j’ai découvert, non sans un frisson dans le dos, un montage vidéo, posté sur le Net, me déguisant en Degrelle et me faisant défiler sous les drapeaux du IIIe Reich, au rythme des chants nazis. Le commentaire atteignait des sommets dans le sordide et la diffamation, n’hésitant pas à insulter ma famille. Cette seule fois, j’ai décidé de porter plainte. L’auteur de ce montage – il m’a semblé l’avoir identifié – ne m’en a pas laissé le temps : le dimanche à midi, la vidéo avait disparu du Net, avant que j’aie pu l’enregistrer. Selon mes informations, des amis du cinéaste imprécateur lui ont expliqué qu’il s’exposait à des poursuites, s’il prolongeait la durée d’exposition de son œuvre.
J’utilise l’ironie. J’essaie de rester serein. Ce n’est pas toujours simple. Je suis abasourdi par le deux poids, deux mesures pratiqué par certains petits cercles de gauche : impitoyables – et c’est indispensable – pour contrer l’extrême droite classique. Mais très complaisants vis-à-vis de l’extrême droite islamiste.
Dans mes écrits, j’ai cité de nombreux faits précis illustrant cet activisme, pas plus sympathique que celui du Vlaams Belang et du Front National. Je n’ai jamais été démenti. Cela n’empêche pas certains « camarades » de gauche de faire l’autruche. Un islam radical ? Circulez, il n’y a rien à voir. Celui qui l’évoque ne peut appartenir qu’à « l’ultra-droite islamophobe ».
Je pourrais évoquer les campagnes de mails plus ou moins calomnieux, les messages qui me parviennent, m’annonçant que des « enquêtes » sont menées à mon sujet (Par qui ? Pourquoi ?). Les mises en garde d’émissaires plus ou moins bien intentionnés : « Tu devrais changer de sujet. Arrête de jouer au laïcard de service « .
Je pourrais évoquer l’absurdité de toute cette propagande qui tourne en boucle. Je ne suis pas un croisé anti-islam, je ne suis pas athée, je ne suis même pas un militant laïque. Et je me positionne toujours à gauche. Mais pourquoi tant de haine ? Pourquoi écrire sur l’islamisme, même en Belgique, est-elle une activité à risques ?
Claude Demelenne




La gauche qui fascise Sarkozy se moque du peuple, qu'elle prétend défendre

La politique sécuritaire de la droite est contestable. Mais elle est tout sauf scandaleuse. En fascisant Sarkozy, la gauche dérape.
Si j’étais français, lors du premier tour des élections présidentielles de 2012, je voterai pour Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de François Mitterrand, et probable candidat du Mouvement Républicain et Citoyen (gauche indépendante). Je ne suis donc pas un fan de Nicolas Sarkozy. Pourtant, je suis choqué par l’attitude d’une grande partie de la gauche, qui raconte à peu près n’importe quoi sur l’action du président français contre la délinquance. Celle-ci a pris des formes nouvelles, qu’il importe de rappeler. Dans certaines cités, des petits voyous tirent à balle réelles sur les policiers. Ils installent un système mafieux, visant à contrôler des pans entiers du territoire. Terrorisés, les habitants, sont obligés de coopérer avec les dealers et les trafiquants. A Saint-Aignan, quelques dizaines de Roms ont attaqué une gendarmerie, pour venger la mort d’un des leurs, abattu alors qu’il forçait un barrage policier.
La progression de l’hyper-violence, les menaces contre les forces de l’ordre et la mise à sac de commissariats, ne sont pas propres à la France. Chez nous aussi, et particulièrement à Bruxelles, de tels faits gravissimes se reproduisent de façon cyclique : émeutes à répétition dans les quartiers, agressions et racket à la sortie des écoles, braquages et hold-up de bijouteries en série… La délinquance est devenue un mode de vie pour une petite minorité de jeunes caïds, souvent d’origine immigrée. Une telle affirmation n’est pas raciste, mais réaliste, comme l’a relevé récemment le sénateur écologiste flamand de Bruxelles, Luckas Vander Taelen.
La droite française propose une batterie de mesures pour répondre au défi de l’insécurité: réunion au sommet pour examiner les problèmes posés par le comportement de certains Roms, expulsion de ceux d’entre eux qui occupent des terrains de façon illégale, aggravation des peines pour les auteurs de violences graves, déchéance de nationalité pour toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte à la vie d’un fonctionnaire de police ou tout autre dépositaire de l’autorité publique, ainsi que dans les cas de traite des êtres humains ou d’excision, responsabilisation pénale des parents de mineurs délinquants, conditionnement du versement des allocations familiales à l’assiduité scolaire des enfants…
Certaines de ces mesures sont contestables. Particulièrement celles qui, selon l’expression de Luc Ferry, ex-ministre de l’Education, ne feraient qu’ « ajouter de la misère à la misère ». Mais aucune de ces mesures n’est scandaleuse. Aucune n’est indigne. Aucune n’autorise de diaboliser Nicolas Sarkozy. Aucune ne justifie de crier au racisme voire au fascisme renaissant.

C’est cependant la pente glissante qu’a décidé d’emprunter une partie de la gauche politique et intellectuelle. Cette gauche à court d’idées hurle au loup. La meute se déchaîne. Les Verts évoquent des « délires paranoïaques anti-étrangers ». Dominique Voynet dénonce « une déchéance morale », le PS, la « stigmatisation d’une communauté », Olivier Besancenot, une « stigmatisation ethnique ». La Ligue des droits de l’homme accuse Sarkozy d’entonner « les refrains des années 30 ». L’Humanité (communiste) incrimine « une xénophobie d’Etat, une véritable chasse à l’homme » et compare l’action de la droite à celle du « régime de Vichy ». Libération (gauche) reprend la référence à Vichy et écrit que Sarkozy « revient aux mesures pratiquées aux heures les plus honteuses du passé français ». Le philosophe de gauche, Grégoire Chamayou, explique, dans L’Huma, que « le respect de la loi n’est pas la motivation première de la police, mais bien le plaisir de la traque ». Interrogé par le site Rue 89, le sociologue Mathieu Rigouste assène que « le pouvoir adopte des postures de guerre » et veut « policer la vie sociale des pauvres », avant de rendre hommage aux habitats des cités qui « résistent chaque jour à la férocité policière ». Pour Martine Aubry, enfin, Sarkozy pratique une « dérive antirépublicaine qui abîme la France ».
Ce qui abîme la France, n’en déplaise à Martine Aubry, ce ne sont pas ceux qui, parfois maladroitement, tentent de protéger les citoyens, mais ceux qui font vivre ceux-ci dans la peur. Ce sont ceux qui se croient tout permis et transforment certains quartiers en zones de non-droit, dignes du Far West. Une certaine gauche prétendument « morale » marche sur la tête lorsqu’elle criminalise, non pas les voyous, mais la droite au pouvoir.
La référence aux années 30 et au régime de Vichy est d’une insoutenable bêtise. Je suis absolument convaincu qu’une gauche responsable, revenue au pouvoir, appliquerait globalement les mêmes mesures sécuritaires que Nicolas Sarkozy. Avec, peut-être, un emballage un peu différent, une fine couche de vernis droit-de-l’hommiste. Ceux qui en doutent n’ont qu’à se remémorer la politique sécuritaire menée par Jean-Pierre Chevènement, lorsqu’il fut ministre socialiste de l’Intérieur. A l’époque, il fut traité de quasi fasciste par la gauche « morale » parce qu’il faisait preuve de fermeté à l’égard de ceux qu’il appelait les « sauvageons », ne voulait pas ouvrir largement les frontières, et refusait de régulariser tous les sans-papiers.
Le discours de type boy-scout sur la prévention ne suffit plus. L’argument de la « cause sociale » de la délinquance, mis en avant par la gauche, est trop simpliste. Le basculement dans la délinquance s’explique aussi par le sentiment d’impunité, suggérant à certains jeunes que le vol, l’agression, la possession et l’usage d’une arme, ce n’est finalement pas si grave. Les prestidigitateurs de gauche sont convaincus qu’une police de proximité permettrait d’éteindre l’incendie. Cette affirmation témoigne d’une méconnaissance inquiétante des réalités de terrains. Dans certaines cités françaises – c’est le cas dans le quartier de la Villeneuve, à Grenoble – les policiers sont menacés de mort, eux et leur famille sont ciblés personnellement par les délinquants, comme s’ils faisaient partie d’une bande rivale. Impossible pour eux, de vivre dans le même quartier que ceux qui les harcèlent et vont jusqu’à lancer des appels au meurtre, via des graffitis menaçants. Dans pareil contexte, parler de « police de proximité est une aimable plaisanterie. Seuls des policiers ne résidant pas dans les quartiers chauds sont susceptibles de travailler efficacement, sans crainte de représailles lorsqu’ils rentrent à leur domicile. La situation n’est guère très différente dans certains endroits de Bruxelles : à chaque émeute, ce sont majoritairement des gendarmes venus de Flandre qui viennent rétablir un semblant d’ordre.
Il est urgent d’en finir avec le discours de victimisation, tenu par la gauche angélique. Ceux qui ne respectent pas la loi et rendent impossible le vivre ensemble, ne sont pas des victimes du pouvoir de droite et de la répression policière. La gauche qui fascise Nicolas Sarkozy, ne commet pas seulement une faute politique grave. Elle se moque du peuple, qu’elle prétend défendre. Les premières victimes de l’insécurité sont les classes populaires. La gauche l’oublie trop souvent en préférant cultiver ses fantasmes anti-sécuritaires.
Claude Demelenne
Journaliste. Dernier ouvrage paru : « Pour ou contre la Belgique française », édition Le Cherche Midi, Paris, 2009