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L’Union des Médiocres Pour la Soupe (UMPS) : Stop ou Encore ?

36% des Français considèrent que Marine Le Pen est la meilleure opposante au pouvoir socialiste, loin devant Jean-François Copé (23%) et Jean-Luc Mélenchon (17%).

Une nouvelle qui pèse lourd dans le climat politique de la rentrée où chacun peut sentir de manière quasi palpable la montée concomitante des incertitudes et des tensions. A l’intérieur et à l’extérieur de nos frontières.

La montée des périls modifie la perception que les peuples ont de leur environnement et de leurs dirigeants. Ils attendent des actes forts et des paroles claires.

Le monde change et nos dirigeants politiques restent figés dans des postures et des schémas dont la déconnexion au réel est de plus en plus visible.

L’accélération de l’histoire, inexorablement,  les fait apparaître pour ce qu’ils sont ; une Union des Médiocres Pour la Soupe.  Ils se battent  pour leurs places à table alors que la maison brûle.

Le Parti socialiste (aile gauche de l’UMPS), immuable dans ses certitudes, poursuit, avec ses alliés écolos,  le travail de  sape des fondements vitaux de la société française.

On écrase les classes moyennes et les familles d’impôts pour ne pas toucher aux  clientèles électorales qui, dépendantes de l’argent publique, portent la gauche au pouvoir : salariés du secteur public,  populations issues de l’immigration musulmane et africaine (ce n’est probablement pas pour soutenir le mariage homo que 93% des électeurs musulmans ont voté Hollande), monde associatif inféodé, petit univers de la culture et des  médias subventionnés…

Et pendant ce temps-là… les classes productives, les classes qui travaillent dans les secteurs les plus exposés, celles qui paient leurs impôts et éduquent leurs enfants  pour donner des cadres au pays, souffrent et règlent la facture.

Tel le coq qui chante les deux pieds dans le tas de fumier en pensant que son chant fait lever le soleil, le gallinacé de gauche, ivre de lui-même, se repait de sa logorrhée sociétale. Au service « des forces de progrès », il veut changer la société et à tout prix faire notre bonheur malgré nous.

Après le « mariage pour tous », il nous inflige et nous prépare  la PMA, la GPA, les droits de  vote pour les étrangers, les naturalisations à la chaine, la loi du genre à l’école, la suppression de la prison pour la grande majorité des délinquants, la ville sans autos conçue comme un espace ludique pour « Homo Festivus » en roller ou à vélo (salauds d’automobilistes !), la multiplication des radars pour nous taxer encore, la traque des « racistes », des « homophobes » et des fumeurs, et , cerise sur le gâteau,  l’installation des Roms pour embellir nos villes.

Il y a fort à parier que les apparatchiks du PS et leurs alliés, pas plus que les apparatchiks soviétiques en leur temps, ne croient véritablement en leur logorrhée obscène tant elle fait violence au réel. Ils méprisent le réel, mais ils ne l’ignorent pas ; pour preuve, ils habitent les quartiers protégés et mettent leurs enfants dans les bonnes écoles publiques ou privées.

Ils ne peuvent tout simplement plus arrêter le mouvement qui les porte ; c’est ce qui les fait vivre, ce qui assure leur position sociale et leur domination.

Peut-être que beaucoup d’entre eux croient encore en leurs idées, ils n’ont probablement pas l’imagination de penser autrement, mais ils n’espèrent rien de leur utopie sociale. Ils gèrent leurs carrières  tout simplement, et pour cela, il faut que le spectacle continue ; l’illusion du combat droite/gauche, le mythe de la défense des valeurs universelles de la République qui cimentent le pays,  la fable de la lutte des classes et de la justice sociale.

« Mon ennemi c’est la Finance », déclamait Hollande durant la campagne présidentielle, avant de filer à Londres peu après et de déclarer dans le Guardian,  pour rassurer la City, que les socialistes français étaient de bons gestionnaires qui avaient bien accompagné la révolution financière des années 80.

Et l’UMP (aile droite de l’UMPS) dans tout ça ?  Face au paysage désolé qu’est devenue la France d’aujourd’hui, on attendrait d’elle qu’elle se hisse au niveau des enjeux et des défis qu’affronte le pays en portant le fer dans la plaie dans un combat idéologique sans merci avec la gauche.

On voudrait qu’elle dénonce enfin les mensonges immigrationnistes et les illusions européistes, qu’elle s’attaque bille en tête aux fausses promesses de la mondialisation heureuse, qu’elle en appelle à la révolte fiscale afin d’exiger que la dépense publique ne soit plus une arme électoraliste, qu’elle croise impitoyablement le fer sur les questions de sécurité en faisant sauter une bonne fois pour toutes les tabous du politiquement correct qui paralysent toute réponse appropriée, qu’elle affronte enfin avec la plus grande détermination les nébuleuses syndicales qui détruisent idéologiquement les 2 piliers fondamentaux d’une société que sont l’éducation nationale et la justice, au mépris total des sentiments et des attentes des usagers… et tant d’autres choses encore qui tourmentent notre pauvre peuple.

Mais, soumis aux dictats du politiquement correct, les ténors de l’UMP regardent passivement passer les trains de l’histoire, espérant avant tout que le désastre socialiste, par un mouvement naturel du balancier, les ramènera mécaniquement au pouvoir, afin de continuer le cirque de l’alternance complice entre gens du même monde. En attendant, ils assurent juste le service minimum du devoir d’opposition.

Leur grande affaire ce n’est pas les terribles défis de l’histoire, mais leur place dans la course à la présidentielle.  Les Français ne sont pas complétement dupes, selon le sondage BVA/ Le Parisien cité plus haut, plus des 2/3 de nos concitoyens pensent que la situation à l’UMP  n’est aujourd’hui pas apaisée ; c’est plus qu’en janvier 2013 au lendemain de la guerre des chefs, où ce chiffre s’élevait à 53%.

Le voile va-t-il enfin se déchirer ? Vont-ils enfin comprendre ces dirigeants de « droite » aux stratégies obliques que le décor change et que la colère gronde ou pensent-ils, comme  les Brejnev et les Andropov d’autrefois, qu’ils tiennent le Système en main jusqu’à la fin des temps ?

Le peuple de droite acceptera-t-il encore longtemps les pudeurs effarouchées de ses représentants politiques face à toute perspective de deal électoral avec le Front National, alors que  la gauche, de manière de plus en plus nette,  accélère tous les processus de délitement de la société française ?

Souvent, dans les régimes affaiblis et immobiles, le choc décisif vient de l’extérieur. Peut-être que le « montage » syrien, cette entreprise de manipulation massive et planétaire, est-il le coup de trop, comme la guerre afghane a été fatale à l’Union soviétique ?

Pour la première fois, en France et dans le reste du monde occidental, la machine grince et grippe, les peuples ne marchent plus dans la combine, les oligarques veulent passer en force mais le mensonge se voit.

Signe des temps, à l’Université d’été du Medef cette année, un amphi théâtre d’HEC, rempli de dirigeants d’entreprise, a applaudi sans retenue un expert international qui dénonçait vigoureusement  les raisons de l’engagement français contre le régime syrien.

Peu à peu, du haut en bas de l’échelle sociale, le peuple de France prend conscience des dangers du monde qui l’entoure et de l’incurie des réponses de ses dirigeants, quand ce n’est pas tout simplement leur complicité active aux maux qui minent le pays.

Si elle surfe habilement sur les bonnes vagues, Marine Le Pen, comme le laissent entendre les sondages, a de beaux jours électoraux devant elle.

Didier Beauregard




De la Manif pour tous au Printemps français… En avant toute !

Le mouvement anti mariage pour tous rentre dans une phase critique face à la détermination d’un gouvernement décidé a passé en force. La stratégie du gouvernement est claire. Ce dernier mise sur la radicalisation en multipliant les provocations, dans le but de forcer la droite institutionnelle à se désolidariser du mouvement de la société civile, tout en fractionnant celui-ci  en agitant le spectre de la dérive extrémiste.

Le pouvoir socialiste joue  avec astuce sur le sentiment légitimiste des classes moyennes de la France traditionnelle, qui malgré une mobilisation de masse que l’on n’a jamais vue dans l’histoire du pays, peinent à prendre  conscience de leur  force et redoutent  tout débordement.

Cette France est facile à manipuler. Forte de sa bonne foi, elle est désarmée  face aux grossières provocations policières qui ont émaillées la manifestation du 24 mars. Elle peine également à répondre aux arguments biaisés de ses adversaires qui  la bombarde « d’éléments de langage », savamment dosés et massivement répétés  par des médias  hostiles (pour ne pas dire haineux)  à son engagement.

Face aux risques d’isolement de cette masse humaine, généreuse dans la mobilisation, mais qui peut  vite être lâchée par les politiques censés la soutenir et menacée par la division de ses leaders soumis à des tensions et des aspirations contradictoires, il est urgent de tirer quelques leçons  politiques et sociologiques  qui peuvent aider à  tracer les lignes d’action d’une stratégie crédible.

Si parler de « Printemps français »  paraît  prématuré, il est en revanche certain que ce mouvement de masse dépasse de loin le simple enjeu du mariage pour tous. L’ampleur de la mobilisation est en lui-même un phénomène sociologique majeur qui annonce des mouvements de fond susceptibles de faire basculer la société française dans les années à venir.

La France silencieuse se mobilise

La France qui défile est celle que les médias ne montrent jamais,  sauf pour la ringardiser ;  la France silencieuse qui bosse, paie l’impôt,  et fait des enfants qu’elle envoie au catéchisme. La France du « Long fleuve tranquille » qu’il est légitime de ridiculiser et de haïr dans les systèmes de représentation de la culture dominante. Une France catholique, ou encore marquée par la civilisation chrétienne, qui est considérée comme une simple survivance d’un passé mort à jamais  par ceux qui  tiennent le manche.

Le seul fait que cette France puisse d’un coup se mobiliser en masse est déjà en soit un acte de subversion impensable pour le système en place et son idéologie. C’est un défi insensé à l’égard de la classe dominante qui agit depuis des décennies comme si cette France n’existait pas et qui, à force de l’ignorer et de la mépriser (sauf à la caresser un peu pendant les périodes électorales), a probablement fini par penser que cette France n’existait plus en tant qu’acteur  de  son histoire. D’où le côté ubuesque de la querelle des chiffres des manifestations, où le pouvoir en place défit  les règles élémentaires de la raison en annonçant des chiffres délirants tant ils sont déconnectés  de la réalité perceptible  des images. 

Cet acte de rébellion est incompréhensible pour le système idéologique dominant, habitué de longue date à toute absence de résistance populaire provenant de cette France discrète. Il ne peut le considérer que comme un acte absurde, illégitime et scandaleux.  Il ne peut  l’appréhender comme un phénomène rationnel et porteur de sens avec lequel il faut composer ; pas plus qu’un aristocrate d’Ancien régime ne pouvait comprendre la revendication d’égalité d’un bourgeois ou d’un paysan.  C’est une loi de l’histoire : le dominant ne se met jamais à la place du dominé !

En engageant le mouvement de contestation du mariage homosexuel, ses leaders pouvaient-ils  prévoir  la puissance des forces qu’ils allaient mettre en mouvement et l’enjeu politique que ces forces allaient alors actionner ? Ils pensaient probablement engager un bras de fer, sur un mode ludique, avec un gouvernement qui tiendrait compte d’un rapport de force objectif porté par la rue, comme Mitterrand l’avait  fait en 1984, et ils se trouvent engagés dans un conflit civilisationnel à relent de guerre civile.

 Il y a dans ces foules immenses qui défilent, comme un désir de moins en moins inconscient au fil des manifestations, de se compter, de se retrouver entre soi, de se prouver qu’on existe encore, de se réapproprier et d’exhiber son identité en défi à l’ordre établi.

Le contre sens de Frigide Barjot

Sur ce point, on ne peut que se désoler du contresens stratégique de Frigide Barjot qui, au soir du 24 mars, se félicitait, contre toute évidence, de la mobilisation « Black, Blanc, Beur » de la France de la diversité. Une volonté dérisoire de séduire l’adversaire en récupérant ses codes, qui, non seulement trahit la réalité, mais n’a strictement aucune chance de désarmer sa rage. Pire encore, elle dévalorise l’action de ceux qui défilent, comme si leur catégorie de Français et leur nombre n’étaient pas en soit suffisant pour légitimer le mouvement.

Ce contresens a été poussé à son paroxysme d’aberration, quand la même Frigide Barjot, quelques jours plus tard, a été quémandé le soutien des musulmans au congrès de l’UOIF, faisant du même coup éclater le cadre sociologique et politique du mouvement qu’elle anime (et il faut malgré tout  saluer la  belle énergie qu’elle a su déployer pour mobiliser les foules). Heureusement, si l’on ose dire, son propos est en tel décalage par rapport à la réalité qu’il s’est dilué dans le vide. Les probabilités de voir les foules musulmanes, toute barbe et voile dehors, débouler  en  masse à la prochaine manif pour se joindre au combat de la France catholique (plus ou moins) sont nulles.

Ces écarts stratégiques soulignent bien l’importance des enjeux idéologiques et sociologiques qui  portent ce mouvement de contestation.

Ce début de mai 68 à l’envers peut-il continuer d’exister sans prendre conscience de sa portée idéologique, alors qu’il est l’objet d’une contre-offensive politique d’une violence inouïe ?  Quelques leçons politiques de base  nous semblent pouvoir être tirées des événements des dernières semaines pour fixer un minimum de repères stratégiques pour aller de l’avant.    

Ne pas compter sur la droite politique

Le mouvement de protestation vient de la société civile. La droite politique n’a fait que prendre le train en marche pour ne pas rester sur le quai et se retrouver coupée de son électorat de base. A quelques exceptions près, ce combat est secondaire pour les politiques.  Parions que les élus de droite qui ont mené une rude et méritoire bataille au Parlement,  ne suivront pas un mouvement qui se radicalise dans la rue, au risque de contester le système. Leur entente  de fond avec la gauche pour maintenir ce système qui les fait vivre, l’emportera sur leur désire de confrontation avec le camp théoriquement adverse et le besoin de solidarité avec leur électorat. Quelques désordres savamment mises en scène leur fourniront probablement le prétexte bienvenu pour prendre leur distance. La gauche s’agite déjà beaucoup pour exploiter cette brèche.

Le mouvement ne doit donc compter que sur ses forces et sa capacité de mobilisation à la base ; ce qui rend  d’autant plus critique le risque  de division.

Un  risque de division

Ce point, incontestablement, est le plus délicat. Il est inquiétant, en effet, de voir les divisions qui se manifestent au sommet. Le mouvement hésite entre une protestation ciblée sur le rejet du mariage homo et une contestation plus globale du pouvoir en place, que la scission sur le thème du « Printemps français » tente d’exprimer.

Frigide Barjot, toujours  leader emblématique des Manifs pour tous, est confrontée désormais à un choix stratégique  décisif qu’elle semble avoir du mal à maitriser. Il n’est pas logique d’évoquer d’un côté, le spectre de la violence et de la guerre civile (« Hollande veut du sang, et bien il va en avoir !») et de l’autre condamner ceux qui acceptent la confrontation physique avec le pouvoir. Le mouvement doit clarifier sa doctrine sur la légitime riposte. Jusqu’où est-il prêt à aller face à la multiplication des provocations  de basse police et  des manipulations médiatiques ? La France qui se mobilise est en droit d’attendre des mots d’ordre et des éléments de langage clairs et cohérents.

Ne soyons pas naïf, tout mouvement de masse est nécessairement tissé de motivations et d’attentes contradictoires, l’unanimisme n’existe pas, encore faut-il qu’il garde un minimum de cohérence dans ces objectifs. La prolifération des opérations ciblées menées par le mouvement de protestation donne parfois une impression de désordre, d’autant qu’on ne comprend plus  toujours très bien si ceux qui agissent ainsi, agissent ou pas dans le cadre  «officiel » du collectif  « La manif pour tous ».  La stratégie d’ensemble, du coup, manque de lisibilité.

L’erreur de Marine Le Pen

Enfin, il est pertinent  de se demander si Marine Le Pen n’a pas raté le coche en gardant une certaine distance avec ce mouvement de masse ?  

Le Front National s’est toujours voulu comme le parti  qui défendait les valeurs de la tradition. Par souci de cohérence, Il se devait donc d’être en pointe sur un sujet de civilisation dont les enjeux symboliques sont si profonds. L’argument qu’il ne faut pas tomber dans le piège de diversion  du gouvernement afin de détourner l’attention de ses échecs économiques et sociaux ne tient pas durablement la route. La politique est un art opportuniste et il faut savoir monter dans les trains qui roulent dans la bonne direction.

Enfin, et surtout, la France qui aujourd’hui se mobilise est celle qui a toujours fait défaut au Front National et l’a empêché de prendre racine dans les classes moyennes et moyennes supérieures. La France bourgeoise et catholique et largement provinciale qui se veut viscéralement modérée. Ses bastion de l’Ouest traditionnellement votent centriste ou gaulliste et le Front National y fait ses plus mauvais scores. C’était une occasion unique de tendre la main à cette France réservée et de rompre la barrière des préjugés par l’action commune dans un combat commun. Marine Lepen doit faire un geste symbolique fort pour rapprocher la France ouvrière et populaire  qui souffre et la France bourgeoise qui se réveille avec la gueule de bois. 

La conjonction entre la radicalité du ras- le- bol  populaire qui vient de la France invisible  et le début de révolte qui monte de la France silencieuse est une condition indispensable à l’émergence d’un véritable « Printemps français ».  Affaire à suivre !

Didier Beauregard




L’enquête annuelle de la CNCDH sur le racisme ne doit plus stigmatiser le peuple français

Depuis plus de 20 ans, à chaque retour du printemps, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH)  nous livre son rapport  sur « le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie en France ». Et chaque année, l’ensemble des commentateurs publics reprend  l’antienne du dernier rapport qui, immanquablement, tire la sonnette d’alarme sur la montée du racisme dans notre pays, sans que jamais personne ne se livre à une analyse critique des conclusions de ses travaux ou ne s’interrogent sur les présupposés qui les fondent.

Manipulation et culpabilisation

Et pourtant, l’exercice mérite le détour et laisse vite apparaître, sous l’apparente rigueur méthodologique, le masque sournois de la manipulation et de la culpabilisation. 

La manipulation repose d’abord dans l’analyse des chiffres. Non pas que les sondages soient truqués, ils corroborent l’ensemble des études sur le sujet, mais leur mise en perspective remettent  en cause le message relayé par les rapports successifs. La première distorsion consiste à tirer des conclusions générales sur des variations à la hausse souvent peu significatives d’une année sur l’autre.

Le rapport 2012 qui vient d’être publié a donné lieu à une surenchère de commentaires alarmistes, pieusement relayée par les médias. 69% des Français, constate la CNCDH, considèrent qu’il y a trop d’immigrés en France, soit une progression de 10 points par rapport à 2011 et de 22 points comparé à 2009. De quoi crier au loup, n’est-ce pas ? Or, l’étude des sondages sur une durée de plusieurs décennies, démontre que, fondamentalement, ces chiffres restent très stables.

Stabilité des opinions

En 1984, une enquête de la Licra, qui reprenait des statistiques de 1968 et 1977, montraient que 61% des Français estimaient que les étrangers étaient trop nombreux, chiffre qui correspondaient, comme le soulignaient les commentateurs, aux résultats des décennies précédentes. Les décennies 90 et 2000 ont confirmé cette tendance.

Un sondage Ifop/L’Express d’octobre 1991, faisait ressortir que 64% des Français percevaient l’immigration comme une menace pour l’identité nationale. De même, une étude TNS Sofres/Le Monde de décembre 2005, montrait que 63% de nos compatriotes jugeaient qu’il y avait trop d’immigrés en France. Le léger décalage à la hausse de 2012 (69%) par rapport aux décennies précédentes, traduit d’abord l’aggravation d’un climat général, marqué par des faits divers de plus en plus spectaculaires, type l’affaire Merah; ce que souligne d’ailleurs le rapport de la CDNCH.

48% des Français se disent « plus ou moins racistes » s’indigne le commentaire de la CNCDH qui se garde bien toutefois de préciser que dans son rapport publié au printemps 1995, deux Français sur trois confessaient des sentiments « plus ou moins racistes », un pic qui n’a jamais été dépassé depuis puisque, sur les deux dernières décennies, le taux moyen tourne autour de 40%, ce qui situe simplement l’année 2012 dans le haut de la fourchette de la moyenne statistique.

Mais si l’on examine plus en détail l’étude de 1995, on constate, qu’au-delà d’un plus grand rejet global de l’immigration, cette méfiance se focalise essentiellement sur les Maghrébins (67%), assimilés à une peur croissante de l’Islam et vice versa.

Un net raidissement à l’égard de l’Islam

Ce raidissement des Français à l’égard de l’Islam, perceptible dans la deuxième moitié de la décennie 90, répondrait « lucidement »- le rapport du CNCDH le constate lui-même du bout des lèvres- à une dramatisation objective des situations politiques et des enjeux de civilisation liés à l’Islam. Racisme ou réaction de légitime défense de son identité ?

Le durcissement des opinions de nos concitoyens n’a en fait rien à voir avec une explosion de racisme, en dépit des propos alarmistes rependus par nombre de commentateurs. Ce que prouve d’ailleurs clairement le rapport de 1995. Hors effet Islam, l’analyse détaillée du sondage qui accompagne le rapport donne l’image d’une France ouverte aux étrangers et aux minorités. 62% des Français, n’estimaient-t-ils pas alors qu’une démocratie se juge à sa capacité d’intégrer les étrangers ?  Une opinion qui recueille même un niveau d’adhésion de 80% dans le rapport 2005 de la CNCDH !

Dans toutes ces séries de chiffres très stables, rien ne permet donc d’entretenir le mythe d’une France travaillée par ses pulsions racistes, sauf à travestir la réalité des chiffres et des sentiments.

Cette manipulation est particulièrement frappante dans l’analyse des données qui concernent le recensement des actes à caractère « raciste, xénophobe et antisémite ». Le rapport 2012 relève ainsi   qu’après deux années de baisse, la France connaît de nouveau une forte hausse de ces actes : +23% en 2012. Ces chiffres prouvent-ils, enfin, la dangerosité grandissante du racisme des Français ?

Pas vraiment, si l’on s’en tient aux données développées par la CNCDH. Et pour cause, la principale raison de cette hausse est l’augmentation de 58% des actions antisémites. Quand on sait d’où vient pour l’essentiel ce type d’agressions, que la présidente de la CNCDH relie elle-même au contexte de l’affaire Merah, on a du mal à comprendre pourquoi la population française dans son ensemble doit être créditée de cette violence antisémite, alors que toutes les études d’opinion sur la durée montrent un sentiment massivement positif des Français à l’égard des juifs (89% selon le rapport de 2004) ?

L’augmentation des actes raciste est aussi alimentée par une hausse de 30% des actions contre les musulmans qui confirme la tendance de 2011 (+34%). Hors ces actes, précise le rapport, les actions racistes ont en revanche peu évolué (+2%).

Cette constatation nous renvoie à la spécificité de la place de l’Islam dans les sociétés européennes. Comment évaluer l’évolution de la perception que les Français ont de l’Islam, sans prendre en considération, en parallèle, les attitudes conflictuelles qu’une partie non négligeable des musulmans affichent, à l’intérieur ou à l’extérieur de nos frontières ?

Pourquoi ignorer les violences identitaires que subissent les « Français » ?

Cela nous conduit à poser la question que les enquêtes sur le racisme  éludent systématiquement : comment peut-on recenser les violences faites à toute identité et communauté sans évoquer pareillement celles commises à l’égard de l’identité majoritaire ?

Comment, par exemple, légitimer le recensement des profanations de cimetières juifs ou musulmans et des incendies de mosquée, si l’on ne met pas en parallèle  les chiffres du nombre de profanations de cimetières chrétiens ou d’églises, alors que les statistiques prouvent que les lieux de culte chrétiens sont, et de loin, les premières victimes de profanations ?

Pourquoi également ignorer systématiquement dans ces statistiques sur le racisme, l’ensemble des attitudes agressives perçues par le vécu  des Français, notamment les injures à caractère identitaire- type « je nique ta mère » ou « je baise la France »- qui forment tout spécialement le quotidien des espaces publiques de nombreux quartiers. Sans oublier également, la masse incalculable des agressions physiques où la dimension ethnique est souvent omniprésente, comme l’a fait justement ressortir l’ouvrage de Laurent Obertone sur la violence en France.

Cet oubli volontaire pourrait trouver un début de justification si cette violence banalisée circulait dans tous les sens, mais, de toute évidence, elle fonctionne du fort au faible. Elle réplique fidèlement les rapports de force identitaires qui structurent tout particulièrement l’univers des jeunes, où les petits blancs ont  appris depuis longtemps à raser les murs devant les caïds de la « diversité » triomphante.

Quant aux insultes sexuelles qui touchent les femmes, il faut être particulièrement  de mauvaise foi pour ignorer leur dimension identitaire, alors que, depuis toujours, la profanation du corps et de l’image des femmes du groupe jugé ennemi est, dans le mental masculin archaïque, l’arme d’humiliation massive déployée dans les conflits identitaires.

La  stigmatisation des « Français de souche »

En effet, toutes ces enquêtes sur le racisme ne font qu’entretenir et aggraver une stratification raciale de la France, en opposant une population de souche européenne à toutes les autres composantes identitaires du pays.

Cette stigmatisation construite sur une délimitation en négatif de l’identité française  laisse entendre que seuls les blancs peuvent manifester une intolérance xénophobe compte tenu  d’une identité qui leur appartient par essence et qui seule peut-être source de racisme. Toute autre cause identitaire ne peut être rattachée à la  problématique du racisme en France, uniquement centrée sur les blancs, qui seuls peuvent exprimer une violence raciste construite autour de l’identité historique française, européenne, chrétienne et laïque. Une façon indirecte et refoulée de signifier en quelque sorte que ceux qui n’appartiennent pas à cette identité historique ne sont pas vraiment français !

Cette culpabilisation des « Français de souche », définis à contrario par la spécification négative de leur dangerosité raciste, ne peut plus et ne doit plus être acceptée comme une donnée d’évidence qui ne se discute pas. De quel droit une institution publique peut-elle isoler sur la base de critères ethniques, en violation de la loi, une partie des Français par rapport aux autres catégories  de la population pour autopsier leurs sentiments racistes à l’égard des maghrébins, des noirs, des juifs et, désormais, des roms et des gens du voyage ?

 Si ces enquêtes évaluent l’ensemble de la population nationale selon sa composition ethnique, pourquoi laisser entendre qu’elle vise d’abord les Français blancs, clairement définis par opposition aux autres groupes ethniques désignés plus haut ? Sinon, pourquoi identifier seulement cette partie de la population, sauf à vouloir stigmatiser explicitement ceux susceptibles de porter en  eux l’image de l’identité historique de la France ?   

Didier Beauregard




L’élection 2012 ou la perspective heureuse d’une nouvelle donne politique !

L’enjeu de l’échéance  électorale que nous allons vivre dans quelques jours dépasse la question du choix d’une nouvelle majorité politique. Il pose plus fondamentalement la question d’un éventuel changement du paradigme politique qui structure la vie  publique nationale depuis plus de trois décennies. Un  changement initié par la dynamique de la candidature de Dominique Strauss-Kahn en début d’année dernière.

La chute de DSK a changé la donne. La question  est donc  de savoir si sa disparition de la scène électorale   a remis   en cause ou non le scénario d’une recomposition politique alors prévisible ? Etant entendu   préalablement que si la personnalité de Strauss-Kahn était le vecteur idéal de ce processus, les forces profondes qui l’animent résultent des évolutions sociologiques du pays. 

Le succès d’opinion de DSK relevait d’un paradoxe propre à la société française. Plus le pays se « droitise », plus les divisions de la droite permettent à la gauche d’engranger les victoires électorales. Par ailleurs, la bipolarisation voulue par le système électoral   force à s’amalgamer entre elles  des familles politiques qui n’avaient pas nécessairement vocation à vivre ensemble de manière durable.

Ce syndrome du risque de division a jusque-là relativement peu  handicapé  la gauche, car passées les tragi-comédies préélectorales, le volontarisme idéologique de la famille « progressiste », lui permet, du centre gauche à l’extrême gauche, de se  retrouver dans le même processus d’exécration de l’ennemi commun, à de rares exceptions près.

La droite, elle, est prise au piège d’une double conflictualité. Faute de pouvoir reconnaître que le vote Front National n’est globalement, qu’une expression radicalisée des attentes d’une part importante de son électorat traditionnel, elle se condamne à un combat sur deux fronts : d’un côté un affrontement avec la gauche qui apparait de plus en plus fictif, dans la mesure où la droite se doit d’évoquer les socle « républicain » commun qui l’unit à la gauche pour combattre le FN, de l’autre, le conflit avec le Front National qui la coupe d’un certain nombre de thématiques qui pourraient constituer son fonds de commerce et qui la rende peu crédible quand elle tente de les récupérer.

Incapable de rallier ces couches populaires acquises à un vote antisystème, à l’exception  notable de l’élection présidentielle de  2007, la droite de gouvernement est contrainte de s’ouvrir à des forces périphériques pour solidifier ses majorités. Un tropisme vers des centres gauches incertains qui aggravent ses grands écarts  idéologiques. Le fait n’est pas nouveau. Il avait déjà couté sa victoire à Giscard d’Estaing en 1981. Obsédé par l’idée d’une gouvernance au centre, ce dernier avait perdu en route une partie de son électorat de droite. Une faible part, certes, mais le combat des chefs aidant, une part suffisante pour signer sa défaite. L’erreur stratégique de Giscard d’Estaing était d’avoir confondu le centre sociologique et le centre idéologique. Le juste constat d’un centre sociologique  (le large socle des classes moyennes)  devait mécaniquement, selon lui, se traduire par l’émergence d’un bloc  politique  fortement majoritaire (« Deux français sur trois », disait-il).

Une vision par trop mécaniste et technocratique, qui faisait fi de l’héritage culturel français. La sensibilité et l’imaginaire de la nation s’expriment en scénarios d’affrontement indispensables à la structuration des camps. Sans oublier le fait fondamental, très largement sous-estimé dans les analyses politiques hexagonales,  que les classes moyennes dépendantes de la sphère publique n’ont pas les mêmes intérêts que celles du privé exposées aux risques de l’instabilité économique, même si elles partagent globalement une même culture. Ce qui était déjà vrai du temps de Giscard d’Estaing, l’est encore  plus aujourd’hui avec les chocs de la mondialisation.

Une recomposition par les centres ?

C’est là que le phénomène Strauss-Kahn prenait toute sa dimension. Ce dernier  venait enfin donner une consistance politique crédible au vieux mythe de la gouvernance au centre. Strauss-Kahn s’imposait comme le pivot d’un mouvement de convergence vers les centres qui annonçait une redistribution des forces politiques plus en phase avec la sociologie réelle du pays. Favori des milieux économiques dirigeants, bien vu d’une partie non négligeable de l’électorat de droite, son influence recouvrait un large espace de la famille des gauches, en dépit des attaques de Mélenchon et de l’extrême gauche. Les sondages témoignaient incontestablement de cette faveur transcourant.

Ce que DSK aurait perdu sur sa gauche, il l’aurait gagné sur sa droite, avec un ralliement plus ou moins large de la famille centriste et d’une part non négligeable de la composante de l’électorat de droite vite effrayée par  ce qu’elle considère comme des dérives « populistes ». Une fraction de l’électorat UMP qui se reconnait dans des personnalités comme Valérie Pécresse, Nathalie Koscuisko-Morizet, Jean-Louis  Borloo ou Laurent Wauquiez  (en gros, et pour faire simple, la ligne des chrétiens sociaux post gaullistes). Toutes ces personnalités  ont d’ailleurs affirmé, aux dernières élections cantonales, qu’elles  voteraient socialistes, plutôt que de s’abstenir en cas de duel FN/PS. Le décor était donc bien planté pour une fracture irréversible de la trop vaste famille UMP, dont la ligne de cohésion idéologique s’étire dangereusement. 

Côté gauche, maintenant, l’image d’un DSK libéral mondialiste patron du FMI, risquait-elle de casser le bloc politique de gauche, comme beaucoup d’observateurs l’affirmaient ? Non n’avons personnellement jamais partagé cette thèse et ce pour deux raison principales : elle néglige tout d’abord la complexité idéologique de la gauche. Une part importante de l’électorat de gauche partage cette culture libérale mondialisée et  ne met plus au premier plan les problématiques sociales de la lutte des classes. Les incantations rituelles du PS sur l’aggravation des inégalités et les « cadeaux faits aux riches » en appellent à un ajustement à la marge du système, et non à un bouleversement du système économique. Mais surtout, la gauche depuis plusieurs décennies fonctionne sur la base de références symboliques qui renvoient principalement à des enjeux sociétaux : l’antiracisme, la diversité, l’égalité homme/femme, le mariage et la parentalité homosexuels, l’écologie domestique… Autant de thèmes qui mobilisent ses troupes et que DSK aurait pu légitimement et abondamment exploiter pour se forger une image de gauche susceptible d’activer une confrontation droite/gauche. La gauche sociétale l’a définitivement emporté sur la gauche sociale.

Enfin, le principe de réalité qui régit les rapports de force au sein des familles de gauche, limite les possibilités de dissidence de la gauche de la gauche qui, pour survivre  politiquement a besoin d’accords avec l’appareil socialiste. Le PC vit ainsi depuis des   années sous perfusion avec un nombre d’élus bien supérieur à sa véritable représentativité politique. Dans l’optique d’un deuxième tour, Mélenchon avait  déjà laissé entendre qu’il se rallierait à DSK. Il a d’ailleurs parfaitement joué son rôle de rabatteur des voix de la gauche radicale au deuxième tour en faveur du candidat François Hollande. Mieux encore, les attaques de la  gauche radicale  et une défection possible d’une partie de l’électorat d’extrême gauche auraient facilité des ralliements  du centre et de droite en faveur de DSK. Ce scénario, en revanche, ne semble pas devoir jouer en faveur de Hollande, trop marqué par son image d’apparatchik PS pour récupérer une partie des marges flottantes de la gauche de la droite. La prudence serpentine  de Borloo est à cet égard éclairante.

L’éclatement de la droite, dans le scénario Strauss-Kahnien, devait logiquement, dans un  deuxième temps, ouvrir la voie à une recomposition de la gauche à partir des centres. Un PS Strauss-Kahnisé, résolument recentré  sur les bases d’une social-démocratie ouverte à la mondialisation libérale et globalement conforme à l’idéologie de Bruxelles, aurait pu, après son élargissement au centre, rompre avec les  restes de la vielle gauche marxiste, qui se recompose désormais autour de Mélenchon. Une démarche qui aurait été bien vue aussi bien par les forces économiques dominantes, que par la majorité des groupes d’influence, très actifs dans les milieux européens, qui militent en faveur des thèmes sociétaux évoqués plus hauts. La promotion des minorités et le combat pour la parité sont, notamment, des chevaux  de bataille des institutions bruxelloises.

La question est donc bien de savoir si la chute de Dominique Strauss-Kahn a annulé ou non ce scénario de recomposition de la vie politique française  à partir des centres ? Si DSK possédait le profil politique idéal pour mener à bien ce scénario, les forces sociologiques qui le soutendaient poussent-elles toujours dans le même sens ?

Pour tenter de répondre à cette question, il nous faut d’abord cerner au plus près la réalité sociologique française et ses grandes données idéologiques pour comprendre ce que pensent, ressentent  et éventuellement veulent les Français.

Relativiser le clivage droite/gauche

La masse des études d’opinion, au-delà des clivages droite/gauche, montre une France relativement cohérente dans ses attentes. Plus exactement, le clivage droite gauche amplifie ou minimise les positions sur tel ou tel sujet, sans pour autant empêcher sur l’essentiel des grands thèmes sociétaux de dégager des tendances majoritaires sur des bases souvent supérieures à 60%. Il faut donc abandonner l’idée trop rependue d’une France coupée en deux, avec deux blocs relativement homogènes  de force plus ou moins égale. Un exemple frappant de cet état de fait : selon une enquête TNS Sofres tirée de « L’état de l’opinion 2011 », 62% des français se disent favorables à « une redistribution sociale des richesses », avec 77% des personnes proches de la gauche se disant d’accord avec l’idée que « pour établir la justice sociale, il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres » contre 56% pour celles qui se positionnent à droite. La coupure est loin d’être radicale pour un sujet  considéré à priori comme particulièrement clivant pour ces deux familles politiques. Les analyses par thèmes décrivent une réalité plus complexe que celle mise en scène par le jeu   politique.

Sur les grands sujets de société qui structurent l’essentiel du débat  national – le rapport au politique, l’organisation économique, la protection sociale, l’Europe, l’immigration, la sécurité et les enjeux sociétaux (pour l’essentiel l’éducation, les valeurs civiques et les mœurs)-les français affichent des positions globalement consensuelles et cohérentes. Les chiffres sont formels et montrent sur les deux ou trois dernières décennies, l’image d’un peuple sceptique à l’égard de la classe politique, attaché à la liberté d’entreprendre et à la valeur économique de l’entreprise, mais soucieux de préserver un système social public et obligatoire et de défendre les services publics.  Un peuple également ouvert    à la « diversité », favorable à une large de tolérance des mœurs (les positions sur l’homosexualité son à cet égard particulièrement significatives), mais inquiet de l’avenir de son identité et pour sa sécurité matérielle et physique.

Au plan économique et social, nous avons déjà vu le sentiment majoritairement favorable à une fiscalité redistributive. De même, la dureté du conflit syndical  autour de la réforme des retraites en 2010, n’a pu occulter le fait que les français avaient largement intégré le coté  inéluctable de la réforme. Toujours selon les études TNS Sofres, 90% des sympathisants de droite et 83% des sympathisants de  gauche se disaient conscients de la nécessité de réformer notre système de répartition. En conséquence 58% admettaient que repousser l’âge légal de départ à la retraite était la seule voie raisonnable et 62% estimaient que la gauche ne ferait pas mieux. 69% demandaient aussi un alignement entre les régimes  publics et  privés

Même dans leurs contradictions et leurs incohérences apparentes nos concitoyens exprimaient un sentiment majoritaire, puisque 72% d’entre eux soutenaient le mouvement de contestation d’une réforme qu’il jugeait par ailleurs inévitable, soit 6 points de plus que le pic de 1995 ! Besoin d’un baroud d’honneur avant de rendre les armes ou volonté d’exprimer son mécontentement général au gouvernement ? Il n’en reste pas moins vrai que les leaders syndicaux et l’opposition étaient condamnés à perdre leur bras de fer en l’absence d’arguments crédibles aux yeux de l’opinion.

Les français estiment à 75% que notre système de protection sociale est un atout   pour leur pays (étude TNS Sofres de septembre 2010) et, si, à plus de 60%, ils ne s’opposent pas à la réduction de certaines dépenses sociales, ils insistent de manière très majoritaire sur  la nécessité de préserver la santé, l’éducation et les retraites. Selon une étude de la Drees réalisée début 2007, 81% de la population jugeaient que les systèmes d’assurance maladie ou de retraites doivent rester essentiellement publics et obligatoires.

Les français restent foncièrement légalistes et attachés aux prérogatives de l’Etat. Pour faire face aux difficultés économiques, l’Etat et les services publics apparaissent   comme protecteurs et légitimes. Ils témoignent ainsi d’une grande confiance dans les institutions publiques que celles-ci relèvent de l’Etat régalien ou de l’Etat providence (« L’état de l’opinion » 2011). Un autre paradoxe à relever ; ce sentiment de confiance  envers les puissances publiques tutélaires est quelque peu contradictoire avec la large défiance exprimée à l’égard du personnel politique : 67% des personnes interrogées déclarent n’avoir confiance « ni dans la gauche ni dans la droite pour gouverner le pays » et 78% jugent que « les responsables politiques ne se préoccupent pas de ce que pensent les gens comme nous ! ». C’est dans ces espaces de défiance et de rancœur que la réalité française laisse apercevoir des fractures autrement plus âpres que le calme apparent des sondages le laisse deviner.

Cette forte attente d’intervention de la part de l’Etat n’échappe pas non plus à quelques contradictions. Nos concitoyens sont très largement favorables aux diminutions d’impôts et revendiquent à 68% « plus de liberté pour les entreprises »   (enquête 2007 du Cevipof). « Davantage d’Etat et moins d’impôts, plus de liberté et plus de sécurité professionnelles : le beurre et l’argent du beurre ? », commente un article d’Alternative économique intitulé « Ce que veulent les français » (avril 2007).

Pessimisme et radicalité

Mais c’est dans la perception plus subjective de l’évolution globale de la société et, en contre point, de sa situation personnelle que le paradoxe français atteint son point maximal. Toutes les enquêtes d’opinion le confirment, nos compatriotes sont le peuple le plus pessimiste en Europe et dans l’ensemble de la zone OCDE.

Nous avons déjà vus la défiance massive à l’égard du monde politique. Elle va de pair avec un profond pessimisme économique. L’enquête TNS Sofres 2011, parmi bien d’autres, révèle un sentiment lancinant de pauvreté ou de crainte de chute sociale : 52% des personnes interrogées  déclarent « qu’elles s’en sortent difficilement avec les revenus du ménages » et 55% « qu’il y a un risque de se retrouver au chômage pour soi-même ou quelqu’un du foyer ». Réactions conjoncturelles face aux effets de la crise ? Pas seulement, puisque, sur une question tournée vers l’avenir, 73% pensent que « les jeunes d’aujourd’hui auront  moins de chance de réussir que leur leurs parents dans la société française de demain » : 81% des ouvriers partagent ce sentiment, mais aussi 67% des cadres supérieurs et des professions libérales. Un constat qui, en passant, relativise sérieusement le cliché facile qui veut que le vote ouvrier Front National soit avant tout un vote des perdants de la mondialisation. Les classes moyennes, elles aussi, connaissent l’angoisse de l’avenir et la crainte individuelle de perdre son statut social, soi-même, ou plus encore, ses enfants. 

Ce pessimisme se traduit logiquement dans les opinions politiques, puisque la France est le pays au monde qui voit le plus grand nombre de personnes qui demande un autre système que celui du capitalisme de libre échange ; soit 43% contre, par exemple,  29% en Italie, 19% en Grande- Bretagne, 11% aux Etats-Unis et 9% en Allemagne (enquête du BBC World Service réalisée  en novembre 2009) dans 27 pays). La crise amplifie une tendance déjà largement ancrée dans l’opinion. Selon une étude du Credoc, en 2007, 36% des français souhaitaient un changement radical  de la société, à comparer à un pourcentage de 20 à 25% dans les années 80.

«  La crise a ouvert un nouvel espace non négligeable de contestation radicale du système en place », écrit ainsi le politologue Pascal Perrineau dans un commentaire tiré de « L’état de l’opinion 2011 ». Cette contestation est même majoritaire, note-t-il,  chez ceux qui  font confiance à la gauche pour gouverner (59%), ainsi que chez les sympathisants qui se situent très à droite (59%). Un constat que peut se révéler lourd de conséquences à l’avenir.

Ce pessimisme global ne se retrouve pas dans la perception que nos concitoyens  ont personnellement d’eux-mêmes. 91% des français considèrent qu’ils sont « assez ou très heureux ». Statistique étonnante pour un pays qui, outre son pessimisme  sur l’avenir collectif, consomme le plus de psychotropes au monde et qui se situe dans le peloton de tête des suicides, de l’alcoolisme et de la dépression. Ce sentiment de bonheur affiché s’enracine dans une perception positive de sa propre vie : 71% des français ont une image très positive d’eux-mêmes, 70% considèrent que leur vie correspond à leurs attentes et, plus surprenant, 67% sont toujours optimistes quant à leur avenir.  Ce dernier chiffre doit cependant être fortement relativisé, car il se révèle très instable. En janvier 2012 un sondage Ifop faisait ressortir que 65% des français se disaient pessimistes pour leur avenir personnel, alors que, en septembre2011, 52% s’affichaient optimistes !

Des français heureux ?

Quoiqu’il en soit de la volatilité de l’indicateur de confiance en l’avenir, il n’en reste pas moins vrai que  le français se vit comme un homme heureux et ouvert et le sentiment de défiance que certains auteurs analysent comme une caractéristique marquante de la vie sociale hexagonale, n’apparait pas dans les statistiques. Ces derniers témoignent d’un massif sentiment de confiance dans les relations interpersonnelles (la famille, les amis, les relations, les voisins), mais aussi sur le terrain de la relation professionnelle, en dépit de la multiplication des syndromes sur la souffrance au travail. Ainsi 84% des personnes estiment «qu’elles disposent d’une large autonomie, 90% «  qu’on leu délègue fréquemment des tâches de responsabilité, ou encore que « leur travail est bien considéré par les gens ».

Cet optimisme personnel  très majoritaire qui ne correspond pas au premier abord à l’image de malaise et  de crise très largement exprimée par les français  pose problème, et l’on peut regretter que les spécialistes de l’opinion publique ne creusent pas plus ce sujet  paradoxal pour en comprendre les mécanismes les plus profonds.   

Si nos compatriotes jugent si positivement leur vie personnelle, pourquoi rejettent-ils si massivement leurs dirigeants politiques ? D’où vient la frustration ? Pourquoi un tel poids cumulé de l’abstentionnisme et du vote contestataire si les français ressentent une telle confiance dans leurs institutions et leur environnement humain ? De même, quand ils affirment être à 85% se sentir en sécurité (sondage Credoc 2006), ne contredisent-ils pas leur propre vécu quotidien de plus en plus marqué par des préoccupations  sécuritaires ? Quelle est la portée réelle de la réponse quand les gens répugnent à renvoyer d’eux-mêmes une image négative, voire condamnable par le jugement dominant intériorisé ? On peut aussi imaginer que les contradictions apparentes renvoient en fait à des réalités différentes, vécues comme cohérentes par les sondés et que le réductionnisme des questions ne distingue pas. Cette dernière hypothèse est particulièrement sensible dans les enquêtes censées évaluer le « racisme » des français.

Inquiétude sur  l’islam

Nous disposons sur ce thème de nombreuses séries statistiques sur plusieurs décennies. La cohérence des positions de nos concitoyens est forte. Les contradictions apparentes qui émergent peuvent trouver des explications cohérentes si l’on élargit les questions vers une vision plus globale que leur logique première.

Un premier point fondamental, tout d’abord. Les études d’opinion , sur quatre décennies, n’ont jamais permis de justifier le discours politico médiatique sur l’inexorable montée du racisme dans notre pays. Les statistiques disent même le contraire. La mise en accusation collective (la stigmatisation pour reprendre un mot à la mode) du peuple français sur sa prétendue xénophobie qu’il faudrait sans cesse combattre grâce à une action vigilante des « autorités morales »,  n’est qu’une imposture. La grande majorité des français professent sur l’immigration une opinion stable qui ne relève en rien d’un quelconque extrémisme. Globalement 7 français sur 10 veulent contrôler, limiter ou empêcher  l’entrée de nouveaux immigrés en France et lutter contre l’immigration clandestine. Ils manifestent également une crainte face à  la présence grandissante de l’Islam dans notre pays, à plus de 60%. Un sondage de Paris Match en décembre 2011 faisait même  ressortir que 76% des français considéraient que l’Islam progressait trop en France !  Mais, en dépit de leurs craintes sur les résistances identitaires de certaines populations et de la compatibilité de ces affirmations identitaires avec l’identité française traditionnelle, nos compatriotes souhaitent également intégrer le plus possible les immigrés qui s’y trouvent régulièrement. 

Enfin, sur la question européenne, les français ont une opinion que la crise a rendu plutôt sceptique, voir négative, puisque 54% d’entre eux, seulement, jugent  positif le rôle de la construction, contre 43% négatif (sondage TNS P&S, mars 2012). Mais cette distance à l’égard de Bruxelles ne s’inscrit pas dans  pas une ligne d’opposition droite/gauche, elle traverse également les deux familles politiques. Autre paradoxe national, si les français jugent  négativement l’euro, 59% estiment  que ses effets n’ont pas été positifs (Opinion Way, mars 2012), ils sont toutefois à 80% opposés à l’abandon de la monnaie unique.

Vers la fin de la bipolarisation ?

Tel que présenté par les études d’opinion que nous venons de  résumer, le paysage politique français pourrait facilement être majoritairement qualifié de centriste, si la centre était le point de rencontre entre des aspirations traditionnellement  qualifiées plutôt de gauche (égalitarisme, protection sociale de l’Etat, redistribution, libéralisme des mœurs…) et d’autres jugées plutôt de droite (sécurité, souci identitaire et défiance à l’égard de l’islam, attachement à l’entreprise privée, allégement  de la fiscalité…) Une synthèse qu’aucune  des forces centristes, évoluant  entre sociale libéralisme conservateur et sociale –démocratie, n’a pu réaliser. Mais surtout, la bipolarisation du jeu politique français, bétonné par un système électoral qui marginalise  les forces secondaires, brouille les cartes et empêche, jusque-là, toute recomposition de l’échiquier politique par les centres.

 Pour que cette recomposition se fasse il faudrait qu’au moins une des deux forces  dominantes se brise pour libérer enfin les forces centrifuges de part et d’autre de l’échiquier politique. L’élection de 2012 peut-elle être le moment historique de ce basculement ?

Incontestablement, le paysage se fragmente, avec un Mélenchon qui regroupe  les forces éparses de la gauche radicale et une Marine Le Pen qui maintient à un niveau élevé (probablement autour des 20%) l’héritage de la droite populiste (populaire ?) que son père lui a légué.  Cette fragmentation est une première étape importante sur la voie d’une recomposition de la scène politique nationale qui devrait, en s’ajustant à la réalité socio-politique du pays, se structurer en 4 familles « naturelles » : les deux évoquées plus haut, plus  une  au centre droit et une au centre gauche. On retrouverait là les équilibres de 1981, beaucoup plus proches de la réalité française. Le premier tour de l’élection présidentielle  de 1981 avait  clairement fait émerger quatre  forces significatives : derrière les deux leaders, Giscard à 28, 3% et Mitterrand (25,8%), Jacques Chirac frôlait les 20% et  Georges Marchais les 15%.

Trente plus tard nous retrouvons donc peu ou prou les mêmes familles plus ou moins  recomposées. Jacques Chirac portait alors les espoirs d’une droite populaire (populiste ?) néo gaulliste et Georges Marchais représentait une gauche communiste qui se retrouve aujourd’hui  dans les postures idéologiques de Mélenchon. Giscard incarnait un centre largement campé à droite et Mitterrand une gauche socialiste idéologiquement  majoritairement marxisée mais « antistalinienne », c’est-à-dire, dans  la forme, attachée au pluralisme des démocraties bourgeoises.

Un glissement à droite

Si l’on regarde de plus près la structure de ces grands courants politiques, le plus frappant, outre la permanence de ce cadre quadripartite, est le glissement de leurs composantes respectives vers la droite. Mitterrand disait déjà que la France était « majoritairement à droite », ce qui est  marquant, 30 ans après son arrivée au pouvoir, c’est bien  le constant glissement vers la droite des familles politiques. L’extrême gauche communiste et trotskyste des années 70/80, se retrouve aujourd’hui dans le sillage de Mélenchon, composé d’un ensemble disparate qui comprend les communistes proprement dit (très minoritaires), la gauche du PS, le gros de l’électorat écolo en mal de candidat, les courants altermondialistes et une part de l’électorat traditionnellement dit « d’extrême gauche » ( soit les groupuscules trotskystes) , lui aussi orphelin de candidats emblématiques. Bref, la tendance dure de la gauche radicale s’est diluée au profit d’une gauche moins « Grand soir » et ouvriériste et plus sociétale, avec notamment une forte composante immigrationniste et anti FN.

Quant à la gauche socialiste qui s’est fédérée derrière le candidat Hollande, elle porte dans son héritage tous les ralliements du PS  des années 80/90  à l’ordre économique du capitalisme mondial (elle a notamment libéré les marchés financiers et ratifié tous les traités de libre échange) et à l’idéologie libérale de l’Europe de Bruxelles. Ses surenchères dans le progressisme sociétal ne peuvent   effacer le recentrage massif de ce qui lui tient encore lieu de  doctrine politique. Mieux encore, si l’on oublie l’appareil politique lui-même, son électorat, comme les sondages précédemment cités le montrent, n’est pas si éloigné dans ses prises de position de l’électorat de  la droite dite « classique ».

La famille de droite a elle aussi connu ce glissement vers la droite. La droite populaire et cocardière qui formait les gros bataillons du RPR se retrouve aujourd’hui  largement dans  l’électorat du Front National, tandis que les candidats de la droite de gouvernement sont toujours plus obligés de pratiquer un grand écart hasardeux  pour aller, à la fois, chercher les voix du centre  et de « l’extrême droite » pour avoir une chance d’être élus au deuxième tour.

Bref, si les contours du cadre général sont restés les mêmes avec quatre grands ensembles politiques, chaque composantes de ces ensemble a connu un glissement d’un cran vers sa droite. Le seul vrai bouleversement des trente dernières années est le passage massif de l’électorat ouvrier communiste vers le Front National, en court-circuitant  les cases intermédiaires. Il souligne une puissante poussée à droite de l’électorat populaire.

Notre démonstration nous conduit ainsi au cœur du paradoxe politique français, précédemment évoqué, plus la France se « droitise », plus la gauche gagne les élections et domine le pays. Paradoxe absurde qui répond à la structuration du surmoi politique nationale qui interdit les alliances entre la droite « classique », on pourrait presque l’appeler  « droite bourgeoise », et la droite radicale ou «populaire », qui, pour l’essentiel, recycle l’héritage du gaullisme, en dépassant la fracture algérienne et celle de la collaboration  qui ont longtemps déchiré  la droite et ne signifient plus grand-chose aujourd’hui pour les  nouvelles générations.  

Autre paradoxe à relever, seul le centre,  traditionnellement classé à droite, ne se déporte pas d’un cran vers la droite, car il se régénère par l’apport régulier d’un électorat de gauche modéré  qui délaisse un PS incapable de trancher entre son héritage marxiste et social-démocrate et qui, à chaque élection, rejoue la comédie de l’union des gauches dans une parodie d’affrontement droite/gauche. La droite « classique », dans la  supercherie de la bipolarisation, joue elle  un jeu encore  plus  tordu  en racolant les voix de « l’extrême droite », tout en préparant ses alliances au centre gauche.

Jusqu’où cette construction politique à la fois figée, malsaine et dépassé peut-elle tenir ?  Elle arrive probablement à terme car il est difficile d’imaginer que la défaite de l’une des deux  familles dominantes (UMP et PS)  n’entraine pas désormais une remise en  cause du système majoritaire. Une nouvelle défaite présidentielle  de la gauche placerait le PS en situation de tension extrême face au  Front de gauche et devrait provoquer la fracture depuis si longtemps  repoussée entre la  gauche mythologiquement révolutionnaire et  la gauche réformiste ou sociale-démocrate. De l’autre côté, si la droite perdait ces élections, les forces centrifuges devraient « naturellement » séparées les courants de la droite qui se qualifie de « populaire » de ceux qui pourraient, sans problème, rejoindre une gauche recentrée sur un projet social-démocrate et européiste. Les uns et les autres, très probablement, seront conduits à se compter.

Si cet éclatement des deux  forces dominantes se produit- et il suffirait à notre avis, qu’une seul d’entre elle se fractionne pour que l’autre soit dans la foulée poussée à se recomposer également face à la possibilité offerte de nouvelles alliances vers les centres- la question  se pose alors de savoir si la recomposition  de la vie politique nationale se fera à partir d’un bloc de droite reconstruit sur sa droite (en clair par un rapprochement avec le Front National), ou bien à partir d’un centre gauche recomposé sur la base  d’un PS recentré qui recouvre l’ensemble des centres repoussé sur la gauche par la droitisation de la droite ? Autre question subsidiaire,  qui satellisera qui ?  A droite, le Front National la droite « populaire », ou l’inverse, et à gauche  le  PS  les centres, ou le contraire ?

Difficile à dire en l’état, mais quel que soit le scénario gagnant, il traduira de fait un déplacement sur la droite de la vie politique française. Le PS recentré, mené par une personnalité habile (Hollande ?), pourrait éventuellement s’imposer comme une force majoritaire dans l’hypothèse  d’une recomposition par le centre gauche, en marginalisant la gauche extrême. Nous  retrouvons le scénario Strauss-Kahnien évoqué plus haut.   Mais, de fait, il enterrerait  l’héritage Mitterrandien et plus de quarante ans d’une construction politique fondée sur l’union  mythique de toutes les gauches. La rupture électorale entérinerait alors une fracture idéologique qui  hante la famille de gauche depuis la fin de l’ère Mitterrand, qui  attend en vain son Tony Blair.  

De l’autre côté la droite affaiblit par son long bras de fer avec le Front National, devrait logiquement  difficilement échapper à la satellisation de son aile droite  par le Front National qui apparaitrait face à la défaite et ses suites, comme l’élément vainqueur, le point de référence d’un discours de droite musclé et  constant. Un scénario qui repousserait naturellement une part importante du centre droit à trouver sa survie politique dans un rapprochement vers une gauche recentrée. Un mouvement de côté vers la gauche où Borloo et Bayrou devraient se retrouver en concurrence.

Qui occupera la position centrale sur l’échiquier politique ?

L’axe majeur du combat politique ne se situerait plus alors dans un affrontement largement factice entre le PS et l’UMP,  mais entre une gauche reconstruite à partir d’un PS recentré, ou d’un centre élargit à une gauche recentrée, et une droite radicalisée refondée à partir d’un Front National élargit. On peut logiquement supposer que Marine Le Pen a la volonté et la capacité politique à conduire ce scénario de désenclavement du Front National.   L’hypothèse inverse d’une satellisation du Front National par une droite UMP radicalisée parait peu probable.  L’UMP  apparait aujourd’hui bien  fragile face à sa diversité idéologique pour mener une telle opération dans une situation de crise engendrée par une défaite, alors que dans ces temps de domination écrasante  elle n’a jamais  voulu ni su  trouver son Mitterrand  pour briser le tabou du cordon sanitaire et sceller des alliances ponctuelles, sur le mode de «l’Union de la droite », pour au moins gagner les batailles électorales.

Face au scénario que nous venons de décrire d’une recomposition du paysage politique par les centres sous la poussée des « extrêmes », la question se pose alors de savoir qui aurait le plus de chance de devenir la force dominante, susceptible de  jouer le rôle de pivot de cette nouvelle donne ?

Difficile à dire, mais quelques constats s’imposent. La gauche radicale avec un potentiel maximal de 15% n’aurait plus vraiment  de marges de manœuvre politique.  Elle se  retrouverait en partie dans la situation du Front National sur les trois dernières décennies, écartée des responsabilités par le jeu des alliances électorales. Une dose de proportionnelle à venir, des frontières politiques moins hermétiques avec ses voisins de gauche et, surtout, de puissants relais dans la société civile (syndicats, associations, medias..), lui permettront toutefois de peser sur le débat public.

L’affrontement politique majoritaire devrait logiquement se polariser  entre une gauche recentrée élargit jusqu’au centre droit et une droite radicalisée portée par le Front National, chacun des deux blocs pouvant regrouper entre 30 et 40% de l’électorat. Autrement dit, la recomposition se  fera- t-elle par les centres sur un tropisme de gauche, avec un large bloc centrale qui, de part et d’autre, marginaliserait les « extrêmes » ? Ou bien se fera-telle à partir des droites, avec un bloc « droitiste » puissant (jusqu’à 40% ?), qui  s’opposerait alors prioritairement  à un bloc des centres poussé vers la gauche, sur la base  d’une bipolarisation recomposée sur des fondements idéologiques plus conformes à la sociologie politique du pays. La gauche radicale continuant d’exister comme une force de contestation sociale et sociétale éloignée  du pouvoir.

En tout état de cause, les quatre familles idéologiques clé de la vie politique française que nous avons précédemment identifiées, devront  se recomposer en trois forces opérationnelles par la jonction des centres gauche et droit, si ces deux forces veulent exister pour construire une famille néo sociale-démocrate capable d’ambitionner le pouvoir. L’avenir du centre aujourd’hui est à gauche, comme il l’a été à droite ces dernières décennies. Le jeu compliqué de Bayrou pour s’ouvrir à gauche sans perdre pour autant son électorat traditionnel de centre droit, parfois très conservateur sur les questions de société, illustre bien cette attraction nouvelle  du centre vers la gauche. Le président du Modem a compris, dès 2007, que ces marges de manœuvre se trouvaient prioritairement sur sa gauche.                

La nation et l’identité, un nouveau clivage pour une nouvelle donne politique

Pour autant, si, pour conclure, nous nous replaçons dans la logique d’une droitisation de la société  française que nous avons mise en exergue tout au long de notre exposé, il est logique de penser que la recomposition  politique à venir (si elle se confirmait ?), devrait se faire sur la base d’un puissant bloc des droites.  Plusieurs raisons pousseraient à cette conclusion. L’enjeu économique tout d’abord. La sous-évaluation  des effets  de la crise et la  prise en compte  insuffisante de ses mécanismes dans le programme du candidat socialiste conduiront inéluctablement à une convulsion rapide et, dans la foulée, à une politique d’austérité qui frappera les couches les plus modestes et les classes moyennes. La gauche par la force des choses conduira une politique économique contraire à ses engagements et s’aliénera alors une part importante de ses soutiens populaires. L’histoire ne se  répète jamais à l’identique, mais les échecs, puis les reniements de la gauche au début des années 80, avaient regonflé la droite et permis l’émergence du Front National. Comment s’exprimerait aujourd’hui ce sentiment latent de contestation et de radicalité que les  études d’opinion font cohabiter avec la vision légaliste, apaisée et consensuelle  des français ?

A qui profiteront prioritairement le désamour, voire la  révolte du peuple, à une droite remusclée, ou à une gauche radicale  conduite  par un Mélenchon euphorique ? Ce dernier ne se voit-il pas  «  au pouvoir avant 10ans »,  comme il vient de l’affirmer à son dernier grand meeting de campagne à Marseille. Certes, le Front de Gauche pourra rejouer la pantomime de la révolution sociale en agitant les mannes de la Révolution, de la Commune ou du Front populaire,  mais elle ne rassemblera pas les français sur un projet révolutionnaire  et on l’imagine mal prendre le pouvoir par la force. Le mythe révolutionnaire est mort, et la France est, comme tous les pays développés, un pays de classes moyennes qui aspirent au bien-être et à la sécurité. Mais aussi, Mélenchon, et les dirigeants de la gauche radicale et ceux de l’ensemble des gauches avec lui, est l’apôtre d’une  France ouverte à l’immigration, une France sans frontière, vouée «à la gloire du métissage et au bonheur d’être mélangés », comme il l’a  emphatiquement proclamé à Marseille. Il bute là  sur un déni du réel qui le coupe irrémédiablement de la majorité des classes populaires. Ce déni, plus que les finasseries de Mitterrand, ont couté la perte de son électorat ouvrier au PC, et, couté également cher au NPA de Besancenot, le jour où, dans une élection locale, il a exhibé une candidate voilée. 

Grand oubliée  de la campagne électorale, la question de l’immigration et de l’identité de la France hante la conscience nationale comme un chancre que la dévore de l’intérieur. Interdite du débat public par l’idéologie qui anime les castes dirigeantes qui dominent le pays, et au-delà l’Europe, elle agit comme une force négative. Les rapports de force actuels ne  permettent pas (pas encore ?) de fédérer sur ces thèmes de vastes courants d’opinion susceptibles de bouleverser les équilibres politiques, mais le refoulement de cette question affaiblit les forces politiques qui nient  sa  dimension dramatique  ou, comme Mélenchon, la magnifie comme une chance historique : créer enfin la République universelle des droits de l’Homme et de l’égalité sociale ! Cet ersatz d’utopie, censée remplacer celle du Grand soir, peut encore exercer une grande violence morale qui effraie, mais ne peut servir de projet politique fédérateur. Elle limite irrémédiablement la capacité de conquête politique de la gauche qui triomphe d’abord des faiblesses de la droite à assumer les problématiques sécuritaires et identitaires.  

Or, la recomposition des forces politiques sur les schémas que nous avons analysés devraient permettre à une droite regonflée et plus compact de placer enfin ces questions au centre du débat public pour affronter une gauche fragmentée. Plus exactement même, la question de l’identité nationale, c’est-à-dire celle de la nation, de sa nature et de son avenir, devrai s’imposer comme la pierre angulaire d’un nouveau clivage politique qui dépasserait le vieux clivage gauche/droite.  

Mais encore faut-il pour que cette recomposition ait lieu,  que les personnalités concernées soient à la hauteur des enjeux historiques ! La droite traditionnelle trouvera-t-elle la ou les figures qui lui feront franchir le Rubicond du politiquement correct pour réaliser, enfin, cette alliance de toutes les droites qui devraient sociologiquement gouverner le pays depuis plus de 20 ans, au risque sinon de se perdre définitivement ? Sera-t-elle capable de mener à bien une synthèse des dimensions nationales, !européennes,  sociales et populaires, sur le modèle gaullien ? Rien n’est encore joué, mais Nietzsche n’affirmait-il pas que « l’histoire toujours finie par accoucher  de ce qu’elle porte dans ses flancs !»

Didier Beauregard




Le peuple est seul, vive le peuple !

Le peuple de France est seul. Telle est la grande leçon de l’ actualité des derniers mois. Laché par ses élites dirigeantes depuis plusieurs décennies, il est désormais placé sous la tutelle « morale » d’autorités internationales qui se chargent de lui dicter sa conduite. Commission européenne,ONU, autorités religieuses, gouvernements étrangers, responsables politiques américains, commentateurs de l’actualité; tout ce beau monde pendant des semaines a sermonné la France sur le dossier de l’expulsion des roms et la montée du rejet des populations issues de l’immigration. Une offensive massive et concertée qui vise à faire comprendre au peuple français qu’il n’est plus libre de choisir qui appartient ou non à sa communauté et qu’il n’est donc plus maître de son destin. Le nouvel ordre mondialisé impose son implacable rigueur aux peuples européens. Il est d’évidence plus facile à ses donneurs de leçons de tancer les Français, les Hollandais ou les Danois que d’éxiger du monde musulman qu’il instaure la liberté religieuse ou d’obliger la Chine à respecter la culture tibétaine et son territoire.

La  » bête immonde »: le retour?

La lecture de la presse internationale est édifiante, avec une floraison d’articles qui agitent le spectre du retour du fascisme sur le vieux continent.  » Intolérante Europe », titre un éditorial du Wall-Street Journal écrit par un certain James Kirchick qui déclare  » qu’à travers la controverse sur la mosquée de Ground Zero la grande majorité des américains témoigne de son respect des opinions contraires et que c’est du côté de l’ Europe, une fois de plus ,qu’il faut craindre les pulsions les plus sombres ». Utilisant une technique d’amalgame particuliairement vicieuse, le journaliste américain affirme que ce rejet ne touche pas seulement les musulmans mais aussi les juifs , » pratiquement exterminés sur le continent 60 ans auparavant ». Pour étayer ce scandaleux rapprochement, l’auteur cite un recent sondage du Pew Global Attitudes qui souligne, notamment, que 20% des Français disent avoir une opinion  » plus ou moins négative des juifs », sans préciser pour autant que ce chiffre est pratiquement stable depuis 40 ans avec une tendance à la baisse. 25% aurait répondu la même chose une vingtaine d’année en arrière.
Le New York Times publie pour sa part l’article d’un journaliste autrichien, Erhad Stackl, qui s’alarme de la montée de  » l’extrême droite » en Europe. Commentant le livre de Thilo Sarrazin sur l’impact négatif de l’Immigration musulmane sur la société allemande, le journaliste écrit « Tout comme les Suédois, les Danois et les Néerlandais ont jeté leur réputation de tolérance aux orties, on peut s’attendre à ce que les Allemands suivent un jour cette tendance. Les digues dressées par la mémoire des crimes du national-socialisme ne retiendront pas éternellement les flots de la xénophobie. A l’époque, comme aujourd’hui, les arguments rationnels avaient été évacués du champ politique au profit de l »émotion à tous crins ».
Outre le sempiternel et odieux rapprochement avec le nazisme, tous ces textes et déclarations ont un point en commun qu’il faut absolument relever: ils parlent toujours du point de vue du non européen considéré d’évidence comme une victime détentrice d’un droit moral sur l’Europe, sans que jamais le point de vue des peuples ne soit pris en compte. L’homme européen, dépossédait de son histoire, n’est plus qu’une variable d’ajustement aux besoins des autres peuples. L’Européen n’existe pas non plus en tant qu’individu doté d’une capacité de raison, d’observation et d’analyse. Il n’est qu’une masse indifférenciée traversée de pulsions obscures. Ses arguments ne sont jamais présentés, ou, s’ ils le sont , ils sont forcemment irrationnels, primaires et vulgaires. Il ne sont pas soumis à une confrontation éclairée au réel. Après tout, au lieu de considérer d’emblée que les peuples du Nord de l’Europe « trahissent » leur  » réputation » de tolérance , on peut aussi se demander si ce n’est pas leur tolérance avérée ( ce n’est pas qu’une réputation, ils l’ont largement prouvé) qui aujourd’hui les pousse a réagir plus fermement que d’autres à ce qu’ils considèrent comme une atteinte grave à leur culte de la tolérance.
Pour s’en tenir à un seul exemple, il est somme toute logique que plus l’exigence d’égalité entre les sexes est forte, plus le rejet de la cuture de ségrégation des sexes véhiculée par le monde musulman soit puissant. Mais ce n’est pas la logique la plus évidente qui s’impose comme thèse dominante. Ce n’est même jamais sous l’angle de la raison rationnelle que les choses sont abordées par la pensée « correcte »; mettre des faits en perspectives et les confronter, c’est prendre le risque de mettre en exergue la force des arguments de l’autre. Plus un débat est noyé sous les incantations moralisantes, plus la raison de ceux qui les utilisent est faible. C’est désormais une loi quasi mathématique du débat publique.
A ce propos, le Pape a perdu une occasion de se taire, en invitant la France , par l’interpellation de son gouvernement, à « acceuillir la richesse de la diversité humaine ». Un pays qui en quelques décennies a connu un tel bouleversement de la composition de sa population sans avoir subi de conquête par les armes, est un fait historiquement sans équivalent. En terme de diversité, les Français n’ont à recevoir de leçon d’absolument personne. Pour être tout a fait juste, il faut cependant souligner que le Pape, peu après, a rappelé que les nations avaient le droit de « réglementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières  » . Il ajoutait même, les immigrés doivent « respecter les lois et l’identité nationales des pays d’accueil ».

Une surveillance globalisée

Les silences complices des élites et le poids des instances « morales » mondialisées donnent une nouvelle dimension au débat politique qui agite l’Europe et le monde occidental probablement. Les peuples sont sous surveillance globalisée. Un article de l’International Herald Tribune écrit par l’éditorialiste James Carroll , sous le titre  » La montée de la xénophobie » , dans le même esprit que l’article précédemment cité du Wall-Street Journal, évoque le parallèlle entre la montée des mouvements populistes aux Etats-Unis et en Europe, pour la dénoncer bien évidemment.  » Une hostilité générale à l’égard des immigrés des deux côtés de l’Atlantique est entrain d’ébranler les fondations de la démocratie libérale », note le journaliste. Mais, ce dernier, comme l’auteur du WSJ, pose une différence de fonds entre les deux continents. D’un côté, « le mécanisme caché du bouc émissaire peut devenir incontrolable, comme l’a démontré l’Allemagne dans le passé » alors que d’un autre côté,  » si l’on peut créditer les Etat-Unis d’un triomphe durable, c’est celui d’avoir toujours su surmonter ces pulsions obscures » « L’idéal américain, conclut-il, est à nouveau menacé, et une fois encore, le monde est suspendu à l’affirmation de sa raison d’être ».
Une question se pose alors indubitablement face aux propos préapocalyptiques des éditorialistes qui portent la parole morale de l’idéologie libérale mondialisée dans les organes de presse qui l’incarnent au premier chef: si le mal qu’ils dénoncent- le sursaut identitaire des peuples européens face à l’immigration musulmane d’abord et avant tout- est bien un mal absolu ( tout renvoi au nazisme ne peut que pointer un mal absolu), n’est-il pas alors légitime de lui opposer des armes de rétorsion absolue? Emergence étrange d’un nouvel « axe du mal » où une Amérique pure et dure se donnerait une nouvelle mission morale pour ramener la vieille Europe à la raison du  » nouvel ordre mondial », comme de vulgaires Saddam Hussein, Ahmadinejab ou Kim il Sung!
La réalité bien sûr est plus complexe, et le phénomène des tea parties qui rabat les cartes de la politique américaine montre bien que ce qui travaille l’Europe, travaille aussi l’Amérique. Si l’on oublie un instant le côté conservateur et religieux des tea parties qui différencie foncièrement la culture politique américaine de la culture politique européenne (et qui peut légitimement géner des esprits attachés à la laïcité), il n’en reste pas moins vrai que ce phénomène est riche d’enseignements pour les opinions publiques européennes qui regardent l’Amérique comme une terre d’ innovation d’où émergent les forces de l’avenir. La leçon est claire: dans le cadre d’une nouvelle société interconnectée, les peuples en se mobilisant à partir des forces de la société civile, peuvent mettre en échec les stratégies des élites dirigeantes. A chacun d’inventer ses nouveaux modes d’action dans son monde propre, mais la bréche est ouverte par la force de l’exemple.

Pour en finir avec l’invisibilité du peuple

es peuples d’Europe sont seuls , mais ils ne sont pas démunis. Tout dépend d’eux désormais. Outre l’éléction, de nouveaux moyens de communication et d’action peuvent leur permettre, sans violences illégales, de se réapproprier leur destin. Cet enjeu politique, bien plus que la fantasmatique rénovation de la gauche, la pseudo « rupture » des droites ou les voies sans issue du centre, devrait structurer le débat sociétal des années à venir. Les temps changent et le sentiment de grande vulnérabilité qui étreint depuis plus de deux décennies les classes populaires, dans l’indifférence générale des élites dirigeantes, touche désormais les classes moyennes.
Il faut lire à ce propos l’exellent ouvrage du sociogéographe Christophe Guilluy sur les « Fractures françaises » (François Bourin Editeur). Ce livre montre, de manière décisive, comment une forme sournoise d’apartheid sociale a relégué les couches populaires françaises dans les territoires les plus éloignés des métropoles, et donc les moins développés économiquement, augmentant du même coup leur précarité. Un processus qui s’est construit sur deux phénomènes convergents: l’éviction économique des grandes villes par les nouvelles classes bourgeoises (en gros, les fameux bobos) , et l’éviction sécuritaire des banlieues proches au contact difficile de nouvelles populations. (Les élites dirigeantes qui se protégent de ce contact, expliquant au peuple, trop bête pour comprendre, la chance extraordinaire qu’il avait enfin de vivre dans la « diversité »!). « Mondialisation libérale et muticulturalisme, ces thématiques majeures font l’objet d’un consensus politique et ne sont donc pas ou peu intérrogées, écrit Christophe Guilly. Il faut dire que les principales victimes de la mondialisation et les pratiquants ( contrairement aux croyants) de la société multiculturelle ont disparu depuis au moins trois décennies des écrans radars des politiques et des medias. Cette invisibilité des couches populaires permet ainsi de promouvoir une société apaisée où le conflit n’a pas plus sa place…Ce déni de tout antagonisme social fait écho à l’absence de débat sur l’émergence d’une société dite multiculturelle… L’invisibilté culturelle des catégories populaires met ainsi à l’abri le politique de la violence sociale et culturelle qu’elles subissent de plus en plus da ns la réalité ». On ne peut mieux dire!
C’est cette invisibilité qu’il faut briser. Cette  » Drukérisation » de la société qui ,sur la base d’une grande connivence entre gens bien installés, impose une vision lisse, aseptisée et complaisante du monde (à l’exception du crime impardonnable qu’est le racisme! – celui des petits blancs, bien sûr).
Toute action qui met en exergue ce que le système occulte revêt désormais une force subversive singulière. Les images des rues bloquées par les prières publiques, les bandes éthniques ratonnant les blancs à la techno parade, les appels à la guerre sainte, sans riposte de la force publique, dans les rues d’une ville de province ordinaire, les drapeaux français brulés à l’issue d’un match de foot, l’exclusion grandissante des classes populaires blanches du logement social , l’éthnicisation galopante de territoires entiers, camouflée sous le vocable social de « quartiers populaires » …etc, tout ce que les grands médias dissimulent et que la classe politique tait, forme désormais le substrat d’une contre culture du net qui peu à peu devrait finir par ébranler le monolythisme du système et ses représentations lénifiantes.
Outre l’action des sites comme Riposte Laïque qui ont le courage de montrer ces réalités cachées, les citoyens doivent apprendre à se mobiliser pour lancer des campagnes de « harcelement citoyen » auprès des pouvoirs publiques ou des medias coupables de désinformation patente ou de décisions, ou de non décisons, qui trahissent l’esprit de la République. Les mouvements populaires aux Etats-Unis ont à cet égard beaucoup à nous apprendre sur l’art du lobbying et de l’action de masse. Notons à ce propos, que les apéros pinard saucisson représenteront peut être dans les années qui viennent l’équivalent pour la France des tea parties américaines, en terme de rupture politique et d’impact sociétal.

Ouvrir des brèches

Le système globalement contrôle ce qui le conteste en le cantonnant à la marge , avec, si possible, une qualification d’extémisme. Pourtant, des bréches se créent parfois et, une fois ouvertes, ne peuvent plus véritablement se refermer. L’exemple de l’ouvrage de Thilo Sarrazin en est un témoignage frappant. 600000 livres vendus en quelques semaines, et la chancelière allemande Angela Merkel obligée de poser le bilan d’échec de la société muliculturelle après avoir du réaffirmer l’identité chrétienne de l’Allemagne face à un président de la République Christian Wulff, qui crut judicieux de déclarer que l’Islam faisait désormais partie de l’identité allemande. Il faut dire que plus de 60% des allemands se déclaraient d’accord avec l’analyse du directeur de la Banque centrale européenne et que les militants du SPD rejetaient massivement le principe de son exclusion du parti social démocrate. Le coup se révélait particulièrement rude, non seulement il venait du coeur du système, mais de son sommet même, ce qui le rendait pratiquement impossible à occulter aux yeux du peuple. Quand la stratégie d’occultation ne peut fonctionner, la sanction du coupable- Thilo Sarrazin a été contraint de démissioner de ses fonctions à la BCE- apparait presque comme un aveu d’échec car sa pertinence dépend alors du jugement du public. Et clairement, au tribunal de l’opinion publique, Sarrazin a gagné son procés.
Le bilan en terme d’opinion publique de la controverse entre Paris et Bruxelles sur l’expulsion des roms laisse une impression plus mitigée. Les sondages révélent des points de vue relativement contradictoires, mais plutôt défavorables au gouvernement français.Mais les victoires de la Commission européenne ressemblent de plus en plus à des victoires à la Phyrus. En exhibant son pouvoir de coercition alors que sa légitimité institutionnelle est déjà bien faible, elle descend dans l’arêne politique et ne pourra plus éviter d’être à son tour atteinte par le questionnement qui touche les élites dirigeantes nationales. Pourquoi n’avez-vous pas anticipé le problème? pourquoi avez-vous agi comme s’il n’existait pas? Le moins que l’on puisse dire, c’est que la question rom n’avait rien d’imprévisible.
Non, ce n’es pas la  » tentation fasciste » des peuples qui menace aujourd’hui la stabilité de l’Europe. Toutes les études, comme les comportements, prouvent l’attachement farouche de ses populations aux acquis des démocraties ouvertes. Le vieux continent est d’abord menacé par l’incurie de ses dirigeants, bien en déçà de ce que les bouleversements en cours du monde exigeraient. La crise économique et la violence civile et sociale grandissante mettent à mal les trois piliers de l’idéologie dominante des classes supérieures européennes: l’élargissement de l’Union européenne accompagné du triomphe de la monnaie unique, la création d’une société multiculturelle hamonieuse et la mondialisation heureuse. Face à ce constat de plus en plus manifeste, le retournement le plus spectaculaire à venir dans le débat public est celui qui fera porter prioritairement la charge de la responsabilité, et donc de la culpabilité, sur le dos des élites dirigeantes et non plus sur celui du peuple quand ces dernières agissent à l’encontre des attentes populaires. La démocratie n’a vraiment rien à craindre de cette réalité qui s’annonce.
Didier Beauregard