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Samuel Paty est une victime, mais pas un héros

Faute de goût ou faute politique ?

L’hommage national à Samuel Paty est salué comme un acte fort, beaucoup ont été submergés par l’émotion, et le discours présidentiel, malgré des lacunes de forme et de fond, exprima ce que la plupart des citoyens voulaient entendre.

Le lieu était symbolique, la scénographie élaborée, pourtant le son mauvais, l’intervention de croque-morts pour placer et enlever les tréteaux supportant le cercueil entachèrent la solennité voulue et nécessaire. Une fois de plus l’oriflamme de l’Union européenne immigrationniste faisait jeu égal avec la bannière tricolore de la Liberté.

Hommage national, mais pourquoi tant de discrétion sur les représentants de la nation présents ? Fallait-il éviter de montrer que tel ou telle était là ou absent, sans doute pour se conformer aux désidératas d’une famille meurtrie, mais politisée ? Comme si ce n’était pas la nation toute entière qui était dévastée.

L’entrée du cercueil, porté par des militaires, se fit au son d’une chansonnette en anglais, symbole de soumission propre à ne pas engager les jeunes musulmans sur la voie de la francité. Peu importe le sens des paroles, la niaiserie continuant avec la lecture d’un poème, il ne manquait plus que le lâcher de ballons blancs !

Que l’on me comprenne bien ; comme nous tous je suis terrassé par l’indicible violence subie par Samuel Paty, déchiré par le malheur des siens, la douleur de la famille est effroyable, le deuil lourd et immense, l’incompréhension irrémédiable, mais ce sont des affaires privées ; distinctes d’un hommage national. Si cette famille ne voulait consentir à la symbolique étatique, elle pouvait refuser cette cérémonie publique et enterrer son défunt dans l’intimité ; ce qui d’ailleurs à du être fait au sortir de la Sorbonne.

Comme toujours Emmanuel Macron à fait du « en-même temps » un peu enterrement selon les canons du jour –chanson préférée, poème, éloge du copain de classe, etc.-  un peu décorum républicain ; au fond il a joué un rôle dans le registre du pathos, pas mieux.

Samuel Paty est une victime, mais pas un héros ; vouloir l’assigner à cet état nécessiterait que la collectivité ait été réellement engagé contre ceux ou ce qui l’ont assassiné, nous savons que ce n’est pas le cas, le pouvoir politique depuis 40 ans renforce au contraire les ennemis de ce que nous sommes.

Faire de lui un héros involontaire marqueur d’un basculement était une option grave qui aurait marqué notre histoire nationale et dont l’écho aurait dépassé nos frontières. Sa dépouille serait entrée au son d’une marche révolutionnaire, le drapeau tricolore aurait été unique et proche du cercueil, le Président aurait remis la Légion d’honneur sur place, madame Badinter dans sa prise de parole aurait prononcé les mots justes sur la laïcité, Robert Redeker ceux sur le professorat cible de l’islam ; messieurs Sarkozy et Hollande auraient été côte à côte, avec madame Le Pen et madame Obono. Voilà ce qu’aurait été un hommage national véritable et sans tache.

Depuis ce vendredi nous voyons la parole se libérer, c’est un fait, mais déjà les relativistes et les pare-feu s’activent, le bon prof assassiné sera bientôt digéré par le maelström moderniste et la société donnera quelques coups dans l’hydre, en prenant soin de ne pas atteindre la tête immortelle.

Il en sera ainsi jusqu’au jour où un élu récalcitrant tombera victime de la violence islamique ; nous n’attendrons plus longtemps.

Gérard Couvert




Je suis un monstre : je ne vois rien de raciste dans l’affaire Obono

Suis-je fait différemment, suis-je un monstre ?

À l’exception de quelques authentiques racistes, se nourrissant d’une haine prospérant comme un lierre sur leur humanité étouffée, suis-je donc le seul à ne pas comprendre ?

Pour les pleureuses professionnelles, les plaintes de hyènes sont choses courantes, du côté des socialos gnangnan les larmes de crocodile sourdent aisément, les gauchistes ravageurs restent abrutis, bornés, mauvais, soit ; dans la déliquescence des temps, chacune des forces dites progressistes joue son rôle dans l’holocauste de la pensée libre.

Parmi les autres, les politicards politicaillent, les commis de presse se gargarisent de bons sentiments à la sauce « touche pas à ma place » ; là encore rien de nouveau dans la grande mascarade suicidaire.

Mais personne pour relever la tête ? L’assassinat de notre nation, de son impertinence, de sa propension à fouiller l’âme, est-il si avancé ? Unanimité douteuse ; on y sent du frelaté, de l’armoire close sur des choses jaunies, presque une odeur d’animal crevé.

Je vais donc l’écrire : je ne vois rien dans l’image honnie du jour qui soit matière indigne ; a-t-on voulu signifier que madame Obono devait être mise en servitude, que les chaînes étaient son destin ou, peut- être, je ne sais, qu’elle était déjà asservie mentalement par le poids d’une idéologie sans ouverture ? N’y a-t-il pas des milliers d’images d’esclaves entravés – pas tous noirs, et pas tous aux mains d’Occidentaux – la plupart de ces images ne servent-elles pas, dans nos lieux de mémoire, dans nos livres,  d’illustration de faits passés – pas partout – que chacun aujourd’hui réprouve avec un haut-le-cœur ?

Du haut de sa médiocrité habituelle, la donzelle a mal à « sa » République, à « sa » France ; qu’elle se rassure, on s’en moque, ce n’est pas la nôtre, de France ; et si elle avait une once de culture, elle saurait qu’il y a 150 ans, lorsqu’il s’agissait de mettre en place notre République, ou durant les 40 ans de combats qui suivirent pour en assurer la pérennité, ses émois et ses déclarations de pleurnicheuse patentée auraient déclenché un grand rire ; la violence politique, tant verbale que picturale de l’époque, était d’une autre aune, les idées s’entrechoquaient brutalement, le débat pour finir avait un tout autre niveau… le personnel politique aussi, et de fait, sous la Troisième, le plus anonyme des députés pourfendant ou défendant la Gueuze avait une envergure dont l’ombre noire noie madame Obono dans son néant.

« Cette image est une insulte à mes ancêtres, à ma famille, à mon groupe parlementaire, mon mouvement […] mais c’est aussi une insulte, je crois, à la République. » Notons l’ordre, la République ne vient qu’en dernier et comme par obligation conjoncturelle ; bref, ce n’est guère important, ce qui compte en premier ce sont les ancêtres et la famille, c’est-à-dire la tribu, puis le groupe et le mouvement, soit l’appartenance idéologique ; terribles aveux, enfermements contraires à l’universalisme républicain, dont on aurait espéré qu’il soit, ainsi que les principes qu’il porte, au cœur du discours.

La « malheureuse » Obono au Zénith, au concert de l’islamiste Medine, autour des organisateurs de la marche contre l’islamophobie, Taha Bouhafs et Majid Messaouedenne.

Qu’est-ce que vous croyez, Madame, que Jean-Baptiste Belley, Blaise Diagne n’ont jamais existé, ni Kofi Yamgnane, ni 50 autres ? Et je n’évoque que les députés « africains » ; ignorez-vous que la France a été le premier pays occidental à ouvrir son administration et son armée aux « gens de couleur » comme l’on disait alors ? En 1957 il y avait 4 Noirs au gouvernement de la République ; en jouant sans cesse avec un racisme fantasmé, au tropisme américain, vous desservez le pays qui vous accueille et que vous représentez si mal, vous desservez aussi les Africains et même la gauche véritable, votre détestation de Senghor et de sa négritude vous masque votre propre réalité. L’Histoire a emporté le monde colonial – dont vous ignorez beaucoup – dans son souffle, vous le rejetez de votre mémoire, alors je vous pose la question : « que faites-vous en France ? » Votre pays véritable, le Gabon, a besoin de vous.

Gérard Couvert




Retraites : pourquoi je renvoie gouvernement et syndicats dos à dos


À la fin de l’année 2019, je fus à la recherche d’une citation que ma mémoire ne savait ni situer, ni restituer correctement, la croyant de Marc Bloch j’ai relu, en travers je dois l’avouer, le plus célèbre de ses ouvrages ; par un de ces télescopages dont la vie est coutumière, dans le même temps se nouait la situation du conflit sur « les retraites » ;  comment ne pas voir dans les milieux dirigeants comme une redite, comme un germe mauvais, comment ne pas constater avec terreur ces mêmes blocages intellectuels de castes dominantes, entravant, bridant le génie de notre Nation, par un immobilisme réactionnaire, par une défense acharnée de privilèges, qui, s’ils ne furent pas indus, deviennent caducs du fait même de la marche du temps. La sclérose du mouvement syndical, son incapacité à penser le monde d’aujourd’hui est similaire à celle du commandement français de 1940 ; parallèlement le pouvoir actuel retranché derrière ses idées ultra-libérales mène la guerre d’il y a 20 ans ; « Étrange défaite ».
Je vais sans doute décevoir certains qui me font l’honneur de suivre mes propos, mais je crois que la lutte contre la réforme des retraites est un mauvais combat, avec de mauvais meneurs et des discours biais. Que cette réforme soit mal ficelée, trouble parfois, mal expliquée, peut- être pour avancer masqué dans une direction détestable, ne doit pas justifier une opposition brutale et entière. Les pensions de retraites sont à la croisée de données structurelles, démographiques, économiques, sociologiques incontournables, il s’agit donc d’un problème éminemment politique. Cependant vouloir l’aborder uniquement par la confrontation à court terme est une erreur tactique autant qu’une faute stratégique.
Dans ce débat on cherche à opposer les deux modes de financement des pensions, à savoir celui par capitalisation et celui par répartition, or la réforme proposée ne prévoit pas de changement en ce qui concerne la collecte de fonds. Le système « par points » modifie le procédé de calcul des pensions mais pas celui des prélèvements. Qu’il y ait là une intention cachée est effectivement possible, probable même si l’on en juge par ce que l’on sait des attachements de Emmanuel Macron, mais c’est alors cela qu’il faut dénoncer et combattre ; on ne sert jamais une cause en la défendant par des arguments bancals.
Dans le système par capitalisation, chacun accumule de l’argent, lequel est placé, puis, durant la retraite, le pensionné reçoit une part de cet argent en fonction du montant de ses cotisations et de son espérance de vie. C’est un système financier, cynique et égoïste, ainsi le recul de l’âge moyen de vie aux États-Unis est vu comme une bonne nouvelle ; l’opposition du monde financier US à une meilleure santé publique n’a pas d’autre raison.
Pour faciliter la compréhension, dans les exemples suivants le mot « salaire » est compris comme la part de rémunération restant après les prélèvements sociaux sauf ceux concernant les retraites. En simplifiant, imaginons que vous cotisiez de 20 ans à 64 ans, pour ensuite vivre jusqu’à l’âge moyen soit 80 ans. Vous aurez cotisé durant 44 ans pour ensuite bénéficier d’une pension durant 16 ans ; imaginons ensuite que vous ayez eu un salaire moyen (net + cotisations « vieillesse ») durant votre vie laborieuse de 2 400 € et que vous vouliez disposer de 1 200 € durant votre retraite, il vous faudra avoir retranché de votre salaire 436€  par mois, soit à peu près 18,2 % et voir votre salaire net à 1 964 €. Cela paraît soutenable, malgré la perte de revenus de 1 964 € à 1 200 ! Mais le raisonnement ne tient pas compte de l’inflation, qui s’accumule, ainsi en France entre 1975 et  2019 (soit 44 ans) l’érosion monétaire se monte à 425 %, c’est-à-dire que vos premiers « 436 € » de 1975 ont une valeur en 2019 d’environ 100 € !
Il faut donc pour que le système fonctionne que ces premiers  « 436 € » de 1975 génèrent des profits qui, accumulés, compenseront la perte de pouvoir d’achat ; les considérables masses d’argent collectées par les fonds de pensions anglo-saxons n’ont pu produire assez d’intérêts dans le contexte d’une inflation longtemps assez élevée et de l’augmentation de la durée de vie. Pour éviter la faillite et révéler le vice de ce système, il a fallu que ces organismes –privés– sortent des aires économiques qui auraient dû normalement suffire à leur fonctionnement ; c’est cette recherche à tout prix de plus-values extérieures qui a transformé les fonds de pensions américains en prédateurs et, avec la complicité locale de quelques salopards, a ravagé une bonne partie du tissu industriel français. En schématisant, on peut dire que si un gouvernement français digne de ce nom avait interdit la prise de contrôle d’entreprises françaises par les fonds de pensions étrangers, une immense crise aurait secoué les États-Unis et stoppé la mondialisation ; nous avons financé un mauvais système et payé notre asservissement !
Dans le système par répartition, l’inflation est inopérante, et il n’y a pas de soustraction de fonds au profit d’établissements financiers, les cotisations servent immédiatement au paiement des pensions ; il s’agit d’une organisation collective au service des individus, l’actif finance le retraité. Le système fait appel à la notion de solidarité inter-générationnelle et de responsabilité publique et politique ; ce dernier point est fondamental, j’y reviendrai.
Avec les mêmes données temporelles et financières, voyons ce qu’il en est dans le système par répartition. N’abordons pas ici la réalité de salaires différents et des durées de cotisation mais imaginons que les actifs de notre exemple financent des retraités ayant eu le même salaire qu’eux pour des temps de travail équivalents.
Pour pouvoir verser 1 200 € de pension, il faut que 2,7 actifs acquittent 436 € de cotisation ; or le ratio actifs/retraités est aujourd’hui de 1,7, il était de 4 en 1960 et sera en 2050 de 1,5. Le montant moyen des pensions de retraite est de 1 530 €, cela veut dire que pour en payer une avec 1,7 salariés, il faudrait que ceux-ci cotisent 900 € ; rappelons que le salaire moyen en France est de l’ordre de 2 250 € (brut 3 070).  Il y a 15,5 million de retraités, en acceptant l’idée d’un prélèvement soutenable de 600 €, il faudrait donc arriver à 31 millions d’actifs, c’est-à-dire au plein emploi.
La situation est donc bloquée entre un prélèvement insoutenable et la fin du chômage de masse.
Une autre piste serait de favoriser des salaires plus hauts permettant des prélèvements plus forts, mais cela suppose que le capital accepte de répartir plus justement ses revenus et ceux du travail, cela suppose aussi que le « fabriqué en France » soit plus producteur de richesses. Or l’affaiblissement du savoir-faire collectif, à cause de l’immigration, tire au contraire vers le bas ce que les économistes nomment la production potentielle.
Quel gouvernement aura le courage et le soutient social que nécessiterait la mise au pas des rapaces financiers, le contrôle des mouvements de capitaux et, in fine, le retour à des monnaies nationales ? Quel gouvernement mettra fin au pari absurde et insensé que l’immigration augmente la richesse produite disponible et le nombre de cotisants ?
Nous voici revenus à la politique.
Monsieur Macron est un imposteur, loin d’être le réformateur jeune et moderne qu’il fait croire ; le chemin qu’il indique à la France a plus que son âge, c’est une vieillerie dépassée.
Dans la jungle des chiffres, des régimes, des exceptions, nous avons perdu le sens réel et premier de l’existence des retraites : permettre aux citoyens âgés, et non aux anciens travailleurs, de vivre dignement la dernière période de leur vie. L’individualisme forcené est le père de tous les égoïsmes et du délitement du lien social primordial : la solidarité. Lorsque les cheminots de la CGT se mettent en grève, ce n’est pas pour tous mais pour eux-mêmes. Ceux-là même qui brandissent le « c’est plus juste, c’est par répartition » oublient rapidement ce que cela devrait impliquer, à commencer par une solidaire répartition immédiate et non pas le « moi j’ai travaillé plus dur que toi ! »
Il y a en France 31 régimes de retraites différents. En moyenne aujourd’hui, chaque salarié a relevé de plus de trois de ces régimes ; les exceptions, ajoutées au gré des crises ou des pressions sociales, les systèmes mixtes (certaines complémentaires), les systèmes bâtards (assurance vie anciennes), les régimes obsolètes ont brisé le moule initial ; la solidarité intergénérationnelle n’est plus qu’un souvenir, chacun étant accroché à « ses avantages acquis », au pactole accumulé et tous insouciants de quelques contraintes nommées, par exemple, « démographie » ou « dette publique ».
Dans ce contexte, l’idée d’une reformation du régime des retraites, avec une mise à plat générale et l’instauration d’une caisse unique est une bonne démarche, courageuse et porteuse d’avenir. La notion de point n’est pas imbécile et pourrait apporter la souplesse nécessaire à la prise en compte des conditions différentes de travail. Mais cette œuvre salutaire doit, avant tout, affirmer les principes dont découleront les cadres légaux et les structures techniques indispensables à l’administration de 12 à 14 % du PIB. Et ces principes ne doivent pas contrevenir à la culture économique nationale et au pacte républicain.
C’est bien sur là que pèche le projet du gouvernement, il tente – sans y parveni r– de sauver des icônes, des images, afin de rassurer, et il accentue la défiance et la fébrilité ; la peur d’une vieillesse démunie est présente en chaque humain, d’autant plus dans nos sociétés aux liens familiaux distendus. Il faut mesurer chaque mot, chaque idée non à l’aune d’une ligne comptable mais en pensant à celui qui sait que ses moyens déclineront.
À bien des égards, nous sommes entrés dans une nouvelle ère, mais les structures politiques, économiques et morales n’ont pas encore achevé leurs mues ; les crises successives, politiques, économiques et morales que nous subissons sont comme les secousses annonciatrices des grands tremblements de terre ; les plaques tectoniques de nos sociétés se chevauchent et les constructions sociales qu’elles supportent sont bien peu anti-sismiques !
Quels devraient être les principes de la reconstruction de l’édifice « retraite » pour qu’il résiste au séisme annoncé ?
La pension de retraite est l’assurance que donne la société à ses membres qu’ils ne seront pas sans ressources suffisantes durant leurs vieux jours. Les montants considérables qui sont en jeu, les durées en cause, la nature éminemment sociale de ces pensions impliquent une gestion publique qui, seule, peut garantir le respect des dispositions nécessaires ; seul l’État a les moyens, la pérennité et le désintéressement suffisants, seul l’État échappe aux contraintes externes, seul l’État est contrôlable par les citoyens.
Le système de retraite doit s’extraire des aléas de la financiarisation ; on l’a vu, pour qu’un système fondé sur la capitalisation fonctionne équitablement, il faudrait que le rendement financier des fonds soit supérieur à l’érosion monétaire, ou bien que la décote des fonds capitalisés soit corrélée à la durée de vie ; au-delà euthanasie obligatoire ? Nous l’avons dit, le système par répartition exprime le lien social du présent entre les générations qui est renforcé par l’intervention primordiale de l’État, il combat les égoïsmes et la communautarisation atomisante.
La charge des pensions doit être soutenable pour la collectivité. Qui connaît la réalité profonde du corps social à un moment donné ? Oui, qui mieux que la représentation nationale est à même de déterminer le seuil de cette charge publique ?
Les coûts de fonctionnements grevés en plus de prélèvements conjoncturels ou hors domaine sont actuellement importants, trop. Or l’État dispose d’une administration impartiale, rodée et contrôlée : celle des impôts.
De ces principes découle l’idée d’un système universel de retraite publique, fondé non sur les revenus du travail, mais sur la citoyenneté. Une pension, modulée selon les situations familiales, serait versée à tous les citoyens à partir de leur demande qui ne tiendrait pas compte de leur vie antérieure, mais qui ne pourrait survenir avant un âge déterminé. Cet âge, entre 58 et 66 ans, serait apprécié selon des points accumulés durant la période laborieuse en fonction de la pénibilité ou des accidents de vie supportés.
Dans des limites de variations constitutionnalisées, le Parlement voterait annuellement le montant des pensions, et, obligatoirement, le montant d’un impôt « retraites »  dû par tous les contribuables sauf les pensionnés. Les caisses de retraites, coûteux et parfois opaques intermédiaires, ayant trop souvent des activités hors de leur champ initial, seraient supprimées ; les frais de gestion du système deviendraient pratiquement nuls.
Toutes les aides sociales liées à la vieillesse seraient inutiles, la CSG et tous les prélèvements actuels seraient supprimés, le salaire net augmenterait donc significativement.
La solidarité apparaîtrait au grand jour et sous la responsabilité politique de parlementaires élus, devant assumer leur choix et pouvant l’adapter aux circonstances économiques. Cette pension étant d’un montant identique pour tous, comme l’impôt afférent, l’État ne propagerait pas les différences de richesse entre les citoyens, son rôle se bornant à collecter et répartir des fonds années après années pour assurer aux retraités le paiement d’une pension uniforme décidée par le Parlement.
Chaque citoyen, en toute liberté et en fonction de ses moyens, pourrait préparer une augmentation de ses revenus de futur retraité. L’État, les organisations professionnelles, le secteur financier privé pourraient proposer des produits de capitalisation dans le cadre juridique général ; d’autres investissements pourraient êtres favorisés par des dispositifs spéciaux, par exemple l’extension du dispositif d’aide à la recherche ou de financement d’entreprise.
Pour que le pacte républicain survive à l’époque qui vient, il faut en simplifier les prolongements administratifs, il faut l’épurer de tout le fatras législatif accumulé, de tous les cas particuliers qui entravent son fonctionnement simple, il faut le rendre limpide.
Parvenu à ce point d’un article déjà long, je vous citerai en conclusion les mots de Marc Bloch que je cherchais dans « L’étrange défaite » ; mais avant, ayant conscience que cette proposition sur les pensions de retraites implique bien d’autres choses, je vous donne rendez-vous pour un article complémentaire.
« Mais combien j’aime mieux évoquer l’image d’une victoire […] ! Je ne sais quand l’heure sonnera où […] nous pourrons reprendre en main  nos propres destinées. Verrons-nous alors des fractions du territoire se libérer les unes après le autres ? Se former, vague après vague, des armées de volontaires, empressées à suivre le nouvel appel de la Patrie en danger ? Un gouvernement autonome poindre quelque part, puis faire tache d’huile ? Où bien un élan total nous soulèvera-t-il soudain ? […] Je le dis franchement : je souhaite, en tout cas, que nous ayons encore du sang à verser, même si cela doit être celui d’êtres chers. Car il n’est pas de salut sans une part de sacrifice ; ni de liberté nationale qui puisse être pleine, si on n’a pas travaillé à la conquérir soi-même. »
Gérard Couvert




Si Gabriel Matzneff avait été une femme, lui ferait-on ce procès ?


En quelques dizaines d’heures bien orchestrées, Gabriel Matzneff est devenu un paria par le seul fait de la publication d’un livre d’une accusatrice tardive mais bien en cour, les tambours de la pudibonderie sonnent, les feux des autodafés sont allumés, les tartufes sont de sortie.
Comme un écho lointain d’une époque révolue, Sue Lyon, la « lolita » de Stanley Kubrick vient de mourir…
Presque avec peine je me suis souvenu d’avoir lu « Les moins de seize ans » ; pourtant quelle belle écriture, quelle langue accomplie, mon oubli vint sans doute des propos qui émergeaient peu de l’ambiance générale des années 70 ; quant au livre de madame Vanessa Springora, je ne le lirai pas. La façon dont il est propulsé au-devant de la scène, en attisant les bas instincts, avec les gros ressorts du voyeurisme, tout en faisant croire à une croisade morale, tout ceci pue le copinage et la consanguinité parisianistes.
Redite nauséeuse des hashtags débiles et des ressentiments commandés, tardifs, intéressés concernant Roman Polanski, cette affaire parigote use des mêmes méthodes staliniennes au fond et post-modernes dans leur forme. Pitoyable de voir que les censeurs d’aujourd’hui sont ceux qui adulaient Serge Gainsbourg ou Léo Ferré, mais voilà, monsieur Gabriel Matzneff est de droite, d’une droite éclairée, ambidextre parfois, et même ambiguë dans sa quête de l’identité humaine, d’une droite calme et vibrante qui démonte chaque manipulation, chaque mensonge, chaque dérive d’une gauche devenue du centre, américanisée, gavée de soft power, à l’hygiénisme fascisant.
Polanski, Matzneff, des Russes en somme, des suppôts de Poutine ! Madame Polanski ne fut-elle pas soutenue par Nicolas Sarkozy et Alain Delon ? chez les sectaires la nuance ne fleurit pas ; puis, rendez-vous compte, Gabriel Matzneff est orthodoxe, c’est trop pour ce milieu atlantiste, traître dans l’âme, et ne pardonnant jamais à ceux, qui, comme eux, n’ont pas renoncé.
Coup politique tordu, charge des uhlans de la cavalerie médiatique dans une guerre à mort contre une intelligence sociale française que les tenants de l’ordre mondial ne sauraient voir renaître ; ne faut-il pas aussi mettre en perspective un livre à vendre, une récente promotion professionnelle de la dénonciatrice et le départ de chez Julliard d’auteurs et d’éditeurs prestigieux ?
Étrangement, nombre de références internet de Vanessa Springora ont été supprimées, comme si ce qui y était écrit ne cadrait pas avec la campagne de réclame de son bébé-pensum, savon de supermarché lavant plus bien que bien, sur fond de dénigrement d’un vieillard à tuer ; parce qu’il y a aussi cela, une sordide vengeance contre un amant sur qui la dame flétrissante fait peser l’approche d’une cinquantaine ridée, retendue et désabusée.
Dans un article, Le Monde évoque des temps ayant changé, entraînant une défense impossible ; serait-ce que la dictature germanopratine invente la rétroactivité de la morale ? Comme pour le fait colonial, il faut à rebours rendre coupable d’un manquement à une norme qui n’existait pas au moment des faits que la bouillie journalistique dénonce, entraînant dans la condamnation tout ce qu’on honnit et qui peut y être mêlé ; détestable arme des médiocres. En désarchivant une émission culte, c’est aussi Bernard Pivot que l’on assassine, ou du moins ce qu’il représente, une France à la parole libre, aventureuse, explorant de nouvelles voies, subtile, sensible, sensuelle ; une France où une émission littéraire était attendue par des millions de citoyens sachant écouter et discerner.
Mais revenons à cette dame avec son prénom de serviette hygiénique, et j’en parle à dessein, puisqu’il est du plus engagé, du plus progressif de parler des règles ; à Apostrophe succèdent des émissions sur une publicité « disruptive » montrant du sang, rouge, quelle affaire ! Et, gommant l’évidente signification sexuelle, des carnassières sans vergogne, de peu d’envergure mais ambitieuses se font des noms ; passer du ménestrel au menstruel, voilà le destin d’une intelligentsia couchée ; d’autres même évoquent ce sujet primordial jusque dans l’enceinte de l’Assemblée nationale ; on a les débats que l’on peut.
Parce que l’on sent bien que si, par bonheur, l’esprit gaulois et le souverainisme culturel l’avait emporté sur la soumission à l’ordre moral anglo-saxon, cette même femelle ferait état, émue et trémoussante, de ses souvenirs de ces premières fois où elle fut grande, avec un homme véritable ; avec des trémolos elle rirait de son dédain des dadais de son âge, de son regret d’un temps souriant où la virilité n’était pas en accusation… où les névroses étaient d’un autre genre. On notera que le saccage de son adolescence et les ravages du prédateur ne semblent pas avoir entravé une belle carrière, que le niveau d’études de dame Springora n’annonçait pas, ni entamé sa soif de pouvoir ; seule une amnésie tri-décennale est diagnostiquée.
« Une œuvre d’art doit être jugée selon les critères esthétiques. En art, ce qui est beau est moral. » Gabriel Matzneff.
Dans les milieux « ouverts » des années 70/80 les mères « libérées » poussaient souvent leurs filles/copines dans les bras d’hommes afin de mettre fin à cet archaïsme de la virginité ; sa perte la plus précoce étant un vu comme un signe d’affranchissement, le c. faisait partie, sans fard ni excès, des moyens de développement tant personnels que sociaux. Et puis, les petites, dans ce contexte et cette société, étaient assez fières d’être parmi celles « qui l’ont fait » ; les amours tendres et chastes s’étant effacés devant l’hédonisme obligatoire.
Autre temps autres mœurs ; ne voit-on pas une gamine, qu’il y a encore 15 ans on aurait désignée comme demeurée, mettre en émoi les dirigeants les plus en vue de la planète et en pâmoison tous les perroquets des rédactions ? Cette donzelle, à qui ne manque qu’un soupçon d’homosexualité – gageons que son premier boy-friend sera africain – peut distinguer le vrai du faux dans le système climatique de la planète, alors que les scientifiques ont bien du mal à l’analyser avec certitude, mais une autre, concentrée sur les émois de son âge, n’aurait pas la maturité suffisante pour choisir son premier amant ?
L’une franchit les océans suivie d’un aréopage digne des grands chefs, et, parle au monde adulte, rien de moins que de l’avenir de notre Terre, et l’autre ne pourrait avancer de quelques mois un acte profondément intime et quasi-inéluctable ?
Quelle hypocrisie !
En plus des quelques éléments politiques et mercantiles visés plus haut, ce que reprochent les chiens de gardes de la démocratie-totalitaire à Gabriel Matzneff, c’est d’avoir été pleinement de son temps, et même de celui d’avant. Son esthétisme devenu suranné heurte la vulgarité du jour, l’effroyable bêtise de l’immédiateté et du sentimentalisme à la petite semaine.
Pour croire aux poncifs débités actuellement sur la sexualité des jeunes filles, il ne faut pas connaître grand-chose aux adolescentes, surtout de cette époque bénie de liberté et d’équilibre ; il ne faut pas avoir vu les fonds de placards de ces gamines proprettes mais rêvant, le soir, à des choses moins reluisantes, ne pas savoir que la plupart des classes de lycées ont des adresses de « première fois » souvent bien éloignées des cartables roses et des citations gentillettes calligraphiées sur les couvertures des cahiers. Cette attirance vers le « sale interdit » n’est pas uniquement une recherche de transgression, mais est aussi part de la construction de certains êtres féminins mues par la force de quelque chose de moins incisif mais plus fondamental ; Choderlos de Laclos, Montherlant, Nabokov, Lanzman, Proust ne vous ont-ils rien dit ?
La bien-pensance normalisatrice exprime depuis quinze jours la volonté totalitaire que ces jeunes filles particulières – combien sont-elles je ne sais – rentrent dans le rang, il y a une soumission à un conformisme et à un déterminisme réducteurs : « tu feras ça avec quelqu’un de ton âge, tu ne dois pas accepter d’inégalités (homme/femme entre autres), ne t’échappe pas du cadre, c’est mauvais … » « mauvais » pour quoi ? Pour qui ? L’ordre établi ? Faut-il croire à une hiérarchie des « premières fois » socialement contrôlées ?
S’ils n’étaient pas prisonniers de l’Obs et du Huff, beaucoup de professeurs mâles en diraient beaucoup plus ; s’ils ne veulent plus être seuls avec des élèves, ce n’est pas par peur d’eux-mêmes mais bien par crainte de la puissance du désir des ados ; il arrive, par exemple durant les voyages scolaires, de terribles chantages : « fais-moi l’amour ou je hurle et je dis que tu me violes ».
En quoi le consentement d’une jeune fille de 15 ans à un homme de 30 est-il différent de son consentement à un copain de classe ? N’est-ce pas le même acte, la même attente pluriannuelle qu’elle décide d’achever ? L’insistance potentielle de l’adolescent est-elle moins pesante, moins explicite que celle de l’adulte ? Ce dernier est-il nécessairement moins sincère ? Probablement pas car il dispose d’une expérience rendant cette conquête moins unique. Enfin, posons la question : si Gabriel Matzneff avait été une femme, lui ferait-on ce procès ?
Quelle hypocrisie !
Oui, certains hommes mûrs, et souvent cette attirance est précoce, sont attirés par les jeunes filles, sans pour autant être des violeurs, des monstres dangereux, la pression qu’ils exercent est un jeu léger, souvent long, et lorsqu’ils parviennent à leurs fins c’est que l’autre partie était réciproquement attirée ; résolvant une tension interne complexe, c’est au charme qu’elles succombent. Allez dans les cours de collèges, écoutez ce qui est dit par les boutonneux de 14, 15 ans, apprenez à voir les pièges d’une après-midi où les garçons font découvrir à leurs amies de classe les dernières vidéos de sexe qu’ils ont dénichées ; alors vous ne pourrez nier qu’il y a là une violence psychologique réelle, malsaine, sans commune mesure avec la délicatesse des adultes séducteurs ; de quel côté est le respect de l’adolescente, de la future femme ?
Ainsi la majorité sexuelle serait abaissée pour les jeunes filles, à qui l’on fournit contraceptif et conseils (cf. les forums), mais pourquoi faire ? Si l’on estime qu’une adolescente peut avoir une relation sexuelle, en quoi cela nous regarde qu’elle choisisse son partenaire ? Si l’on estime qu’elle n’a pas la maturité pour faire ce choix, alors il faut en revenir aux oies blanches, vierges et pures avant le mariage !
Folie du jeunisme, comme si un garçon d’aujourd’hui imbibé de pornographie et du culte de la performance était moins nocif que l’esthète patient et sophistiqué. Avec ces amateurs de minettes, nous sommes le plus souvent loin des belles endormies de Kawabata, tout autant que des jeunes filles en fleurs, et peut-être est-ce cela qui est visé.
Ayant comme premier amant un homme adulte, on peut imaginer que le développement de la jeune-fille sera différent de celui qui aurait été le sien sans cette aventure, mais en est-on sûr ? Sait-on si cela fut négatif ? En ces matières, souvent, les conséquences de la révélation immédiate sont plus dangereuses que l’enfouissement dans la mémoire ; mais de cela le monde moralisateur, aiguillonné par l’ultra-féministe hystérique, n’a cure : ce qui compte, c’est moins le devenir de la prétendue victime que la mise en exergue d’un tort masculin. Le but n’est pas d’aider mais de démontrer, d’avoir raison ; de capturer le pouvoir.
Ces mêmes furies qui s’offusquent d’une entaille délicate dans l’hymen de la jeune fille, vouant au diable le gynécologue des années 80, sont bien muettes à propos des praticiens d’aujourd’hui qui reconstituent ce marqueur anatomique pour satisfaire l’ego brutal de mâles exotiques ; bientôt elles militeront pour l’excision remboursée à 100 % !
Quelle hypocrisie !
Que l’on comprenne bien mon propos ; je dénonce les logiques de boutiquiers, les enfumeurs médiatiques, les calculs sordides, « Matzneff ça va faire combien d’heures de plateau ? » « Tu sais une histoire de dépucelage de gamine, c’est bon pour l’audience » « Julliard c’est vu côté fric ? » « Ouai » « OK on met le paquet ». Je dénonce les traumatismes réinventés tout autant que les compassions téléguidées, combien de ces femmes accusatrices, devenues puissantes ou célèbres, le seraient sans ces faits qu’elles dénoncent ? L’avis des pédo-psychiatres est-il fiable ? Dans leur démarche, quelle part de dogmatisme, quel effort de préservation des prés carrés ? Voir un « psy » une fois, c’est en être altéré sans cesse.
Je dénonce les faux-semblants et les fausses évidences, les approximations, les opinions conjoncturelles, l’intelligence qui baisse le front devant le discours convenu des puissances illégitimes ; même coupable Gabriel Matzneff devrait être défendu par ceux que la liberté éclaire.
Si la pédophilie doit être jugulée, elle doit aussi être définie plus justement, mais en la matière les limites sont complexes à établir. L’adolescence est une période mobile, les développements n’y sont pas linéaires, telle bonne élève, ayant une vision claire de son avenir, disposera d’une maturité émotionnelle faible, une autre au contraire aura globalement et à un même niveau pris possession de toutes les parties de sa personnalité ; enfin celle-ci, blondinette insignifiante, recèle une richesse de sentiments que nourrit une imagination fertile. Trouver le petit bouton d’allumage ouvre le flot de sensualité qu’elle cachait. Chaque cas est spécifique et la réalité du consentement difficile à discerner d’autant qu’il n’est pas toujours synchrone avec le désir.
Il faut pourtant légiférer parce qu’il y a aussi des pervers inquiétants et des faiblesses de jugement, parce qu’il faut séparer l’enfant de l’adolescent, dont on ne dira jamais assez que c’est une invention récente. Un âge en dessous duquel, quelle que soit la différence d’âge entre les partenaires, tout acte sexuel est condamnable – le juge restant seul décideur –, pourrait être désigné par des signes physiologiques, par exemple, pour les jeunes filles, quinze mois après l’apparition des premières règles. La même référence pourrait alors servir pour déterminer un âge où la loi générale s’applique, par exemple 30 mois plus tard ; durant ce temps il pourrait y avoir un délit dans le cas d’une relation mineur/majeur (des deux sexes) dont la peine serait modulée par le tribunal en fonction des éléments connus : bien sûr absence de contrainte, réaffirmation du mineur de son assentiment au moment de l’acte, type de liberté quotidienne donnée à l’adolescent par ses parents, etc. Ainsi il y aurait un espace possible pour les couples allant au bout de leur rencontre ; l’adulte restant punissable, peu, et au gré des jugements. Le flou évite bien souvent les censeurs maladifs… entre Le Bernin et Philipo Néri, je choisi l’Art, Calvin et Khomeiny repasseront.
Je le sais, Gabriel Matzneff est allé plus loin que l’amour des jeunes filles énamourées et quémandeuses, aussi loin que quelques ministres célèbres de notre temps et de tant d’autres ; cependant il n’est pas Maldoror et encore moins Gilles de Ré. D’ailleurs, les milieux homosexuels étant ce qu’ils sont, « l’affaire » montée par quelque officine néo-puritaine ne centre pas ses attaques sur ce point. C’est pourquoi ce texte évoque essentiellement les rapports entre un adulte et une jeune fille pubère.
Bien dans l’esprit du petit milieu borné et vénal des rédactions parisiennes, cette misérable campagne rejoint les dingueries gauchistes ayant comme point commun de nier les réalités des différences physiologiques et psychologiques des sexes ; ce que n’admet pas madame Springora, c’est que pour être « sous emprise », il faut avant tout avoir le désir d’être prise.
Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une Moabite,
S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.
Gérard Couvert
 
 
 
 




Affaire des mini-Bots : Salvini est-il prêt à aller jusqu’à la sortie de l’euro ?

L’affaire des mini-Bots italiens (« Buoni Ordinari del Tesoro ») est à analyser avec soin, tant sur le plan de l’ingénierie politico-monétaire que sur le plan de l’évolution politique de l’Italie et de l’Union européenne ; elle montre la complexité de la réalité, bien loin des solutions simplistes souvent invoquées ; de cela découle un article un peu long.

Passons sur le coté rocambolesque de l’adoption par la Chambre des députés italienne de la motion les concernant, qui a vu des européistes forcenés voter « pour » sans avoir compris un article permettant au gouvernement « populiste » d’aller à l’encontre de l’esprit des traités européens !

Sans entrer dans les détails de la théorie des monnaies et de l’épargne, qui est fort complexe, voyons un peu de quoi il s’agit : les bons du trésor sont des reconnaissances de dettes qu’un État signe à des apporteurs financiers et qui comprend habituellement une date de remboursement et le paiement d’un intérêt ; c’est un moyen de capturer de l’épargne et de disposer de financements. Sous la forme à moyen et long termes, ils peuvent être souscrits par tout organisme financier, national ou étranger. Comme toutes les collectes de fonds par l’État, ils sont directement comptabilisés en dette publique.

Ces titres sont négociables et, selon la solvabilité, réelle ou politique, d’un État, l’intérêt servi peut varier d’une façon importante. Ainsi le dernier taux pour la France (3/6/2019) était de 0,19 % alors qu’en 2011 les taux de la Grèce culminèrent à 29 % ! Mais ces chiffres doivent être modulés selon les durées d’emprunt, ainsi sur les titres à moins de huit ans la France et l’Allemagne ont des taux de référence négatifs (!) mais à 15 ans la France est à 0,618 alors que l’Allemagne est à 0,034 ; rappelons que ces deux pays utilisent la même monnaie, tout comme l’Italie dont le taux est à 2,849 soit presque 5 fois plus que l’Allemagne ; l’effet destructeur de l’euro est patent. À noter que les États-Unis ont un taux de référence de 2,305, mais ont la chance de disposer du dollar.

Bien que, contrairement à la France, l’Italie ait un budget primaire excédentaire, il devient déficitaire du fait de la charge de la dette ; en d’autres termes, l’Italie est plus vertueuse que la France dans la gestion courante de son État, mais sa dette 1/3 plus haute que celle de la France et, surtout les taux d’emprunt, font que ce pays s’enfonce. Les efforts d’orthodoxie libérale ont conduit à de nombreuses coupes budgétaires et entraîné une récession, mais les milieux financiers en relation avec l’Union européenne cherchent à imposer une cure encore plus drastique ; il s’agit de faire payer aux Italiens le poids d’une monnaie inadaptée à leur économie.

Le gouvernement italien, fondé sur un accord de programme de relance économique et de justice sociale, ne peut aller plus loin dans une politique de rigueur sans perdre le soutien populaire ; c’est justement le pari de la Commission européenne qui cherche la chute de l’attelage La Lega, Movimento Cinque Stelle.

La publica administrazione a 50 milliards d’euro de dette envers ses fournisseurs, elle ne pourrait les payer qu’en empruntant cet argent donc en augmentant encore le déficit et la dette, cela correspond quand même à 2,15 %. En ne les payant pas, elle met en péril des entreprises et doit leur accorder des délais de paiement de l’impôt et de la TVA, ce qui ne suffit pas toujours ; de plus, de nombreux projets publics sont en panne, ralentissant encore l’économie. L’asphyxie à la grecque est au bout de cette mécanique infernale. C’est là que nous retrouvons les Bots.

L’idée est simple et a d’ailleurs déjà été utilisée ; l’État italien émet des bons du Trésor non en recevant de l’argent « existant » (et donc soustrait temporairement à la masse monétaire en circulation) mais en échange d’un bien ou travail consommé par lui-même ; il a donc réglé ses factures. Puis les entreprises utilisent ces bons pour payer leurs impôts et taxes, du coup elles récupèrent de la trésorerie en euros sonnants et trébuchants ; les salariés ne perdent pas leur emploi, les investissements peuvent être financés, l’économie se porte mieux … jusque là, la commission de Bruxelles pourrait fermer les yeux, mais on conçoit que des entreprises pourraient recevoir plus de bons que ce qu’elles peuvent acquitter avec, et donc qu’elles seraient obligées de les conserver quelques années, ce qui bien sûr ruine le processus. Les économistes « populistes » ont trouvé la parade : ces entreprises excédentaires en bons peuvent s’en servir pour payer leurs fournisseurs ou sous-traitants, lesquels les utiliseront pour payer leurs propres dus à l’État italien.

Tant que le montant des Bots n’excède par les 50 milliards d’impayés publics, le système fonctionne comme une compensation entre dettes et créances de l’État, mais nous avons perdu de vue une conséquence de ce déblocage, c’est que, si le Trésor a bien récupéré ses titres et n’a donc pas augmenté la dette nationale, le budget, lui, a un manque à gagner de 50 milliards d’impôts et taxes ! Ces sommes payées par des bons émis et récupérés ne peuvent êtres équilibrées que par l’emprunt, ou le déficit, lequel est sous contrôle de l’UE. À part la normalisation comptable et une petite relance, ou serait l’intérêt ?

Le résultat des élections européennes en Italie est sans appel : La Lega 34,3 % M5S 17,1 %, la coalition au pouvoir reste majoritaire ; reporté sur des législatives, cela conforte Salvini qui a le choix de ses alliés ; soit il continue avec Di Maio, soit il redonne vie à une alliance droite/centre-droite qui est celle qui gouverne de nombreuses villes. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’offensive de la Commission qui vient d’ouvrir une procédure contre l’Italie pour dépassement de déficit, avec à la clef 3,5 milliards d’amende (c’est comme les découverts bancaires : « puisque vous n’avez pas d’argent on vous en prend pour augmenter votre dette … »). Le message est clair, il est temps de rentrer dans le rang et vous en avez l’opportunité politique. L’ambigu Premier ministre G. Conte a lui aussi montré quelques signes d’énervement en début de semaine, mettant en demeure Salvini de clarifier ses intentions.

C’est là que l’entourage du Capitano a relancé l’idée des mini-Bots, suivi par des déclarations conciliantes de M5S sur la « Flat Tax » et l’autonomie locale (programme de La Lega). L’alliance populiste résiste, au moins jusqu’aux décisions de l’UE qui pourraient intervenir dès la mi-juin, ou celle des autorités financières au début de juillet, après l’installation de la nouvelle commission qui pourrait être tentée par un coup d’éclat, surtout si l’Allemand Weber est élu. Avec le temps qu’il faut pour préparer des élections législatives, le gouvernement devrait tenir jusqu’au début de l’automne. Mais les comptes, eux, résisteront-ils ?

Vendredi 31 mai, l’Italie a dû subir un taux à 5 ans de 1,75 %, soit au-dessus de celui de la Grèce (1,69 %). À Rome, les médias pro-UE tentent de créer une panique comme avant la formation du gouvernement Lega/M5S, certains en appellent à Berlusconi, dont le parti a enrayé sa chute, oubliant que le Cavaliere avait envisagé le recours aux Bots et que c’est l’une des raisons du coup d’État européen contre lui en 2011.

Une autre affaire agite l’Italie, celle des appels d’offres, avec d’un coté M5S et son aile gauchiste moralo-rigide et de l’autre Salvini qui veut libérer les donneurs d’ordre et les entreprises – au risque de dérapages concussionnaires – pour relancer les marchés publics, notamment dans les grands travaux. La Lega semble l’emporter, avec le soutien des Italiens qui perçoivent cela comme une façon de combattre l’administration tatillonne et de faire repartir l’économie.

Ouvrages qu’il faudra financer… revoilà nos Bots !

Le désir est grand de faire grossir la relance, et justement le  programme Lega/M5S prévoit diverses injections favorables à la consommation (revenu citoyen – une sorte de RSA -, augmentation des petites retraites) et un simplissime prélèvement unique pour les impôts sur le revenu (aujourd’hui complexes et quasiment affermés au privé). Autant dire que les 50 milliards manquants au budget ne vont pas souffrir de la solitude !

La suite, qui s’imagine aisément, remplit de rage et de terreur les milieux financiers et leurs laquais bruxellois : augmenter le montant des bons émis pour satisfaire les besoins de financements publics ! Encore faut-il pouvoir les diffuser, dans un premier temps en étendant leur usage au paiement des charges sociales[1][1] et du prélèvement à la source.

À ce stade-là, l’Eurogroupe montrera ses dents aiguisées, les taux d’emprunt en euros deviendront confiscatoires, car même si les bons sont ajoutés à la dette, ils auront échappé au système financier mondialisé : insupportable pour lui !

Plus les taux monteront, plus le recours à l’émission de bons sera justifié ; la violence prévisible de la réaction de l’UE dominée par les Allemands accrochés au veau d’or de l’euro-mark entraînera pour Salvini l’obligation de résister. On ne peut même exclure, dans le cadre d’une dissolution de la Chambre, un réflexe nationaliste touchant un large spectre des partis politiques, libérant ainsi les freins à l’émission des Bots.

Leur montant total imposerait alors une diffusion chez les particuliers, par exemple en paiement partiel des salaires, puis il pourrait dès le milieu de l’été dépasser les possibilités de récupération à court terme par le Trésor public.

Il est temps de parler de deux particularités de ces bons du Trésor liés à l’idée d’origine, c’est-à-dire celle d’un moyen de compensation dette/créances : ils n’ont pas de date de remboursement et ne sont pas générateurs d’intérêts. En revanche, surtout dans le cas d’une extension de leur usage, ils devront avoir une réalité physique ; ceci explique le « mini » accolé à Bot.

Si des salaires sont partiellement payés en Bots, le Trésor italien aura l’obligation pratique d’imprimer des valeurs variées permettant l’acquittement de faibles sommes. Ces mini-Bots, libellés en euros mais rédigés en italien avec des éléments graphiques nationaux et les armes de la République italienne, deviendront un titre de paiement dans lequel les Italiens se reconnaîtront.

Une ambiguïté du traité de l’UE aura été exploitée par le gouvernement italien. En effet, si l’euro est la seule monnaie dont l’usage est obligatoire dans la zone euro, il se trouve que cela n’exclut pas formellement l’usage d’un moyen d’échange non obligatoire !

Engagée dans cette voie, l’Italie n’aura pas d’autre choix que d’émettre pour ses besoins intérieurs un nombre de bons suffisants pour financer sa relance et absorber son déficit, sans recourir à l’emprunt en euros hors de portée.

Ces mini-Bots, que les Italiens pourront toucher, lire, s’approprier, seront de facto un moyen d’échange dépassant les entreprises ; ils auront une vie propre, seront l’objet d’accumulation et de prêts, jusqu’au moment où ils seront appréciés à une autre valeur que leur inscription faciale… Ils ressembleront alors fichtrement à une monnaie !

Cependant cette verrue monétaire, accrochée à l’euro sans faire partie du système financier, hors du cercle libéral-orthodoxe, affaiblira l’euro, autant d’un point de vue symbolique que financier, les pays riches et excédentaires n’accepteront pas de financer ainsi partiellement l’Italie et l’éjecteront de l’euro.

Les conséquences de cette exclusion pourraient entraîner ce pays, fondateur de la Communauté économique européenne, hors de l’Union européenne ; le séisme serait tellement puissant que l’on comprend l’hésitation de Salvini.

Gérard Couvert

1][1] en Italie la gestion est publique




Le Rassemblement National a gagné ce que la France a perdu

Dans ces Européennes 2019, comme depuis 40 ans, le Rassemblement National n’a pas emporté de victoire décisive mais il a fait perdre la France.

Voyons les chiffres : malgré une situation politique et sociale favorables, le Rassemblement National fait 1,5 point de moins – de moins ! – que le FN en 2014, l’échec est fort et clair. Seule la campagne minable et fratricide des derniers jours à permis que la liste de Bardella se retrouve devant LREM de 0,9 point ; même pas 1 point d’écart, l’échec du RN est fort et clair.

En octobre LREM et RN disposeront du même nombre de députés, et un de moins pour le RN qu’en 2014, où est la victoire pour le parti de Marine Le Pen ? Il y a pire, comme annoncé dans mon précédent article : les 1,5 points volés à DLF privent le camp national de 3 ou 4 députés, et d’une représentation multiforme. En continuant de monopoliser l’opposition, le Rassemblement National annihile toute tentative de composition d’une alternative intellectuelle globale et cohérente aux deux têtes de l’hydre du mondialisme acculturé : la dictature financière et l’écologie anthropophobe.

En acceptant le piège d’un duel Le Pen/Macron, le RN à permis que l’Union européenne soit absente du débat ; en voulant capter l’électorat déçu des Républicains, il a édulcoré ses positions économiques ; enfin par sa stratégie de centre-droit, il a amoindri toute intervention sur les thèmes de l’immigration et de l’insécurité culturelle.

Bref le RN se retrouve moins à droite et moins patriote que ne le fut le RPR. La volonté de souveraineté nationale et le changement radical de la politique migratoire seront bientôt oubliés mais toujours utilisés. Tout comme le PS s’est longtemps maintenu en brandissant l’étendard du progressisme et en usant des mythes de la gauche humaniste, le Rassemblement National va poursuivre, au moins jusqu’aux premiers soubresauts de la campagne de la présidentielle 2022,  son rabattage des souverainistes et les mensonges aux radicaux du « grand jour national ». Baiser de la mort, comme le montre le résultat du 26 Mai.

Revenons aux chiffres : ensemble les votes du RN, de DLF, de l’UPR, des Patriotes n’atteignent pas 29 %, où sont donc les 34 % de Marine Le Pen au second tour ? L’échec du RN est fort et clair ; l’on voit bien que, faussement inquiets, les commentateurs, pour qui ce parti a gagné le duel, sont ceux qui soutiennent Macron et son projet d’éradication de la France en tant que puissance d’équilibre mondiale. Ce que LREM a gagné d’influence dans l’UE est enlevé à la France, l’enjeu est là, il s’agit ni plus ni moins de la survie de notre nation ; la solution n’est pas une recomposition de la droite, en forme de jeu de taquin, ou la création d’un grand parti de droite attrape-tout et privé d’âme, mais dans une projection à moyen terme d’options sociétales, de choix sociaux, de propositions politiques audacieuses plongeant dans les racines de notre culture nationale.

Marine Le Pen, dont la stratégie vise à occuper l’espace politique des Républicains, sans trop perdre ses bases historiques, poursuit un but, couper les ailes de Marion Maréchal, et rester seule en lice contre Macron… pour perdre une nouvelle foi, car, quelles que soient ses qualités, Marine Le Pen ne pourra jamais incarner la France, c’est ainsi ; injustice peut être, mais réalité provenant de notre impensé collectif. Oh, elle pourrait peut être hausser un peu son niveau, mais 45 % ce n’est pas 51 !

L’amour de la France que proclame Marine Le Pen devrait la conduire au sabordage du Rassemblement National, car il devient urgent que la droite française retrouve le pouvoir avec comme horizons, la justice sociale et la nation souveraine.

Gérard Couvert




Pourquoi il faut sauver le soldat Nicolas Dupont-Aignan

En une quinzaine de jours, les sondages, en panne depuis un mois, pour la liste « Amoureux de la France » ont commencé à baisser. Certes la campagne de NDA a été semée d’embûches et de déconvenues, mais cela n’explique pas tout.

Quelques cadres du Rassemblement National, et de nombreux militants, surtout ceux à la mode « Jean-Marie », alimentent une campagne anti-DLF sur le thème de « il faut battre Macron ».

Il s’agit d’une action désastreuse pour le camp national. Voici pourquoi.

Déjà notons que Macron se moque éperdument qu’il y ait un, deux ou trois députés RN de plus que les élus LREM, ces derniers rejoindront au Parlement européen le groupe ALDE – ou la copie qui le remplacera – qui est celui qui va le plus progresser. Il sera incontournable dans les instances de l’UE et peut être même arrivera-t-il à obtenir du PPE (son rival et allié) la présidence de la Commission ; autant dire que Macron a déjà gagné !

Quant à ceux qui croient à l’éclatement du PPE, avec un Orban partant, ils seront déçus car ce dirigeant n’est pas fou et ne s’aliènera pas ceux qui donnent des subventions à son pays.

« Arriver devant Macron » le slogan et l’idée sont d’un niveau de cour d’école, comme ces images débiles qui circulent montrant Marine Le Pen donnant une fessé à Macron, ce duel inventé par un président manipulateur a fonctionné comme un piège dans lequel tombent ceux qui n’ont pas compris grand chose aux enjeux.

Chauffés à blanc, dans leur délire « on va gagner » ils sont aveuglés par leur propre propagande et ne voient pas les chiffres, lesquels donnent, à ce jour, 24 députés RN qui iront dans le groupe avec Salvini pour un total de 74 sièges, soit 9,85 % du Parlement européen c’est-à-dire pas grand-chose ; la moitié du groupe socialiste pourtant en déconfiture. Insensibles aussi au système d’attribution des sièges qui fait que si DLF n’atteint pas 5 % ce n’est pas le RN qui en profitera mais toutes les listes ayant fait plus de 5 %, cela fera sans doute un député de plus pour le RN, mais aussi un de plus pour LREM et LR ; alors que l’entrée de DLF dans l’hémicycle européen apporterait 4 députés de plus pour le camp national, laissant le RN à son niveau.

Et pas que cela.

La peur des mondialistes en France, c’est le rapprochement de la droite souverainiste et de la droite classique, mais là aussi la primarité des militants RN visés plus haut est consternante. En effet englués dans leur certitude du « grand jour », aveugles à la réalité qui fait que les 2/3 des Français ne voteront jamais pour le RN, fût-il rénové, ils ne sont capables d’imaginer ce rapprochement que sous la forme de « l’union » qui dans, leur absence de nuances, se confond avec l’absorption par le RN des autres composantes de la droite, à commencer par DLF. Esprit totalitaire d’un grand parti unique !

C’est d’une alliance dont la droite a besoin, et, dans « alliance » il y a alliés, pas supplétifs. Il s’agit de bâtir une alternance par la compostion des thèmes communs, par la négociation, par le respect mutuel. Nicolas Dupont-Aignan a fait sa part du chemin en soutenant Marine Le Pen au second tour, c’est cette voie qu’il faut poursuivre. Par sa position de pivot entre les droites souverainistes dures,  la droite sociétale, la droite des valeurs chrétiennes, celle du capitalisme régulé, il est le seul à pouvoir amener vers le conglomérat des droites des électeurs rejetant le RN mais ne voulant plus ou pas de Macron et de sa destruction de la France. Mais pour cela il faut que DLF existe à un niveau plus ferme, c’est le sens de la candidature de NDA aux européennes.

Ces élections européennes n’ont pas de conséquences nationales, Macron ne va pas changer un iota de sa politique quel que que soit le résultat, il n’y a rien de plus stupide que de croire qu’un bon résultat – rappelons que le RN est au niveau du FN de 2014 – pourrait infléchir le programme de Macron, voire le pousser à la démission. Pourtant ces élections servent à quelque chose que les réactifs, les simplistes, ne perçoivent pas : les négociations d’avant les municipales, et c’est là que cette campagne de dénigrement va perturber des contacts, des conciliabules anciens, des idées déjà avancées pour faire naître des listes communes de la droite souverainiste, avec ou sans étiquette politique.

Parce que nous, gens avertis, dans nos fédérations, dans nos provinces, on y travaille à cette alliance, depuis des années, on se voit entre nous, on se dit les choses, on évite les coups bas, bref on crée du lien et les conditions pour travailler plus tard ensemble, d’égaux à égaux ; on sait que les électeurs demandent cet accord, on sait aussi qu’ils ne veulent pas être les otages d’un passé orageux.

Et ces tentatives municipales, même avortées ou sans victoire, mêmes limitées, sont un moyen de préparer la grande élection à visée nationale, celle juste avant la présidentielle de 2022, je parle des régionales où des listes communes, explicites, ouvertes même à l’UPR et aux Patriotes, accueillant toutes les droites qui veulent changer la donne, seraient possibles. C’est là qu’il faudra renverser les majorités LREM, socialistes et Républicains Macron-compatibles. Mais voilà devant l’invective, trop faibles, face à un RN hégémonique, comment les ferions-nous ?

Pour l’instant, des centaines de messages sur les réseaux sociaux, venant, non de la gauche, mais du RN, se réjouissent des difficultés de NDA et cherchent à les amplifier ; sans entendre l’éclat de rire de Macron à l’Élysée : « ils n’ont rien vu, ah les cons !».

Pour un peu, c’est à se demander si la politique n’est pas une chose trop sérieuse pour la laisser aux électeurs !

Gérard Couvert




La Loi du lapin ou le grand remplacement expliqué

Cet article ne prétend pas être un travail de démographe. La démographie est une science d’une grande complexité, mêlant des projections statistiques et des analyses d’évolutions sociologiques aboutissant à des prévisions arithmétiquement exactes mais avec l’imprécision des comportements humains envisagés ; ainsi, en Algérie, la remontée de la natalité a surpris les spécialistes, de même qu’en Russie les mesures natalistes n’ont pas eu, en importance, les conséquences attendues.

Les deux tableaux qui suivent sont donc des projections simplifiées et qui n’envisagent pas les évolutions humaines, dans un sens ou un autre.

Je suis parti des données suivantes : un échantillon de 10 000 femmes de 20 ans séparées en deux groupes, le premier constitué de 90 % de l’échantillon, le second des 10 % restant. Les taux de natalité retenus sont de 1,6 pour le premier groupe et de 2,8 pour l’autre ; on ne considère que les naissances féminines avec un taux de 50 %. Pour le premier groupe l’âge du premier enfantement est 25 ans, l’autre 5 ans plus tard, pour le second groupe l’âge du premier enfant est de 20 ans, les autres se suivant à 5 ans.

Ces paramètres ne sont pas arbitraires mais correspondent à peu de choses près à une réalité bien connue des lecteurs ; en fait un travail plus scientifique aboutirait à des résultats plus accentués.

Le premier tableau correspond au premier groupe ; on observe que les générations sont nettement séparées : peu d’enfants et tardivement dans la vie des mères. Les 9 000 femmes de l’an 0 ont 10 368 descendants 70 ans plus tard soit une augmentation de 15,2 % ; mais attention, ce chiffre ne correspond pas à un surcroît de population car à part la disparition des 9 000 femmes considérées, il n’est pas tenu compte de la mort de leurs mères et grands-mères.

Parmi ces dernières, seules 4 608 n’ont pas entamé leur vie de mère et toutes les autres l’ont achevée. Donc en 70 ans la capacité reproductrice de ce groupe a baissé de presque 50 %.

Dans le second tableau on voit qu’il y a une génération de plus, qu’elles se suivent et même se chevauchent : beaucoup d’enfants assez précocement dans la vie des mères. Les 1 000 femmes de l’an 0 ont 5 254 descendantes soit une augmentation de 525,4 % ! (voir remarque ci-dessus) mais le chiffre à observer est celui des femmes en possibilité d’enfanter (au sens démographique et non physiologique) : 3 169. La capacité reproductrice de ce groupe a donc été multipliée par plus de 3 !

Dit autrement, au bout de 70 ans, les 10 000 femmes de 20 ans de notre échantillon ont 15 622 descendantes, dont 20,29 % sont des reproductrices du second groupe qui était de 10 % de l’échantillon, alors que les reproductrices du premier groupe, celui de 90 % de l’échantillon ne représentent plus que 29,50 %.

Alors le grand remplacement… un fantasme ?

Gérard Couvert

PS. Si les lecteurs le demandent je suis disponible à écrire une suite à cet article pour analyser les possibilités d’inversion de la tendance.




Réflexions sur le suffrage à la proportionnelle

Proportionnelle, le mot est facile et semble résolutoire, mais la chose est moins aisée et le résultat incertain.

Imaginons que la  proportionnelle ait existé sous la forme « 1986 » avant la présidentielle de 2017, beaucoup de LR auraient pensé que, « quel que soit le gagnant  du premier tour, il faut  assurer ma place dans la liste du parti, il sera toujours temps de négocier après ». Dès lors moins de ralliements à Emmanuel Macron et sans doute François Fillon élu. Mais même avec un Macron élu, le poids de l’implantation ancienne aurait induit l’idée que LR restant fort, Macron serait son otage, LREM privée de ses prises dans les autres partis aurait eu bien du mal à convaincre localement ; le PS se serait moins effondré, LR très peu.

Imaginons avec ces correctifs ce que serait la répartition : LR 166, LREM 105, FN (RN) 124, DLF 27 (et oui !), PS 80, LFI 75. Macron élu, avec qui gouverner ? Fillon élu, avec qui s’allier ? À part une large union des droites, mais sur quel consensus économique, point de majorité « naturelle » ; donc un gouvernement hétéroclite et une majorité changeante au gré des sujets. Fonctionnellement pourquoi pas, mais est-ce ainsi qu’on redonnera à la France son rôle dans le monde, est-ce ainsi que l’on guérira la majeure part de nos concitoyens nostalgiques d’un pays équilibré et en harmonie culturelle ?

Supprimer le seuil pour une proportionnelle intégrale aurait probablement un effet d’éparpillement des gros partis et, dans l’état actuel de l’opinion et du désaveu de tout ce qui est ou semble officiel, l’arrivée de minorités actives, parti islamique, divers indépendantismes, tocades sociétales genre vegan, LGBT, malthusianisme ; ni la nation ni la démocratie n’y survivraient.

La demande forte désormais d’un recours au référendum est à prendre en considération, pour elle-même, mais ce n’est pas l’objet de cet article, mais aussi parce qu’elle exprime la volonté populaire de voir pris en compte son avis nuancé et échappant à la cohérence partisane ; il faut donc donner au peuple cette possibilité d’avoir des représentants moins tenus, plus variés dans leur choix idéologiques. Nous avons vu que la proportionnelle intégrale serait destructrice, nous savons aussi que l’implantation localisée est importante et nous n’ignorons pas que les partis ont une capacité irremplaçable à roder les idées et les individus – l’échec de LREM, comme celui probable de la politisation des Gilets jaunes, montre la limite de la « société civile ».

Le système électoral exposé ci-après pourrait apporter une réponse.

Le scrutin serait uninominal, personnel, à un seul tour, dans des circonscriptions départementales. Pour chaque candidat, l’électeur disposerait de trois bulletins de vote (bleu, jaune, blanc) ; dans l’enveloppe il faudrait mettre obligatoirement trois bulletins, un de chaque couleur. Selon leur couleur les bulletins compteraient respectivement pour 4, 2 et 1 voix, ainsi le citoyen indiquerait finement son opinion au travers des positions de chaque candidat et échapperait  au dogme complet d’un parti. Les opérations de dépouillement seraient un peu plus compliquées mais gérables – c’est un président de bureau de vote qui l’écrit.

Le ministère de l’Intérieur publierait le détail des votes pour chaque candidat donnant ainsi une image des préoccupations dont seraient bien obligés – et avisés – de tenir compte les pouvoirs nationaux et locaux.

On pourrait voir des députés régionalistes élus, sans jamais avoir eu de bulletins « bleus », montrant ainsi une préoccupation compréhensible et sympathique de conservation de traits culturels, mais également le refus d’une rupture  illégitime et dangereuse pour la France. De même il serait possible d’évaluer le degré d’assimilation des religions, où la pénétration véritable des modes sociétales.

Depuis 3 ou 4 ans la France est entrée en vibration, tout devient possible, n’est-il pas temps d’oser innover vraiment ?

Gérard Couvert




Macron finira-t-il comme Caligula ?

Tibère, mauvais empereur, avait un fils valls-heureux mais encombrant ; pour le contrer, le fin politique adopta un jeune loup, qu’il envoya se former auprès des puissantes et riches légions de Germanie où il grandit, s’assurant la connaissance et le soutien de ce milieu.

Quelques années plus tard, inquiet de l’importance que prenait son fils naturel, Tibère rappela son protégé à Rome, lui donna quelques licteurs et la garde du Trésor impérial, et ce bien avant l’âge de la maturité et contre l’avis des sages. La cité s’agitait, il se disait même que les remuants Bonnets rouges de Bretagne étaient au service du fringant questeur ; le forum bruissait de calomnies journalières, matrones et cocottes s’étrillaient, des procès étranges supprimaient des prétendants, une lourde ambiance de fin de règne qui s’acheva, à la faveur trouble d’une primaire bataille d’oreillers où Tibère mourut étouffé. Aidé par quelques grands, bretons justement, le jeune homme fut propulsé empereur ; c’est ainsi que le pouvoir échu à Caligula.

Pas très net coté nanas, amateur, comme le dira plus tard Baudelaire, d’esclaves nus tout imprégnés d’odeurs approfondissant le secret douloureux, notre apprenti se retrouva face à l’immensité déserte de la conduite de l’État. Hélas Marc-Aurèle n’étant pas encore de ce monde, et Cicéron appartenant à une culture latine qui n’existait pas, Caligula ne put savoir que l’humilité et la tempérance sont les mamelles du bon gouvernement. Il ne vit que l’illusion de la gloire que donnent les palais et la garde rutilante.

Isolé par son mépris d’un peuple qu’il ne connaissait pas, méfiant de tous, n’écoutant que sa vieille maîtresse, femme de la plus impudente lubricité, il s’entoura de courtisans, gens de peu, qu’il comblait de bienfaits aux frais de l’État, bientôt ruiné malgré des impôts nouveaux et inouïs. Il n’y eut aucune chose et aucune personne qui ne fût taxée. Désordre public, désordre privé,  Suétone nous dit qu’il sortait le soir dans des lieux malfamés, aimant le théâtre et la danse, mélangeant, dans des spectacles brutaux et vulgaires, des Africains et des natifs. Ne respectant rien ni personne, il défendit que l’on célébrât par des fêtes solennelles les victoires ; il fut le chef de petits rois exotiques, et l’ami de l’empereur des Parthes, ennemis jurés des Romains.

Tout fut bon pour ternir la gloire de Rome ; avec une courbette des inconnus accédaient aux plus hautes charges de l’Empire ; ceux des plus dignes Romains dont les écrits déplaisaient se voyaient contraints de les effacer avec leur langue, souvent, n’y parvenant pas, ils étaient matraqués ou jetés dans des rivières : « Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent ».

Il se plaisait à exciter des querelles entre le peuple et les chevaliers et disait souvent qu’il abolirait l’usage de recourir à la science des jurisconsultes, et jurait qu’il ferait en sorte qu’il n’y eût plus d’autre arbitre que lui.

Non content de nommer au vénérable Sénat des cuistres et des métèques, il y fit entrer son cheval préféré, bête à manger du foin, qu’il fit princeps senatus, une sorte de président de l’Assemblée nationale.

On pourrait avec raison imputer à une maladie mentale les vices les plus opposés du caractère de Caligula, une confiance extrême et une crainte excessive. La colère lui fournissait les mots et les idées. L’enthousiasme l’empêchait de rester en place. Sa prononciation était vive, et sa voix se faisait entendre des personnes les plus éloignées.

Cependant l’Empire entrait en ébullition ; voyant cela le vieux préfet des prétoriens jugea prudent de s’en retourner lugubre dans Lugdunum. Caligula, alors, n’eut plus aucun miroir ; emporté, cruel, il disait tout et son contraire, s’amusant des efforts de chacun pour le comprendre ; sa perversité s’étalait chaque jour, femmes et hommes devenaient les sujets de ses turpitudes, il humiliait ceux-là mêmes qui l’avait servi loyalement. Tribun abscons, il se mettait en scène dans un temple public où il fallait que chacun le voit, et quidam eum Latiarem Iouem consalutarunt ajoute Suétone (« quelques-uns le saluèrent du nom de Jupiter Latial ») ; « Vouloir s’égaler aux Dieux, je ne connais pas de pire folie » réplique Albert Camus dans son exploration du prince ivre d’un pouvoir trop grand pour lui.

« Malheur au pays dont le roi est un enfant et dont les princes ont mangé dès le matin » ajoute, comme écho lointain des malheurs de la cité, l’Ecclésiaste.

Caligula empereur intelligent et dépassé, eut, au moment de lucidité que la mort apporte, cette phrase prémonitoire : « je suis encore vivant ».

Gérard Couvert