1

Je n’ai pas raté le dernier film de Polanski sur l’affaire Dreyfus

Je n’ai bien sûr pas raté le dernier film de Roman Polanski sur l’extraordinaire affaire Dreyfus, sa genèse, et sa catastrophique gestion par la France de l’époque. Son absence de règlement définitivement satisfaisant, et ce qu’elle révèle de l’âme française de l’époque. Et surtout, j’ajoute à titre très personnel, ce qu’il nous faut expressément en conserver aujourd’hui.

Le cinéphile que je suis espère ardemment que le plus grand nombre de mes contemporains ait pu le voir, tant ce qu’il nous montre de la France d’hier peut nous faire mieux comprendre la France d’aujourd’hui. Film original construit sur une approche faussement secondaire mais génialement choisie, et remarquablement scénarisé. Pas un temps mort, et aucune longueur grâce à un montage vif et prenant. Un véritable reportage sur le vif…

À un bémol près : bien que cela soit montré à l’écran, il n’y a jamais eu en France et à cette époque d’autodafé antisémite de livres, ni d’attaques de boutiques tenues par des Français juifs. Cela fut le fait de l’Allemagne nazie, mais aussi antérieurement lors de pogroms en Europe centrale ou en Russie, ou Union soviétique stalinienne. La rigueur historique commande de le souligner… Polanski retrouvant là, pour tenter de les exorciser, les démons mémoriels de son lieu de naissance.

À cette facilité près, son film est un véritable cri, un implacable et parfait réquisitoire contre l’injustice et le scandale, et contre la machine à broyer d’une exécrable raison d’État que tous les principes de la plus élémentaire humanité ne purent stopper.

Mais comme je viens de l’écrire, ce film apparaît surtout comme un remarquable outil d’histoire. Une véritable démonstration – et venant de Polanski, démonstration peut-être involontaire, car elle n’a été soulignée nulle part – sur ce dont est capable l’État d’une nation-patrie quand il s’agit, selon le pouvoir du moment, de sauvegarder le ciment qui lie entre elles ces trois notions sans lesquelles il ne reste plus que la tribu primitive ou le chaos… Et – ce qui fut négligé – au prix du pire des crimes.

Principale leçon : loin, bien loin des âges dits obscurs, du vaste Moyen Âge, leurs poussées de violence et leur prétendu obscurantisme, il s’est trouvé en un pays supposé de grande civilisation, et paraît-il « Patrie des Droits de l’homme », des hommes de pouvoir capables, en toute conscience, de traquer puis de sacrifier un innocent, simplement parce qu’il leur fallait un coupable à livrer ; un peu à l’opinion publique, mais surtout à eux-mêmes. Et à leurs principes déviants, et esclaves de la raison d’État et de ses vertus sanguinaires…

Il faut bien le reconnaître, ces gens-là (comme dit Jacques Brel) eurent beaucoup de chance. Sans avoir besoin de longtemps chercher, ils trouvèrent sous leurs griffes le capitaine Alfred Dreyfus. Ils ne pouvaient espérer mieux.
Celui-ci étant le coupable idéal car réunissant toutes les « qualités » nécessaires. Politiquement et socialement. D’abord de rang suffisamment élevé, mais aussi personnage plutôt antipathique, guindé, hautain, maladroit jusque dans la gestion de ses propres intérêts, sans amis hors sa famille. Définitivement incapable de susciter la moindre once d’empathie, et crime suprême, juif, ne l’oublions pas.
Le Juif, personnification à l’époque de l’être méprisable, l’étranger éternel, le suspect permanent, le traître de principe. Le coupable définitif (*)… Nous savons ce qui sera fait quarante années plus tard de ce monstrueux assemblage.

Jamais Esterhazi, le véritable traître, ne sera, lui, véritablement et publiquement reconnu comme tel : unique et véritable auteur de ce crime de haute trahison. Lui, coupable pourtant, contre Dreyfus pourtant innocent. Simplement parce que, comme je l’ai souligné, ce dernier remplissait trop parfaitement les conditions d’être du nécessaire « bouc émissaire ». Et puis, Ferdinand Walsin Esterhazi n’était-il pas « sympathique », rempli de petits défauts tellement humains et si répandus, et membre d’une bourgeoisie honorable, et à l’insoupçonnable lignée ?…

Le bouc émissaire. Le choix sémantique n’est pas neutre. Le bouc n’étant pas la personnalisation même du Diable et de ses maléfices ? Notion longuement analysée par l’anthropologue et philosophe René Girard (1923-2015), dans Le bouc émissaire (1982), et qui démontre que : …[« Les sociétés ne se maintiennent qu’en rejetant la responsabilité de leurs fautes sur une personne ou un groupe. Il s’agit là véritablement d’une question de survie »]…,  et le même précisera plus tard …[« La foule tend toujours à la persécution, car les causes naturelles de ce qui l’atteint et la transforme en turba, ne peuvent l’intéresser]… [ni la concerner]…

Pour tenter de mieux comprendre de l’intérieur la machine infernale de l’Affaire Dreyfus, et surtout sa logique dégénérée, il nous faut nous pencher sur la France de l’époque 1890/1905. Et il nous faut préalablement tenter de comprendre qui étaient « ces gens-là »…

Essentiellement de haut-gradés d’état-major. Pas des moindres ; officiers supérieurs et officiers généraux, lourdement décorés, tous ministrables. Ne nous y trompons pas, outre celle évidente de l’autorité militaire, ils constituent la véritable caste du pouvoir.
Comment ? direz-vous ! Quid alors de l’autorité civile ? Quid de Casimir-Perier et de Félix Faure ? Mais quand on parcourt la courte carrière politique au sommet de l’institution de ces deux parfaits représentants de la faiblesse citoyenne, on comprend mieux où se situait le cœur véritable de l’État, de sa légitimité et de sa puissance.

Sans perdre de vue l’atmosphère de scandale qui de façon récurrente étouffe le pays. Notamment celui, financier, énorme, de Panama qui vient d’éclabousser et salir une bonne part du monde politique de l’époque, et fait s’effondrer les derniers pans de son honneur.

Que restait-il de propre ? L’Armée. Tout simplement, et dans son éclatante visibilité du ministère de la Guerre. De loin, le plus important de l’époque parmi tous les autres. Le plus populaire aussi. À ce tournant de siècle, il existe entre l’armée française et le peuple français, le lien d’une dévotion qui a fait de ce corps une institution infaillible.
Et malgré la défaite de 1870 qui fut l’humiliation guerrière suprême, une véritable débâcle avant l’heure, l’armée française est demeurée la seule structure de référence qui n’ait pas perdu sa dignité.

Même si cela nous est objectivement impossible, il faut tenter d’imaginer l’atmosphère de cette époque. Au moment où éclate l’affaire, cette humiliation militaire subie par la France date de vingt-cinq ans. Vaincue et localement occupée durant trois années par ses pires ennemis. Rançonnée et surtout amputée d’une part de son territoire. L’Alsace-Lorraine a été arrachée à la chair vive de la patrie. Et cette plaie ne cesse de saigner depuis cette époque.
Imagine-t-on ce que peut représenter une telle épreuve pour un patriote ? La perte définitive d’un territoire reconnu comme national ? C’est là un insurmontable coup de poignard.

D’un tel drame et de ses conséquences, la patrie et l’Armée en sortiront humiliées. Sur la honte d’une déroute scellée en six mois et quelques jours de combat, sera proclamée l’Empire allemand, à Versailles… ! Défaite amplifiée encore par la courte guerre civile que fut l’insurrection de La Commune. L’Armée a retiré de cette succession d’infamies un désir de revanche qui frise à la psychose de la vengeance. Cette volonté obsessionnelle devint sans qu’elle l’ait prévue la clé de son rachat. Elle fut en cela portée et même précédée par l’opinion publique, au minimum pour la question de l’Alsace-Lorraine. C’est ainsi que se prépare l’hécatombe de 14/18.

Pour l’heure ses pouvoirs affectif et effectif sont immenses. Presque égaux à ceux obtenus d’une victoire. La confiance qu’elle inspire aux civils, absolue. Elle devient de fait la seule autorité reconnue et respectée. L’âme de la Nation n’est pourtant pas militariste, sans le savoir elle s’est militarisée dans le mauvais sens du terme. Ce qui est pire…

Ainsi quand l’Autorité militaire suprême marque Dreyfus du sceau de la culpabilité, et il ne faut se faire aucune illusion, elle est aveuglément suivie par l’opinion populaire, et une bonne part du monde intellectuel de l’époque. Sans oublier la majorité de la presse. Bien plus qu’une vague, c’est un raz-de-marée.

Une mécanique infernale se met alors progressivement en marche : corrélativement à la culpabilité absolue chez l’autre, émerge ainsi dans l’âme publique une terrible notion, celle de l’innocence malgré tout : le peuple français devenant par définition préalable, sain, droit et irréprochable, cette honte collective et supplémentaire ne peut plus le concerner. Trop, c’était trop. L’affaire dite Dreyfus ne saurait l’impliquer. La violence de cette pulsion de rejet et sa généralisation vont instantanément prendre la forme d’une pathologie collective.

Car si la France et son peuple ne sont pas coupables de cette succession de catastrophes déshonorantes, il reste donc à inventer enfin ceux ou celui qui devra remplir ce rôle, devenir le bouc émissaire dont le pays a besoin, et afin de le sacrifier sur l’autel expiatoire de l’unité et de la communion nationales.
N’étant pas d’entre nous, le coupable sera donc forcément d’ailleurs. CQFD…

Je ne crois pas, hélas, que cette pathologie ait disparu de l’âme française. En cherchant bien, et avec un zeste de mauvais esprit, elle semble réapparaître dans les grands événements tragiques que le pays a traversés depuis l’affaire Dreyfus. Toujours le même leitmotiv, si l’État peut l’être parfois, la Nation ne peut être coupable. Trahie, trompée, oui, mais jamais coupable.

Il faut insister : cette fonction expiatoire ne peut donc être remplie que par un élément « extérieur », étranger si possible au corpus national dans sa perception la plus étroite (cf. René Girard). En 1895, ce sera Alfred Dreyfus. Que l’on ne s’y trompe pas, on retrouvera cette notion d’élément étranger ou extérieur dans tous les grands drames que le pays traversera ensuite. Jusqu’à de nos jours.

Mais cette vision des choses, ce vertige portant à se construire un monde sans taches et qui lave plus blanc, cette symptomatologie qui se caractérise par la perte du contact avec la réalité porte le terrible nom de schizophrénie… Cliniquement décrite par le psychiatre zurichois Eugen Bleuler, et seulement en 1911. Notons que cette pathologie n’est pas identifiée comme telle quand éclate l’affaire.

Cette atteinte du psychisme, individuelle par définition, peut-elle être aussi politico-sociale et collective ? Existe-t-il une psychiatrie qui puisse décrire la « folie » collective des peuples ? Et nous éclairer sur les conséquences de ce déséquilibre ?
Ce sont là questions sans réponse. Mais questions d’actualité tout de même, car peu de choses séparent la France d’hier de celle d’aujourd’hui. Et de celle d’un passé pour nous récent… Peu, et même rien.

La psychiatrie comportementale s’appuie sur des règles précises, qu’elle concerne un individu ou une collectivité aussi importante soit-elle. La principale est claire : lorsque les conditions se renouvellent, le syndrome doit réapparaître. Inévitablement. C’est là le principe de rechute, et porte le nom plus précis de réplique.

Pour illustrer ce propos avec un sujet point trop violemment polémique, il est possible de se demander, sur un exemple pris entre mille, pourquoi le pays ne parvient pas à admettre sa responsabilité directe dans le naufrage de son système d’enseignement… (Voir en cela le dernier opus d’Alain Finkielkraut  À la première personne)

Sur ce qui précède, on peut en douter. Car le procès permanent qui en est instruit est identique à celui qui constitua l’Affaire Dreyfus. On peut même utiliser le vocabulaire de l’époque : après les avoir choisis, les nouveaux antidreyfusards exhibent les coupables qu’ils ont sélectionnés. Facile, ils sont parfaits, avec des façons et des têtes de coupables et, grâce au Ciel, ils n’appartiennent pas à la tribu des bien-pensants. La Nation n’a plus qu’à ostraciser et bannir.

Tandis que les nouveaux dreyfusards, qu’une immense majorité se refuse obstinément à écouter, nous tendent des miroirs que nous repoussons, car ce que l’on y aperçoit nous remplit d’épouvante. Mais tout cela reste bénin ; il est si bon de se construire un monde-mirage même quand celui-ci euthanasie le réel. Et pour l’heure ce débat qui concerne « seulement » le futur…

Dans le passé, la guerre d’Indochine en inaugura une série d’autres ; les inévitables conflits coloniaux ayant été traités comme autant d’Affaires Dreyfus jamais abouties. Le dernier, le plus dramatique, en fut un modèle éclatant. « Résolu » à sa façon par un général qui n’en n’avait pas oublié les règles immuables de manipulation de l’opinion. Et qui sut remarquablement les conduire et les utiliser.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’Algérie elle-même, celle d’après 1962, n’a pas échappé à ce destin. Après s’être construite comme une caricaturale et gigantesque « affaire Dreyfus » mémorielle, les antidreyfusards, caste de généraux maîtres de l’État, non contents d’avoir lobotomisé le peuple et privé la nation de la réalité objective de son histoire, se sont appropriés une riche patrie comme autant de modernes satrapes.

C’est ainsi que l’on doit réaliser que l’expression « capitaine Dreyfus », devenue nom de principe de l’homme intègre n’ayant eu que le tort d’être au mauvais endroit au mauvais moment, est désormais éternelle, et que ses avatars peuvent être croisés presque partout en France. Individu ou groupe. Ses ennemis sont omniprésents, toujours prêts à surgir et à maudire.
Ses amis inaudibles, quand ils existent, poursuivant une lutte inlassable que le mythe de Sisyphe ne désavouerait point.
Il n’est pas un trimestre, pas un débat national, un conflit, où ne se manifeste désormais cette pathologie politique et sociale diagnostiquée tout à l’heure.

Peut-on en déduire que le pays est malade ? Ne serait-ce pas plutôt un moindre mal et un moyen nécessaire à sa survie ? Les territoires de l’absurde se perdent bien loin derrière l’horizon…

Dernière leçon, la plus implacable peut-être : de ce syndrome redoutable se dégage une terrible loi. Le bouc émissaire ne peut rien pour lui-même. René Girard le confirme dans ses analyses. Il aura beau se défendre, plaider sa cause, s’expliquer, il ne fera qu’alourdir sa culpabilité, la démontrer, même. Pour qu’ensuite elle puisse être gravée dans les livres d’histoire.
Il ne possède pas les moyens de sa rédemption.

Alfred Dreyfus a eu beaucoup de chance. Sa descente aux enfers a croisé la route et les principes d’un colonel Marie-Georges Picquart et le courage d’un certain Émile Édouard Charles Antoine Zola. Son cas est pour l’heure historiquement unique. Disparus, de tels hommes exceptionnels ne doivent pas être remplacés : l’Histoire n’a que faire des justiciers.
Les antidreyfusards pervers, persécuteurs et falsificateurs, ont le champ libre.

Gérard Rosenzweig

(*) Hommage au second chapitre de À la première personne d’Alain Finkielkraut




M. Macron, je vais vous raconter ma famille de criminels contre l’humanité

Monsieur Macron,

J’ai longuement réfléchi avant de vous adresser ce courrier. Il est tellement difficile de reconnaître ses crimes… Mais votre remarquable, lucide, mesurée et sage intervention d’Alger a réussi à m’en donner le courage.

Et voilà, grâce à vous et à cette extrême rigueur qui vous honore, je me suis enfin décidé. Mais par quel bout commencer ? Car il ne s’agit pas de reconnaître un simple et banal petit crime de rien du tout, mais bien hélas de confesser une monstrueuse série de crimes. Crimes contre l’humanité, qui plus est ! Et qui s’étendent, comme vous l’avez pressenti, sur plusieurs générations…

Je trouve, entre parenthèses, que votre déclaration télévisée et mondialement diffusée était d’ailleurs bien timide. « Crimes contre l’humanité », « barbarie », peut-être que, lorsque l’on a décidé de salir sa propre patrie sur une terre étrangère, faut-il encore prendre quelques gants.

Mais au fond je pense que vous avez bien agi et qu’ainsi, par ces mots odieux dont vous ne pourrez plus jamais vous détacher et qui désormais vous poursuivrons, vous êtes parvenu à payer le juste prix de ces dizaines de milliers de voix dont vous allez avoir grand besoin dans quelques semaines. Chacun reçoit les trente deniers qu’il peut, car il n’est pas de petit judas… Mais pour le grand politicien que vous êtes, cela n’est que broutille.

Venons-en maintenant à mes propres aveux. Vous l’avez compris, je fais partie de ce million de Français d’Algérie qui , les mains rouges du sang de nos esclaves musulmans, ont pris en 1962 le juste chemin de l’exil. Certes, ma culpabilité est presque mineure par rapport à celle de mes ancêtres ; je n’avais alors que vingt ans. Mais rassurez-vous, conscient de ma prédestination et du châtiment qui s’approchait, j’ai mis les bouchées doubles.

J’habitais dans le faubourg d’Eckmühl, quartier très populaire d’Oran. Imaginez un peu : Il y avait en ce petit bout de France à peu près autant de représentants de chacune des trois communautés (comme l’on dit aujourd’hui). Imaginez l’horreur : on jouait ensemble, et souvent même on était copains.

Pis encore : on fréquentait les mêmes écoles et les mêmes classes ! N’est-ce pas là le plus grand des crimes contre l’humanité qui se puisse rêver ? Mais vous avez certainement compris que si nous cohabitions ainsi, c’était pour humilier un peu plus les fils de nos esclaves.

Mon père est né aussi à Oran. Porté par sa vocation de futur criminel contre l’humanité, il commença à travailler à 14 ans, et je vous passe dans quelles conditions. Après son retour d’une seconde guerre mondiale à laquelle il donna volontairement quelques années de sa courte vie, c’est à ma naissance qu’il entra comme ouvrier ajusteur-mécanicien à l’usine Berliet d’Oran, et comme vous l’imaginez, pour un salaire royal.
Mon infâme exploiteur de père n’hésita pas à vivre les mains dans le cambouis, et les oreilles brisées par le bruit permanent des moteurs.

Crime contre l’humanité : 48h de travail par semaine. Autre crime contre l’humanité : son chef d’atelier se prénommait Miloud (très important : à souligner dans son dossier d’accusation). Son dernier crime contre l’humanité : il mourut de tuberculose et un peu d’épuisement lorsque j’ai eu quinze ans. Il en avait cinquante trois ; il en paraissait soixante-dix. Quelle barbarie…

Sans doute enrichie dans le commerce des esclaves, ma mère put ensuite acheter une gigantesque épicerie de 16m2. Sans doute encore pour humilier un peu plus ses nombreux clients musulmans, elle ne baissait son rideau qu’entre 21 et 22h, été comme hiver. Quelle horreur, quelle barbarie, devez-vous penser avec raison ! Mais elle ne s’en tint pas là, elle aussi ayant l’âme d’une grande criminelle contre l’humanité, elle laissa piller notre magasin et échappa de justesse à une (juste) mort ; C’était fin juin 62.

Quelques jours plus tard, elle échappait de nouveau à une seconde (juste) mort : le 5 juillet 62, jour de justice comme vous devez les apprécier sans doute, où un petit millier d’autres Français d’Algérie, coupables d’une multitude de crimes contre l’humanité, furent enlevés et assassinés au hasard des rues. Mille morts…, hommes femmes enfants mêlés, c’est peu cher payé sur une population locale de plus de deux cent mille criminels contre l’humanité.

Leurs dépouilles justement martyrisées furent jetées au lieu-dit du Petit-Lac à Oran. Mais foin de ces salauds, il est tout à fait compréhensible que vous ayez plutôt choisi de déposer une gerbe sur la tombe de Roger HANIN ; lui peut être exempté du chef d’accusation de crime contre l’humanité, puisqu’il eut la bonne idée de définitivement quitter son Alger natal dès 1951. C’est sûrement pour cela que vous n’avez pu déposer la moindre fleur sur ce charnier d’Oran…

Je suis à peu près certain que vous avez dû en débattre longuement avec vos honnêtes interlocuteurs du désormais provisoire gouvernement d’Alger. Et que vous avez sûrement obtenu d’eux la prochaine ouverture des archives algériennes toujours inaccessibles.
Mais non, c’est idiot, surtout pas ! Sans doute ces dignes personnages craindraient-ils d’aggraver notre cas devant votre tribunal. Ah, les braves gens…

Revenons aux barbares et autres criminels de ma famille. Mon grand-père, né en 1875 à Tlemcen, qui assouvit ses pulsions morbides et racistes en posant les voies du chemin de fer d’Algérie (CFA) durant plus de vingt ans.
Mon arrière grand-père né en 1852, qui connut lui aussi une dure vie criminelle de forgeron maréchal-ferrant. Selon les souvenirs trafiqués de mon odieuse famille, il mourut d’ailleurs des suites d’un mauvais coup de pied de cheval. Pas si bête la bête, déjà un criminel contre l’humanité en moins.

Le grand-père du grand-père enfin. Celui-là, on ignore presque tout de sa vie ; il parait qu’il ne savait pas écrire. Bien fait pour ce tout premier criminel amené à sévir en cette pacifique et paisible terre algérienne !

Né en 1820 en Pologne, et sans doute avide de débuter une longue carrière de crimes contre l’humanité, il fuit Lwow et ses réguliers pogroms, traversa l’Europe à pied à 20 ans, et se retrouva deux ou trois ans plus tard dans une immonde cahute de torchis près de Tlemcen.
Esclavagiste dans l’âme, il parvint très vite cependant à nourrir une belle engeance de futurs criminels colonialistes. C’est lui la source originelle de mon épouvantable lignée d’ancêtres, et dont la belle carrière criminelle a dû servir de modèle à tous les Himmler de l’Allemagne nazie.

Ce dossier est bien long ; vous m’en excuserez. Mais votre acte d’accusation doit être circonstancié et précis. J’espère y avoir contribué.
A quand les débuts de cet immense procès qui devrait éclipser son modeste précédent de Nuremberg ? Je compte sur vous pour y tenir la digne et haute fonction de procureur général (Président de la République Procureur Général, pas mal comme titre…), mais connaissant votre calme, votre sagesse d’orateur et vos grandes capacités de saine réflexion, vous n’aurez aucune peine à surpasser la pourtant belle performance de M. Robert Houghwout Jackson.

Quand les sbires de votre future police viendront m’arrêter, prévenez-les quand même que je suis prêt à signer tous les aveux qu’ils voudront. Et que je suis même volontaire pour témoigner contre tous ces fichus Pieds-noirs que je n’ai même pas connus.
Barbare émérite, criminel contre l’humanité moi-même, je sais de quoi, dès le berceau, ce million de criminels était capable, et jusqu’à la valise ou au cercueil…

Permettez-moi pour finir de souligner respectueusement une terrible fausse manœuvre de votre part : redire à des Pieds-noirs pensant les séduire « Je vous ai compris », cela m’a laissé pantois. Là, vous m’avez déçu. Je suis à peu près certain que cette bande de salopards criminels (dont je suis) va vous en vouloir longtemps.

De plus, la citation est douteuse dans sa portée. N’est-ce pas Alain DUHAMEL qui, en décembre 2009, qualifia le Général auteur de cette funeste phrase, de plus grand traître de l’histoire de la France moderne ? Justement pour cette phrase de juin 1958, et son comportement ultérieur en Algérie.
Mais ce grand homme reste bien excusable, lui qui savait déjà l’emprise qu’exerçait sur ce malheureux pays notre innommable bande de barbares et de criminels contre l’humanité…

Ah , deux détails encore à vous signaler pour votre futur réquisitoire . Au moment des fêtes pascales communes aux juifs et aux chrétiens, nos quartiers populaires et néanmoins criminels devenaient le lieu d’un échange qui incluait également la communauté musulmane : pendant quelques jours s’offraient triangulairement mounas, zlabias, makrouds et autres galettes azymes.

Grâce à votre révélation, je me demande maintenant si ma mère n’enrichissait pas sa production de quelques pincées de poudre de zyklon B. J’ai maintenant un doute…

Second détail : Toujours très barbares, les vieux criminels contre l’humanité ont pris l’habitude de retourner de temps en temps en Algérie sur les lieux de leur enfance et de leurs innombrables crimes. Et comme vous le devinez sans doute, ils sont toujours plus que chaleureusement accueillis par leurs vieilles victimes. C’est tellement évident et logique, n’est-ce pas ?

Qui dois-je saluer ? Le Procureur ou le futur Président de la République ? Dans le doute je saluerai les deux hautes fonctions.
Gérard ROSENZWEIG
Cinquième génération, dont quatre nées en Algérie.
Toutes les cinq Algérie-Française sans le moindre scrupule.




BFM-TV et I-Télé censurent Sarkozy quand il s’engage devant Pieds-Noirs

sarkozyharkisLe samedi 24 septembre dernier, Monsieur Nicolas SARKOZY s’est rendu à un meeting de campagne à Perpignan.

Profitant de cette présence dans sa ville, le maire de Perpignan l’a invité a venir déposer une gerbe devant le Mur des Disparus (Français d’Algérie enlevés et jamais retrouvés durant la guerre d’Algérie et surtout les 700 victimes civiles du massacre du 5 juillet 1962 à Oran, et également jamais retrouvées);

  1. SARKOZY a donc accepté de rencontrer la délégation Pied-noir (représentant le Cercle Algérianiste) dont j’ai fait partie et d’entamer un échange général et cordial.

Cette rencontre a eu lieu après le dépôt de gerbe qui a duré plus de vingt minutes, dans la grande salle d’exposition qui est incluse dans notre Centre National de Documentation.

Fidèles à notre esprit et à nos engagements, une délégation des associations Harkies de la région a été immédiatement invitée.

Ont participé à cette réunion, environ une trentaine de membres du Cercle algérianiste (dont son président national M. Thierry ROLANDO et sa vice présidente Mme SUZY SIMON-NICAISE) ainsi qu’une quinzaine de représentants des associations harkies. Ainsi que M. PUJOL Maire de PERPIGNAN, et de nombreux membres des Elus et Autorités locales. En tout environ une soixantaine de personnes. Outre le temps passé au dépôt de gerbe, la réunion elle-même a duré plus d’une heure.

Une presse importante était présente : J’ai bien identifié les équipes de BFM-Télé et de I-Télé, ainsi que FR3 régional. Celles-ci ont filmé la totalité de l’événement, les présents, et presque la totalité des échanges effectués à l’adresse des Pieds-noirs présents et à l’intention des Harkis.

Véritable scandale : le soir-même et le lendemain matin dimanche 25 les deux chaines nationales ont répercuté le déroulement de l’après-midi de la façon suivante :

Dans les divers flashes et interviews qui ont été retransmis à l’écran, plus aucune trace du dépôt de la gerbe devant le Mur des Disparus. Plus aucune trace de la Marseillaise chantée et du Chant des Africains entonné à pleine gorge y compris par M. SARKOZY…

Plus aucune trace des échanges francs et clairs entre le candidat et les représentants du Cercle algérianiste qui étaient de fait les porte-parole de la communauté des Français d’Algérie.

Plus aucune trace des engagements pris par M. SARKOZY, et concernant la tragédie du 5 juillet 1962 à Oran, la fusillade du 26 mars à Alger, et la douloureuse commémoration officielle du 19 mars 62. Date absurde qui ne correspondait à rien de réel, sauf à la volonté obtuse de la FNACA.

Les reportages de BFM-TV et I-Télé autorisés à passer à l’écran n’ont plus concerné que les contacts avec la communauté Harkie et les engagements pris auprès d’elle. Pas l’ombre d’une image ou trace du moindre contact avec le Cercle algérianiste et notre communauté.

Est-ce cela de l’information ? ? Est-cela la dignité et l’honneur de la noble fonction de journaliste ?

 Gérard Rosenzweig




Une pétition pour faire reconnaître l’abominable massacre de Français d’Algérie, le 5 juillet 1962, à Oran

http://www.mesopinions.com/petition/droits-homme/massacre-oran-5-7-62-silence/10721

Bien chers amis de Riposte Laïque,

Je suis heureux de vous adresser ce courrier qui veut vous informer du travail d’un petit groupe concernant le massacre du 5 juillet 1962 à Oran.

Ce groupe s’est constitué courant juin dernier. Il a pris le nom de « Collectif pour la vérité sur le massacre du 5 juillet  1962 à Oran ».

C’est ainsi que ce petit groupe a conçu et  rédigé une pétition internationale pour obtenir la  reconnaissance du terrible massacre survenu ce jour-là à Oran.

Pourquoi « internationale » ? Parce que nous devons bien admettre que toutes les tentatives  à dimension nationale faites pour obtenir cette reconnaissance ont échoué, et cela malgré la somme d’efforts déployés…

Une remarquable exception matérielle : L’exemple du remarquable travail accompli par Suzy SIMON-NICAISE, avec le Mur des Disparus de Perpignan, et qui constitue un succès absolu. Cette réalisation, menée à son terme contre une multitude d’oppositions et d’opposants, démontre qu’un bon projet peut vaincre tous les obstacles, toutes les haines.

Cette tragédie, bien sûr, vous ne pouvez que la connaître. Nombre d’Oranais parmi nous l’ont vécue par la perte d’un proche.

Tous, nous la portons en nous comme une blessure toujours sanglante.

Massacre toujours rejeté et nié par ceux-là même  qui, à l’époque, s’en sont faits complices  par leur passivité volontaire, et les autres, ces assassins qui se sont rendus coupables d’un crime contre l’humanité.

De 1962 jusqu’à ce jour, silences complices. Silence criminel de deux Etats. Il me faut maintenant rappeler ces circonstances que vous connaissez, et qui nous ont  conduits et déterminés à engager ce nouveau combat.

Oran, 5 juillet 1962 : plusieurs centaines de Français d’Algérie, civils,  hommes, femmes, enfants, sans distinction, ont été tuées dans cette ville.

Ce nombre minimal de victimes a probablement été dépassé ; mais étant donné la fermeture des archives algériennes et l’inaccessibilité globale des françaises, statu quo toujours en vigueur, le nombre exact en demeure toujours inconnu. Plusieurs centaines sûrement, des milliers peut-être…

Les familles des victimes et leurs descendants, ne pouvant faire entendre leur voix,  n’ont jamais pu effectuer le travail de deuil, car les corps n’ont jamais été ni rendus ni même recherchés.

Ni faire reconnaître le drame de leur douloureuse situation, et obtenir enfin la simple compassion nationale.

Car ceux qui ont vécu ce type de drame savent qu’un Disparu forcé n’est jamais un mort. Il demeure un vivant virtuel pour des dizaines et des dizaines d’années… Cinquante-et-un ans après cette épouvantable tragédie, nous voulons parvenir à rompre enfin ce terrible silence d’une histoire manipulée. Notre moyen est cette pétition.

Mais pétition que nous voulons internationale, et que nous adressons en tout premier lieu à l’ensemble des citoyens des nations de ce monde pour obtenir leur soutien.

Et puis ensuite, nous appuyant sur cette force, à l’ensemble du peuple français.

Surtout, nous refusons tout formalisme politique et toute récupération de quelque ordre que ce soit. Ceux qui ont été assassinés il y a cinquante et un ans représentaient toutes les sensibilités et toutes les religions.

Nous désirons que des historiens internationaux, français, ainsi qu’algériens (nous les en défions),  puissent enfin examiner les archives qui existent, et accorder enfin ainsi le repos à l’esprit et la mémoire de ces morts sans sépulture.

Notre initiative n’a qu’un but : plaider la cause éternelle de ces victimes oubliées.

N’oublions pas : même si les raisons en sont plus que discutables, la France vient bien de reconnaître officiellement les morts ( ?) du 17 octobre 1961 à Paris. Après avoir enfin reconnu sa responsabilité dans l’inadmissible abandon et l’affreux massacre des Harkis.

Nos morts du 5 juillet 62 attendent toujours…

Notre pétition est en train d’être mise en place sur sites et blogs internet(*). Ceci dans l’esprit universel  de la Journée Mondiale des Disparus, commémorée le 30 août.

Elle est traduite en onze langues(**). Pour assurer son lancement, et lui ouvrir la plus grande audience possible, nous  nous étions fixés comme but de départ, l’obtention de cent signatures prestigieuses et internationales.

Nous en sommes déjà à près de deux cents.

C’est ainsi que notre initiative a réuni les signatures de nombreux philosophes (dont Robert REDEKER, Michel ONFRAY, Jean-François MATTEI et Pascal BRUCKNER), des juristes (dont Benjamin HODGSON des USA), nombre d’historiens (dont Raphaël DELPART, Georges BENSOUSSAN, Annie SUGIER , Pierre VERMEREN et Jean-Jacques JORDI). Des universitaires (dont M. COHEN-TANNOUDJI  prix Nobel de physique ), des professeurs internationaux (dont Elena STEICIUK de Roumanie et Antoine ABDO du Liban), des journalistes (dont Robert MENARD, Ivan RIOUFOL, Jacqueline BRODIE du Québec et Marta RAPAI de TV Hongrie),  des écrivains, des musiciens de renommée mondiale  (dont M. Evgeni KISSIN), des acteurs de théâtre (dont Marthe VILLALONGA et Robert CASTEL), des champions sportifs (dont Héda FROST), d’éminents citoyens comme M. Alain ZELLER.

Nous avons également obtenu la signature de plusieurs intellectuels algériens, certains vivant à Alger (dont M. Boualam SANSAL écrivain édité chez Gallimard que nous avons invité à deux de nos congrès annuels, et Youcef  ZIREM écrivain), ainsi  que des intellectuels israéliens (dont M. Benny MORRIS), sans oublier l’association de défense des Arméniens disparus  lors du génocide de 1915 /1916, et l’association argentine des disparus, à l’époque de la dictature militaire entre 1976 / 83.

Sans oublier celle de M. Pascal HILOUT que nous remercions.

Et puis ensuite ? Si nous atteignons notre but, si notre pétition recueille le plus vaste nombre possible de signatures, et avec l’aide d’un grand avocat parisien que nous avons déjà contacté pour ses conseils,  nous déposerons notre demande de reconnaissance  auprès de plusieurs organismes internationaux en charge du problème mondial des « disparitions forcées », des ONG humanitaires, et des services dépendants de l’ONU.

Grâce également à l’aide de quelques députés favorables,  nous pourrons solliciter auprès d’eux le dépôt d’une  question écrite au gouvernement. La France ne pourra plus nous ignorer…

Nous voulons une reconnaissance officielle de ce massacre, égal en horreur à celui d’Oradour-sur-Glane.

C’est dans ce but, et pour l’heure,  que nous voulons faire appel aujourd’hui à toutes les bonnes volontés ; à tous ceux qui ne supportent pas le mensonge et l’oubli.

Nous voulons que notre cri prenne aujourd’hui la dimension de l’Histoire, la dimension du monde entier, afin que le négationnisme français qui nous étouffe, ne puisse plus nous faire taire.

Je sais, il s’agit là d’un vieux combat. Mais tant que nous serons vivants, nous ne pourrons l’abandonner. Si nos cheveux sont blancs, nos cœurs sont restés ardents ; nous avons tous à défendre la mémoire de ces Disparus. Il faut même à les réhabiliter dans leur dignité (méprisée), et leur honneur (piétiné).

Je ne doute pas que vous tiendrez à nous soutenir et nous aider dans notre quête de vérité et de justice.

Comment ? Si vous le voulez bien, en publiant ce courrier dans les colonnes de votre site, et permettre ainsi qu’il soit relayé par vos lecteurs.

Ceux-ci le faisant circuler, lui et le texte de notre pétition en direction de leur presse locale, leurs représentants parlementaires et locaux  quelle que soit leur étiquette, et de tous ceux qu’ils estimeront susceptibles de s’interroger sur ce qui s’est réellement passé ce jour-là à Oran. Où qu’ils se trouvent. Et surtout à l’étranger.

Vous trouverez en tête de cette lettre, le texte en Français de notre pétition. Nous disposons de onze traductions, et qui ont été établies, non par des logiciels, mais par de véritables traducteurs-enseignants de ces langues).

Je reste à votre disposition pour toute information complémentaire.

Je vous prie d’accepter l’expression de  mes sentiments les plus amicaux.

Gérard  ROSENZWEIG

Membre du comité international de coordination.