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J’ai voulu dédiaboliser le RN et défendre les idées de sa présidente

Nous avons reçu un ouvrage rédigé par un auteur atypique, Gilles Uzzan, comme cet entretien avec lui vous le confirmera.

Riposte Laïque : Vous venez de publier un essai, « Nouveau Regard sur le Rassemblement National ». Avant d’évoquer ce livre, pourriez-vous d’abord vous présenter à nos lecteurs.
Gilles Uzzan : Médecin psychiatre addictologue, et expert judiciaire près de la cour d’appel d’Amiens, je suis installé en libéral à Villers-Cotterêts et occupe un temps partiel à l’APEI des 2 Vallées, établissement d’accueil pour handicapés mentaux situé à Coyolles.
J’exerce par ailleurs à la clinique psychiatrique de Pierrefonds. Praticien hospitalier à l’hôpital psychiatrique de Prémontré, dans l’Aisne, pendant 16 ans, j’ai occupé le poste de chef du pôle médico-judiciaire.

Riposte Laïque : Vous dites donc être un déçu d’Emmanuel Macron (on devine donc que vous avez voté pour lui) et vous auriez rejoint le Rassemblement National en 2019, suite à des contacts avec le maire de votre ville, Villers-Cotterêts. Est-ce donc Franck Briffaut qui vous a fait évoluer d’une manière aussi spectaculaire ?
Gilles Uzzan : J’ai effectivement été déçu par Emmanuel Macron, à qui j’avais pourtant donné mon vote de confiance. Déçu de sa politique et de sa manière de gouverner. Une façon un peu hautaine, distant du peuple. Nicolas Sarkozy et François Hollande ne m’ont pas séduit non plus. En effet, les conditions de travail à l’hôpital public se sont dégradées, on manque d’infirmiers dans les Ehpad (une infirmière pour 50 résidents !), de places pour les handicapés mentaux. La criminalité augmente et du même coup, la population carcérale, le terrorisme s’est installé, on assiste au retour des actes antisémites, nombreux ceux qui vivent dans la précarité. La République est en danger.

La France souffre a perdu confiance en elle et en ses dirigeants.
En tant que psychiatre, j’écoute la souffrance des gens : souffrance morale au travail, harcèlement scolaire, conduites addictives, troubles psycho-sociaux et cela m’a donné envie d’aller plus loin et de m’engager politiquement.
La France a perdu sa souveraineté à cause de la mondialisation. Elle est instrumentalisée par l’Union européenne. La crise sanitaire du coronavirus a mis en lumière la fragilité de l’Europe. Car chaque pays membre a géré la crise à sa façon, dans son propre intérêt, avec un terrible manque de coordination. Soyons clairs, l’Union européenne n’est pas une nation. Emmanuel Macron a perdu beaucoup de temps dans la gestion de la crise sous prétexte d’une concertation européenne. Par manque d’anticipation, le gouvernement a été dépassé. On a assisté à des décisions prises sur le tas, de façon chaotique et ambivalente.

Dès le départ de la crise sanitaire, Marine Le Pen proposait de fermer les frontières. Israël n’a pas hésité à le faire, si bien que le taux de contamination était au plus bas au début de la pandémie. Mais un déconfinement trop rapide, en été, a aggravé la situation.
Bien qu’intelligent et très cultivé, Emmanuel Macron n’est pas un homme de terrain. En témoigne le dialogue de sourds avec la population lors de la crise des Gilets jaunes. Lorsque je me suis intéressé aux diverses propositions faites par Marine Le Pen en 2017, j’ai trouvé des vérités : lutte contre la criminalité, le terrorisme, l’illettrisme, l’Europe des Nations, limiter les migrants pour mieux les intégrer, respecter les valeurs républicaines…

J’ai rencontré Franck Briffaut à l’occasion de diverses manifestations organisées par l’APEI des 2 Vallées. Il m’avait remercié de m’être installé à Villers-Cotterêts. Nous avons beaucoup échangé et il m’a réconforté quant à l’idéologie du RN. Lui-même est un humaniste. Travailleur acharné, c’est un amoureux de la France. Aussi, lorsqu’il m’a proposé d’être sur sa liste pour les municipales de mars 2020, j’ai accepté. Nous avons été élus dès le premier tour et je suis depuis, conseiller municipal.

Riposte Laïque : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre, qui est très élogieux pour Marine Le Pen, pour qui vous semblez avoir beaucoup d’admiration, et pour son programme ?
Gilles Uzzan : Ce livre est une introduction à mon engagement politique. J’ai voulu rendre accessible la politique générale de Marine Le Pen et montrer qu’il n’y a pas de xénophobie, ni d’antisémitisme dans son programme.
Marine Le Pen respecte la liberté d’expression et de pensée. Ce qui l’intéresse, c’est de récolter les bonnes idées pour la France.
Il s’agit, par cet essai, de dédiaboliser le RN et de défendre les idées de sa présidente.

Riposte Laïque : Vous n’auriez donc jamais adhéré au Front National de Jean-Marie Le Pen ?
Gilles Uzzan : Comme je l’ai écrit dans mon ouvrage, le Front National a évolué. On ne peut nier que Jean-Marie Le Pen, président du FN, a fait preuve de dérapages continuels à propos de la Shoah et de déclarations antisémites qualifiant en particulier les camps de concentration de « détail de l’histoire ».
Toutefois, Marine Le Pen, depuis son élection à la tête du parti, s’est attachée à gommer les aspects les plus contestables que son père incarnait.
Beaucoup en doutent, mais personnellement j’y crois. Marine Le Pen n’a jamais remis en question les camps de concentration, ni fait la moindre déclaration antisémite. Elle ne verse pas dans la calomnie ni dans la stigmatisation. Elle se veut avant tout une femme politique.
Aussi pour répondre à votre question, je n’aurais jamais adhéré au FN de Jean-Marie Le Pen.

Riposte Laïque : Vous vous présentez au début de votre ouvrage comme juif traditionaliste, et vous insistez sur la réalité de l’ensauvagement de la France et le péril islamiste. Pourtant, nombre de Juifs de gauche, comme le Crif, la Licra ou l’UEJF qualifient le RN de parti fasciste, voire nazi, et militent pur une immigration massive, souvent musulmane, qui met en danger, d’abord, vos coreligionnaires. Comment expliquez-vous cela ?
Gilles Uzzan : Le peuple juif est composé de diverses tendances. Le judaïsme est pluriel, attaché à la liberté de pensée.
Le Talmud (texte fondamental du judaïsme) est un exemple de démocratie : il a pour particularité de rapporter toutes les opinions énoncées par les grands rabbins autour des préceptes religieux, même celles qui ne sont pas retenues par la loi.
Je ne suis pas d’accord avec les Juifs de gauche, mais je respecte leur point de vue. C’est une question de tolérance et de respect.

Riposte Laïque : Vous êtes, entre autres, psychiatre et addictologue. Votre engagement nouveau vous vaut-il certaines inimitiés dans votre milieu professionnel ?
Gilles Uzzan : Mon ouvrage vient d’être publié. Donc, je n’ai pas encore reçu de réactions de la part de mes collègues ou mes amis. J’ai écrit cet essai aussi pour expliquer ma position politique et mon adhésion au RN.
Je m’attends à tout type de réactions. Lorsqu’on s’engage politiquement, on assume et on doit accepter le débat. C’est la base de la démocratie.
Je suis convaincu que l’on peut garder des liens très cordiaux avec qui que ce soit même si on ne partage pas les mêmes idées.
Quoi qu’il en soit, comme je l’écris dans mon livre, « je préfère perdre avec mes idées que gagner avec celles des autres ».

Riposte Laïque : Nombre de lecteurs de Riposte Laïque, hostiles au confinement et aux mesures liberticides du gouvernement, et sceptiques sur la version officielle présentée, sont très déçus de la position du RN sur ce sujet, et préfèrent de loin la position combative de l’ancien numéro deux du RN, Florian Philippot. Comment réagit le professionnel de santé que vous êtes ?
Gilles Uzzan : Marine Le Pen a été claire dès le début de l’épidémie, préconisant la fermeture des frontières. On lui a répondu, à tort : « ce virus n’a pas de passeport ». Cette fermeture des frontières aurait été la meilleure façon de protéger la population et d’éviter ainsi les confinements stricts qui ont tué notre économie. Je pense en particulier aux PME, aux artisans et aux commerçants de proximité.

Responsabiliser les individus par les mesures barrières assorties à la fermeture des frontières aurait pu protéger tout autant contre l’épidémie. On n’a pas fait confiance aux Français alors que ces derniers sont capables de responsabilités. On a préféré à tort limiter leurs libertés individuelles. Cette situation génère des effets collatéraux particulièrement anxiogènes. Je suis actuellement débordé à mon cabinet, compte tenu des troubles psychiques engendrés par l’épidémie, le confinement et la crise économique.

Quant au vaccin, je suis dubitatif. Les laboratoires ont déjà démontré le profit d’intérêt engendré par de nouvelles molécules et de nouveaux vaccins. L’affaire du Médiator, de la Dépakine, du Lévothyrox en sont les exemples les plus récents. J’espère que ce vaccin ne sera pas rendu obligatoire. Pour ma part, je pense que nous n’avons pas assez de recul pour s’assurer de l’absence d’effets iatrogènes.

Riposte Laïque : Vous ne cachez pas, dans votre conclusion, votre amour de la France, votre reconnaissance à ce pays qui vous a accueilli, et vous appelez à son redressement. Et pour vous, cela passe donc par une victoire de Marine Le Pen en 2022.
Gilles Uzzan : On délégitime Marine Le Pen en lui collant une étiquette de xénophobe et d’antisémite, plutôt que de discuter ses arguments. Cela s’appelle, comme le dit justement Jean Sevilla, du terrorisme intellectuel, qui consiste à diaboliser quelqu’un dont les idées ne plaisent pas en le qualifiant de réactionnaire, fasciste, colonialiste, raciste, homophobe, etc.
Marine Le Pen n’a pas peur du regard des autres. Elle défend farouchement ses opinions avec beaucoup d’audace en ne cachant pas son euroscepticisme, son opposition à une politique mondialiste, son attachement à l’identité nationale et aux valeurs de la France, mais je suis persuadé qu’elle reste sincèrement attachée à la démocratie : « Je veux que les décisions soient prises au plus près des citoyens et directement contrôlées par eux » écrit-elle en introduction de ses engagements présidentiels en 2017. Pour toutes ces raisons, je pense effectivement que la France a besoin d’une personnalité comme Marine Le Pen pour son redressement.

Riposte Laïque : Comment peut-on se procurer votre livre ?
Gilles Uzzan : Dans toutes les librairies, ou en ligne sur Amazon et Fnac.

Riposte Laïque : Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Gilles Uzzan : Mon engagement politique en qualité de conseiller municipal est une manière pour moi de remercier la France, mon pays d’accueil.
Migrant, né en Tunisie, juif et de surcroît pratiquant, la France m’a tout donné. Je suis quelque part la preuve que le RN aujourd’hui n’est pas un parti xénophobe et antisémite, car j’ai été accueilli avec beaucoup de respect.

Franck Briffaut m’a conforté dans l’idée de rester moi-même : ma culture, ma religion, mon identité. Il n’est pas question pour moi de m’assimiler au nom d’une idéologie politique.
La priorité aujourd’hui est de combattre le terrorisme. Il n’y a plus de place pour les polémiques.
De par sa position intransigeante au sujet du terrorisme, Marine Le Pen apparaît ici comme un bouclier contre le fondamentaliste islamiste.

Propos recueillis par Pierre Cassen