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Le syndrome de la grenouille cuite

Une grenouille nage dans une marmite remplie d’eau. Un feu est allumé sous la marmite de façon à faire monter progressivement la température. La grenouille  nage sans s’apercevoir de rien. La température continue de grimper, l’eau est maintenant tiède. La grenouille s’agite mais ne s’affole pas pour autant. La température de l’eau continue de grimper. L’eau est cette fois vraiment chaude,  la grenouille commence a trouver cela désagréable, elle s’affaiblit mais supporte la chaleur. La température continue de monter, jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir. Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50 degrés, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée aussitôt de la marmite. Cette expérience montre que, lorsqu’un changement s’effectue d’une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart de temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte. La parabole de la grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite traduit le phénomène d’habitude et de passivité dans un environnement qui se dégrade progressivement au point de mettre sa propre vie en péril. C’est donc une métaphore qui est souvent utilisée pour dénoncer la passivité de l’homme et inciter à l’éveil des consciences.

L’ISLAM 

L’Islam est la parole de Dieu annoncée par le Prophète dont la mission est de « faire parvenir  le message ». À l’instar du christianisme qui considère la Bible comme textes sacrés, les musulmans considèrent l’inimitabilité du Coran comme miracle. Ce qui lui confère un caractère divin. Résister à la parole du Coran, c’est donc commettre un acte de pure rébellion. La conséquence de ces idées, c’est qu’il faut faire admettre au monde et aux infidèles en particulier la vérité de la révélation et l’excellence de la Loi coranique, et ce, par tous les moyens nécessaires, y compris le jihad en dernier recours. Certains jugèrent même qu’il constituait un sixième pilier de l’Islam. Donc lutter d’abord à l’intérieur même des pays musulmans, en pratiquant un jihad interne à l’encontre de ceux de leurs coreligionnaires accusés de pactiser avec l’Occident, avec le « Grand Satan », puis partout dans le monde au sein des pays non musulmans pour les affaiblir, les déstabiliser, avec l’espoir de les réduire un jour à un état de désordre et d’impuissance qui permettrait de renverser leur civilisation, leur culture, leur religion, pour instaurer à leur place la Loi musulmane, véritables moyens destinés à la conquête et adaptés aux temps modernes !

Tout ce qu’on peut dire, c’est que l’Islam, par beaucoup de ses traits et par son histoire passée, par son désir conquérant, pose des problèmes que ne pose aucune autre des grandes religions. Curieusement donc, alors que les pays européens se demandent comment intégrer les musulmans qui vivent sur leur sol, la majorité silencieuse des musulmans pense que ce sont au contraire ces pays qui doivent intégrer dans leurs lois et leurs coutumes le maximum d’éléments musulmans. Si ce genre de conquête n’est pas le fait des armes, elle n’en est pas moins le fait d’une volonté insidieuse, non seulement de convertir des individus, mais de prendre pied et position dans la vie sociale et politique des pays d’accueil.

De plus, la modernité occidentale vient heurter de plein fouet les croyances d’une société rurale et patriarcale attachée à un seul Livre. Tout comme la défaite de la Première Guerre mondiale et l’humiliation du traité de Versailles ont réveillé le fanatisme germanique et la gloire rêvée du peuple aryen, les défaites répétées du monde arabo-musulman et son incapacité relative à faire face aux assauts d’une modernité favorisent le développement en son sein d’une profonde frustration et du besoin de revanche d’une frange radicale qui voudrait imposer une interprétation et une conduite de la religion. Si une majorité de musulmans ne s’y oppose pas toujours, c’est surtout pour ne pas paraître donner raison à ceux qu’elle considère comme des impies de sa foi : nous !

Le courant salafiste est le plus présent. Le mouvement a pris racine dans les banlieues des grandes villes, parmi les jeunes de familles immigrées. Le vrai musulman doit adopter dans tous les mouvements de sa vie le comportement du prophète : vêtement, nourriture, barbe, gestes de la vie courante doivent être des reproductions minutieuses du tout premier islam à Médine. Les adeptes sont hostiles à tous les régimes politiques, y compris les régimes des pays arabes qui se sont écartés du modèle primitif.  De culture française, ils sont bien équipés pour rejoindre les jeunes de leurs quartiers, Internet étant un instrument privilégié, qu’ils n’hésitent pas à utiliser au service de leur cause. Une conversion sur quatre est le résultat de leur action. Les salafistes ont fait prospérer l’islam radical en France dans des proportions importantes.

LA PARTICULARITÉ FRANÇAISE

La fin de la guerre d’Algérie en 1962 a provoqué un énorme flux migratoire de musulmans vers la France, entraînant des conséquences insoupçonnées sur le paysage sociopolitique de notre pays.
La circulation des musulmans entre la France et l’Algérie  fut légalisée par les accords d’Évian de 1962. Ces derniers prévoyaient le maintien de la libre circulation massive entre les deux pays de travailleurs algériens vers l’ancienne métropole, contre le gaz et le pétrole, parmi la principale monnaie d’échange. Naïvement, le Général de Gaulle pensait pouvoir donner l’indépendance à l’Algérie en conservant le Sahara et ses ressources minières. Marché de dupes vite mis à bas par la nouvelle Algérie. Dans ce contexte, les marchandages entre les deux pays n’ont jamais cessé, mais toujours à l’avantage de l’Algérie. Nous avons perdu le pétrole mais avons continué à subir une immigration massive. Pourquoi des hommes qui s’étaient battus pour l’indépendance de leur pays choisissaient-ils massivement de construire leur avenir sur le territoire de leur ancien oppresseur ? Nous en payons de toutes façons à ce jour le prix fort avec toutes les conséquences.

Aujourd’hui, air du temps oblige, une minorité de radicaux ne cesse d’étendre inlassablement sa revendication confessionnelle dans notre sphère laïque : de la crèche à l’université, des cantines à l’hôpital et à l’entreprise, dans les prisons, voire certains milieux associatifs. Le voile est devenu en quelques années un outil de propagande politique, une sorte de gyrophare idéologique appelé à capter le regard et afficher la présence de l’islam en Occident. Il est une manifestation quotidienne du communautarisme qui détruit l’unité et la cohésion du tissu national, du vivre-ensemble. Ce « chiffon ridicule » comme l’appelait Habib Bourguiba l’ancien président de la Tunisie ou Gamal Abdel Nasser en 1956. Quel recul depuis !

Une communauté tente d’imposer ses règles à la collectivité. C’est le cas de la religion musulmane. Et rappelons que là où la population musulmane est majoritaire, l’expression des autres groupes est très restreinte voire impossible.
Certes, les boutefeux du Prophète sont loin d’avoir déboulonné les valeurs communes de la République, ils constituent encore une minorité parmi les musulmans. Néanmoins, l’islam totalisant environ 6 millions de croyants en France, les situations litigieuses sont suffisamment nombreuses pour que le pays ne fasse plus comme si elles n’existaient pas.

Les exemples se multiplient à l’infini :
La situation des femmes et des filles dans certaines cités françaises (et certains quartiers de grandes villes), devient insupportable. Elles sont abandonnées par la République, condamnées à obéir ou partir, contrairement aux idées d’égalité, de liberté répandues par la Révolution française, offrant aux femmes françaises la liberté d’agir pour obtenir, elles aussi, l’égalité.

Cette soumission à un tel bourrage de crâne peut indéniablement influencer un enfant beaucoup moins outillé qu’un adulte, surtout quand sa cellule familiale le conditionne au quotidien. Excellent préparatif à une éventuelle future intrusion beaucoup plus incisive sur les sociétés européennes et vecteur de haines.
Les clubs et associations sportives : foot, arts martiaux, boxe, tir notamment arrivent en tête des lieux où sont constatées des tentatives d’embrigadement des jeunes. Dans certains clubs de football, les jeunes ne reçoivent que des sandwichs halal dans leur sachet pique-nique lorsqu’ils sont en déplacement. Ailleurs, on fait faire la prière avant les entraînements.

Domaine public : les demandes de prise en charge de femmes par uniquement du personnel médical féminin sont un sujet récurrent. Le personnel des hôpitaux éprouve souvent un sentiment de lassitude. Ça se passe dans les écoles où l’on refuse la mixité, ça se passe dans les piscines municipales où il y a de nombreux incidents, et ça se passe donc aussi à l’hôpital. Aujourd’hui, des malades refusent de manger de la viande à l’hôpital car elle n’est pas confessionnelle. La violence est entrée dans les services d’urgences.
Les entorses à la laïcité, le communautarisme religieux menacent également l’école républicaine. Mais depuis les attentats, la situation a empiré. Des élèves qui demandent s’ils peuvent aller prier, le refus de consommer des repas non halal aux cantines. Il y a certains élèves qui ne veulent pas qu’on parle du Prophète parce qu’on n’est pas musulman. Et en histoire, la Shoah est niée dès le collège. Les revendications sont de plus en plus virulentes et de plus en plus nombreuses. Ce sont des tests quotidiens sur notre faculté de résistance. Depuis longtemps l’Éducation nationale nie les problèmes, laissant bien souvent les enseignants démunis. De l’industrie au secteur tertiaire (banques, transports, communication, informatique), tous les domaines sont concernés. Les zones de non-droit se multiplient, des zones de « non-France ».

Des quartiers où les pompiers ne peuvent plus entrer, les médecins non plus, des bus attaqués. Un territoire laissé aux mains des caïds de quartier, aux islamistes, qui appliquent leurs lois et où règne le trafic d’armes et de drogue. Dans ces quartiers, la justice, l’état de droit n’existent plus. Les commerçants ont fui, les interpellations sont pratiquement impossibles et donnent lieu à des manifestations de violence inouïe. Tout le monde tremble, et les médias martèlent : « Il faut calmer, pas d’amalgame ! » Tout le monde se tait, ceux qui habitent ces quartiers par peur des représailles, et ça se comprend, d’autres par position idéologique. D’autres, nos responsables, coupables de la situation actuelle par laxisme, déni de réalité, incompétence, crainte de déclencher des réactions, et pire : par électoralisme ! La soumission, on en est là ! Et dans les faits, les lois de 2004 et 2010 ne sont pas appliquées car non sanctionnées sur la voie publique. La situation n’est guère plus brillante dans les prisons habitée par 70 % de détenus de confession musulmane, et ou s’appliquent « leurs » règles.

« Islamophobe »: le mot-piège : si facile à dégoupiller dans la France qui s’inquiète, comme avec la récente polémique sur les fêtes chrétiennes, trop nombreuses au goût de certains. Quiconque s’enhardit à dénoncer la montée d’un communautarisme musulman encourt cette mise à l’index. On doit accepter ce type de comportement islamique avec pour seule explication : « l’islam est comme ça, il faut l’accepter, pas d’amalgame !  L’islamophobie n’est pourtant pas plus une variété du racisme que ne l’étaient les diatribes de Voltaire et d’autres philosophes des Lumières contre le christianisme. Par ailleurs, toute religion étant porteuse d’idéologie, la critique adressée à l’islam concerne essentiellement son instrumentalisation.

En retour, la plupart des musulmans se murent dans le silence, tandis qu’une poignée d’entre eux s’organisent désormais en collectifs anti-islamophobie. On voit donc que la situation des musulmans dits modérés est très fluctuante et contradictoire. Coincés entre la loi coranique, leur désir de vivre en paix dans l’hexagone et leur soif d’affirmer leur identité, ils cherchent en permanence un compromis difficile à trouver. Ceci explique en partie pour quelle raison, après la vague d’attentats islamiques, ils furent certes un certain nombre, mais trop peu nombreux, à afficher leur solidarité dans les manifestations organisées nationalement après ces attentats.

Préférant se murer dans le silence. Mais un silence peut être interprété comme approbateur ou désapprobateur par le reste de l’opinion. Cette constatation n’est donc pas de nature à amener l’apaisement et la solidarité auprès du reste de la population française fortement traumatisée. Les musulmans les plus modérés se repliant sur eux-mêmes et s’enfermant par là même dans le communautarisme font le jeu des extrémismes. Faute d’affirmer véritablement massivement et publiquement leur défiance envers l’intégrisme, et au contraire en affichant des signes extérieurs ostentatoires, ces « modérés » deviennent donc indirectement en partie responsables d’un amalgame qui accélère leur mise au ban de la société.

Les responsables médiatiques, eux, évitent d’aborder ce sujet. À tel point que, même lors des violences des manifestations de Gilets jaunes à Paris, les pilleurs de commerce et destructeurs des symboles de la République venus des banlieues par centaines ne sont pas nommés ! Façon prudente de s’enfermer « dans un déni protecteur» ! Non, il ne faut pas confondre racisme et islamophobie, car cet amalgame-là sera fatal à nos valeurs républicaines, au premier rang desquelles la laïcité… que certains rêvent de voir disparaître. La laïcité est un principe non évolutif. Plus qu’un principe, c’est une règle intangible d’organisation dans la République. Ce n’est pas à la laïcité de s’adapter aux contraintes d’une société pluriconfessionnelle, mais à cette société de s’adapter aux impératifs de la laïcité. La République est faite de droits et de devoirs, tous les citoyens doivent s’y conformer, notamment en ce qui concerne le respect de l’égalité homme/femme. Ne pas respecter l’égalité homme/femme, c’est nier la République et ce n’est pas être islamophobe que de dire cela ! Faire vivre la République universelle constitue un véritable défi dans une société pluraliste et multiculturelle. Défi qui nous oblige à affirmer nos convictions essentielles mais aussi à préciser certains de nos principes fondateurs. Il nous appartient donc légitimement, « d’entrer en résistance ». Il ne s’agit pas d’une résistance violente, mais passive et déterminée, un combat silencieux de chaque jour afin d’imposer la laïcité et les valeurs de la patrie de Zola et Lamartine.

JEAN-MARC BERGERAC