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Quand LCP évoque « Le grand remplacement, idéologie mortifère »…

Auteur de Le grand remplacement réalité ou intox?  (P.G. de  Roux, avril 2019) épuisé la même année et non réimprimé suite à la liquidation de la maison et à la mort de son fondateur, et de La tentation Zemmour (éditions Ovadia, novembre 2021) qui reprend et actualise cet ouvrage en le mettant en perspective avec la campagne du candidat Zemmour, deux ouvrages « scientifiques » (guillemets indispensables) et non politiques, j’ai évidemment regardé avec intérêt le programme  de la chaîne LCP  du 4 avril intitulé Le Grand remplacement: Histoire d’une idée mortifère, qui fait partie de  la série d’émissions « DébatDoc » diffusées en prime time.

Ce programme  était composé d’un documentaire  de 54′, de Thomas Zribi et Nicolas Lebourg produit par Caroline du Saint pour Nova Production et suivi d’un débat, « Que cache le Grand Remplacement ? « , animé par Jean-Pierre Gratien avec pour invités Nicolas Lebourg , Camille Vigogne, journaliste à l’Express et le  démographe  Hervé Le Bras.

Le titre choisi laissait peu de place au doute. De fait, ce documentaire qui veut « donner des clés de compréhension historique et politique de ce concept en France et dans le monde occidental », est totalement à charge avec les amalgames habituels sur les théories complotistes, l’évocation des massacres perpétrés par Anders Breivik en Norvège et Brenton Tarrant en Nouvelle-Zélande, les fièvres suprématistes et racialistes de leurs émules dans le monde et en France qui s’inspireraient de la théorie de  Camus et de sa promotion tapageuse par Éric Zemmour,  mais aussi plus discrète par Marine Le Pen et toute l’extrême droite. Ces idéologies mortifères (« qui apportent la mort », Le Robert) ont généré une telle résonance dans la population qu’elles auraient  infecté toute la société française comme le montre le sondage d’Harris Interactive (et non Harris International, comme cité dans l’émission) qui atteste que 61% des Français croient à un Grand Remplacement et que 67% s’en inquiètent. Quant aux auteurs de la thèse, Renaud Camus et Éric Zemmour, qu’ il fallait bien mettre à l’image par  souci d’objectivité, ils sont présentés de façon très rapide et  négative, parfois de dos ou couchés sur leurs notes, et leurs propos sont présentés de façon tendancieuse ou contredits en off par les auteurs du documentaire.

Le débat, – mais peut-on parler de débat quand on a choisi trois invités d’horizons différents , un réalisateur, un journaliste, un démographe,  pour montrer la  diversité de l’approche mais qui sont d’accord sur tout et rebondissent joyeusement sur les questions faussement naïves du présentateur ? – n’a fait qu’égrener le catéchisme de la bien-pensance.
Nicolas Lebourg qui a milité à Ras l’front, qu’il a quitté, puis adhéré brièvement à la Gauche populaire, think tank proche du parti socialiste, copilote le programme Vioramil (Violences et radicalisations politiques en France) et travaille pour la Fondation Jean-Jaurès sur l’Observatoire des Radicalités politiques. Il écrit pour Slate,  Mediapart et Libération mais beaucoup reconnaissent son honnêteté intellectuelle.

Camille Vigogne-Le Coat, jeune journaliste définie comme libérale-libertaire après avoir pigé à Slate, à Libé et aux Inrocks, est entrée sur France 5 pour l’émission « C politique » puis à l’Express où elle s’occupe  principalement des réseaux de l’extrême droite et notamment de ceux d’Éric Zemmour  qui en riposte la traitent de « sycophante ».
Quant à Hervé le Bras qu’on ne présente plus,  il vient de publier chez Grasset un ouvrage péremptoire Le Grand Remplacement n’existe pas, qui rappelle ses déclarations tout aussi péremptoires sur « L’immigration est stable depuis 10 ans »  en 2006 au journal 20 minutes. Ce chercheur de 78 ans, toujours alerte,  à la production boulimique (plus de 50 ouvrages, ce que je serais mal venu de lui reprocher), présent sur tous les plateaux télé de la pensée dominante,  connu pour son opposition farouche  aux statistiques ethniques, est le principal responsable  de la grande manipulation de l’INSEE sur le solde migratoire annuel , qui consiste à soustraire le nombre de ceux qui partent de ceux qui arrivent alors que ce ne sont pas du tout les mêmes catégories de personnes, pour montrer que les flux migratoires sont minimes en occultant soigneusement le fait qu’ils s’ajoutent aux stocks déjà importants.

On rappellera  que la démarche scientifique consiste à comptabiliser  d’une part le nombre des étrangers (principalement immigrés) qui arrivent, diminué de ceux qui repartent pour établir le solde migratoire de l’immigration,  et d’autre part le nombre des expatriés, (principalement français)  qui quittent leur pays d’origine  diminué de ceux qui reviennent pour établir le solde migratoire de l’expatriation. L’addition des deux, conjuguée au différentiel de fécondité des enfants d’immigrés, dont une partie issue d’un mariage mixte,  doit n’être comptée que pour moitié,  peut permettre de mesurer, avec les précautions d’usage,  quelle est pour une année donnée  la réalité,  la dynamique et la validité de la théorie du  Grand Remplacement.

Bref, on peut parfaitement débattre de façon scientifique et sans hystérie  de la théorie du Grand Remplacement et de la faisabilité de la « Remigration » que ses thuriféraires veulent instituer, voire les combattre, sans tomber dans la caricature.  C’est du moins- et je ne suis pas le seul- ce que je tente de faire sur ces sujets difficiles. Mon étude sur le coût annuel de l’immigration (autre sujet sensible !) sort aujourd’hui chez Contribuables Associés.

En réalité,  ce type de programme  diffusé  sur des chaînes officielles tend  vers  une « poutinisation » de l’information que ces mêmes médias dénoncent chez nos voisins. Et ce n’est pas fini puisqu’on nous promet une rediffusion de ce programme le 11 avril même heure !  C’est qu’il faut formater les 0,4% de téléspectateurs de la chaîne   pour  le second tour ! Aucun risque de remontrances  puisque cette chaîne, détenue à 100% par l’Assemblée nationale, n’est pas soumise au contrôle du CSA.

Emmanuel Macron avait stigmatisé,  dans son show de la  Défense-Arena le 2 avril, le « politiquement correct » et le « politiquement abject ».  L’émission d’hier, qui  est passible de ces deux formulations,  montre qu’on ne peut guère, à moins d’un miracle, compter sur lui  pour réussir dans les 5 ans qui viennent  ce qu’il n’a pu ou voulu assurer dans les cinq ans écoulés :  une information plurielle digne d’un pays démocratique.

Jean-Paul Gourévitch




L’idéal pour Zemmour serait de ne pas obtenir ses signatures

Nous retrouvons avec un grand plaisir notre ami Jean-Paul Gourevitch, inlassable chercheur qui multiplie, avec une rigueur scientifique, la sortie d’ouvrages sur des thèmes fort différents.

Sous Macron, le solde migratoire se monte, en 5 ans, à 1,3 million

Riposte Laïque : Cela fait plus de dix ans que vous nous faites profiter de vos écrits, sous forme d’article ou d’entretiens. Vous étiez même parmi les 24 intervenants des Assises internationales contre l’islamisation de nos pays, le 18 décembre 2010. Vous avez écrit de nombreux ouvrages sur l’Afrique, et même sur l’islamo-business, vivier du terrorisme. Quel est votre regard sur la politique migratoire, majoritairement africaine, sur le quinquennat Macron, qui s’achève, par rapport à celui de ses prédécesseurs Hollande et Sarkozy ? Y a-t-il eu réellement 2 millions de nouveaux venus en France, comme l’affirment certains candidats à la présidentielle ?

Jean-Paul Gourévitch : Je ne renie rien de ce que j’ai fait ni écrit, même si cela m’a valu souvent d’être ostracisé ou classé à l’extrême droite par la pensée dominante alors que mon travail se veut scientifique et de lutte contre la désinformation d’où qu’elle vienne. Pour répondre à votre question sur les flux migratoires, il faut considérer non seulement les entrées des migrants légaux ou irréguliers mais aussi les sorties sur lesquelles malheureusement nous n’avons que des estimations aléatoires. Je me suis efforcé de démontrer que le solde migratoire annuel de l’immigration, établi aux alentours de 290 000 personnes en 2017, tourne autour de 250 000 pour 2018, 2019, 2020 et sans doute 2021. Soit près d’1,3 million de personnes sous le quinquennat Macron qui s’achève. Ce flux provient majoritairement mais pas uniquement du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. L’immigration turque, syrienne, afghane, chinoise, caribéenne, des Pays de l’Est, des Balkans ou d’Amérique Latine n’est pas négligeable.

Si on additionne toutes les fraudes, on atteint le chiffre de 500 milliards

Riposte Laïque : Vous venez de publier chez Etre Humain un nouveau livre « La Fraude dans tous ses éclats ». La gauche évoque souvent la fraude des grandes multinationales, la droite préfère évoquer celle des immigrés africains avec les cartes Vitale. Comment avez-vous traité ce sujet, et pourquoi cet intérêt nouveau pour ce sujet ?

Jean-Paul Gourévitch : L’intérêt n’est pas nouveau. Mon premier ouvrage sur l’économie informelle date de 2002 même s’il a largement fait un flop et qu’il a fallu attendre 2007 pour qu’Envoyé Spécial et Canal Plus proposent des reportages (bâclés) sur le sujet. J’ai aussi publié entre 2012 et 2015 des articles sur la fraude dans les transports publics et le business des associations. Mais il fallait faire une synthèse actualisée alors que, comme vous le dites, la gauche se préoccupe principalement de la fraude fiscale et la droite de la fraude sociale ou médicale.
De ce point de vue, les deux volumes de Charles Prats sur le Cartel des Fraudes (Ring) sont bourrés d’informations mais incomplets. Je me suis efforcé de cumuler les données de la fraude identitaire, de la fraude sociale, de la fraude médicale, de la fraude fiscale et surtout de la fraude sociétale (contrefaçon, prostitution, trafics de toute nature, cyberdélinquance…) que Prats a quasiment occultée. Soit un total annuel de 300 à 500 milliards d’euros payés directement ou indirectement par les contribuables, alors que l’État n’a toujours pas choisi entre combattre frontalement la fraude, la laisser prospérer pour ne pas faire exploser le chaudron social, ou la gérer tant bien que mal.

Riposte Laïque : À peine un livre terminé, que vous en sortez un nouveau ! Vous nous proposez donc, à présent, « La tentation Zemmour et le Grand Remplacement » (éditions Ovadia). Vous reprenez donc à votre compte une expression, popularisée par notre ami Renaud Camus, que même Marine Le Pen considère comme raciste ? Qu’avez-vous voulu exprimer, dans cet ouvrage au titre si accrocheur ?

Jean-Paul Gourévitch : Je ne livre pas des ouvrages à la suite les uns des autres comme des petits pains sortant du fournil. Chacun nécessite une longue élaboration même s’il arrive qu’ils paraissent presque en même temps. J’avais publié en 2019 chez Pierre-Guillaume de Roux un travail de recherches : Le Grand Remplacement réalité ou intox ? Sur ce thème que je ne considère pas comme raciste ni complotiste mais comme un objet d’études. Le livre a généré de vifs débats et a été aussitôt épuisé. La maison étant en liquidation et l’éditeur décédé, il n’a pu être réimprimé. Je l’ai donc légèrement actualisé et l’ai conjugué à l’analyse de la campagne d’Éric Zemmour, d’une part parce que c’est le thème majeur du candidat, d’autre part parce qu’ayant enseigné et formé nombre d’étudiants et de responsables à l’image politique, je m’estime relativement compétent pour proposer une approche du positionnement d’Éric Zemmour en fonction de la mise à feu progressive des trois étages de la fusée présidentielle.

Grand Remplacement : Zemmour a remporté une victoire idéologique en imposant le thème

Riposte Laïque : On connaît votre légendaire prudence, et votre volonté de rester au-dessus des démarches partisanes. Pour autant, quel est votre regard sur la présidentielle qui s’annonce, et le fait qu’Éric Zemmour paraît imposer ses thèmes de campagne à l’ensemble de ses concurrents ?

Jean-Paul Gourévitch : J’ai écrit et je ne me déjuge pas, qu’Éric Zemmour avait remporté une victoire idéologique en inscrivant et imposant le thème du Grand Remplacement au cœur de sa campagne. Mais que, s’il se présentait et obtenait ses parrainages, il courrait vraisemblablement au-devant d’une défaite électorale cuisante qui annihilerait une grande partie des bénéfices qu’il a engrangés. Paradoxalement l’idéal serait pour lui qu’il ne les obtienne pas, ce qui lui permettrait de proclamer qu’on lui a volé son élection. Il ne faut toutefois pas exclure l’hypothèse que, pour des raisons électoralistes, un certain nombre de parrainages lui soient accordés par des élus qui estiment que sa présence conduirait à un second tour Macron/Pécresse.

Riposte Laïque : Auriez-vous d’autres projets sous le coude ?

Jean-Paul Gourévitch : Évidemment. En janvier sort chez SPM un « monument », le Panorama illustré des journaux de jeunesse 1770-2020, 300 pages, 800 titres et 150 illustrations, un travail de plus de 10 ans sur un sujet quasiment jamais abordé mais qui nous en dit beaucoup à la fois sur l’évolution de la presse jeunesse pendant 250 ans et sur celle du statut social de l’enfant et du regard que celui-ci porte sur le monde. Ce livre vient compléter et prolonger mon Abcdaire de 2013 qui portait sur l’ensemble de la littérature de jeunesse depuis 500 ans en France et dans le monde.
En mars il y aura la parution chez Contribuables Associés de la monographie, actualisée au 1er janvier 2022, sur le coût de l’immigration en France, puis la sortie en maquette à expérimenter par les scolaires du jeu de cartes sur le Musée de la romanité de Nîmes. Et d’autres surprises sont à venir.

Riposte Laïque : Comment se procurer vos nouveaux ouvrages ?

Jean-Paul Gourévitch : Ces ouvrages sont tous référencés, en vente sur les plates-formes Internet comme Amazon , Cultura ou la FNAC, et dans les bonnes librairies qui peuvent aussi les commander chez les éditeurs.

Riposte Laïque : Souhaitez-vous ajouter quelque chose, Jean-Paul ?

Jean-Paul Gourévitch : Juste un mot. Je suis déçu mais pas étonné de la dramatisation actuelle de la campagne autour du passe vaccinal. Au lieu de se répandre en insultes sur ceux qui s’y refusent, l’État devrait s’interroger sur les raisons du peu de confiance que l’opinion publique accorde aux médias mainstream et aux déclarations gouvernementales. Quand on a menti sciemment ou camouflé les données sur l’insécurité, l‘immigration, les fraudes, le dérèglement climatique, la délinquance, l’inflation, les pratiques illicites des majors… quand l’information sourcée et validée a disparu, il ne reste que la rumeur et les proclamations sur les réseaux sociaux. Et c’est parfois pire. La lutte contre la désinformation devrait être la priorité de tous ceux qui sont attachés à la chose publique et au respect de chacun. Mais cela fait des années que nous nous époumonons dans le désert.

Propos recueillis par Pierre Cassen




La France en Afrique, 1520-2020 : Vérités et mensonges

Notre ami Jean-Paul Gourevitch nous a fait l’honneur de nous faire parvenir son dernier livre, sur cinq siècles de présence française en Afrique, et les vérités et mensonges qui tournent autour de ce sujet. Une bonne occasion d’approfondir certaines questions avec cet auteur prolifique…

Riposte Laïque : Il se passe rarement beaucoup de mois avant que vous ne proposiez un nouveau livre à vos lecteurs, souvent sur le sujet de l’Afrique, de l’immigration, parfois de l’islam, et même des livres pour enfants. D’où vous vient ce qui ressemble à une frénésie de l’écriture ?

Jean-Paul Gourévitch :
L’écriture est effectivement ma seconde vie qui m’occupe autant que la première. Ce qui me passionne, c’est de parcourir des chemins qui sont mal balisés ou n’ont pas été explorés. Autrement dit de combattre la désinformation sur des sujets sensibles, d’où qu’elle vienne, mais aussi de produire des OLNI (objets littéraires non identifiés) comme le premier dictionnaire illustré de la littérature pour la jeunesse sur cinq siècles, un tour du monde sur l’imaginaire des cocktails mis en scène par 80 aquarelles, des jeux de l’oie, de mots croisés et de cartes autour des écrivains, Et ce n’est pas fini. Dans quinze jours (pub, pub !) je sors le premier docu-récit français, Le piège (Les éditions Ovadia), un mélange de journalisme d’investigation et de thriller, dans la tradition américaine, sur une arnaque internationale parfaitement authentique avec documents à l’appui.

Riposte Laïque : Vous avez été consultant international pendant 25 ans, et vous paraissez avoir une passion particulière pour l’Afrique. D’où cela vous vient-il ?

Jean-Paul Gourévitch :
Je suis parti en mission en Afrique dès 1987 pour des organismes divers, ministères, Banque mondiale, Unesco, Fonds nordique, Commission européenne, cabinets, ONG… J’y ai passé 26 ans à temps partiel évidemment, au Maroc et surtout dans une dizaine de pays de l’Afrique subsaharienne francophone. J’ai beaucoup écouté, observé, appris des Africains et ai choisi de ne rien publier pendant 10 ans. Et puis j’ai considéré que je ne devais plus me taire devant ce que je découvrais, d’autant plus que depuis longtemps je travaille aussi avec les diasporas africaines implantées en France. D’où tous ces ouvrages sur l’Afrique, les migrations, l’économie informelle, l’islam radical…

Riposte Laïque : Votre nouvel ouvrage s’intitule donc « La France en Afrique, 1520-2020, Vérités et mensonges ». Vous y dites, en préambule, que la présence française en Afrique a suscité, depuis 1960, l’écriture de plus de cinq cents ouvrages. Qu’amène de plus ce nouveau livre à ce qui a déjà été publié ?

Jean-Paul Gourévitch : Une partie des ouvrages sur la présence française en Afrique est l’œuvre de politiques et d’idéologues dont certains ne connaissent l’Afrique que par des séjours d’une semaine dans des hôtels trois étoiles et des conversations avec leurs chauffeurs de taxis. Une autre est rédigée par des Africains qui souvent généralisent l’exemple de leur pays à tout le continent, sont parfois formatés par une propagande anti-française très répandue chez les intellectuels, et méconnaissent les répercussions des événements d’Afrique et de l’immigration africaine sur l’opinion publique métropolitaine.

Il se trouve que travaillant à la fois avec des Français et des Africains, j’ai accès à des sources d’informations multiples. Ce qui permet de dissiper les confusions entre traite et esclavage, de rétablir quelques vérités sur les royaumes africains préexistant à la colonisation, sur la traite arabo-islamique qui a fait à peu près autant de victimes que la traite atlantique, sur le bilan économique, culturel et social de la colonisation, sur l’évolution de l’image que les Français ont de l’Afrique et les Africains de la France… Sur chaque événement j’indique mes sources, ma démarche, les opinions des uns et des autres, les résultats auxquels j’aboutis et les marges d’incertitude pour vulgariser une information la plus loyale possible.

Riposte Laïque : On vous reproche parfois vos positions souvent mitigées, que vous attribuez à la neutralité de l’expert, sur le choc démographique, le prix de l’immigration, la réalité de l’islamisation de la France. Certains vous considèrent comme infréquentable, parce que vous fréquentez ceux qu’on appelle l’extrême droite, et d’autres vous prennent pour un gauchiste ayant noyauté la mouvance patriote. Vous paraissez toujours vouloir vous situer entre deux positions radicales, pour apparaître comme quelqu’un de raisonnable. Le sous-titre de votre livre « Vérités et mensonges » implique cela. Pensez-vous cette position tenable, à une période où un véritable tsunami migratoire déferle sur notre continent, et où les pratiques africaines se répandent en France, en toute impunité ? 

Jean-Paul Gourévitch : Il est exact que je passe pour un empêcheur de penser en rond et que je suis ostracisé par les uns et instrumentalisé par les autres. Mais on ne peut pas me reprocher d’avoir des opinions « mitigées » ou « raisonnables ». Je crois avoir été le premier, après Pierre Milloz qui le faisait pour des raisons idéologico-politiques, à proposer une analyse documentée et que j’actualise en permanence des coûts de l’immigration régulière et irrégulière (et de l’expatriation). J’ai publié dès 2000 la France Africaine, ai participé en 2010 à vos Assises internationales sur l’islamisation de nos pays malgré votre cousinage avec les identitaires, ai alerté sans succès le MAE sur la radicalisation progressive des jeunes cadres musulmans africains et l’imminence d’attentats islamistes à Ouagadougou , à Bamako, à Abidjan et à Dakar (pour l’instant épargnée), , ai proposé une approche quantitative et qualitative de la présence musulmane en France et ai, avant Gérard Collomb, exposé le risque d’un basculement du côte-à-côte en face-à-face du fait de la chaîne de connexions entre l’économie informelle et le terrorisme islamiste. Bref je me considère davantage comme un lanceur d’alerte qui utilise une démarche scientifique pour analyser des faits de société.

Quant à votre évocation du « tsunami migratoire » qui mériterait un autre débat, je m’en tiens quant aux immigrés et à leurs descendants directs, aux chiffres de mon ouvrage de 2019 sur Le Grand Remplacement réalité ou intox ? très proches de ceux de l’OFII mais j’y ajoute les migrants irréguliers et les mineurs non accompagnés, un flux ingérable et longtemps passé sous silence.

Riposte Laïque : Vous avez récemment signalé, sur le site Atlantico les manipulations de France 2 sur la période de la colonisation française, et les débats à sens unique qui s’y déroulent.
https://www.atlantico.fr/decryptage/3592868/le-cours-magistral-de-france-2-sur-la-decolonisation-ou-le-decolonialisme—jean-paul-gourevitch
Vous pointez du doigt, dans votre ouvrage par ailleurs très riche, quelques soucis culturels africains, sur le rapport au travail, l’alcoolisme, l’absence de transmission de savoir-faire, une fonctionnarisation pléthorique, et vous auriez pu parler de la corruption massive. Votre regard d’expert international vous amène-t-il, tel Kofi Yamgnane, à penser que c’était mieux au temps des Blancs, et surtout des Français ?

Jean-Paul Gourévitch :
La comparaison entre le temps des Blancs et l’actualité immédiate n’a pas grand sens pour moi. On ne peut regarder l’Afrique d’aujourd’hui avec l’œil collé au rétroviseur. L’avenir de l’Afrique appartient aux Africains même si ceux-ci sont souvent victimes et parfois responsables de l’exploitation économique de leur pays par des puissances et des intérêts étrangers et pas seulement français. J’ai largement démontré que si l’aide au développement et les transferts de fonds contribuent à améliorer le sort de certaines familles, ils ne feront pas décoller l’Afrique, et que loin de freiner l’émigration des populations africaines, ils en accroissent le désir.

Riposte Laïque : Où se situe votre livre, entre les écrits d’un Bernard Lugan qui s’oppose totalement au transfert des valeurs de l’Europe en Afrique, considérant que le fonctionnement de ce continent est d’abord tribal et ethnique, et ceux d’un Kakou Ernest Tigari, que nous avions interviewé, qui appelait à sortir l’Europe de la repentance, et les Africains à prendre leur sort en mains ?
https://ripostelaique.com/desintoxiquer-lafrique-sortir-leurope-de-la-repentance.html
Jean-Paul Gourévitch : Je ne cherche pas à me situer par rapport à des collègues dont je respecte le travail même si je ne partage pas toujours leurs opinions. Bernard Lugan avec sa revue l’Afrique Réelle est un des meilleurs connaisseurs de l’histoire, de la géographie et des enjeux géopolitiques de ce continent. Et Tigori a raison de stigmatiser une attitude de repentance qui détourne les Africains de s’interroger sur leurs propres responsabilités.

Riposte Laïque : Je crains que nombre de lecteurs de Riposte Laïque ne s’étranglent en lisant la fin de votre livre. Vous y expliquez qu’il peut y avoir de bons apports à l’immigration massive africaine, et surtout ne paraissez entrevoir aucune autre solution pour les Français que le Grand Remplacement dénoncé par Renaud Camus, puisque vous excluez toute perspective de remigration, ligne politique que vous attribuez à l’extrême droite. Vous pensez donc possible, sur un même territoire, la cohabitation entre Africains et Européens, et entre chrétiens et musulmans ?

Jean-Paul Gourévitch : il est illusoire de croire et de faire croire qu’on reconduira par la force les Africains dans les pays d’où ils viennent ou qu’ils y retourneront d’eux-mêmes. Quand un Africain arrive sur le territoire européen, il y reste et profite de l’absence d’une politique européenne pour faire ce que j’appelle son « shopping migratoire », ce qui n’est pas un terme injurieux mais correspond à ce que nous faisons tous quand nous cherchons le lieu où nous trouverons le plus d’avantages et le moins d’inconvénients. C’est pourquoi la politique de « hot spots » installés à l’intérieur des frontières de l’Europe est un leurre.
En revanche il n’est pas exclu que le développement de l’ « immigration virtuelle » pousse certains Africains à se demander s’il ne vaut pas mieux rester en Afrique auprès de ses proches en étant payé par le Nord- moins que ceux du Nord mais plus que ses compatriotes- plutôt que d’aller chercher l’Eldorado dans les remblais du boulevard périphérique.

Aujourd’hui les Africains sont là même si le « Grand Remplacement » n’est pas pour demain matin. J’ai effectivement écrit qu’il y a chez les Africains de France, y compris chez les jeunes, des facultés de création, de renouvellement des énergies, d’apport des cultures qui constituent autant d’atouts pour une France vieillissante et prisonnière de ses certitudes. Elles ne préjugent en rien de l’avenir compte tenu des problèmes d’insécurité, d’économie informelle, d’intégration, de coexistence de mentalités, de religion ou de culture différentes et parfois antagonistes que j’ai largement traités. C’est tout le sens du travail d’inventaire et de « réinformation » que j’ai entrepris avec ce parcours sur cinq siècles de présence française sur ce continent. Avec une certitude qui déplaira peut-être mais qui est le moteur de cet ouvrage. Le XXIe siècle ne se construira pas sans les Africains ni contre eux.

Riposte Laïque : Souhaitez-vous ajouter quelques chose, Jean-Paul ?

Jean-Paul Gourévitch : Je remercie Riposte Laïque de me donner un espace d’expression malgré les divergences qui nous séparent. Et je regrette que cet exemple ne soit pas suivi par les donneurs de leçons médiatiques qui n’ont à la bouche que le « vivre-ensemble » mais ne supportent que l’ « entre-soi ».

Propos recueillis par Pierre Cassen




L’interdiction en France des statistiques ethniques est une aberration


Bien connu des lecteurs de Riposte Laïque, l’expert international Jean-Paul Gourevitch, spécialiste de l’Afrique et des questions migratoires, vient de publier un nouveau livre, intitulé « Les véritables enjeux des migrations ».  L’occasion pour Riposte Laïque de poursuivre un dialogue fructueux avec lui…

Riposte Laïque : Dans un article paru sur Planet.fr, vous vous appuyez sur une récente enquête de l’Insee pour donner de vrais chiffres sur la réalité du nombre d’immigrés vivant en France, et l’évolution de ces dernières années…
http://www.planet.fr/societe-quand-linsee-leve-timidement-un-coin-du-voile-sur-les-statistiques-ethniques.1304855.29336.html
Jean-Paul Gourévitch : L’INSEE vient enfin d’aborder un sujet jusqu’ici tabou : les statistiques ethniques. C’est pourquoi comme quelques autres, par exemple Michèle Tribalat sur le site Atlantico, j’ai souhaité réagir immédiatement à la publication de son enquête sur les descendants d’immigrés dans INSEE Première parue le 8 février 2017. Car il faut à la fois souligner cette avancée et en montrer l’insuffisance majeure à savoir le cumul du nombre d’immigrés et du nombre de descendants d’immigrés pour quantifier la présence en France des populations d’origine étrangère.
Je peux comprendre que l’INSEE n’ose pas déjuger ses affirmations précédentes ou celles des pouvoirs publics qui le financent. Mais les faits sont têtus. D’après ses propres travaux, il apparaît qu’un Français sur 5 sur deux générations est d’origine étrangère, que cette population augmente beaucoup plus vite que la population des personnes nées en France de parents français et que dans cette progression c’est la population originaire d’Afrique subsaharienne qui se trouve en pôle position avec autour de 10% d’augmentation par an.

Riposte Laïque : Selon vous, peut-on encore faire confiance à l’Insee, quand on sait que cet organisme a avoué avoir minoré les vrais chiffres, pour ne pas faire le jeu de l’extrême droite ?
Jean-Paul Gourévitch : Il est exact que certains chiffres de l’INSEE ont été minorés comme par exemple ceux de 2008 où l’Institut décomptait 5,3 millions d’immigrés. Il les a « redressés » en 2010 à 6,7 millions, plus proches de ceux fournis par Eurostat la même année (7,2 millions). Il existe aussi des biais puisque l’INSEE ne se fonde que sur les réponses de ceux qui ont été enquêtés ou qui ont bien voulu répondre. Mais je ne crois pas qu’il faille incriminer les chercheurs, démographes et statisticiens de l’INSEE ou de l’INED.
Le problème réside dans la présentation de leurs travaux par certains de leurs responsables ou de leurs directeurs de recherches qui, pour des raisons idéologiques, proclament par exemple contre toute évidence que l’immigration est stable en France. Ou qui ne tiennent pas compte de l’immigration irrégulière. Ou qui confondant solde migratoire de l’immigration et solde migratoire de l’expatriation, alors que ceux qui arrivent sont très différents de ceux qui partent, affirment glorieusement que l’invasion migratoire est un fantasme. Alors que les chiffres montrent que l’adjonction des deux soldes laisse apparaître chaque année une transformation de la population résidant en France équivalente à 310.000 personnes.
Bien entendu ce sont leurs conclusions qui sont véhiculées par certains journalistes qui ne font pas l’effort d’aller à la source des informations.

Riposte Laïque : Vous paraissez réclamer le droit d’utiliser des statistiques ethniques. Comment expliquez-vous que cela soit interdit en France ?
Jean-Paul Gourévitch : Les statistiques ethniques pratiquées dans de très nombreux pays ont été déclarées non-conformes à la loi par le Conseil Constitutionnel le 15 novembre 2007. Donc il est impossible théoriquement de connaître l’origine des parents des nouveaux-nés, le nombre de prisonniers d’origine étrangère, l’origine des bénéficiaire des prestations sociales, et même celle des personnes sondées.

Cette interdiction est une aberration. Comment peut-on prétendre lutter contre les discriminations si on ne connaît pas l’origine des personnes discriminées ? En l’absence de statistiques, on laisse le champ libre à la rumeur qui conduit une partie de la population à surestimer le nombre de ceux qui sont différents d’elle. Les rapports de l’Organisation Internationale des Migrations montrent que dans les différents sondages faits en Italie, au Canada, aux Etats-Unis, l’opinion publique a tendance à surévaluer la proportion des personnes d’origine étrangère. De même, selon le sondage IPSOS-Mori de 2014, les Français seraient persuadés qu’il y a 32% de musulmans dans leur pays alors que comme je l’ai démontré dans l’Islamo-business vivier du terrorisme (Pierre-Guillaume de Roux 2016), l’ensemble de la communauté musulmane ne représente que 12 à 13% de la population.

Riposte Laïque : Dans votre enquête, vous soulignez l’explosion spectaculaire du nombre d’immigrés subsahariens. Comment expliquez-vous le silence de la grande presse, sur cette question ?
Jean-Paul Gourévitch : L’immigration subsaharienne est majoritairement très jeune. Plus de 80% des enfants d’immigrés ont moins de 25 ans. Elle est aussi très concentrée géographiquement puisque 56% vivent en Ile-de-France et notamment dans la Seine-Saint Denis. Compte tenu de la mauvaise image de marque dans l’opinion publique de ce département qui pourtant a des potentiels de ressources et de création considérables, la grande presse craint l’amalgame dans l’opinion publique entre population africaine et violences urbaines. Une fois de plus l’émotionnel tient lieu d’analyse.
Plus globalement il y a une méconnaissance des grands medias sur la population d’origine subsaharienne, faute d’un contact permanent auprès des diasporas. Ils ne mesurent pas le poids de l’économie informelle dans ces communautés. Ils considèrent « les Africains »  comme un ensemble homogène alors qu’il n’y a aucun rapport entre un médecin béninois, un paysan malien et un réfugié politique congolais, j’avais tenté dans Les Africains en France (Acropole 2009) de faire justement un état des lieux diversifié de cette population, de ses attitudes et de ses comportements. Sans succès.

Riposte Laïque : Nous sommes en pleine campagne sur les élections présidentielles. Quel est votre regard d’expert, concernant l’immigration, sur les positions des principaux candidats : Fillon, Macron, Mélenchon, Hamon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan ?
Jean-Paul Gourévitch : Je m’attendais à votre question qui est un piège pour un consultant non engagé. J’y ai répondu préventivement. Pour permettre à chacun en 2017 de « choisir en connaissance de cause » comme dit la bande de l’ouvrage, nous avons interrogé sur l’immigration et sur l’expatriation les différents partis qui présentent des candidats à la présidentielle, les associations de défense des migrants ainsi que certaines de celles qui militent contre leur installation, au moyen d’un questionnaire qui figure en annexe de l’ouvrage.

Une partie nous a répondu. D’autres nous ont renvoyé à leurs publications ou à leurs sites. Pour ceux qui nous ont expliqué que leur calendrier était trop chargé ou que les questions étaient trop complexes comme pour ceux qui ont fait la sourde oreille, nous nous sommes efforcés de nous appuyer sur leurs déclarations afin de faire connaître loyalement leur point de vue. Tous ceux que vous citez ont donc leur place dans l’ouvrage, sauf Emmanuel Macron qui n’avait pas fait connaître ses positions. Mon regard personnel n’a donc pas grand sens ici. Mais les lecteurs verront qu’il y a souvent un manque d’expertise dans les déclarations de uns et des autres. C’est pourtant un débat majeur de ces présidentielles car il s’agit, au-delà des « affaires », de savoir quel futur nous voulons pour nous et pour nos enfants.

Riposte Laïque : Pensez-vous qu’il faudrait remettre en cause le droit du sol, dans son application actuelle ?
Jean-Paul Gourévitch : Le droit du sol intégral, tel qu’il est pratiqué aux Etats-Unis, accorde la nationalité du pays a une personne qui y est née quelle que soit celle de ses parents alors que le droit du sang accorde aux enfants la nationalité de leurs parents. En France nous vivons depuis le gouvernement socialiste de Lionel Jospin sous un régime mixte qui fait que les enfants nés en France seront automatiquement français à 18 ans sauf s’ils font une démarche de récusation, et qu’ils peuvent l’être à 13 ou à 15 ans s’ils le désirent.
Cette pratique bâtarde est source de nombreux abus qui se traduisent par exemple dans les « migrations prénatales » à Mayotte (où Mamoudzou, la capitale abrite la plus importante maternité de France) ou en Guyane. Les mères viennent y accoucher pour un meilleur suivi médical mais surtout pour que leurs enfants aient un jour la nationalité française et que leur famille puisse être régularisée par la suite. On a vu aussi des exemples de « migrations paternelles » où une personne en situation irrégulière se déclare comme père d’un nourrisson qu’il a « acheté » pour ne pas être expulsé.
Sur le fond, il me paraît souhaitable que, dans une société qui fait appel à la responsabilité de chacun, l’obtention de la nationalité soit le fait d’une démarche volontaire de la personne. Cela éviterait que des jeunes qui n’ont pas choisi d’être né au pays d’accueil de leurs parents et parfois lui en veulent, se retrouvent « français malgré eux ». Après tout la démarche volontariste d’obtention de la nationalité avait bien fonctionné de 1993 à 1997. Elle a été abandonnée pour des raisons principalement électorales. Je ne vois aucune raison pour ne pas la rétablir.
Reste le problème de la déchéance de nationalité que le Président de la République a voulu malencontreusement initialiser sous l’émotion des attentats et qui l’a obligé ensuite à un rétropédalage humiliant. Cette mesure paraît en tout cas beaucoup plus symbolique qu’efficace.

Riposte Laïque : Vous venez d’éditer un nouveau livre, très documenté, « Les véritables enjeux des migrations », où vous prétendez vouloir lutter contre les préjugés, sur l’immigration. De quels préjugés parlez-vous, et quelles sont vos grandes lignes ?
Jean-Paul Gourévitch : Il faudrait résumer tout l’ouvrage pour vous répondre. Ces préjugés sont de deux sortes.
Les premiers viennent de la mauvaise connaissance de la question et donnent lieu à des raccourcis, et des schématisations. Un seul exemple qui vous étonnera peut-être. Gauche et droite confondues, les medias et l’opinion publique sont persuadés que l’Aide Publique au Développement (APD) de l’Afrique freinera les migrations. Je l’ai cru moi aussi autrefois. Mais ayant travaillé plus de 20 ans en Afrique, je sais maintenant que c’est une erreur. L’APD peut contribuer à la survie ou au bien-être des habitants, à restaurer l’image de la France, à conforter sa visibilité internationale. Mais au lieu de freiner le désir de migration, elle l’exacerbe.
Je m’explique. Pour réussir sa migration, il faut bénéficier d’un capital emploi c’est à dire pouvoir vendre ses compétences ou sa force de travail, d’un capital financier pour payer son passage et subsister pendant les premiers mois, d’un capital relationnel qui permet de trouver sur place dans la diaspora une aide pour des papiers, un travail, un logement, des démarches. Or, l’aide au développement développe les compétences dans un pays qui n’a pas les moyens d’employer ses diplômes, elle accroît les ressources financières et en mettant en liaison pays d’origine et pays d’accueil, elle favorise la constitution de réseaux relationnels. Les statistiques montrent d’ailleurs que l’APD n’a nullement freiné les flux migratoires légaux ou irréguliers de l’Afrique en direction de la France.
Les seconds préjugés relèvent de la mauvaise foi. C’est la présentation biaisée des problèmes d’immigration, les procès d’intention voire la réduction « ad hitlerum » de ceux qui ne souscrivent pas à la pensée dominante (vous en savez quelque chose !), l’occultation des problèmes d’expatriation assimilés abusivement à l’évasion fiscale, les chiffres balancés à la louche, le manichéisme des débats (l’immigration est-elle une chance ou une malchance pour la France ?), les images émotionnelles ou trafiquées pour formater l’opinion publique….
Il faut les combattre. Sans illusion. Comme dit Cyrano (celui d’Edmond Rostand, pas l’éditorialiste de Riposte Laïque !)
« Que dites vous ?… C’est inutile ?… Je le sais !
Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! »

Riposte Laïque : Que pense le spécialiste que vous êtes des propos de Michel Onfray, estimant inéluctable la disparition de notre civilisation vieillissante, et son remplacement inévitable par une autre civilisation, musulmane ?
Jean-Paul Gourévitch : Notre civilisation est probablement à bout de souffle. Nos moteurs d’intégration – l’Eglise, l’Armée, le Travail, l’Ecole, la Cité – sont grippés ou obsolètes. Le modèle républicain d’un pays de droit, d’une égalité devant la loi et d’une liberté d’expression est tous les jours mis en question par les fraudes sociales ou fiscales, les intimidations, la judiciarisation des écrits et des déclarations, la substitution de la transaction à la loi et le mauvais exemple donné par les gouvernants. Inversement la civilisation musulmane fait preuve dans le monde entier d’un dynamisme indiscutable et ses divisions même attestent de sa diversité. Mais l’expérience montre que les prévisions ont le plus souvent été démenties et que le pire n’est pas toujours sûr.

Riposte Laïque : L’homme infatigable que vous êtes a-t-il d’autres projets sous le coude ?
Jean-Paul Gourévitch : Bien entendu. Et comme d’habitude dans des domaines inattendus, tabous ou mal balisés. Deux ouvrages sortiront prochainement …Mais ceci est un autre chapitre.

Propos recueillis par Pierre Cassen

Livre à commander sur le site de l’éditeur :

https://www.editionsdurocher.fr/livre/fiche/les-veritables-enjeux-des-migrations-9782268085012




L’islamo-business, c’est plus de 1000 milliards de dollars par an

islamobusinessJean-Paul Gourevitch nous avait fait l’honneur d’intervenir, le 18 décembre 2010, aux Assises internationales sur l’islamisation de nos pays. Nous avons depuis gardé un contact amical avec cet expert international, toujours d’une grande courtoisie. Et comme il vient de publier un livre dont le thème nous intéresse, nous ne pouvions que le rencontrer, et discuter avec lui…

Riposte Laïque : Vous venez d’écrire « L’islamo business, vivier du terrorisme », aux éditions Pierre-Guillaume de Roux. Qu’est-ce qui a motivé la rédaction de ce livre ?
Jean-Paul Gourévitch : J’avais publié fin 2011 chez l’éditeur Pascal Galodé qui depuis a déposé son bilan La croisade islamiste : pour en finir avec les idées reçues un ouvrage un peu prophétique puisqu’une grande partie des invasions et attentats annoncés se sont effectivement produits. Le livre était daté et s’il présentait déjà une analyse de l’islam et de l’islamisme – qui ne sont pas la même chose- dans chaque pays du monde, il méritait d’ être actualisé. Mais surtout il laissait de côté ce qui m’apparaît aujourd’hui comme une réalité peu explorée; le financement de l’islamisme radical par l’économie informelle et le recrutement de djihadistes par ce même canal. J’ajoute que c’était l’occasion une fois de plus de tordre le cou aux fantasmes et à la désinformation qui s’attachent à la présence musulmane en France. Elle est bien en dessous des 32% de la population comme l’estime l’opinion publique selon le sondage IPSOS-MORI de 2014, et au-dessus des 4 millions comme le répètent sans aucune justification les medias de la pensée dominante, Jean-Pierre Chevènement ou –ce qui est plus étrange- l’Institut Montaigne.

Riposte Laïque : Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs quelles sont les différentes ressources de ce que vous appelez « l’islamo-business », et à combien cela se monte  ?
Jean-Paul Gourévitch : L’islamo-business, en dehors de son financement traditionnel par les banques et organismes liés aux puissances du Golfe et à leurs soutiens cumule les divers revenus de l’économie informelle : taxes sur les commerces et les particuliers, confiscations, racket, pillages, trafics, rançons, reventes frauduleuses…. Il profite aussi du détournement des procédures en vigueur dans le monde musulman (zakat, jizya, sadaqah, hawal) dont une partie vient abonder les entreprises terroristes. Ceci représente quand même plus de 1000 milliards de dollars par an.

Riposte Laïque : Pensez-vous que le gouvernement actuel veut vraiment lutter contre cet islamo-business ? Et que devrait faire un pouvoir décidé à le faire ?
Jean-Paul Gourevitch : Le gouvernement français actuel ne veut probablement pas et ne sait certainement pas lutter contre l’islamo-business, pas plus d’ailleurs que les précédents. On n’a jamais su en France gérer l’économie informelle qui équivaut quand même à près de 20% du PIB. Quand en 2002 j’ai publié mon premier essai sur la question, on s’est demandé quelle mouche m’avait piqué et il a fallu attendre 6 ans pour qu’une équipe d’ « Envoyé Spécial » vienne me contacter pour savoir où elle pouvait faire un reportage ! On a très longtemps cru et laissé croire que cette économie informelle était une soupape de sécurité pour les déshérités et ceux qui souffraient de la précarité. C’est vrai en Afrique où l’état de droit est en grande partie un leurre. Ce ne devrait pas l’être pour des gouvernements qui se réfèrent en permanence à cet état de droit qui est gangrené par les fraudes (fiscales, sociales, identitaires…) et où la transaction se substitue progressivement à la loi.

Il est plus difficile de soigner un cancer quand les métastases ont gangrené l’organisme. Mais comme vous le savez la droite traque en priorité la fraude sociale, la gauche la fraude fiscale, alors que ce serait l’ensemble qu’il aurait fallu combattre dès leur apparition. Sur le fond je pense qu’il est trop tard pour être vraiment efficace. Au moins peut-on éviter la prolifération des zones de non-droit dont on a vu qu’elles étaient aussi des foyers de l’islamisme radical, donner en haut lieu l’exemple de la bonne conduite et ne pas laisser par faiblesse ou calcul politique l’impunité devenir la règle du jeu.

Riposte Laïque : Pour décrire le parcours classique du combattant musulman, vous utilisez une formule choc : « du ticket de bus à l’explosif ». Pouvez-vous préciser votre pensée ?
Jean-Paul Gourévitch : Je n’ai pas évidemment voulu dire que tous les fraudeurs finissent comme kamikazes mais que la fraude aux transports publics qui par exemple représente en Ile-de-France 500.000 entrées par jour et coûte près de 500 euros par an à chaque foyer fiscal francilien est la première étape d’un parcours qui de la transgression, conduit à la délinquance, puis à l’arrestation et à la victimisation. A ce moment et par exemple en prison le délinquant peut avoir l’opportunité de rencontrer un caïd islamisé ou un imam qui le persuadera que ses méfaits ne provenaient pas d’une volonté de s’enrichir mais d’un profond rejet d’une société mécréante. Qu’il fasse désormais son choix entre Dieu et les infidèles, entre les vainqueurs et les vaincus, et désormais c’est pour Allah qu’il combattra, qu’il deviendra peut être un héros, voire un martyr.

Riposte Laïque : Nous avons été quelque peu interpellés, à la lecture de votre livre, par la mise en parallèle que vous effectuez, entre la stratégie des djihadistes et ceux que vous appelez les islamophobes. Vous précisez, fort heureusement, que ces derniers ne tuent personne. Qu’avez-vous voulu dire, exactement, en osant cet « amalgame » ?
Jean-Paul Gourévitch : Nous avons sur ce point un profond désaccord. Nombre d’entre vous se proclament « islamophobes ». C’est leur droit et ce n’est pas pour moi un crime. Mais en développant presque en exclusivité le scénario de l’apocalypse, en diabolisant à la fois leurs adversaires et ceux qui seraient prêts à les suivre en cas de succès, en traitant de complices et d’ « islamo- collaborateurs » – c’est leur terme- ceux qui marquent des complaisances non seulement vis-à-vis des islamistes radicaux mais de la communauté musulmane, ils utilisent les procédés de leurs adversaires. De mon point de vue, ils discréditent une partie de leur combat.

Riposte Laïque : Dans son dernier ouvrage-fiction, Laurent Obertone voit une France qui s’effondre en trois jours, suite à des émeutes ethnico-religieuses. Vous-même envisagez plusieurs scénarios, dont celui de l’affrontement. Le souhaitez-vous, quand un Renaud Camus ose dire qu’il préfère la guerre à la soumission ?
Jean-Paul Gourévitch : Mon travail d’expert n’est pas de prendre parti pour un scénario ou un autre mais de décrire chacun avec ses variantes qui pour l’affrontement sont au nombre de quatre : les variantes nataliste, migratoire, communautariste et terroriste. Ce n’est pas, comme vous le mentionnez, le seul scénario envisagé et je crois profondément que ce sont les citoyens français qui feront qu’un scénario sera plus effectif qu’un autre.

Riposte Laïque : Pensez-vous que vos ouvrages, pourtant très documentés, sont boudés par les médias traditionnels à cause de l’étiquette d’extrême droite que des journalistes ont accolé à votre nom ?
Jean-Paul Gourévitch : On est toujours en danger quand on travaille sur des sujets sulfureux d’être ostracisés par les uns et instrumentalisés par les autres. C’est ce qui est arrivé après la campagne fallacieuse que la dépêche de l’AFP signée Charlotte Plantive et reprise immédiatement in extenso par 51 journaux de la presse écrite, audiovisuelle et du net a déclenchée le 11 septembre ( !…) 2014, le jour de la sortie des Migrations pour les Nuls (éditions First). La journaliste dit s’être appuyée sur trois avis de spécialistes (tous très à gauche) comme Benjamin Stora qui depuis m’a présenté ses excuses pour avoir été manipulé par la journaliste sur cet ouvrage qu’il n’avait pas lu. Elle m’a notamment reproché – et cela ne vous étonnera pas- d’être intervenu pour Riposte Laïque lors des « Assises internationales de 2010 sur l’islamisation de nos pays » et d’avoir été cité par Marine le Pen il y a quelques années…Bien entendu on a oublié que je suis intervenu pour une pléiade d’organismes différents dont le PS, SOS-Racisme, l’UMP (3 fois), la LICRA (4 fois)…. Il fallait diaboliser l’auteur pour éviter que les lecteurs ne cherchent à s’informer dans un ouvrage aussi documenté qu’impartial et par exemple à lire le chapitre consacré aux « dix débats de fond » où pour chacun est présenté l’historique du débat, les arguments « pour » , les arguments « contre » et la thématique des controverses.
Et… ils ont réussi puisque je suis depuis ostracisé dans la quasi-totalité des grands medias de l’hexagone alors que la presse internationale m’ouvre ses colonnes et ses écrans.

Riposte Laïque : Quels sont vos prochains projets, cher Jean-Paul ?
Jean-Paul Gourévitch : j’ai toujours voulu faire ce que peu de gens font ou osent faire. Je continue à suivre l’exposition itinérante sur « La caravane de la Mémoire » (l’image des Africains en France avant 1914, entre 1914 et 1918 et après 1918) dont j’ai été le coordinateur scientifique pour l’association Solidarité Internationale. Mon prochain ouvrage qui sortira le 11 novembre aux éditions Belin s’appelle Explorer et Enseigner les contes de fées. C’est à la fois un panorama illustré sur les contes de fées à travers le monde, un lexique de leurs auteurs, leurs illustrateurs, et leurs thèmes, et un outil de travail pour les enseignants. Et deux autres suivront en 2017. C’est un peu le sprint final. Mais tant qu’il me reste des forces…

Propos recueillis par Pierre Cassen

Intervention de Jean-Paul Gourevitch au Colloque de l’IGP  : L’Islam à la conquête du monde.

https://youtu.be/2WTbKsRTIFk

 

https://youtu.be/2WTbKsRTIFk




Immigration : mise au point sur les allégations de la revue de presse de Madame Dominique Baillard

DROIT DE REPONSE

Jean-Paul Gourévitch, consultant international sur l’Afrique et les migrations, conteste formellement les allégations le concernant contenues dans la revue de presse de Madame Dominique Baillard du 12/03/2014 sur le coût de l’immigration.

Il fait remarquer que le résultat de ses analyses parues dans la monographie n° 27 de Contribuables Associés en novembre 2012 « L’immigration en France: dépenses, recettes, investissements, rentabilité » ne peut pas « être très vite remis en question par une autre
étude réalisée par des économistes (Xavier Chojnicki et Lionel Ragot)  » puisque cette dernière est parue six mois auparavant et qu’elle a justement été analysée dans la monographie.

Il rappelle que ses chiffres datent de la période 2010-2012 et ceux de l’étude Chojnicki-Ragot de 2005, que les immigrés ne coûtent pas 17 milliards d’euros à la protection sociale comme il est écrit de façon totalement inexacte par Madame Baillard mais que les dépenses de prestations sociales étant de 69, 979 milliards d’euros (monographie page
51) et les recettes fiscales et sociales de  83,370 milliards d’euros (monographie page 75) le solde est donc positif.

Si en définitive les dépenses d’immigration sont plus importantes que ses recettes (déficit de 8,76 milliards d’euros), c’est en raison des coûts de structure, des coûts sociétaux et des coûts sécuritaires générées par l’immigration régulière et surtout par l’immigration
irrégulière que l’étude Chojnicki-Ragot ne prend pas en compte.

Il y a pour sa part ajouté les investissements faits pour les pays d’origine des migrations et pour les dépenses d’éducation, de logement et de politique de la ville à l’égard des immigrés et de leurs enfants dont la rentabilité « est nulle pour l’aide au développement et
difficilement mesurable pour les politiques d’intégration », ce qui explique le chiffre de 17 milliards d’euros.

Il trouve malveillant que, pour diaboliser son travail, Madame Baillard affirme que « l’étude est largement médiatisée par le Front National » alors que la dernière intervention sur les ondes de Madame Marine Le Pen a mentionné un déficit de 70 milliards pour l’immigration et que nombre des propositions qu’il a faites pour réduire les coûts comme « la régularisation des immigrés ayant un travail » ou « l’arrivée de dizaines de milliers de migrants célibataires actifs occupés » sont aux antipodes des positions du Front National.

Il souhaite enfin que ceux qui veulent s’informer sur les coûts de l’immigration et comparer les périmètres différents de l’étude Chojnicki-Ragot et de sa propre  monographie puissent se rapprocher des textes eux-mêmes afin de se forger leur opinion en connaissance de cause ».

Jean-Paul Gourevitch




Les indignes méthodes des Inrockuptibles pour essayer de me salir

Pierre Cassen a reçu une lettre de Jean-Paul Gourevitch, spécialiste des questions migratoires, intervenant aux Assises internationales contre l’islamisation de nos pays. Ce dernier nous fait part des méthodes diffamatoires utilisées à son encontre par les Inrockuptibles, dirigés aujourd’hui par Audrey Pulvar, et un de ses journalistes, David Doucet. Estimant que la presse résistante doit solidarité à tous ceux des nôtres – et, malgré quelques divergences, Jean-Paul en fait partie – quand ils sont calomniés par la collabosphère, nous lui ouvrons volontiers nos colonnes pour lui donner la possibilité de se défendre. 

Cyrano

LETTRE DE JEAN-PAUL GOUREVITCH A PIERRE CASSEN

Mon cher Pierre,

Tu trouveras ci-après copie du courrier que je viens d’envoyer à Aymeric Goetschy d’Atlantico suite aux deux attaques diffamatoires que j’ai subi du journaliste David Doucet des Inrocks. Ce journaliste d’information n’est sans doute pas un inconnu pour toi. Tu m’avais signalé aimablement que j’avais été attaqué par lui dans une émission de France-Culture du 26/05/2012. J’ai obtenu du producteur de l’émission Jean-Marc Four un droit de réponse sur l’antenne et sur le site de l’émission. Mais il faut croire que David Docet en a été mortifié puisqu’il a remis le couvert une première fois dans les Inrocks, puis après publication d’un droit de réponse, une seconde fois et sur quatre colonnes! … en regard de ce même droit de réponse.

Je t’envoie également en fichier joint copie de l’article, de mon droit de réponse et de la réponse au droit de réponse. Riposte Laïque qui était volontairement omis comme co-organisateur des Assises dans le papier de David Doucet a été rétabli dans sa fonction dans l’échange que j’ai eu avec Jean-Yves Camus qui, d’ailleurs, dans l’article qu’il a écrit pour Témoignage Chrétien sur les assises (visible sur le Net en faisant « Jean-Yves Camus assises ») vous avait classé dans les souverainistes de gauche en faisant toutefois quelques réserves à ton égard.

Tu as toute liberté de faire état de cette polémique qui ne grandit pas les Inrocks. Mais est-ce vraiment une surprise?

Ci-dessous copie du courrier envoyé à  Atlantico. Bien entendu les Inrocks malgré une relance  de ma part n’ont pas répondu à mon courrier du 1/11/2012.

Mes amitiés et le bonjour à la belle Christine. Jean-Paul Gourévitch
J.-P. G

LETTRE DE JEAN-PAUL GOUREVITCH A AYMERIC GOETSCHY (ATLANTICO)

Bonjour, Aymeric Goetschy,

Je voulais d’abord vous remercier pour avoir passé sur votre site le 22 octobre ma lettre à la direction des Inrocks  comportant la demande de droit de réponse qu’ils m’ont refusé. Votre prise de position reprise par d’autres sites (news.yahoo, yahoo.finances, actualite.portail.free…) et sur plusieurs blogs a eu un effet immédiat. Les Inrocks ont passé ce droit de réponse dans leur numéro du 31/10 comme vous le verrez dans le document joint.

Mais probablement furieux d’être contraints de le faire alors qu’ils n’avaient pas répondu à mon courrier, ils ont adorné ce droit de réponse sur la même page d’une réponse tout aussi diffamatoire (et sur quatre colonnes ! ) rédigée par le même David Doucet. Pour clore la polémique, je leur ai écrit  à nouveau en leur demandant une brève mise au point, lettre que vous lirez ci-dessous et à laquelle, malgré un rappel, ils n’ont pas daigné répondre.

Il est par ailleurs intéressant de voir que, pour conforter leur attaque,  ils aient eu recours au témoignage de Jean-Yves Camus qui déclare entre autres que « je ne suis pas spécialiste des question migratoires ». Jean-Yves Camus est  effectivement connu comme spécialiste de l’extrême-droite mais nullement des questions migratoires. Je me suis entretenu avec lui par courriel. Non seulement il n’a pas pu justifier cette assertion mais il a reconnu que les propos qui lui sont prêtés ne lui ont pas été soumis avant, que d’ailleurs il ne lit pas les Inrocks et n’a pas pris connaissance de l’article,  et enfin que l’affirmation de David Doucet selon laquelle les Assises sur l’islamisation du 18/12/2010 avaient été organisés par le seul Bloc Identitaire était erronée puisqu’il y a participé lui-même,  publié un article dans Témoignage Chrétien sur le sujet  et que Riposte Laïque qu’il classe plutôt dans la  gauche souverainiste était un co-organisateur.

Cette réponse longue et diffamatoire à un droit de réponse très bref  me parait témoigner d’une conception étrange du journalisme d’information. Je souhaiterais donc et sans occuper tout l’espace médiatique que vous puissiez y faire référence et je vous en remercie à l’avance. Vous trouverez ci-dessous mon courrier du 1/11/2012 à la direction des Inrocks.

Bien à vous. Jean-Paul Gourévitch.

LETTRE DE JEAN-PAUL GOUREVITCH AUX INROCKUPTIBLES

Bonjour,

Suite à l’article diffamatoire me concernant paru dans les Inrocks du 17/10/2012 sous la plume de votre collaborateur David Doucet, je vous ai adressé, pour éviter toute polémique,  un bref droit de réponse que vous avez passé dans le numéro du 31 octobre page 118. Je vous en remercie.

Malheureusement votre collaborateur a souhaité poursuivre sa campagne de diffamation sur la même page dans un article de quatre colonnes intitulé « la réponse des Inrocks »  qui, par des  informations fallacieuses et  des oublis soigneusement calculés, tend à me faire passer pour un supporter de la « droite radicale » dont les publications viennent « garnir la bibliothèque frontiste »

C’est ainsi que pour me dénigrer, il commence par s’abriter derrière des propos prêtés à un spécialiste de l’extrême-droite. Je ne vois pas en quoi mes travaux sur les migrations relèvent de la critique de ce politologue, et si ce dernier ignore véritablement ma carrière universitaire et mes publications internationales dans ce domaine, je m’en expliquerai publiquement avec lui.

Pour alimenter sa diatribe, il énumère ensuite les « évènements organisés par la droite radicale » auxquels j’aurai participé en rapportant ceux-ci avec inexactitude. Il oublie de mentionner que les  « sulfureuses assises sur l’islamisation organisée (sic) par le Bloc identitaire » l’ont été également par Riposte Laïque, mentionne ma conférence chez les royalistes de droite de l’Action Française en omettant celles données chez les royalistes de gauche de Bertrand Renouvin et de sa publication Royaliste.

Mais surtout il oublie sciemment, bien que cela lui ait été rappelé par courriel et que ce soit mentionné sur ma notice dans Wikipedia  que j’interviens également pour la LICRA, pour SOS-Racisme, pour la Pastorale des Migrants, pour les Amis du Monde Diplomatique, pour le Conseil Régional de l’ÎIe-de-France, pour le Partenariat Eurafricain… tous organismes qu’il est difficile de classer à l’extrême-droite.

Enfin,  et c’est un comble pour un journaliste d’information, il sélectionne dans mes soixante ouvrages  deux titres dont il assure qu »‘ils ne laissent guère de doute sur mes convictions ». Si un titre suffisait à définir le propos d’un ouvrage, on voit mal pourquoi l’auteur éprouverait le besoin d’en rédiger trois cents pages. De plus  ces ouvrages  ne sont nullement des brûlots de propagande mais des travaux d’expertise  sur des questions de société.
La France Africaine parue en 2000 est, à ma connaissance, le premier état des lieux produit sur la présence africaine en France au début du XXIe siècle. Il a été actualisé sous le titre  les Africains de France paru en 2009, en concertation avec les diasporas présentes sur notre territoire, lequel est devenu un ouvrage de référence qui a fait l’objet de multiples articles et interventions tant en France qu’en Afrique.
La croisade islamiste parue fin 2011 est également un état des lieux quantitatif et qualitatif sur l’islamisme dans chaque pays du monde, sur ceux qui  le soutiennent, sur ceux qui le financent et sur ceux qui le combattent. Le sous-titre qui figure en rouge sur la couverture est d’ailleurs explicite. « Pour en finir avec les idées reçues ».

Aussi pour clore définitivement toute polémique, je vous demande de publier la mise au point suivante:

Jean-Paul Gourévitch,  mis en cause pour la troisième fois par David Doucet,  rappelle qu’il intervient sur l’immigration pour des organismes de toute appartenance dont la LICRA, SOS-Racisme, La Pastorale des Migrants, les amis du Monde Diplomatique… qui ne peuvent nullement être classés dans la mouvance de la « droite radicale ». Il suggère également à ceux qui voudraient connaître le véritable contenu des ouvrages dont les titres sont incriminés dans l’article, la France africaine ( actualisée aujourd’hui sous le titre Les Africains de France) et la Croisade islamiste de se reporter aux textes avant de les stigmatiser.

A contrario si Les Inrocks souhaitent véritablement informer leurs lecteurs sur la question difficile du coût de l »immigration, qui n’est nullement un monopole de l’extrême droite mais est aujourd’hui chroniquée par des medias de toute obédience, et  sur laquelle bien entendu les critiques sont recevables, je suis tout prêt à en débattre dans vos colonnes avec les journalistes ou les spécialistes que vous aurez choisis.

J’attends une réponse très rapide de votre part pour éviter l’intervention de tiers, et vous prie de croire à mes sentiments les meilleurs. Jean-Paul Gourévitch

Jean-Paul GOUREVITCH




Comment l'indépendance des pays africains est enseignée, en Afrique et en France

Jean-Paul Gourevitch fera partie de nos intervenants, le 18 décembre prochain, à Paris. Il nous a fait parvenir ce texte, que nous avons plaisir à publier.
Dans le cadre du cinquantenaire des indépendances africaines, un atelier s’est tenu les 26 et 27 novembre à l’Académie des Sciences d’Outre-mer, 15 rue La Pérouse Paris 16e. Cet atelier de travail organisé par le Partenariat Eurafricain présidé par Joël Broquet et dont le responsable pédagogique était Jean-Paul Gourévitch, visait à confronter la manière dont l’année des indépendances africaines (1960) est relatée, respectivement dans les manuels scolaires français et africains, et, au-delà, à s’interroger sur la possibilité d’une mémoire partagée des indépendances et plus généralement des relations franco-africaines. Une cinquantaine de personnalités françaises et africaines y ont participé dans une ambiance de travail conviviale et studieuse. Cet atelier a été évoqué le samedi 27 après-midi dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne à l’occasion de la réception des lauréats du cinquantenaire des Indépendances africaines.
Il a paru évident que les indépendances étaient relatées de façon très différente en Afrique francophone et en France, dans la mesure où les manuels scolaires africains s’adressent aux classes de CM2 qui sont une fin de parcours pour beaucoup de jeunes garçons et surtout de jeunes filles africaines, alors que les manuels scolaires français visent une cible qui est celle des classes de 3e de collège ou des terminales de lycée.
Par ailleurs la contextualisation n’est pas la même. Les manuels français insistent sur la progressivité de l’accession aux indépendances accordées aux pays africains par opposition aux conflits de la guerre d’Algérie, alors que les manuels africains mettent en valeur la participation des intellectuels et des forces vives de la nation (associations, syndicats, partis) engagés depuis longtemps dans cette lutte pour une indépendance conquise qui s’inscrit elle-même dans une émancipation progressive du Tiers Monde.
Enfin les manuels français regardent ces indépendances dans le rétroviseur en fonction de ce qu’est devenue cette Afrique qui est à la fois Afrique de souffrances et Afrique de promesses, alors que les manuels africains insistent sur l’aspect festif des indépendances et considèrent que la suite ne concerne que les pays eux-mêmes. Bref, il y a du chemin à faire pour arriver à une mémoire partagée même si la tendance est aujourd’hui au rapprochement des chercheurs français et africains travaillant dans ces disciplines.
Les actes du colloque ainsi que les documents préparatoires comportant les quelques 100 pages de sélection des manuels français et africains seront disponibles à partir de la fin février 2011 au Partenariat Eurafricain, Carrefour des acteurs sociaux 103 av Parmentier 75011 Paris courriel : dircas.mbox@cas-france.org et téléphone 06 16 58 06 00.
Jean-Paul Gourevitch




Identité nationale : les règles du jeu

J’ai longtemps hésité à joindre ma voix aux concerts de toute nature qui ont accompagné le lancement par Eric Besson, avec l’appui de l’Elysée, du débat sur l’identité nationale. Mais compte tenu des procès d’intention, des exclusives, des dérives, et des manipulations générées par ce débat, il m’a paru nécessaire de rappeler quelques principe, le plus brièvement et « objectivement » possible , si ce dernier adverbe a encore un sens…
1) Le débat sur l’identité nationale n’est nullement une nouveauté dans l’histoire de notre pays. L’établissement du Royaume de France à partir d’Hugues Capet et des règles de dévolution de la Couronne, les premiers Etats Généraux réunis par Philippe le Bel de 1302 à 1314, la Fête de la Fédération de 1790 – qui sera commémorée le 25 juin 2010 sous le haut patronage de Frédéric Mitterrand et d’Eric Besson – en sont des symboles forts. Plus près de nous, la constitution de la « Force Noire » (Mangin 1909-1910) et la participation des troupes coloniales à la guerre de 1914-18, l’exposition coloniale de 1931 en mÍme temps que la montée chez les intellectuels africains de l’anticolonialisme, la période de l’occupation, les guerres d’Indochine et d’Algérie, la décolonisation en Afrique Noire, furent des moments clés de l’Histoire de France où la question de la nation, de ses emblèmes, de ses valeurs et de sa réalité, s’est effectivement posée.
2) La notion d’identité nationale est à la fois complexe et plurielle. Il existe une identité territoriale qui rassemble ceux qui résident dans un mÍme pays, une identité juridique, administrative et sociale qui solidarise ceux qui bénéficient de la mÍme législation et rencontrent les mÍmes difficultés, une identité francophone marquée par l’usage d’une mÍme langue, une identité européenne fondée sur l’appartenance à un grand ensemble où une partie des décisions qui concernent les pays sont prises dans des instances supranationales, et demain peut-Ítre une identité euroméditerranéenne. Ces identités ne sont pas réductibles les unes aux autres et c’est ce qui fait le cœur du débat.
3) Si la question de l’identité nationale a un sens positif, elle consiste à se demander ce qui rassemble les Français, dans une même nation, au- delà de leurs différences, et non pas qui doit être exclu de la communauté nationale et pour quelles raisons. C’est particulièrement vrai pour nos compatriotes de l’outremer, DOM-COM-TOM, qui vivent une situation très différente des résidents de l’hexagone et qu’on ne perÁoit qu’à travers des reportages locaux complaisants ou agressifs, alors que près d’un tiers vit en métropole.
4) C’est aux personnes qui ont choisi de s’installer en France que la question devrait être posée en priorité. Or elles s’expriment peu ou bien on ne les entend pas. C’est peut-Ítre regrettable mais c’est un fait. Les unes affirment qu’elles ne sont pas concernées parce qu’elles ne resteront pas en France et retourneront chez elles ou s’expatrieront dans un autre pays de l’espace Schengen. D’autres gardent le silence parce qu’elles craignent que leur parole ne soit utilisée à des fins politiciennes. D’autres enfin refusent tout net le principe mÍme de ce débat parce qu’elles croient, comme on le leur a rab‚ché, que participer à un tel débat, c’est « faire le jeu de la droite ». Or l’identité nationale n’est la propriété d’aucune formation ni d’aucune idéologie.
5) On ne peut nier que les migrations sont un des défis majeurs du XXIe siècle pour la France, et plus largement pour l’Union Européenne et les pays du Nord. Il ne peut y avoir de coexistence durablement heureuse entre deux continents voisins dont le premier (l’Europe) est deux fois moins peuplé et dix fois plus riche que le second (l’Afrique). MÍme si la quasi-totalité des pays du Nord a procédé à un rééquilibrage entre une immigration de main d’œuvre acceptée voire recherchée, et une immigration de peuplement contingentée, l’européanisation des politiques migratoires est encore balbutiante. Chaque pays doit donc définir seul sa politique migratoire en fonction de ses capacités d’accueil et d’emploi, de ses ressources financières, et des valeurs qu’il entend véhiculer.
6) Ce débat est d’autant plus d’actualité que la France n’échappera pas au développement d’une culture du métissage quels que soient les crispations ou les rejets que cette perspective entraîne. La nation s’est établie sur ce que Gérard Noiriel appelle le « creuset français ª, c’est-à-dire la stratification de migrations venant apporter leur force de travail, leurs traditions et leur culture au socle originel, qu’elles enrichissent de leurs différences tout en respectant les lois du pays d’accueil. Les immigrés et personnes d’origine étrangère, enfants compris, nés en France ou l’étranger représentent aujourd’hui 7,5 millions de citoyens soit plus de 12% des résidents de la France métropolitaine. Considérer qu’ils ne sont pas partie prenante d’un débat sur l’identité nationale constitue une forme de discrimination à leur égard.
7) L’évolution actuelle de la population française renforce ce métissage. Le solde migratoire des arrivées est positif d’environ 150.000 personnes provenant en majorité du continent africain, qu’elles soient en situation régulière ou irrégulière. Et la fécondité de ces nouveaux arrivants est largement supérieure à la moyenne de l’hexagone. Si la transition démographique est une réalité chez les femmes originaires du Maghreb, particulièrement dans la seconde génération, elle n’est qu’à peine perceptible chez celles qui viennent de l’Afrique subsaharienne. A contrario, le solde migratoire des départs est négatif de 68.000 personnes, en quasi-totalité autochtones.
8) Les populations immigrées résidant en France au début du XXIe siècle sont très différentes de celles du siècle précédent. Ces dernières venaient principalement d’Europe et ont accepté une assimilation dont les moteurs – l’école, l’Eglise, l’armée, le travail, la cité- tournaient à plein rendement. Ces moteurs sont aujourd’hui obsolètes ou grippés. Les principaux vecteurs d’intégration du XXIe siècle s’appellent la musique, le sport, l’islam, l’économie informelle, la solidarité, le développement durable… Ils génèrent des réactions complexes entre autochtones et allochtones. Alors que le métissage culturel est plutôt un succès, le métissage social apparaît comme un échec.
9) Les jeunes issus de l’immigration, et plus particulièrement de l’immigration maghrébine ou subsaharienne, qui constituent la majorité des moins de 18 ans des « cités sensibles », ont des besoins plus importants que les autochtones en matière d’éducation, de santé, de logement et d’environnement. Ils vivent dans des familles où le franÁais n’est pas toujours la langue parlée à la maison, dont les traditions et les cultures peuvent entrer en conflit avec celles du pays d’accueil et dans des quartiers devenus parfois des ghettos ethniques. S’il est contre-productif de leur demander de « s’intégrer » alors qu’ils se considèrent comme FranÁais, il faut prendre en compte leur comportement en matière de gestion du temps, de créativité verbale, gestuelle et musicale, de rejet de l’état de droit et d’attrait pour une économie informelle qui est à la fois un grand jeu et un moyen rapide de s’enrichir et de parader. Les assimiler statistiquement aux jeunes FranÁais, parce que, selon la législation, ils le seront à 13, 16 ou 18 ans, c’est tout simplement nier leur spécificité.
10) Il n’en reste pas moins qu’un débat national, doit aboutir à des recommandations, à des conclusions dans un délai rapproché, avec, en principe, la recherche d’un consensus sur des propositions, ou l’organisation d’un scrutin national ou institutionnel pour trancher entre des positions inconciliables. Ce n’est pas le cas aujourd’hui et on nous annonce que ce débat est prévu pour se prolonger au-delà des régionales. On ne voit pas bien non plus quelles propositions nouvelles il a fait éclore, sinon d’alimenter les phantasmes des uns et les crispations des autres.
Il serait donc peut-être temps de siffler la fin de la partie avec, pour sortir par le haut, quelques décisions symboliques et sociétales, prises sur des questions importantes mais un peu périphériques. On peut évoquer par exemple l’interdiction du port de la burqa, l’établissement de statistiques ethniques – ou, comme on dit, de statistiques de la diversité – pour connaître la composition réelle de la population française et lutter efficacement contre les discriminations, ou encore l’ouverture plus large des grandes écoles aux élèves boursiers. On éviterait ainsi de donner l’impression que ce débat national s’est réduit à un combat frontal qui a fait des vainqueurs et des vaincus dans chaque camp.
Jean-Paul Gourevitch
Jean-Paul Gourévitch est consultant international, spécialiste de l’Afrique et des migrations. Il a publié en 2009 une monographie pour Contribuables Associés sur « le coût de l’émigration : ces Français qui quittent la France », et trois ouvrages, les Africains de France (Acropole), l’immigration ça coûte ou ça rapporte ? (Larousse) et le rêve méditerranéen d’Ulysse à Nicolas Sarkozy ( Ed de l’Oeuvre) qui a obtenu le prix Pierre Gaxotte de l’essai historique.