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L’élection présidentielle 2022 : quels attendus, pour quels résultats ?

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S’agissant des candidats élus lors de primaires (Jadot, Hidalgo, Pécresse, Taubira (même pas candidate !), le plus parlant est tout simplement leur résultat : des scores faibles, très en-dessous des partis qui les portaient ou auraient pu les porter. Certes, le vote utile de premier tour causé par le duel entre Marine Le Pen et Mélenchon a joué à plein, mais pas seulement ; même sans cela, ces candidats n’auraient selon tout vraisemblance pas été au second tour. Une primaire, en France, ça flingue le résultat électoral.

Le pire est sans doute pour le PS et LR : à force de n’avoir pas de leader, ce sont des partis sans tête qui disparaissent. Il leur manque un chef. Qui décide. Seul, s’il le faut. En ralliant, dès qu’il peut. Ce qu’a oublié Marine Le Pen à la tête du RN : chef très bien, mais si c’est pour se retrouver tout seul à la fin … pas le but !

En regard, les petits candidats quasi-indépendants (Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle – pardon de qualifier de « petit » son 1,90m) s’en sortent plutôt bien, même si eux aussi ont pâti du vote utile. Ceux issus directement des petits partis (Fabien Roussel, Nathalie Arthaud, Philippe Poutou) font leur score, ni plus ni moins, sans doute était-ce là toute leur ambition d’ailleurs. Leur lutte fut plutôt âpre pour les signatures, leur victoire était parfois déjà d’avoir été là. François Asselineau aurait aimé en faire autant, une fois de plus …

Éric Zemmour : parti trop tard, beaucoup trop tard ! L’annonce de candidature, c’était au plus tard avant l’été… On ne peut en même temps monter une organisation, faire campagne, séduire, même si on a déjà prévu ses idées depuis longtemps et qu’on les connait sur le bout des ongles. Sur les idées, ne jamais oublier qu’il faut plaire d’abord, donc avoir un mot pour tous et qu’avoir raison sur le fond ne sert hélas à rien. Fut-il simple, ce mot pour tous, pour chacun à son tour, doit être présent.

Des manques, aussi, sur l’écologie notamment car coincé dans le système de pensée libéraliste ; la réplique de Marine Le Pen au Débat fut excellente sur ce thème, en substance : « tant qu’on continue à faire du libre-échange qui détruit la planète par construction, on peut parler d’écologie autant qu’on veut, ce discours est du pipeau ». Napoléon III, ce fut un coup d’état avant tout, pas la démocratie d’aujourd’hui, devenue un mélange d’Instagram et de Twitter pour populations en voie de décérébration aux neurones contrôlés Outre-Atlantique.

Jean-Luc Mélenchon : un parti propre (qui aurait parié sérieusement à son succès lorsqu’il a quitté le PS ? Les éléphants ricanant lui prédisaient le succès du Parti Socialiste Unifié d’Huguette Bouchardeau !), une candidature incontestée, annoncée très à l’avance, un programme ambitieux tant sur les changements en économie que, corrélativement et non sans cohérence sur l’écologie, parlant par là même aux préoccupations de long terme de la jeunesse. Une rupture, porteuse d’un espoir d’une vie meilleure ou du moins d’éviter une catastrophe millénariste, un souffle certain agrémenté de coups de griffes forts et acérés (« petit bonhomme » lancé à Zemmour) donnant l’image d’un combattant du bien commun. L’image, toujours l’image ! Peu importe le fond … Résultat : presque le second tour, raté tout juste. Heureusement pour ses concurrents, l’âge du tribun (70 ans) le rattrapera pour la prochaine fois, il lui sera difficile de concourir encore.

Emmanuel Macron : conserver son socle de retraités, pour cela changer de discours à chaque fois qu’il risque de se faire écorner. Ça a marché. Pas besoin de pensée complexe, l’idée fixe suffisait. Enrobée.

Il a à cet égard été remarquable, sur deux plans au moins :

– avoir gardé toujours en tête qu’il doit son élection d’abord aux retraités, son socle électoral. Pas une de ses réponses lors du débat avec Marine Le Pen qui n’ait pas été dirigée vers cet objectif : conserver l’électorat retraité en lui promettant la stabilité de sa situation face au Covid, à l’inflation, aux déficits, etc., quitte à faire payer les autres, tous les autres.

– et, à chaque fois qu’une proposition adverse le mettait en porte à faux, la reprendre à son compte (on fera des référendums, immigration dans un sens puis l’autre, etc.). Paraître à l’écoute, changeant mais pas trop, ilot de stabilité qui vous regarde toujours de face.

Marine Le Pen : une bonne première partie sur le programme et les idées, mais l’oubli de la contre-offensive … Tout le monde l’a noté, le traumatisme du débat de 2017 y a contribué sûrement. Cela dit, c’était perdu dès avant le débat de 2022 … Un débat d’entre deux tours change quelques pourcents, pas plus : à 56/44 c’était déjà fini, tout comme Éric Zemmour savait qu’il était hors course dès le Trocadéro.

Quel avenir, comment gagner enfin ?

Alors, pour l’avenir, pour gagner ? Comment retrouver les forces du vote sur le traité de Maastricht, une presque victoire (comme nous le payons cher depuis, ce mark monnaie unique !), celles du référendum de 2005, victorieuses dans les urnes, méprisées et contournées ensuite par Sarkozy ?

Reprendre du début, avoir une organisation avec un chef incontesté, qui cherche d’abord à plaire (Chirac ? « sympa » … quelle force !) Pour être élu, et seulement cela. Ensuite … ce qu’on en fait, sauver la France … il y a du travail, mais ce sera le sujet suivant. Car hélas, ce noble objectif devra passer après. D’abord, on gagne.

Ce but d’un programme, d’un parti politique, d’un candidat est : gagner l’élection. Rien d’autre. Marion Maréchal cherche, je pense, la combinaison. Ce n’est pas la seule.

Alors, de la part des Français qui crèvent de la politique de Macron : prenez qui vous voulez, choisissez vite et maintenant ; je ne veux voir qu’en seule tête jusqu’en 2022. Exécution !

Je veux un chef, qui gagne et fasse ce qu’il faut pour cela. Un seul. L’heure n’est plus aux discours. Bientôt, peut-être même plus à la démocratie. Soyez sérieux. Pour une fois.

John Vallès




Elections : comment gagner?

Au-delà de la nouvelle victoire d’Emmanuel Macron, que retenir des mécanismes observés lors de de cette élection ?

Une élection, ça se prépare (et les primaires sont une mauvaise idée)

La désignation par primaire conduit à des résultats désastreux dans les urnes en France, pour deux raisons :

– d’une part, la période de compétition met en relief les faiblesses de chacun, connues de ses adversaires momentanés d’autant mieux qu’ils sont des proches depuis longtemps au sein du même parti. Pour vaincre un candidat issu d’une primaire de parti, il suffit (presque) de piocher dans les arguments utilisés contre lui lors de cette même primaire : on peut être certain que tous ses casseroles y seront, sans exception ;

– d’autre part, une primaire quelques mois seulement avant l’élection laisse amers les pseudo-soutiens perdants de ladite primaire, par là même peu enthousiastes à soutenir l’aventure de leur vainqueur. De plus, ce dernier n’a aucun délai pour préparer sa stature présidentielle, pour apprendre. On attend du candidat tout juste intronisé qu’il soit tout de suite parfait, qu’il sache prononcer des discours justes, ait de la répartie, prône les tempos et sujets qui feront mouche. Intègre les idées au vol dans son discours du moment, surtout chez ses concurrents, en paraissant, non pas une girouette sans âme, mais à l’écoute et non dogmatique. Bref, mission impossible pour un être humain normal. N’est pas Tom Cruise qui veut.

On objectera au moins deux soi-disant contre-exemples :

– « Ah oui mais Macron il n’avait pas de parti ni rien, et ça a marché en 2017 ! »

Macron a préparé sa candidature de 2017 pendant quasiment 5 ans, d’abord à l’Élysée puis avec tout le soutien des moyens de Bercy, tant logistique qu’en reconnaissance apportée par la fonction occupée. Quand on est ministre, surtout à la tête d’un gros ministère, il n’y a pas loin pour viser la première place, seulement deux échelons plus haut. Et on apprend. À répondre, à discourir à flatter … il n’avait rien d’un novice, En Marche n’avait rien d’une organisation sortie de nulle part. Certes, il lui a fallu tout de même profiter de l’opportunité rare de ce que le président en place, François Hollande, était suffisamment cramé pour n’avoir aucune chance. De là à l’aider un peu, en coulisses ? On peut le penser, pas le montrer – de toutes manières c’est une autre question.

Le Macron de 2017 était sur les rails en 2012, l’organisation et les réseaux qui l’ont porté au pouvoir depuis même plus longtemps (merci le Parquet National Financier créé par Hollande pour la mise en examen super-rapide-jamais-vue de François Fillon pour deux costards : des juges ont élu Macron, ne pas l’oublier …) : il n’est pas sorti de nulle part, ce fut un travail de plusieurs années.

– « Oui mais aux USA c’est comme cela que ça marche ! »

Certes, il y a une différence fondamentale avec France et USA : aux USA l’élection présidentielle est à un seul tour. Ce qui conduit mécaniquement à la formation de deux blocs majeurs par la cristallisation des votes utiles, et seulement de ceux-là puisque tout vote en dehors des deux partis traditionnels est de facto un vote sans effet. Dès lors, peu importe que le candidat arrive tard en campagne et soit inconnu : on vote d’abord pour un parti, établi depuis longtemps.

L’élection en France est très différente de ce point de vue : on vote encore pour une personne avant une étiquette et l’effet vote utile est limité. La première grosse exception a été le premier tour qui vient de se dérouler car les électeurs avaient vu que la concurrence pour être au second tour se jouait entre deux candidats seulement, qui ont siphonné les voix des autres : le second tour Mélenchon – Marine Le Pen s’est joué au premier tour, en quelque sorte.

Aussi, aux USA est-ce que cela fonctionne si bien que cela, cette découverte d’une nouvelle tête quelques mois avant l’élection ? Pas vraiment. D’abord, parce que le plus souvent le président sortant est candidat. Pas une nouvelle tête, donc. D’ailleurs, preuve que l’antériorité joue : il gagne souvent. 50% pas issu de primaires une fois sur deux. Et s’agissant des candidats issus des primaires des partis, s’agit-il vraiment de têtes si nouvelles ? Bush Jr., Joe Biden qui fut vice-président d’Obama : pas vraiment, en tous cas pas toujours.

Également, autre différence forte entre France et USA : les dépenses de campagne ne sont pas plafonnées aux USA (au motif d’un obscur arrêt de la Cour Suprême américaine statuant qu’une telle limitation nuirait à la liberté d’expression … des plus riches, donc, qui doivent pouvoir dépenser leur argent pour soutenir leur candidat comme ils l’entendent). Dans ces conditions l’argent compte plus que l’homme désigné, du moins sa capacité à récolter des dollars compte surtout. Car en moyenne, les votes ça s’achète. C’est moche, mais celui qui dépense le plus en communication gagne. Le plus souvent. Pas besoin de corrompre l’électeur, il suffit de le matraquer. Ça marche.

Bref, même aux USA où le système électoral à un tour pousse mécaniquement aux primaires, les primaires avant une élection ne sont pas de tout repos ni une stratégie qui concoure vraiment à la victoire électorale. Un avantage toutefois du système de primaires : cela peut parfois permettre à un inconnu doué de mettre la main sur les ressources du parti indispensables à la campagne. Mais c’est devenu une exception (Donald Trump en 2017).

Résumons quelques conditions idéales pour gagner une élection : partir tôt, plusieurs années avant, avec une structure dont on est le candidat naturel non contesté, mettre tout le monde derrière soi et gérer son armée et ses finances. La démocratie, c’est pour l’extérieur ; un parti politique, c’est une machine pour conquérir le pouvoir par petites touches en agrandissant le cercle de ses amis et obligés.

Partir de loin, courir et tenir longtemps.

L’important dans cette phase est la construction d’une image, patiente. Qu’un sentiment s’attache à vous, spontanément. Pour cela, une règle simple : être modeste en apparence, et surtout ne pas se laisser détruire par des attaques. Ne jamais laisser une perfidie, si minime soit-elle, grandir. Pour y parvenir : immédiatement isoler l’attaquant, lui faire comprendre qu’il est tout seul et ne doit pas continuer. Aussi, ne pas laisser les media vous porter aux nues dans la première phase (la louange, avant la critique puis le lynchage) : ils ne cherchent pas à vous aider, seulement à découvrir vos faiblesses qui, ensuite, seront systématiquement reprises à partir de la première couche jusqu’à la dernière découverte tout juste ajoutée. Un journaliste reprend ce qui a déjà été dit, et ajoute « sa » nouvelle. Le premier tas doit rester vide … Comme il ne l’est jamais (ce n’est pas parce que vous n’avez rien à vous reprocher que personne ne vous reprochera rien), il faut le rendre intouchable, trop dangereux à sortir.

Dans cette phase se prépare le programme, les idées, les sentiments et postures qui permettent de capter l’électorat. C’est pour cela que peu de politiques disent ce qu’ils pensent et que leur discours public est souvent si différent de leurs déclarations privées, comme l’a bien noté Éric Zemmour mais sans me semble-t-il en comprendre à fond la raison. Vertus publiques vs vertus privées : même combat, même dichotomie. Il faut un discours public différent pour réussir à faire triompher ses convictions réelles. Pour cette raison aussi, les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. Mais elles permettent de se faire croire à l’écoute de tous, surtout de ceux dont on a besoin pour être élu.

Tout simplement parce que ça marche, c’est la démocratie et la démocratie c’est d’abord plaire, quitte à raconter n’importe quoi ou à faire rêver en oubliant le réel.

Finir vite

« Une campagne, ça commence à fond, puis on accélère » a dit Nicolas Sarkozy – l’homme de la forfaiture de Lisbonne. Cela se commence environ deux ans avant l’élection. Par un recueil d’informations, une prévision du tempo, les dates, les équipes et leurs phases de mobilisation, etc. Savoir ce qui doit sortir, à quel moment et par qui.

Et un programme … surtout pas celui qui est issu des contributions des adulateurs du parti, de bric et de broc un peu au dernier moment avec une cause par-dessus pour le faire apparaître logique et humain. Ces programmes-là donnent une récitation laborieuse comme un meeting de Valérie Pécresse. Un programme qui gagne l’élection. Peu importe ce qu’il contient : les promesses n’engagent … etc. Le programme est un outil pour gagner une élection, pas pour gouverner ni faire passer ses idées. Il s’agit de gagner le pouvoir, ce qu’on en fait pour de vrai … ce sera après.

Le meilleur programme de tous les temps à cet égard restera sans doute celui qui a présidé à la création du Rassemblement Pour la République (RPR), qui était issu des réponses à un sondage dont avaient été retenues à chaque fois les propositions recueillant le plus de suffrages. La démocratie demande de plaire, il faut plaire : c’est la règle du jeu, donc la seule règle. Le mensonge, le parjure (Sarkozy, encore), la dissimulation, l’exagération, le revirement sont autorisées en démocratie, ne violent pas les règles du jeu. Jouer dans les règles, c’est simplement survivre – et devenir schizophrène accompli, le plus souvent.

Il faut en permanence flatter de conserve, contourner et contenter ses adversaires internes du parti pour ne pas leur donner les vraies clefs. À la fois les faire monter, mais pas trop pour qu’ils ne se liguent pas. Cela suppose, aussi, de mécontenter ses amis en privilégiant souvent ses ennemis. On achète beaucoup en politique, on combat peu. Le combat épuise vite, seul un petit nombre peuvent être utilement menés. La première règle : ne pas avoir suffisamment d’ennemis pour qu’ils puissent de mettre en réseau contre vous. Couper les lignes ennemies. Conserver les siennes fournies et prêtes, alimentées, continues et surtout invisibles. Jouer de la logistique. Ne pas dire, ni dévoiler. Un réseau d’amis rendu public est presque déjà détruit. Toujours avoir une ligne de repli. Bref … un parti c’est fait pour faire la guerre, alors on joue avec les armes de la guerre.

Avec le programme, il y a le « contre-programme », plutôt les peaux de bananes à laisser aux adversaires, avec leur planning (ni trop tôt, ni trop tard). Cela se monte doucement, par étapes pour ensuite que les couches fassent épais, donnent une impression d’inéluctable. Peu importe qu’elles soient fines en réalité, seule l’impression importe.

Quelques exemples : le scandale Mc Kinsey, c’est fin, tout juste un examen par le PNF de Hollande dont le président a été nommé par Macron ; les subsides européens du Rassemblement National, c’est gros, car utilisable à chaque élection sans limitation de durée. Comme le sparadrap de Haddock : petit et toujours au premier plan. La privatisation des autoroutes par Lionel Jospin puis Dominique de Villepin et tous leurs successeurs : zilch, nada, tout le monde est mouillé donc arrêt tout de suite : ça n’existe même pas, désolé …

Cela se prépare, les peaux de banane. Toujours avoir un bureau marqué : « la délation c’est ici ! ». Et pour ce « contre-programme » avoir ses soldats, ne jamais aller seul au feu, ou alors par touches très, très mesurées.

Exemple : Jean Messiha lisant le Coran à Marine Le Pen. Attaque au fond portée par un émissaire, d’ailleurs qui a reçu une bonne résistance en retour, par le refus de ladite Marine Le Pen d’entrer dans la discussion (en substance : « je ne l’ai pas lu, car ce n’est pas mon rôle »).

Alors, ça donne quoi ?

Demain, j’analyserai les résultats de l’élection présidentielle 2022 en France à l’aune de ces quelques principes et modestes suggestions.

John Vallès




Immodestes petits conseils à M. Zemmour

J’ai beaucoup écouté. Ma concierge. Son mari, venu se mêler à la conversation. Ma copine Sciences Po bobo dont l’attachement au rose pâlit avec l’âge. Mes enfants instagrammeurs (hélas). Ceux de mes voisins, bleu marine col roulé. Mes collègues de bureau, cool-tout-le-monde-est-beau-tu-y-crois-vraiment-toi ? D’autres, restons discrets même dans les plus viles calomnies.

De cette étude approfondie et diversifiée, randomisée à l’aveugle sans a priori, du haut de mon inexistante expérience, trois conseils à M. Zemmour :

1) arrêter de gesticuler. Un geste mesuré pour souligner la parole, c’est bien. Cinq mouvements par mot, c’est trop. Ça fait araignée. Ça fait peur. Mes interviewés n’aiment pas avoir peur, comme tout le monde. Sauf sur le Goudurix chez Astérix, je m’égare…

Macron, on le croirait sorti des Pilleurs de tombes de l’espace : pas la peine d’aller jusque-là dans la momification. Juste modérer l’expression non verbale, éviter le rejet instinctif « Ah non, jamais celui-là ! ». « Euh… qu’est-ce qui vous dérange, qui ne va pas dans ce qu’il dit ? » « ………….. ».

Bref : l’image sans fond ni verbe n’est pas favorable. Je ne suis sûrement pas le premier à lui dire. Du haut de ma candide incompétence.

2) être plus vite concis. Pas dans la formule, M. Zemmour l’est déjà, magnifiquement. Une arène politique n’est pas un plateau d’émission. Dans une arène, tout se joue au temps : compté, mesuré, épié par d’autres à l’affût de « prendre le micro et ne plus le lâcher ». Passer le maximum d’idées fortes, de formules qui font mouche, en un minimum de temps. Silence et hésitations comprises. En allant plus vite, forcément ; en risquant de faire un faux pas, sûrement ; avec moins de formules réfléchies et ciselées, certainement. Mais… plus vite. Pas trop vite. Plus vite. Bref. Tenir un débat quand les temps seront mesurés. Comme à l’épée : toucher dans le temps imparti. Mettre l’autre groggy s’il a écouté (certes, c’est rare).

3) Le constat du Grand Remplacement, l’immigration, les sectateurs du Coran, sont des thèmes structurants majeurs. Mais pas la seule ligne de fracture. L’autre, visible dans le vote contre le Traité de Maastricht perdu de si peu en 1992 ou lors du Non victorieux de 2005 – avant la forfaiture Lisbonne de Sarkozy -, touche à l’américanisation et la mondialisation (les escroqueries planétaires des GAFAM, leurs fraudes à l’impôt et aux règles sociales, les délocalisations destructrices de l’environnement, etc.), la marchandisation de tout, le règne de l’argent comme seule valeur (corps humains (GPA), voir le film Wall Street), la destruction des paysages, du patrimoine et de la langue française, le renouveau nazi des racistes pontifiants de « Black lives matter » ou encore l’aspiration à des contraintes spirituelles sociales ritualisées – surtout depuis la démission de l’Église catholique.

Cela se relie au premier sujet bien sûr, mais les lignes de forces ne sont pas les mêmes. Les électeurs de Georges Marchais avant-hier, de Chevènement hier ou de Mélenchon aujourd’hui en sont souvent les porteurs sincères.

Pourquoi ce troisième immodeste conseil à M. Zemmour, alors qu’il a assurément ceci bien en tête ? Parce que son image n’est pas celle-là. Zemmour, ce n’est pas celui qui lutte contre la mondialisation : il est anti-immigration d’abord. Certes beaucoup de choses en découlent, mais ce n’est pas sur cette seule ligne qu’il pourra(it) gagner. Il faudra donner confiance, envie d’un monde avec moins d’échanges, où les entreprises ne dirigent plus des blocs de pays entiers en contournant leurs règles, où les serfs modernes se libèrent des dettes publiques accumulées entre les mains des banques privées.

Un message personnel enfin : vive Zemmour (et Dupont-Aignan. Et Jean Messiha. Et celui qui gagnera). Je veux me battre avec vous, pour vous, pour ma Terre et mes Gens. Écrire à la rédaction, qui transmettra. Merci.

John Vallès




Attitudes de rue en France, nouveau miroir des temps et des tribus ?

Celui qui s’est déjà promené dans la rue à Jérusalem connaît le poids du regard guidé par la religion. Quand l’autre se définit d’abord par son obédience, qui fait de lui la partie d’un clan. Quand le premier coup d’œil dit où l’on se trouve, qui peut être des siens, qui est des autres, qui peut être un danger. A priori devenus instinctifs, réflexes, comme d’éviter certains quartiers, certaines heures, certaines tenues dans certains lieux. Codification selon une rhétorique vitale, toujours pensée et jamais parlée, qui classe selon un degré ennemi/ami, instinct animal qui aiguise le désir de combat ou fait envisager les options de fuite. Poids des différences trop mêlées qu’elles ont surpassé les points communs, insurmontables et dangereuses qui font ressentir intensément le besoin de se rassembler avec ceux qui nous ressemblent.

C’est aussi le rôle des uniformes, que le regard se porte d’abord sur l’épaule pour lire le grade avant de toucher le visage, c’est ainsi que sont formées les armées là où la fonction importe, ou encore les entreprises sans âme qui entassent leurs hordes de mains interchangeables dans des hangars ouverts et suspicieux présentés comme le comble de la modernité, où l’emplacement vaut classification hiérarchique et définit l’étiquette.

Ai-je vieilli ? Suis-je devenu plus observateur ? Est-ce que j’imagine ce qui n’est pas ? Il me semble que la France devient de plus en plus comme Jérusalem pour cela. Que le regard analyse, évalue, jauge selon cette éthique de survie : ami/ennemi ? Selon des critères ô combien incorrects (mais depuis quand Psyché serait-elle correcte ?) : tenue, couleur de peau, objets. Est-il un agresseur potentiel susceptible de venir trop vite sur moi (la « distanciation sociale » aurait-elle fait renaître le besoin de distance de sécurité) : 5 mètres pour un couteau, beaucoup trop pour une balle, 2 mètres pour un poing ou une pierre ? Porte-t-il une tenue, exotique encore, qui le marque comme faisant partie des sectateurs d’un Coran qui prône la conversion ou l’égorgement ? Plus simple, plus raciste même : combien de Noirs, combien de Blancs, dit notre cerveau. Combien de mon côté a priori, combien en face, car si … ? Que dissimule tel objet, ce grand sac, cette main sous une veste ? Quel rapport de force, là, maintenant ?

Les lettres de militaires et policiers y sont-elles pour quelque chose ? J’ai l’impression de ne pas être le seul à transformer mon regard, presque incidemment, hors de ma volonté consciente, en une analyse de situation tel un Résistant de 1940 cherchant son contact sans alerter, habitué des signes, du cloisonnement et de la connaissance de l’ennemi, du suspect, du danger en un mot tel l’animal traqué, toujours en danger, toujours alerte. Vivant, actif, courageux.

C’est peut-être optimisme de ma part que de penser que ce regard évolue aujourd’hui en France, que la compréhension se fait instinctivement, qu’un danger commun est identifié sans qu’il soit besoin de l’exprimer. Ce n’est pas ouvert, mais c’est cependant réel.

Observation qui fera hurler les mondialistes aveugles face à la perte de puissance, de richesse, de substance de la France, face aux morts du Coran, mais qui réconfortera ceux qui espèrent encore que la disparition n’est pas pour cette fois, en cette heure du plus grand danger. Que le besoin de se rassembler sous une bannière France, né quelque part au temps des Mérovingiens, porte encore une signification, des rites, des mythes, une morale qui justifie la réunion de ceux qui la partagent, et l’exclusion de ceux qui fondent leurs espérances opposées.

Mais… je vieillis sans doute, ou je rêve peut-être.

John Vallès




Les faiblesses de l’islam, les forces de la France

Qu’est-ce que l’Islam ? Comme pour tout, d’abord lire le texte, en entier, sans commentaire. Que découvre-t-on ? D’abord la forme : un fourre-tout. Pas d’histoire, de récit, une sorte de collages épars de textes classés par taille. En vrac. Un texte conçu sous acide, sorte de poésie qui ne manque pas de charme parfois, à décrypter pour venir au sens. Sur le fond … des appels à tuer ceux qui pensent différemment ou sont différents, un héros qui égorge ou fait égorger des prisonniers de tous âges et sexe sans défense, possède plusieurs femmes parfois très jeunes, qui conquiert et fait régner la terreur par l’esclavage et la force. Le mot « amour » : absent. Un monde de fureur, guerrier, de compassion seulement dans une camaraderie de combat. Un livre pour soldats, seulement pour soldats, glorifiés dans leurs actions les plus violentes, pardonnés et même récompensés pour celles-ci. Pas de Bien, pas de Mal mais de l’obéissance à des règles de comportement sans morale : obéir c’est bien, désobéir c’est mal. Licite ou interdit.

Qu’est-ce que la France ? Pas de texte unique bien sûr, il faut en appeler à l’histoire : survolons-là. Des habitats préhistoriques, quelques Néandertaliens même, puis vers -5.000 une civilisation de bâtisseurs de mégalithes, cultivateurs dont on ne sait pratiquement rien, suivis d’une invasion Celte progressive autour de -400, eux-mêmes passés sous domination de Rome vers le début du calendrier. En gros, plusieurs siècles de paysans guerriers intégrés à un vaste empire pétri de valeurs grecques qui a conquis le monde « parce qu’il était le plus pieux ». La France n’existe pas encore, les Francs sont alors une peuplade de peu de poids. C’est lors de la lente agonie de cet empire que naît la France, longue gestation issue de la dynastie des Mérovingiens (de 481 à 751, tout de même), au cours d’un prise de conscience de l’existence d’un « lieu commun », de rassemblement sous une bannière, contestée, morcelée en baronnies, qui s’implante progressivement dans les âmes sous couvert d’une force unificatrice commune, la seule qui reste : le christianisme.

Quel texte, le christianisme ? La bible, Ancien testament, pleine de fureur elle aussi – trouver un psaume de David qui ne se réjouisse pas de la mort de ses ennemis est une gageure -, gouvernée par la clef de voûte des ordres se trouvant dans le Pentateuque, débutant par « tu ne tueras point ». Bigre, voilà une limitation solide. Pour le « Nouveau testament », c’est encore pire dans ce sens : l’histoire d’un baba cool antique non violent et tolérant, calme, qui finit mal. Un anti-héros, un sacrifié, un perdant en exemple. Le contraire d’un bâtisseur d’empire, avec un mot clef : « amour ». Un seul texte sort de ce cadre, l’Apocalypse : déstructuré, non linéaire, sans vrai récit, fantasmagorique.

L’Islam appelle d’abord à la conquête par les armes, à la conquête des corps, le Christianisme à celle des âmes. La faiblesse de l’Islam, ce sont les âmes, qu’il faut empêcher de réfléchir, d’analyser, de comprendre, de réfuter, de critiquer ; la faiblesse du Christianisme, c’est la peur des armes, du désir d’imposer, le refus du culte de la force. Alors, comment le christianisme a-t-il pu survivre ? À mon sens, grâce au paganisme Romain – ou Franc, après tout la conversion de Clovis ne fut qu’individuelle, ses lieutenant restant libres d’adorer les Dieux de leurs pères. L’esprit de l’Empire de Rome a donné la force à cette « religion de perdants » comme la désignait sans doute Julien II, en lui apportant les légions qui lui manquaient, les armées qui iront fonder les royaumes chrétiens d’Orient pour garantir l’accès des lieux saints aux pèlerins incapable de se défendre (et seulement cela), des troupes Franques formées par Rome.

Revenons à la France : une alliance de Christianisme pour les âmes issue du pari hardi de Clovis de s’opposer à l’arianisme, mâtiné de paganisme romain pour la force. Jusqu’à la révolution. Car la France se veut différente à partir de 1789. Non plus « le glaive du Christ » – ou en tous cas un de ses premiers défenseurs -, mais le porteur universel de la Raison et de la Science. On crée le mètre, on mesure le méridien. Ce peuple de paysans, nombreux et prospères, d’une très grande stabilité démographique depuis les invasions des 4ièmes et 5ièmes siècles, cherche alors à mettre en place une organisation fondée sur une Raison déifiée, opposée aux ténèbres de la religion. Napoléon permettra le succès. C’est les départements, le Code civil, une organisation renouvelée d’une nation puissante et féconde, mais qu’il saigne de guerres pendant une quinzaine d’années. Napoléon fonde la France du XIXième siècle, porteuse de la mission « éternelle » de diffuser Lumières de Raison au monde. Les gens généreux – aujourd’hui on dirait « la gauche » – encouragent la conquête coloniale pour les bienfaits de la connaissance, pour que personne ne soit exclu (à présent on dit « inclusif »). Les traditionnels voient d’un mauvais œil cette débauche de moyens pour des territoires lointains, préféreraient que ceux-ci restent à la maison. Qu’importe, la France fait rayonner son esprit de raison, paternelle avec les peuples qu’elle élève. Oublieuse, sans doute, que la « raison » ne suffit pas à certains, que la motivation profonde n’est pas financière, ni de connaissance, que l’appétence pour la science n’est pas partagée. Elle se croit universelle et définitive.

Cette « plus grande France », subtile alliance conquérante de paganisme guerrier et de christianisme sous couvert de raison universelle, subit le choc de 1914-1918. La France en sort certes debout mais touchée, endettée, saignée sur le long terme. Le doute s’installe, la contestation pointe issue des prémisses de la transformation majeure apportée par l’industrie, l’électricité, l’automobile, le chemin de fer qui changent la nature paysanne des esprits. Cela ne touche entre les deux guerres encore qu’une minorité, mais une minorité agissante, puissante, argentée, celle des villes et des intellectuels, de la presse et des internationales.

En 1939 l’armée française, supposée meilleure du monde, est vaincue en quelques jours. Deux visions s’affrontent alors, deux analyses tactiques : celle de Pétain selon laquelle la défaite est inéluctable et définitive, celle de De Gaulle selon laquelle la situation peut être renversée. En 1940, Pétain est raisonnable et de Gaulle est un fou. Le sort des armes donnera raison à De Gaulle, à la suite de l’entrée en guerre de l’URSS puis des États-Unis. Fin 1941, la marche de la guerre rejoint De Gaulle.

Au-delà de la guerre elle-même et de sa conclusion militaire et juridique à Nuremberg, les deux personnages restent ambivalents, même si Pétain a le mauvais rôle ; sa « Révolution Nationale » n’a en soi pas mauvaise figure : ce fut une grande période réformatrice, il en est sorti le CNRS, la Fête des Mères ou l’ordre des médecins. Mais Pétain dirigeait une France occupée, en période de guerre : sa conduite sur ces sujets est beaucoup plus critiquable, son engagement pour l’Allemagne, Montoire, la Légion des Volontaires Français, le SOL, la Milice, le soutien de la police française à l’occupant et à sa politique raciale, etc. Était-ce évitable ? La France est le seul pays vaincu par le nazisme à n’avoir pas été complètement envahi : au moins jusqu’à 1942 et l’invasion de la Zone Libre le rôle de bouclier joué par l’État Français paraît réel, au moins juridiquement. Cet argument en défense est solide. Ensuite … de compromis en compromis, les justifications de Pétain font moins bonne figure. De Gaulle, lui, réussit avec panache son coup de bluff de 1940. Peu le contestent après-guerre, c’est plus tard que les critiques se feront jour, dans la décolonisation, la coupure de l’Algérie, plaie ouverte depuis 1962. Pourquoi De Gaulle, dont le nationalisme peut difficilement être mis en cause, a-t-il ainsi contribué à réduire la « plus grande France » ?

J’ose une analyse hardie : un rapprochement de pensée entre de Gaulle et Pétain. Tous deux, ils ont confusément compris que la multiplication des échanges internationaux, enfant de l’industrialisation, changeait profondément l’alliance originelle fondatrice de la France, entre un peuple de paysans terriens enracinés peu mobiles et une religion « Lumineuse » fondée sur l’amour des autres secondée la force guerrière issue du paganisme romain. Pétain veut revenir vers la Terre, de Gaulle voit d’une part l’exode rural s’accélérer et constate les forces centrifuges de l’Islam sur les territoires outre-méditerranée. Dans les deux cas, il s’agit d’une tentative de recentrage pour refonder une Nation plus unie, sur des bases communes. Pétain travaille les consciences en mettant les paysans au premier plan (les scientifiques sont des « paysans avancés »), de Gaulle choisit de couper les morceaux qu’il pense non récupérables, dont l’Algérie française depuis 1830, gangrenés par l’excitation issue de la guerre mondiale des forces conquérantes d’un système politique fondé sur le Coran.

Les deux tentatives sont des échecs, presque malgré leur fondateur pourrait-on dire : Pétain, car il est en période de guerre et pactise avec un ennemi odieux, De Gaulle car il se trompe sur l’efficacité de la refondation par repli sur soi. Mai 1968 lui montre son erreur : en reculant, il a renforcé les forces désireuses de jouissance immédiate, négatrices de tout intérêt collectif, égoïstes dans toutes les fibres de leur être, qu’on appellerait aujourd’hui « mondialistes ». Sans doute, après deux guerres mondiales suivies des reculs coloniaux et de la poussée de la Reconstruction le désir était-il trop fort de souffler, d’arrêter l’effort, de se laisser aller.

La France change alors progressivement de nature, idéologiquement d’abord, de peuple ensuite.

Ce que De Gaulle n’a pas compris, c’est qu’en abandonnant l’Empire il rendait caduque la volonté d’universalité de la Raison française, motivation essentielle d’unité substituée au christianisme. Ne restait alors plus que la recherche du confort, des échanges et le règne de l’argent, des « années fric » et le libre-échange, une fraternité universelle utopique qui suppose une communion de valeurs tolérantes et actives, une absence de loup. Les marchands du Temple ne génèrent pas de peuple, ils divisent pour régner par-delà les souverains (d’ailleurs, ils occupent le Temple, c’est bien la preuve …) : si leurs clients s’entretuent, qu’ils ne gênent pas le commerce !

Depuis 1968 la France a encore la loi, mais elle a perdu ce qui lui est supérieur : la morale, la téléologie. Sans la référence du Christianisme, sans celle de la Raison qui l’avait recouverte, les règles n’ont plus de boussole, plus de distinction entre Bien et Mal. La porte au relativisme est ouverte, tout se vaut. Cela engendre désarroi, perte de sens, recherche d’une spiritualité plus haute. L’économie et la recherche du plaisir n’ont jamais fait des nations, elles sont des égoïsmes locaux. La lutte écologique (le climat notamment), les rêves sous acide du Coran, le Flower Power voire le vieux christianisme (en particulier le monachisme), sont dès lors des tentatives logiques de retrouver une spiritualité plus haute.

Cela change le peuple lui-même, dans son peuplement bien sûr avec une immigration de masse, en général peu instruite, jamais connue dans l’histoire avec une telle rapidité et un caractère massif ; également dans sa perméabilité à des idéologies totalitaires, dans une recherche de sens et de « plus grand que soi » que n’apportent plus ni la religion traditionnelle (le christianisme), ni la croyance en la Science et des préceptes universels.

Alors, que faire pour la France face à l’Islam ?

Les mouvements doctrinaux, les changements radicaux de pensée, sont rarement le fait des foules. Luther, Hitler ou Zarathoustra sont d’abord des hommes seuls qui ont su refléter les courants de leur époque et les synthétiser pour attirer des disciples. La faiblesse de l’Islam, ce sont les âmes. La force de la France, c’est une aura étrange et pâlie qui scintille encore un peu sur le monde. Une mission pour la France, à la mesure de ses moyens actuels et de son histoire, pourrait être de réécrire le Coran. Obliger, contraindre un nouveau clergé islamique, tel ces prêtres jureurs de la Révolution, à n’utiliser qu’un texte modifié, commenté, amendé, modifié, expliqué, replacé dans un contexte historique et placé sous les définitions morales générales qui lui font défaut (« tu ne tueras point », etc.). Un travail d’intellectuel inspiré. Un synode de l’Islam, enfin.

Sans faiblesse : c’est une guerre idéologique contre un système totalitaire cruel dont il s’agit. Il faut l’éradiquer, lui extirper ses racines. Pas de pitié contre les ennemis de la liberté ? Pas de pitié contre les tenants des prescriptions du Coran tel qu’il existe, ses appels à l’esclavage et au meurtre, sa condamnation de ceux qui ne pensent pas comme lui, des apostats. Il faut que la France devienne païenne, qu’elle utilise la fureur de Rome pour éradiquer ce Coran-là, pour le remplacer par des explications et par-dessus par encore des explications, comme les Juifs ont recouvert l’ancien testament violent de couches de commentaires. Puis, forcer l’enseignement contrôlé de ce texte-là seul. Rendre constitutionnel le droit à l’apostasie, etc.

De beaux travaux d’écriture. La guerre pour les âmes se gagne avec des idées et des écrits. Peut-être la France sait-elle encore le faire. Contribuer à débarrasser le monde du Coran. Voilà un défi enthousiasmant, à sa mesure. Universel. Pour le Bien. Libérateur. Qu’elle commence ce travail, et la France verra qu’elle n’est pas seule. Les musulmans de bonne foi l’y aideront aussi, qui voudront sortir du haut médiéval où les plonge l’horreur des textes coraniques. Pour n’en garder que l’inspiration divine, ce qui vient – peut-être – d’Allah, et rejeter les prescriptions génocidaires qui souillent le texte et ceux qui le lisent. Il faut réécrire le Coran. Un rôle pour la France ?

John Vallès




Apocalypse Now : mourir debout, ou disparaître sans combattre ?

Je suis allé voir Apocalypse Now.

Revoir bien sûr, pour découvrir la version « la plus complète ». Avec cette séquence coupée lors de la sortie en 79, d’une famille de Français restée dans sa plantation car « c’est chez nous, nous n’avons nulle part où aller ». Le capitaine Willard, expliquant qu’il est revenu aux États-Unis seulement pour divorcer, étranger là-bas… se voit répliquer « ah, vous êtes comme nous alors ! ». De ces mots simples qui sonnent comme une gifle, évidents : « alors vous allez mourir vous aussi ».

Car ces Français-là savent qu’ils vont mourir ; plusieurs sont tombés pour résister à plus de 50 assaillants… l’enfant qui apprend péniblement l’Albatros, sera tué. L’horreur.

Le colonel Kurtz et le Français Hubert de Marais, père de famille et chef de clan, partagent une conviction : avec quelques-uns comme eux, la guerre aurait été changée. Celle d’Indochine, celle du Vietnam. Chacun d’eux l’a démontré : de Marais en repoussant les attaquants, Kurtz en tuant des traîtres Sud-Vietnamiens bien choisis. Pourtant tous deux sont rejetés, décriés, condamnés par « les leurs », leurs pensées et leurs actions sont travesties. Hubris de leur volonté, ou clairvoyance d’un combattant ?

L’empire de Rome est mort de sa démographie, dit-on. Alors qu’il avait abrité plus de 100 millions d’habitants, il n’en avait plus qu’environ la moitié quand ses frontières ont été passées en masse.

Il restait toutefois la référence jusque vers 800, quand Charlemagne créera un nouvel « Occident » alors que la langue gauloise s’éteignait dans les campagnes.

Fin des différences juridiques entre Romains et non-Romains (empereurs étrangers notamment), abandon de la religion païenne, séparation des familles, absence de mobilité des légions en position défensives d’attente le long du Limes, épidémies, remise en cause du courage physique et du risque, tourments politiques et suspicion… les prémices de la chute de Rome, le délitement de ses références communes, étaient bien présentes avant les funestes IVe  puis Ve siècles qui le virent s’engloutir et disparaître.

Ce ne fut pas sans quelques Kurtz, tel l’extraordinaire moine-empereur Julien, dernier vainqueur des Germains qui mourut après 20 mois de règne, épuisé d’une lutte incessante contre un ennemi surtout intérieur, percé d’une lance peut-être romaine.

Qu’en retenir ? Les défenseurs ne sont pas écoutés, ou beaucoup trop tard. Ils sont mis à l’index car leur clairvoyance aux événements à venir est insupportable car elle décrit l’horreur qui vient. Mettre le doigt là où cela fait mal. Adulte face au réel.

Alors : mourir debout, ou disparaître sans combattre ?

Ce dilemme n’est pas nouveau. Pendant ce voyage d’Apocalypse Now, j’ai pensé à ces Juifs de Treblinka. Morts-vivants. Luttant chaque jour, chaque heure, chaque instant, pour vivre un jour, une heure, un instant de plus.

S’organisant, prenant les armes, tuant leurs bourreaux et s’évadant en 1943. Seul camp à réussir une révolte, pour cela démantelé par les nazis. Ils devaient être un peu des Kurtz. Ou des Julien. Ou des de Marais.

Moi, qui suis-je ?

John Vallès