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Nation en péril

Déjà sur les bancs de l’école, parmi les notions mathématiques avec lesquelles j’étais familier figurait le plus petit dénominateur commun. Il se définit comme suit : c’est le plus petit nombre naturel qui est à la fois multiple de chacun des dénominateurs de ces fractions. J’y étais familier parce que ce nombre magique à mes yeux représentait l’harmonie, le rassemblement, l’unité. Oui, depuis mon plus jeune âge, j’extrapolais cette découverte à la vie tout entière, érigeais un cas particulier en règle générale et construisais ma théorie sociale : pour vivre heureux, les hommes doivent chercher ce qui les rassemble. Pour vivre en paix, ils doivent cultiver ce qu’il y a de commun entre eux, ce qui les rapproche. Ils doivent dialoguer pour se découvrir et mieux se connaître.

Dans la cour de récréation, les agissements de mes camarades contredisaient cette vérité toute limpide à mes yeux : je les voyais s’organiser en bandes séparées, se disputer violemment quelquefois. Je voyais dans la même bande des sensibilités différentes voire opposées. Je voyais dans la cour des jeunes isolés qu’aucune bande ne voulait intégrer, bannis des jeux. Je commençais déjà à accepter la nécessité de la différence, de la séparation, de l’isolement et le fait que certains pouvaient ne pas s’intégrer dans un groupe donné, voire ne pas s’intégrer tout court. Les années passant, j’ai découvert combien cette notion toute simple est difficile à concrétiser. En partant de la plus petite cellule familiale jusqu’à une nation toute entière, les personnes ont du mal à cohabiter, chacun défendant son territoire jalousement et férocement.

Plus tard encore, je persistais à m’accrocher à cette notion, convaincu qu’elle est la seule option viable. Mais il fallait la modifier en la relativisant. Entre un ensemble de personnes, il existe bel et bien un certain nombre de points communs qui les fédèrent comme la langue, la religion, les croyances, la géographie, l’histoire, les coutumes, l’éducation, les us et coutumes ; lesquels ne sont pas les mêmes pour un autre groupe de personnes. Partant de ce constat, l’expérience et l’histoire nous montrent l’impossibilité pour des groupes trop hétérogènes de vivre en paix dans un espace à partager. La Nation est notre maison commune. À l’image de chaque foyer, de chaque cellule sociale, au fil des ans s’établissent des règles de vivre-ensemble.

Dans ma propre demeure par exemple, il y a des consignes pour chaque chose, une certaine manière de vivre qui me satisfait ainsi que les miens, imparfaite par définition, mais qui nous convient plus ou moins bien parce qu’on n’a pas trouvé mieux. Au fil des ans nous avons réussi à construire notre plus petit dénominateur commun. Même imparfaite, cette manière est la nôtre. Elle est à être respectée par quiconque souhaite s’établir chez nous, vivre avec nous et partager notre quotidien. Sans aucun jugement de valeur, et reconnaissant la force subjective de nos comportements et nos réactions, et en couvrant mondialement le spectre le plus large possible, notre manière de vivre peut se rapprocher, variablement, de celle de plusieurs autres foyers mais elle demeure – certainement- radicalement incompatible voire opposée à la manière de plusieurs autres foyers. Ce qui s’applique à un foyer s’appliquerait à une Nation. Des lois organisent d’une manière large les contours d’un vivre-ensemble où règnent la concordance et la paix. Ces lois différent d’un pays à un autre et c’est bien ainsi. Une personne désirant émigrer vers un autre milieu que le sien acquiert certainement les mêmes droits que les personnes qui y habitent mais devrait avoir les mêmes devoirs. Ceci suppose qu’elle s’y intègre complètement, qu’elle modifie ses comportements afin de faire partie de ce plus petit dénominateur commun qui relie les habitants de son nouveau pays d’accueil.

En d’autres termes, cette personne devrait, au moins, aimer ce pays, parler sa langue, étudier son histoire, participer à la vie collective, respecter ses lois, ses us et coutumes, etc. Notre pays a le devoir d’accueillir les personnes qui frappent à sa porte, de leur offrir toutes les garanties pour une intégration réussie, de les protéger et d’accompagner leur insertion dans le tissu social, d’être le garant de leur épanouissement tant personnel que professionnel. Par contre, notre pays a le devoir, voire l’impérative obligation, de se protéger et de nous protéger contre toutes les personnes qui veulent ruiner notre unité nationale, briser notre vivre-ensemble, saper les fondements de notre civilisation, afficher leurs oppositions, mener une guerre interne contre nous. Dans ce vaste monde, il y a de la place pour tous. Mais tous ne peuvent pas vivre dans la même place. En accueillants des personnes incompatibles avec nos valeurs, en accueillant des populations en masse sans aucun discernement sur notre capacité à les intégrer convenablement, nous avons créé leur malheur et le nôtre.

De cette manière irréfléchie nous avons encouragé la ghettoïsation menant aux violences urbaines et à la création de fait de quartiers cloisonnés. Nous avons légitimé le multiculturalisme désaccordé, voire le racisme. Nous avons affaibli la puissance de l’État sur la totalité de son territoire. Nous avons permis la désunion nationale. Que ce soit pour des raisons humanitaires, politiques ou économiques, certaines populations ne peuvent pas – et ne doivent pas – vivre chez nous. Leurs croyances, convictions, aspirations et modes de vie sont radicalement et antinomiquement opposés aux nôtres. Leur présence est conflictuelle au même titre que notre présence dans leurs pays d’origine d’ailleurs. Ne soyons pas naïfs ! Certains groupements d’immigrés viennent chez nous pour des raisons purement économiques sans aucune volonté de s’intégrer dans notre pays. D’autres viennent avec la volonté claire et nette de mener un djihad pacifique ou violent en sapant les fondements de notre démocratie alors qu’ils jouissent chez nous de droits qu’ils n’ont même pas dans leur pays d’origine ! Est-ce difficile à comprendre pour nos hommes et nos femmes politiques ? Ces organisations terroristes mènent contre nous un combat acharné en s’appuyant sur nos faiblesses structurelles :

– Nous avons besoin de leur pouvoir d’achat pour sauver nos économies malades, alors nous sacrifions nos principes, nos idéaux et vendons notre patrimoine;

– Nous avons besoin de leur force de natalité pour peupler nos terres, alors nous les inondons d’aides financières de toutes natures;

– Nous avons besoin de leur concours immédiat alors qu’ils disposent de tout le temps nécessaire pour arriver à leurs fins. Temps, argent et démographie : voilà les armes avec lesquelles ils nous combattent. Qui pourrait croire que l’islamisme rampant sur notre territoire pourrait-il un jour renforcer notre démocratie? Qui pourrait croire que les islamistes qui envahissent nos banlieues s’intégreront un jour dans notre tissu social ? Il y a péril en la demeure. Nos hommes politiques assistent, impuissants, à cette évolution funèbre de notre Nation, évolution inlassable qui semble impossible à inverser. Ils y assistent par lâcheté ou par différents degrés de connivence. Notre peuple aura-t-il un mot à dire ?

Joseph Tyan




Israël et la Turquie, deux faces de la même médaille


Il ne m’a pas été donné d’être un contemporain de la création de l’État d’Israël sur les territoires de la Palestine en 1948. Néanmoins, toute mon enfance et ma jeunesse étaient traversées par divers sentiments, plus au moins vifs, d’injustice, de frustration, d’impuissance et de colère.

Concernant cette tragédie, bientôt centenaire, bien que je ne sois pas palestinien, je me sens concerné directement par l’annexion de ces territoires et la souffrance du peuple palestinien, par la politique barbare de l’État hébreux, par la connivence du monde occidental, dit civilisé et épris des principes de justice et de droit, et par les trahisons des dirigeants lâches du monde arabe.

Depuis une dizaine d’années et l’invasion brutale et atroce de la Syrie par une coalition mondiale et hétéroclite, aux intérêts contradictoires et embrouillés, émerge dans la région, un nouvel État colonial, connu jadis par sa brutalité policière. La Turquie, qui a occupé la Syrie, pendant quatre-cent-quatre ans et annexé de facto la région d’Alexandrette, revient de nouveau cent ans plus tard affichant ses visées coloniales.

Même mode opératoire que l’occupant israélien, ces deux États agissent aujourd’hui au vu et au su du monde entier sans que personne ne trouve rien à dire, encore moins pour agir. Israël lance des frappes en Syrie et au Liban avec une impunité totale ; idem pour la Turquie en Syrie, en Irak et en Libye. Israël occupe des territoires en Syrie et au Liban ; la Turquie envahit le nord de la Syrie. Israël vole les ressources naturelles (eau, gaz) libanais ; la Turquie vole le pétrole syrien.

Il est étonnant de s’étonner, comme si nous sommes frappés d’amnésie !
Un autre Israël se fait une place, défiant non seulement les pays de la région, mais aussi ceux de l’Occident. Israël continue à hypnotiser le monde occidental en exploitant à fond les conséquences de la tragédie de la Shoah ; de même, la Turquie aujourd’hui exploite la question des immigrés et le danger chiite et impose ses conditions.
Nous assistons, impuissants, à l’hégémonie de ces deux puissances régionales qui se sont découverts des intérêts partagés. Elles ont en commun cette volonté de plier le monde arabe et de le piller!

In fine, comment peut-on blâmer un bourreau d’en être un ? C’est son métier et c’est son intérêt ! Attendons-nous des dirigeants israéliens et turcs d’être plus cléments avec nos peuples que nous ne le sommes ? Attendons-nous de ces deux puissances coloniales de ne pas suivre les intérêts hégémoniques de leurs pays ?
Ceux qui sont à blâmer en premier lieu, ce sont les dirigeants arabes lâches, pétris de traîtrise.

Joseph Tyan




Dans les pays arabes, laïques et féministes sont infiniment minoritaires face à la déferlante islamique

Nos hommes politiques en Occident sont devenus complètement et dangereusement autistes. De quelque bord qu’ils soient.

Une obsession maladive les guide dans l’affirmation d’une politique désastreuse  vis-à-vis de ce que les médias ont malsainement appelé le « Printemps Arabe », lequel n’est un printemps que pour une seule identité parmi la multitude des identités de cette Région du monde.

Car le « Printemps Arabe » annoncé et mis en branle, n’est qu’un hiver cauchemardesque, non seulement pour les minorités non islamistes de la Région, mais aussi pour d’autres branches de l’islam qui ne partagent pas les tendances de l’islamisme salafiste rampant dans le monde.

Penser que ce qu’on appelle « Printemps arabe » peut être considéré comme une avancée historique vers la démocratie dans le monde arabe, n’est qu’une  monstrueuse chimère.

Penser que les peuples qui se soulèvent dans les rues sont animés par un rêve de liberté citoyenne serait la preuve d’une ignorance occidentale manifeste de l’histoire de cette partie du monde.

Certes, il existe dans les rues du « Printemps » des jeunes, des hommes et femmes aspirant à la liberté, à la démocratie, au respect des droits… animés par une soif irrésistible, enivrante, porteuse d’une multitude de promesses pour un monde meilleur ; des hommes et des femmes qui croient sincèrement à la possibilité d’un virage historique.

Mais ces messagers de l’espoir sont infiniment minoritaires, peu nombreux face à la déferlante marée islamiste qui ratisse la Région en brûlant tout sur son passage ; ils sont impuissants à creuser les sillons de leur beau rêve alors même qu’ils combattent pour une cause qui les dépasse. Ils sont les jouets innocents d’une hégémonie islamiste qui trace inexorablement son chemin sans pitié. Tous les démocrates du « Printemps » ont perdu et se sont fait voler leur combat et confisquer leur victoire. L’Egypte et la Tunisie comme exemple.

L’Occident est autiste parce qu’il ne médite pas les leçons de l’histoire, même la toute proche. Nous avons en Occident, applaudi lesdits changements, encouragé, provoqué, armé, soutenu… les révolutions en cours. Pour aboutir à quoi ?… Quel pays du « Printemps » a entamé ce virage tant désiré, tant attendu ?… Quel modèle l’Occident propose-t-il à ces pays « en cours de révolution » ?… Celui d’un islamisme d’un autre âge balayant sur son chemin le peu de liberté qui existait sous des régimes autoritaires mais laïques ?… Quel exemple réussi  pouvons-nous mettre en avant pour appuyer la marche forcée des révolutions arabes ?… Celui de l’Egypte où les jeunes vivent dans le désespoir complet de voir leur mouvement capturé et dénaturé, celui de la Tunisie qui ne voit pas comment défendre les quelques acquis d’un passé pas très lointain face à une nouvelle constitution qui se prépare les privant de ces acquis ; celui d’un Irak déchiré en une multitude de guerres internes, qui voit se perpétrer des massacres tous les jours sans qu’on en parle plus ;  celui de la Lybie, que nous avons aidée par tous les moyens,  balayée par un régime islamiste honteux, agressif, assassin, haineux ; celui enfin de la Syrie qui se détruit jour après jour face à la radicalisation croissante d’un courant qui mène son jihad avec  la bénédiction et l’aide arabes et occidentales, et où les combattants sauvages des pays voisins ont trouvé sur cette terre un nouveau terrain de jeu ?

Nous avons aidé et applaudi  l’avènement de la Révolution d’Iran, pour aboutir au régime des Mollahs. Nous avons armés les milices afghanes d’Al-Qaïda les transformant en une force aveugle et désastreuse nous menaçant sur notre propre terre.

Le comique-tragique  dans l’histoire, c’est que nous prenons comme exemples et comme alliés, les monarchies du Golfe qui achètent notre conscience par leur sale argent. Comme s’ils étaient eux même un modèle de démocratie, de liberté et de respect des droits de l’homme et de la femme !

Nous n’avons même pas le courage d’au moins assumer nos choix.

Cette Région du monde va à sa perte. Comme si l’Occident avait décidé pour des raisons géopolitiques de la livrer à l’obscurantisme islamiste et rien ne semble pouvoir arrêter cette marche désastreuse. Le droit d’ingérence dont nous étions fiers il  ya quelques années, vire vers un cauchemar sans nom pour les minorités de ces pays, la majorité étant programmée par un lavage de cerveau obscurantiste. Ils appellent cela «retour à la pureté originelle de la foi musulmane » ! Nos stratèges politiques imaginent-ils un instant qu’une autre gouvernance que la religion d’état dans son expression la plus radicale serait possible dans le monde musulman ?

Maintenant, il est vrai que ces pays  du Printemps arabe ont longtemps souffert de  la gouvernance de régimes autoritaires et sanguinaires ; ils ont longtemps subi la négation d’une multitude de droits essentiels. Ces régimes sont assoiffés de pouvoir et  infectés par la corruption. Ils ont été incapables d’évoluer dans le sens de la marche de l’histoire.

Comme si, cette Région du monde, depuis l’origine, et  vu ses fondements historiques religieux,  était incapable de trouver une troisième voie. Comme si elle était prisonnière et condamnée à naviguer entre l’obscurantisme laïc et la sauvagerie intégriste et religieuse.

S’il n’existe pas une troisième voie – et à ce jour aucun indice plausible ne le présuppose-, alors le salut relatif de cette partie du monde, et du monde entier, nous commande de combattre l’intégrisme  religieux, au nom de nos principes de liberté, d’égalité et de fraternité.

Mais il semble que nous n’avons ni le courage ni les moyens d’assumer ce choix.

Joseph TYAN