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Les islamistes sont-ils des autistes ?

Le 2 avril, nous célébrions la journée mondiale de sensibilisation à l’autisme. À l’occasion de ce jour si particulier, en tant qu’autiste, je souhaitais rendre hommage à une catégorie de personnes injustement ostracisées : les islamistes. On se plaît à les présenter comme des êtres sectaires, butés et inhumains. On veut les définir comme des séditieux, comme des séparatistes et comme des fanatiques. Après m’avoir lue, vous mesurerez l’injustice que vous témoignez à leur égard. Je peux affirmer qu’au contraire, les islamistes font preuve d’un grand humanisme en contribuant à ce que nous, autistes, nous nous sentions moins stigmatisés. Je salue leurs efforts sans relâche pour nous comprendre et intégrer nos codes. Préparez-vous à revoir votre jugement sur cette catégorie si incomprise et méprisée.

Il me vient le souvenir ému des cinq prières. Elles sont toutes effectuées à des heures très précises selon un protocole bien établi. Nous, les autistes, avons besoin d’encadrement, de routine. Savoir qu’on nous offre ce rituel remarquable, qui plus est cinq fois en vingt-quatre heures, nous transporte de bonheur. Bien sûr, nous avons souvent des rituels qui ne riment à rien, mais heureusement, ils ont veillé à ce que nous ne voyions pas la différence.

Les islamistes se prosternent, 34 fois par jour. Nous préférons largement sauter ou nous balancer. Je ne juge pas, à chacun ses occupations. Je trouve seulement la zabiba (cal sur le front) un peu disgracieuse. Et puis je trouve peu élégant de faire savoir à la terre entière, par cette marque, qu’on ne peut s’empêcher d’appuyer son front contre un tapis. Mais je comprends que les mouvements stéréotypés de l’islamiste, comme les nôtres, ne se contrôlent pas.

Nous, les autistes, n’avons, malheureusement pas accès au second degré. Nous aimerions beaucoup maîtriser l’implicite, faire preuve d’humour et de dérision. Mais nous ne le pouvons pas, bien malgré nous. Hélas, les islamistes, eux aussi, partagent cette caractéristique avec nous. Par méfiance, ils pensent qu’on les offense, qu’on se moque d’eux, qu’on manie l’ironie là où on ne trouve que candeur et bienveillance. Comme ce texte qui se veut un exemple de concorde et d’objectivité. À la vue des caricatures de Mahomet, ils vitupèrent, leurs yeux deviennent injectés de sang, ils hurlent leur désarroi. Comme nous, ils pensent au premier degré, ils voient tout de manière littérale. Quelle souffrance de ne pas pouvoir comprendre l’humour.

À propos du Coran, nous nous montrons pleinement satisfaits. Ce livre incréé représente la parole directe d’Allah. Pas la peine de tergiverser. Tout est clair. Il s’agit d’un code de conduite, d’un code civil, qui comprend d’autres choses admirables notamment des éléments d’astrophysique d’une précision et d’une justesse prodigieuses (que les mécréants ont toujours refusé d’utiliser, d’où leur retard technologique). Tout ce que ce livre révèle tient lieu de vérité. Et cette vérité demeure valable en tout temps et tout endroit. Quand il exhorte à frapper les femmes et que l’islamiste maltraite effectivement son épouse, il se contente d’obéir aux règles. Nous aimons précisément beaucoup les règles et nous les respectons. Nous trouverions injuste de punir ou de blâmer quelqu’un juste parce qu’il respecte sa religion.

Un pays évolué comme la France n’admettrait jamais sur son territoire un culte misogyne, vindicatif et menaçant envers les incroyants. Jamais on ne tolérerait un système oppressif pour les femmes et d’embrigadement pour les enfants. Si l’islamiste peut demeurer en France, c’est qu’il y a sa place. Selon nous, l’islamiste peut donc rester ici et appliquer le Coran. Les médias nous ont présenté le Coran comme un livre structurant et même un livre ordinaire. Ils nous ont expliqué que nous avions tort de nous sentir menacés. Nous leur faisons confiance. Nous, les autistes, ne savons pas dissimuler. Notre honnêteté nous pousse à penser tous les propos lénifiants comme des vérités.

Oui, c’est vrai, les islamistes nous ressemblent beaucoup. Ils nous singent, ils nous imitent, mais au final, le plus proche de l’humain n’est pas celui qu’on croit.

Lætitia Paul




J’ai osé renvoyer dos à dos le nazisme et le communisme…

Je suis une poétesse amateur de 38 ans, bipolaire et autiste. Jusqu’à présent, pour mes poèmes, je me contentais de traiter de l’intimité, de l’art ou de l’érotisme. Je n’avais alors rien écrit d’engagé hormis un hommage à Samuel Paty.

Lors d’une de mes phases hautes, telles qu’en connaissent les bipolaires, j’ai écrit en huit jours un recueil de poèmes. Avec des alexandrins, des rimes croisées et des quatrains, il représente une masse de travail importante, exécutée très rapidement

J’ai choisi comme thème le nazisme, ou plutôt ce thème est venu s’imposer à moi. En effectuant des recherches pour un autre de mes livres, en me penchant sur le docteur Asperger, l’homme qui décrivit le type d’autisme dont je suis atteinte, je me rendis compte qu’il s’agissait d’un nazi actif et eugéniste. J’ai commencé à rédiger un poème pour exorciser ma colère et ma peine. Par la force des choses, j’ai commencé à m’intéresser à différents aspects du nazisme, jusqu’à en rédiger un recueil entier.

Au moment de rédiger ma préface, je me rendis compte que j’avais bien traité de nombreuses thématiques du nazisme mais que j’avais négligé son antagoniste tout aussi totalitaire : le communisme. Je choisis d’expliquer que j’éprouvais de la défiance et de la répugnance pour les deux idéologies. Je choisis de me positionner avant tout comme quelqu’un de sensible à la souffrance humaine. En essayant maladroitement de réparer ma négligence, je dédiai mes poèmes à la fois aux victimes du nazisme et du communisme.

J’ai présenté mon livre sur Facebook à mes amis. Je leur envoyai le lien du manuscrit en message privé. Un contact, une personne de la mouvance indigéniste, voulut me faire le reproche de faire la part trop belle à la Shoah. Évidemment, je ne suis pas dupe de son antisémitisme sous-jacent.

Mais cette personne tenta tout de même de lire mon livre. Sauf qu’elle s’arrêta à ma condamnation du communisme. Elle demanda, sur une de mes publications publiques, si je mettais sur le même plan le communisme et le nazisme. En tant qu’autiste, je ne maîtrise pas assez l’art de la dissimulation pour contrer la perfidie. Je lui répondis que je mettais effectivement le nazisme et le communisme sur le même plan.

Elle n’attendait que cela pour m’attaquer. Elle affirma que je faisais du révisionnisme et que c’était minable pour les victimes. Tiens donc, les Juifs, qu’elle honnit d’habitude, la préoccupaient à présent…

Une autre amie Facebook, dans une atmosphère de procès stalinien, me somma de m’expliquer. Que lui dire, à part que je constate que ces deux idéologies ont commis des crimes effroyables. Mais je n’allais certainement pas me parjurer. Cette amie, me considérant désormais comme une pestiférée, me déclara qu’elle rompait notre relation pour rester « droit dans ses bottes ». Je ris intérieurement à cette expression, « droit dans ses bottes » pour une personne qui se dit antinazie, alors que son expression rappelle irrésistiblement le « bruit des bottes ». Ça sentait quelque chose de pas très humaniste symboliquement parlant. Une chose dont elle n’a elle-même pas conscience, la noirceur de l’âme humaine.

En analysant, je pense que cette personne, au fond d’elle-même, ne désirait pas me lire, sinon sa peine pour les victimes aurait dépassé son déplaisir par rapport à mes considérations sur le communisme.

Cette intransigeance, ce refus de ressentir de la compassion envers toutes les victimes, cette crispation sur une posture idéologique me désolent profondément. J’essaye de voir l’Histoire en face, hors des préjugés et il n’existe pas pour moi de victimes encombrantes. J’ai grandi  dans une famille de gauche et je me suis affranchie de mon héritage politique. Je me préoccupe avant tout de la justice. Mais je constate que pour tous ces gens qui se prétendent humanistes et qui ont souvent une sensibilité de gauche, voir en face la nocivité d’un système leur paraît une agression et une ignominie. Les réactions de rejet et de crispations me confortent dans la justesse de la démarche et un jour, je rattraperai mon erreur de ne pas avoir abordé le communisme.

Lætitia Paul