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Défense de Pierre Jourde, pour un débat serein avec les intellectuels à propos de l’islam

L’attitude de Pierre Jourde vis à vis de l’islam révélatrice de la position de nombreux intellectuels et journalistes, qui rejetent à la fois « l’islamophobie » et l’intégrisme. S’agit-il d’une position « entre deux » impossible à tenir, et il alors faudrait absolument « choisir un camp » ?

Ou est-ce au contraire la position normale d’intellectuels humanistes de gauche ? L’article de Jourde sur son blo http://pierre-jourde.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/12/01/islamophobie.html) est une occasion d’examiner cette question sans se préoccuper des polémiques de personnes mais en se concentrant sur les idées en jeu.

Jourde contre les bien-pensants et les extrêmes

Jourde se situe par ses constats aux antipodes des bienpensants. On sait que les bienpensants veulent éviter « les provocations » et ont condamné les caricatures de Mahomet. Leur attitude, prônant l’apaisement, consiste à rendre un mauvais service aux musulmans et à tous les croyants, puisqu’il s’agit d’une régression de la liberté d’expression concernant les religions. En prétendant les respecter, ils les considèrent comme trop peu matures ou trop peu républicains pour accepter un monde pluraliste, avec les critiques qu’il comporte nécessairement vis à vis des religions. Dans un débat télévisé, Max Gallo disait qu’il supportait mal, en tant que catholique, les caricatures vulgaires sur le Christ, mais qu’un croyant devait prendre sur lui.

« Eviter de mettre de l’huile sur le feu! » disent les bien-pensants. Ce qui signifie, si on les suit, une attitude doublement perdante : perdante pour les croyants de toutes obédiences, comme si ceux-ci ne pouvaient pas écouter les critiques, y répondre et évoluer avec la modernité, comme les y invite Abdennour Bidar. Perdante pour les non-croyants, qui vont régresser, s’autocensurer, et revenir à une sorte de délit de blasphème.

Que dit Jourde à ce sujet ? Il va contre toutes les idées des bienpensants. Il prône les caricatures, voire le blasphème. Il donne des exemples extrêmes de dessins blessants pour des croyants. On peut considérer que l’humour, les caricatures même virulentes, utilisées jadis par les anticléricaux contre l’église, permettent de passer un cap en provoquant une sorte de choc salutaire. La « susceptibilité » des croyants, mise à rude épreuve, en sort émoussée.

Dans cette optique, on pense que la foi musulmane s’habituera de plus en plus – si ce n’est pas encore le cas

– à la critique et l’acceptera tout comme la foi catholique.

Ce pari est largement valable ; les dernières caricatures de « Charlie Hebdo » ont été reçues avec calme par l’écrasante majorité de nos concitoyens musulmans.

Cette attitude mérite d’être rappelée. Les tensions s’apaisent et on assiste de plus en plus à un modus vivendi entre citoyens, qu’ils soient musulmans, catholiques, laïcs ou libertaires attachés à la tradition voltairienne. On peut alors tourner le dos aux grincheux et considérer que tout ira mieux dans le meilleur des mondes.

Qu’objecter à une telle vision du monde ? Accuser ceux qui l’adoptent de « lâcheté » et de « dhimmitude » semble contre-productif. En revanche, on peut le déplorer, mais un tel pari comporte des fragilités, malgré la sagesse de nos concitoyens qui sont quasiment tous acquis à la laïcité, à part quelques radicaux. Mais ces radicaux sont-ils de « simples excités », ou ont-ils un rôle et une influence qui dépasse de loin leur tout petit nombre ? C’est ce que soutiennent pas mal d’auteurs de Riposte Laïque, pour les raisons que nous allons voir.

Un pari fragile : les difficultés d’un « aggiornamento »

Au fond, bien des intellectuels ne semblent pas voir de différences entre le « fonctionnement » de la religion musulmane et celui de la religion catholique, et supposent la même évolution dans les deux cas – ce qui montre qu’ils n’ont sans doute pas lu Rémi Brague « Du dieu des chrétiens et de quelques autres ». Sur ce point, ils pourraient être contredits de façon courtoise.

Si j’ai bien compris Brague, le Coran, étant Parole incréée, ne souffre guère d’être modifié pour satisfaire la vision moderne des choses. Les hommes n’ont pas à changer ce que Dieu a édicté. Les intellectuels européens pensent que l’islam est sujet à interprétations multiples, mais il semble que ce soit à ce niveau que se situe un véritable obstacle, empêchant de dépasser facilement les points rétrogrades.

(Il existe bien sûr au moins quatre écoles de jurisprudence en islam, mais il semble que sur les points qui nous soucient – le droit au blasphème, l’homosexualité, le droit de changer de religion, la condition des femmes – les quatre écoles aient des positions éloignées de notre modernité. L’éclairage d’érudits sur ce sujet, pour confirmer ou infirmer mon propos, serait nécessaire !).

En tout cas, cette vision intangible du Coran constitue une différence majeure entre l’islam et la christianisme. Un « Vatican 2 » de l’islam, permettant d’établir le droit de changer de religion pour les musulmans, abolissant de façon nette les châtiments corporels, condamnant la lapidation, etc., est difficile à concevoir.

Qui sont les hommes pour modifier les lois données d’En Haut ? Evidemment, ce n’est pas au non-musulmans de traiter ce sujet !

Quelques penseurs musulmans réussissent à dépasser ces difficultés tout en puisant dans le génie de leur religion, mais bien souvent au cours de l’histoire les courants traditionnels et rigides l’ont emporté – sera-ce différent demain ?

Si le Coran est intangible, l’islam peut-il évoluer ou sera-t-il pris en otage par sa petite minorité d’extrêmistes ? Riposte Laïque me semble avancer cette hypothèse pessimiste, alors qu’Irshad Manji fait un pari inverse, parlant de « rouvrir les portes de l’itjihad » in « Musulmane mais libre » – mais il s’agit d’une intellectuelle très en pointe, là encore, et non d’une représentante autorisée de sa religion.

Ces questions concernent avant tout les Musulmans et les pays où l’islam est la religion majoritaire ; néanmoins, elles concernent désormais l’Europe voire l’Amérique, puisqu’y ressurgissent nombre de débats autour des caricatures, de la liberté d’expression, de la condition des femmes etc.

Admirer la spiritualité musulmane et tenir une laïcité ferme : une position honorable

Revenons à Jourde : il admire et se trouve en empathie avec la spiritualité musulmane. En quoi est-il critiquable sur ce point ? Il suffit de lire des textes sur le soufisme pour découvrir l’immense tradition mystique de l’islam. Il cite aussi l’architecture, la musique. Ces beautés issues du monde musulman existent et il est ridicule de les dénier.

Respecter une spiritualité, une sagesse, n’est pas céder sur des points politiques essentiels. On peut être admiratif devant l’action d’une Mère Térésa contemporaine, reconnaître son rayonnement et sa sainteté, et en même temps soutenir, contre elle, le droit à l’avortement, le mariage gay ou les caricatures sur les religions. Admiration spirituelle ne signifie pas abdication politique !

Jourde, en ce qui concerne le plan politique, ne fait aucune concession.

Toute vie en République laïque demande aux religions des efforts pour accepter la modernité, accepter d’être choquées, accepter de voir la loi divine contredite par des lois humaines. En ce qui concerne l’islam, cette demande est peut-être plus difficile que pour le catholicisme après des centaines d’années de combat anticlérical, et aussi compte tenu des problèmes soulevés ci-dessus, et c’est là que Madame Delcambre aurait pu intervenir ; ou, avec une vision plus positive, cette demande correspond peut-être à l’évolution actuelle de l’Islam, et c’est là qu’Abdennour Bidar est une référence importante. Je n’ai pas les compétences de me prononcer sur de telles questions, mais il me semble malsain de ne pas les poser et de laisser la défiance augmenter.

En tant que laïcs, nous avons le droit d’être inquiets, et de vouloir traiter cette inquiétude sans être vus forcément comme des « islamophobes ».

Jourde donne des exemples concrets de ce qui inquiète les républicains sincères. Il fait de façon à mon avis juste la différence entre « islamophobes pathologiques » et citoyens qui se posent des questions au nom de valeurs humanistes, sur la condition des femmes, l’antisémitisme, etc. Il faut vraiment lire les forts propos de Jourde sur ces thèmes.

Au lieu de laisser l’inquiétude croître en silence, les sentiments « islamophobes » augmenter et les reportages sensationnalistes donner une image de plus en plus négative de la religion musulmane, alimentant des peurs, un autre chemin est possible.

Il serait temps que les « inquiets » puissent poser les questions qui fâchent, publiquement, comme le suggérait Shmuel Trigano dans son livre majeur « La Démission de la République » (PUF, 2003) et son article du Figaro « Un islam français est-il possible ? » ( http://www.bladi.net/forum/4265-islam-francais-possible/ ). Il est terrible de voir qu’il n’existe toujours pas de mouvement¨ample, groupant des musulmans et des non musulmans à la fois inquiets et ouverts d’esprit, pour aborder franchement les problèmes soulevés par Trigano autour du « communautarisme ».

En tous les cas, les questions posées par Jourde, son désir de nuances, son rejet a priori d’être dans un camp « pro » ou ‘ »anti » islam, mais de raisonner et de discerner, sont tout à son honneur, à l’inverse de ses mots à l’encontre de Mme Delcambre.

Le texte de Jourde mérite de susciter un débat constructif, de lui donner des arguments et d’écouter ses réponses. Jean Robin, par sa « Lettre ouverte », où il accumule des arguments dérangeants (qu’on les partage ou non) a d’ailleurs lancé la discussion.

Eloge de la nuance

Celui qui s’interroge et ne veut pas être dans le combat mais dans l’analyse et l’humanisme, aura a priori une attitude assez proche de celle de Jourde. Il voudra maintenir nos libertés chèrement acquises et toujours fragiles, et adoptera a priori une attitude de curiosité vis à vis des autres cultures, civilisations et religions

– notamment l’Islam. Il ne s’agit pas de lâcheté mais de ne pas vouloir jeter l’anathème sur un milliard de nos frères humains.

Je songe à Caroline Fourest, Nadia Geerts et d’autres figures républicaines, attachées aux Lumières, qui me semblent aussi dans cette démarche de nuances et d’équilibre.

Comme la plupart des journalistes et des intellectuels médiatiques, elles refusent tout amalgame entre « islam » et « islamisme » mais combattent l’intégrisme de façon constante.

Elles sont conscientes des problèmes de communautarisme mais ne veulent pas stigmatiser. Faut-il les accuser, les traiter sans arrêt de « dhimmis » ? Je ne crois pas.

Caroline Fourest a écrit un ouvrage de référence sur « La tentation obscurantiste », excellent et provocant, qui est un des premiers livres de gauche à dénoncer les collusions dangereuses de toute une frange « progressiste » avec les idées franchement réactionnaires des islamistes. Fourest a pris de gros risques.

N’y a-t-il pas de place pour les questions en ces matières complexes ? Tous ceux qui s’en posent doivent-ils être attaqués ? Pourquoi ne pas les inviter à discuter sans préjuger de l’avenir et sans se figer ?

Loick 




Lettre ouverte à Nadia Geerts, qui renvoie dos-à-dos intégristes musulmans et intégristes laïques

Chère Nadia Geerts,
Je lis avec grand intérêt votre blog et partage nombre de vos positions sur le voile, le féminisme, l’antiracisme etc. ; et je lis aussi Riposte Laïque, dont je partage certaines inquiétudes – tout en ayant comme il se doit un recul critique avec certaines interventions et textes, considérant qu’il n’y a pas une « ligne » définitive sur RL mais que c’est un espace de débat et de contradictions.
Vous renvoyez dos à dos RL et certains extrémistes musulmans. Vous craignez que RL, en identifiant « islam » et « islamisme », n’ouvre la voie à des tensions, et alimente d’un côté l’hostilité envers les musulmans, de l’autre la radicalisation de musulmans. Vos inquiétudes me semblent mériter une vraie discussion, si possible sans attaques personnelles de part et d’autres.
Car ce débat dépasse bien sûr les personnes, il ne s’agit ni de RL ni de vous, mais de vastes mouvements d’idées qui se dessinent et annoncent le futur : Quelle attitude adopter pour préserver le fragile équilibre de nos sociétés ouvertes d’ici les décennies à venir? Est-ce vous et Caroline Fourest, ou des mouvements sur une ligne proche de RL, qui l’emporteront?
Et, au risque de vous choquer : qui a raison? Est-ce RL ou est-ce vous?
Il me semble que vous et RL faites deux paris opposés sur l’avenir des musulmans en Europe.

Un pari sur le futur : sécularisation ou retour du religieux ?

J’ai l’impression que vous (ou les courants proches de vous) pariez sur la sécularisation. Comme Marcel Gauchet ou comme Max Weber, vous pensez que la pratique voire l’attachement religieux se dissolvent au fur et à mesure dans une société libre, rationnelle et démocratique. La religion va se privatiser, entrer toujours plus dans la sphère privée, l’islam suivant en cela la pente du christianisme.
Soit. Pari possible mais incertain. N’est-ce pas la tendance inverse qu’on observe? Il semble que ce soient souvent les jeunes générations qui revendiquent leur identité musulmane. Que je sache, ce ne sont pas des femmes de 60 ans qui se voilent aujourd’hui, ni des vieillards qui assistent en masse aux meetings de T. Ramadan.
Si on prolonge les tendances actuelles, on ne va pas vers plus de sécularisation, mais vers moins de sécularisation. Qu’en pensez-vous? Croyez-vous que d’ici 10 ans il y aura moins de voiles, moins de problèmes d’enseignement lorsqu’on enseigne la théorie de l’évolution ou l’histoire de la Shoah, moins de procès en blasphème et de menaces contre des dessinateurs? Croyez-vous que les homosexuel(le)s seront plus à l’aise dans de grandes villes avec un islam très présent? Quel est votre pari?
J’aimerais bien connaître vos impressions sur ces points.
– RL, à mon avis, fait le pari qu’il y aura plus d’islam, moins de laïcité, dans les 10 ans à venir. Et, là où RL et vous divergez, c’est que RL croit que cet islam sera en majorité « rétrograde ».

L’islam : rétrograde selon RL, interprétable de diverses façons selon Nadia Geerts. Qu’en penser?

Je ne pense pas que RL assimile l’islam au terrorisme ; il ne prétend pas que chaque musulman serait un « terroriste en puissance » (ce serait d’ailleurs ridicule de penser de cette façon, il suffit de voir autour de nous le nombre de musulmans respectueux et intégrés!).
RL insiste sur le caractère souvent réactionnaire véhiculé par tel ou tel aspect de l’islam. C’est d’ailleurs pour cela que RL se considère de gauche : il dénonce des dérives réactionnaires (retour du religieux, anti-féministe, homophobie, etc.). RL est, sur ce point en tout, dans la tradition progressiste, et s’étonne que la plupart des gens de gauche ne considèrent pas que « l’islam est en partie réactionnaire ».
C’est donc la seconde divergence avec vous. RL a une vision très critique, voire carrément négative, de l’islam. RL, chez certains contributeurs du moins, récuse la différence essentielle entre « islam » et « islamisme ». Vous craignez qu’une telle position n’entraîne, si elle se répandait, une attitude hostile envers tous les musulmans, y compris la majorité de musulmans modérés ou laïcs, progressistes etc.
Comme vous, je suis d’accord pour faire énormément de distinctions entre les musulmans. Il y a certes une petite minorité d’islamistes, sans doute une bonne majorité d’indifférents ou de semi-indifférents, et une grande partie de musulmans laïcs, progressistes, qui ont beaucoup à nous apporter. Sur ce point, je suis très sensible aux rappels que vous faites, en citant Mohamed Sifaoui, Fadela Amara ou d’autres musulmans républicains ou en avant des combats progressistes.
On ne peut pas faire d’amalgame et dire « tous les musulmans sont comme ceci » ou « comme cela ». Mais la question que RL se pose, me semble-t-il, est la suivante : combien de division de chaque côté? Pourquoi les voix musulmanes laïques et républicaines semblent tellement plus faibles que des voix beaucoup plus religieuses? Ne constate-t-on pas, très souvent, un scénario qui entraîne nombre de musulmans vers un islam plutôt rétrograde, les traditionalistes prenant le dessus sur les progressistes? Les majorités silencieuses de musulmans modérés ne sont-elles pas en général tétanisées par les plus radicaux? RL semble croire que cette attitude est due aux textes musulmans eux-mêmes, qui cautionneraient davantage une attitude radicale qu’une attitude progressiste.
RL semble croire – à tort ou à raison – que les textes musulmans poussent plutôt vers la droite – par exemple sur la liberté d’expression, la liberté des femmes, l’attitude envers les homosexuels et les athées.
Vous-même dites que c’est une question d’interprétation. La Bible, on le sait, comporte nombre de passages violents, homophobes, ou en désaccord avec nos valeurs progressistes ; mais c’est son interprétation qui fait tout.
Certes, mais aujourd’hui, quelle interprétation prévaut? Et dans les 10 ans à venir? Croyez-vous que ce sont les musulmans les plus progressistes comme F. Amara ou M. Sifaoui qui sont le plus entendus?
Il ne s’agit pas de penser que nombre de musulmans seraient des islamistes en puissance. A mon sens, il n’y a pas de « choc des civilisations » ; mais on peut se demander s’il n’existe pas, entre les musulmans modérés et les intégristes, un autre groupe, assez important, celui des musulmans plutôt traditionalistes, qui sont donc aux antipodes des idéaux de la gauche sur les questions sociétales. Et qu’à la longue ce groupe va obtenir de plus en plus de reculs de nos acquis démocratiques, non parce que ces musulmans useront d’un quelconque terrorisme (je les vois comme intégrés, normaux et respectueux des lois), mais par la pression et les revendications auxquelles nous n’oserons pas dire « stop » – par relativisme et par culpabilité post-coloniale.

RL va sans doute plus loin dans ses inquiétudes, et pense que c’est T. Ramadan et d’autres, bien plus rétrogrades et réactionnaires, qui vont monter en puissance. Pour éviter encore plus de tensions, encore plus de faits regrettables comme l’agression de la réunion de « Ni putes ni soumises » à Montreuil, RL propose en gros une sorte de pause : arrêt de l’immigration massive venue des pays d’islam, débat sur la construction des Mosquées, mise à plat des problèmes, lois strictes et fermes sur le voile mais aussi la nourriture hallal, etc. RL croit qu’il y a le feu en la demeure.
RL se trompe peut-être. RL risque peut-être de conduire à la radicalisation des uns et des autres. Je comprends vos critiques, sensées et qui touchent des points sensibles.

Quelle stratégie adopter face aux revendications communautaristes? Réponse au coup par coup ou stratégie globale?

Mais suffira-t-il de répondre au « coup par coup », ici une loi sur le voile, là une mobilisation pour qu’un dessin soit publié, etc.? RL lance – avec un fracas polémique – un débat sur l’islam. Je ne partage pas la vision négative de RL sur cette grande religion ; mais l’idée d’un débat global (qui aille au-delà des discussions sur le seul voile), pour crever l’abcès, mettre chacun face à ses responsabilité, dissiper nombre de malentendus, tenter d’y voir plus clair, etc., me semble essentielle.
Débattre un coup du voile, un autre de liberté d’expression, amènera des reculs insensibles. Regardez l’énergie que vous dépensez sur le voile : livres, conférences, signatures de pétitions… Tout le monde n’a pas votre courage et votre intelligence. Les gens laisseront tomber, par lassitude. A la longue, sous la pression, les dessinateurs cesseront de proposer des dessins blasphématoires, les filles mettront une « tenue décente » (même si la burqa est interdite, il y aura le bandana et la robe), beaucoup de lycées adopteront la nourriture hallal pour se simplifier la vie, les entreprises accorderont des salles de prière et ainsi de suite.
Qu’en pensez-vous? Croyez-vous qu’il y aura des milliers de Nadia Geerts pour mener à chaque fois un combat aussi exigeant que le vôtre : sur la liberté d’expression, la nourriture hallal etc.?

Une piste de solution : des « Etats généraux de l’islam et de la République » ?

Il me semble qu’au-delà de votre discussion avec RL, une sorte de solution pourrait nous être suggérée par Shmuel Trigano. Celui-ci a écrit un ouvrage remarquable, quoique par certains côté très polémique : « La démission de la République (Juifs et Musulmans en France) » PUF, 2003. Cet ouvrage n’a pas suscité le débat qu’il aurait mérité, me semble-t-il, alors qu’il ouvrait des pistes de résolution des problèmes qui nous occupent.
Trigano rappelle ce qui fut fait lors de l’intégration plénière à la citoyenneté française pour les Juifs, sous Napoléon :
« Puisque hommes politiques et leaders musulmans évoquent sans cesse le modèle juif, son exemple est justement plein d’enseignements ! L’entrée des Juifs dans la nation française, quoiqu’ils aient été déjà là, géographiquement, en France depuis des siècles, s’est faite sous l’égide d’une assemblée convoquée en 1807 par Napoléon pour répondre (de façon quasi comminatoire) à 12 questions extrêmement gênantes, destinées à jauger leur capacité (et leur désir) à devenir français. Ces questions couvraient tous les domaines de l’existence, depuis le statut personnel et les lois qui la régissaient au rapport à la France et aux Français, en passant par le pouvoir rabbinique et la morale économique du judaïsme. (…) Elles obligèrent les Juifs à faire un choix sur des problèmes cruciaux entre la loi juive et l’adhésion à la France. Elles les contraignirent à se réformer à la fois religieusement et civilement (…) Le judaïsme en France est passé par-là, au point d’en avoir gardé une marque indélébile. Ça change tout, même s’il arrive que cette histoire soit l’objet d’un regard critique. »
En reprenant et en interprétant Trigano, on pourrait espérer que des sortes d’Etats généraux de l’islam de France puissent aujourd’hui initier un processus similaire. Il ne s’agirait évidemment pas de contester la citoyenneté des français musulmans. Nous ne sommes plus aux temps de Napoléon, heureusement!
Cette démarche concernerait les autorités religieuses musulmanes, et – redisons le, car c’est essentiel – n’aurait pas avoir avec la citoyenneté, mais conditionnerait dans certains cas la reconnaissance officielle de tels ou tels organismes, les subventions, les possibilités d’implantation ou d’enseignement. Il s’agirait de demander des positions claires aux responsables musulmans, qui souhaitent la reconnaissance et l’aide de la République, sur les sujets de frictions constatés et qui nous inquiètent.
Il s’agirait de demander aux dignitaires musulmans de se prononcer officiellement sur le droit de changer de religion pour un musulman, sur le droit pour une musulmane d’épouser un non musulman, sur :le voile, la liberté d’expression, l’enseignement de la théorie de l’évolution etc.
Trigano propose toutes une liste de questions fondamentales (qui ne sont pas exactement les mêmes que celles que j’ai évoqué), puis écrit :
« Pourquoi ne pose-t-on pas ces questions ? Parce qu’on a peur que la réponse soit négative ? C’est justement ce qui empoisonne l’atmosphère et fait croître le soupçon, le racisme d’un côté et le ressentiment de l’autre. Qu’on les pose une fois pour toutes, et le problème sera réglé, pour le pire ou, je veux le croire, le meilleur ! »
Bref, on prendrait une à une les questions essentielles qui posent de façon récurrente quelques problèmes, pour ensuite constituer une Charte (on peut trouver une autre dénomination) permettant un accord sans arrières-pensées entre autorités musulmanes et république.
Il s’agirait de construire, dans le dialogue ouvert et le respect à la fois des valeurs musulmanes et des valeurs républicaines, un document de référence, dissipant les peurs et marginalisant les extrémistes archaïques. Peut-être que les questions posées aux responsables musulmans demanderaient de leur part de faire une sorte d’aggiornamento, sur quelques points. Ceci, d’après Trigano, fut le cas pour les religieux juifs, qui durent – sous la pression -, à la lumière de leur tradition, trouver des réponses. On peut estimer que ce mouvement a été positif, obligeant le monde juif à de grands débats sur ses fondamentaux en interne. Dont acte.
Une telle démarche permettrait alors de dissiper les craintes de RL, qui sinon risquent de gagner une part de plus en plus grande de la société et alimenter les dérives extrémistes – ou les votes pour des Partis relayant ces craintes.
RL et les autres laïcs qui croient que l’islam véhicule des valeurs rétrogrades, verraient qu’ils se sont trompés : les autorités musulmanes adhéreraient explicitement à un corpus républicain – après débat et répétons le, dans le respect de leurs valeurs, quitte à devoir discuter en profondeur entre théologiens compétents. Il me semble que des figures comme celle d’Abdennour Bidar seraient des pionniers d’un tel mouvement, permettant un accord sincère entre les valeurs progressistes et musulmanes.
J’espère vivement qu’un jour de tels Etats généraux auront lieu ; notamment parce que lors de la constitution du Conseil Français du Culte Musulman, la question du droit de changer de religion a été traitée semble-t-il (à en croire RL) de façon ambigüe. Notamment parce que des familles musulmanes réagissent avec gêne si une de leurs filles sort avec un non-musulman. Notamment parce que des enseignants se plaignent d’être contredits sur des bases religieuses lorsqu’ils parlent de Darwin. Notamment parce que les voiles se multiplient. Etc.
Il me semble au fond que RL tout comme vous et les progressistes de tous bords, pourraient souhaiter construire un tel débat, débouchant sur cette Charte.
Loick
PS. Nadia, veuillez m’excuser de vous écrire cette lettre ouverte en anonyme. Il se trouve que publier dans RL expose à des soucis professionnels et à un ostracisme dans les milieux que je fréquente. Vous ne m’en voudrez pas, je l’espère!




Lettre aux camarades anticapitalistes qui se voilent la face : le monde est-il simple ?

Le monde est simple, ses problèmes sont simples. Voilà tout le secret et la doctrine de l’anticapitalisme primaire et d’une partie de l’extrême gauche.
D’un côté, il y a des méchants : on dit « dominants », ou « ultralibéraux », ça fait plus scientifique. Ces salauds empêchent tout le monde d’être heureux en volant l’argent des travailleurs, en exploitant les immigrés et les ouvriers, en colonisant la Palestine.
D’un autre côté, il y a les gentils, on les appelle « les dominés », ça fait plus sérieux. Les dominés ce sont en vrac les ouvriers, les musulmans (tous les musulmans, on oublie qu’iln y a les riches pétroliers, le milliardaire Ben Laden etc., ou plutôt on en fait de siomples marionnettes des « méchants américains »), les immigrés légaux et illégaux, les salariés moyens, les profs de facs qui lisent le Monde diplo, Che Guevara, les jeunes des banlieues…
Bref, les dominés sont gentils, aimants, bienfaisants, veulent vivre en harmonie et ne pillent personne. Ils veulent tout partager. Quand ils sont agressifs, c’est suite à des violences policières, au racisme, à l’exploitation, enfin cette violence ne vient jamais d’eux, eux ne sont qu’amour, tolérance et fraternité.
La solution des problèmes du monde? Mettre hors d’état de nuire les méchants. On peut le faire démocratiquement.
Vous me direz : il y a un problème, lors des élections, les gentils (par ex. les ouvriers et les petits employés) ne votent pas pour les gentils partis d’extrême gauche, mais pour des méchants (ce fasciste de Sarkozy ou ces traîtres du PS).

C’est normal, car les méchants (enfin les dominants) contrôlent les médias, la TV, l’industrie culturelle etc., pour empêcher les gentils de gagner les élections, et en plus ils créent de fausses divisions entre les gentils (comme le pseudo débat sur l’identité nationale ou la burqa).
Donc vraisemblablement il faudra mettre hors circuit les méchants avec fermeté, voire de regrettables violences. Après tout Che n’était pas un pacifiste, et quelques exécutions ne lui déplaisaient pas quand il dirigeait les prisons cubaines (il paraît qu’il assistait aux exécutions capitales avec un cigare au bec, très content du spectacle, à en croire la biographie écrit par Machover sur Che, mais passons ce « détail »…).
Je résume : pour avoir un monde heureux, il suffit de supprimer les méchants. Couiiic, et il n’y aura plus d’injustices sur terre.
Dans cette optique, les islamistes sont des précurseurs, ils ont compris le truc ; une fois qu’on en aura terminé avec les méchants « américano-sionistes » tout ira bien, Ben Laden sera gentil, les islamistes laisseront vivre en paix les femmes, les homosexuels, les chrétiens, les athées (et même le Juifs !) ; conclusion : il faut s’allier avec les islamistes. D’ailleurs mieux vaut un islamiste qu’un ultralibéral « juif et cosmopolite » heu excusez, dans ces milieux on dit : un sioniste.

La candidate voilée

Maintenant, songeons à Olivier B. Bien sûr sa vision du monde est beaucoup moins violente ; il ne prône pas la révolution armée, mais une lutte sociale légale et raisonnable. Nous ne lui prêtons pas les idées de violence de l’extrême gauche anti-démocratique vue précédemment.
Son parti présente une candidate qui porte le voile. C’est normal : dans la logique de l’extrême gauche, le débat sur le voile est un faux débat, créé de toutes pièces par les méchants pour diviser les gentils. Les gentils ils s’entendent tous, qu’on soit voilée ou non, homophobe ou non, machiste ou non, etc., toutes ces questions ne sont que de fausses questions pour détourner du vrai combat qui doit être mené contre un petit groupe de lobbies très riches et très méchants.

Les dominés ne peuvent jamais être des criminels

L’alliance des islamistes et d’une certaine extrême gauche n’est qu’une conséquence de cette vision du monde simpliste, dans laquelle les divisions entre « dominés » ne sont jamais évoquées, et dans laquelle l’idée que des « dominés » puissent aussi être oppresseurs, machistes, ne vient à l’esprit de personne. Un jeune de banlieue par exemple n’est jamais violent ou raciste « antifeuj », même pas macho avec sa soeur, c’est impossible, ou alors c’est juste une réaction passagère, qui passera une fois les méchants éliminés…
Vous ne me croyez pas ? Prenons des exemples.
Supposons que quelques jeunes des cités attaquent des juifs à la sortie d’une synagogue. Un sociologue commencera un raisonnement, mais vous connaissez déjà la conclusion : ces « jeunes des cités » ne sont pas racistes et encore moins antisémites, ils sont juste en colère à cause de l’agression impérialiste contre Gaza. C’est donc la faute des sionistes si des juifs ont des problèmes en banlieue parisienne !
Autre exemple. Si Ben Laden lance des attentats, ou qu’il y a des bombes humaines à Karachi, un commando à Bombay, un chercheur vous expliquera plein de choses mais la conclusion s’impose : c’est à cause des injustices subies à cause des USA et des sionistes que quelques gentils et pauvres damnés de la terre ont dû tout faire sauter !
Et même si une école est vandalisée en banlieue parisienne, ou qu’une jeune fille est brûlée vive par son fiancé, si les auteurs font partie des dominés, ce ne sont pas eux les véritables auteurs ; c’est le capitalisme qui les a désespéré, ou le sionisme qui en fait trop, ou l’Etat colonial français qui continue à opprimer leurs misérables quartiers !
D’ailleurs quand les tours du World Trade Center sont tombées, cela ne pouvaient pas être d’autres auteurs que les Américains, toujours eux, disent certains révolutionnaires. S’il y a quand même l’action de terroristes, ceux-ci n’ont fait que réagir à l’impérialisme… mais bon, Meyssan et compagnie vous montreront qu’au fond c’est bien la CIA et les méchants occidentaux qui ont tout fait.
Essayez et vous verrez qu’au-delà des raisonnements les plus poussés, vous connaissez toujours d’avance la conclusion. Gagnez du temps et donnez sa propre conclusion à votre interlocuteur.
On se demande alors comment des universitaires font pour adhérer à cette extrême gauche et à sa vision du monde, aussi simpliste que celle de George W. Bush, qui voyait lui aussi le monde de façon binaire.
Loick




Je vous propose le synopsis d'un roman du 21e siècle politiquement incorrect

Bonjour Cyrano,
Tout d’abord je te souhaite une belle année 2010, avec mes meilleurs voeux d’augmentation de l’audience de RL, et pour la création d’un réseau laïc…
Je t’envoie ce texte assez ambigu, écrit sous forme de nouvelle, qui donne une sorte de scénario possible de l’avenir, en espérant qu’il ne se produira pas !
Ceci se passe dans un pays qui n’existe pas
J’ai rencontré un romancier qui m’a raconté la trame d’un futur roman. L’histoire se passe peut être dans un pays européen, aux alentours du XXIème siècle :

Souvenirs d’un futur lointain…

Cela a commencé lorsqu’on Mr et Mme F. ont été retrouvés tués chez eux. Ces deux paisibles retraités avaient été attachés et torturés toute une nuit. C’était la dixième agression de ce genre dans le quartier.
La même semaine, une dizaine d’enfants de 10 à 13 ans avaient battu un passant qui était passé au milieu de leur petit groupe, pour rentrer chez lui vers 22 heures. L’homme de 45 ans s’en était sorti, malgré les appels des jeunes qui criaient « achevons-le, cette sale face de craie ! » A cause de cette agression, il était devenu handicapé, et vivait depuis des mois dans d’atroces souffrances. Après des semaines d’enquête, la police avait réussi à retrouver les agresseurs, mais vu leur âge ils resteraient en centre fermé pendant 3 ans et auraient un suivi psychologique. C’était un « jeu qui avait mal tourné », avait-on dit. Des bêtises de gosses, quoi.
Il n’y avait plus de café dans le quartier. Celui-ci avait fermé suite à plusieurs braquages, le patron était parti, sans trouver de repreneur, pour s’occuper de sa femme, profondément traumatisée, et qui vivait désormais en permanence sous anxiolytiques.
La synagogue, régulièrement taggée, avait fini par cesser ses activités depuis plusieurs années ; les fidèles avaient été agressés de nombreuses fois, et désormais il n’y avait plus de Juifs dans le quartier, ils étaient partis en Israël quand on avait fermé la petite école privée où ils envoyaient encore leurs enfants. En effet, pour raison de réduction budgétaire, l’Etat ne pouvait plus la protéger avec un car de police stationnés en permanence devant l’école.
La 20aine de dealers qui squattaient devant le grand immeuble restait là presque toute la journée, les gens du quartier n’osant témoigner contre eux depuis que la fille d’un témoin avait été violée et que l’appartement d’un autre habitant, qui avait un jour téléphoné au commissariat, avait mystérieusement brûlé.
La police ne venait plus dans ce coin quand on l’appelait, sauf accompagnée d’une compagnie de 100 militaires. Autant dire qu’elle ne se déplaçait plus souvent à cet endroit.
De même pour les feux de voiture, qui brûlaient souvent et n’étaient plus remboursées. Il s’agissait de voitures de gens modestes, que les assurances ne couvraient plus. Les BMW des caïds, qui recevaient des allocations genre RMI, ne brûlaient jamais. Les pompiers n’acceptaient d’intervenir que protégés en véritable convoi, car des jeunes encagoulés les attaquaient avec des boules de pétanques. Sur quelques dizaines de jeunes qui sortaient la nuit avec cagoules et cocktails molotovs, on avait réussi à en arrêter 5. 3 étaient ressortis après une nuit de garde à vue, 2 avaient écopés de 3 mois de prison. Mais le tribunal avait dû être évacué car des « incidents » s’étaient produits, les familles menaçant de mort le juge.

Des associations avaient manifesté dans le quartier contre les gardes à vue « honteuses ». Un intellectuel, un certain Emmanuel Tedd, expliquait que le véritable problème de ce pays c’était la Chine et l’Inde.
Un jour, cela devait être après la dixième agression chez un particulier, les habitants décidèrent de s’organiser. Ils formèrent une sorte de groupe pour, disaient-ils, regagner la tranquillité de leurs rues. Quelques hommes s’étaient mis au sport, s’étaient acheté des bombes lacrymo, et décidaient de passer dans les rues tard – c’est-à-dire vers 20h dans ce quartier, quand toutes les rues étaient vides.
D’autres associations d’habitants, fédérées par quelques sites se disant « républicains » cachant mal leurs idées nauséabondes, se constituaient. Heureusement des journalistes courageux commencèrent à dénoncer ces dérives.
Une fois, trois skinheads ivres allèrent écrire sur un mur « mor aux dailhincans, las Frhance vivrat ». Il y eut des articles dans les quotidiens, une première page pour s’inquiéter. On pu retrouver les skinheads qui firent de la prison. Mais il fallait chercher la cause d’une telle haine.
Certains sites ne l’attisaient-ils pas ? Ils passaient leur temps à dénoncer des jeunes, à stigmatiser des populations défavorisées, à monter en épingles quelques petits faits divers, comme disaient les journalistes qui vivaient dans l’équivalent du 5ème arrondissement dans ce pays imaginaire.
D’autant que d’autres sites demandaient un référendum sur la sécurité et développaient des idées nauséabondes. Ils prétendaient qu’il y avait des problèmes de sécurité, que celle-ci était un droit, que la Justice devrait être plus sévère, qu’il faudrait établir la double peine. Il fallait étouffer ce populisme et ces délires sécuritaires.
L’Etat pouvait-il tolérer la montée du fascisme ?
Quand trois jeunes furent blessés au flash ball par un habitant, il y eut une grande manifestation de solidarité avec des banderoles « Stop au fascisme, les milices ne passeront pas ! » Par contre, personne ne se souvenait de cette mamie qui avait été bousculée par les mêmes trois jeunes, quelques semaines auparavant ; elle était alors tombée par terre et s’était cassé le col du fémur ; on avait parlé d’un malheureux concours de circonstances, les trois jeunes avaient fait de la garde à vue ; elle était morte quelques mois après, personne n’avait manifesté. C’était involontaire, elle n’avait bien sûr pas été assassinée, c’était juste de la malchance…
Suite aux manifestations citoyennes, aux associations citoyennes, grâce aux journalistes citoyens, la situation commençait à s’améliorer enfin ! Les instances européennes bougeaient. Des juristes montrèrent l’incompatibilité absolue des propos des sites nauséabonds avec les principes du droit Européen.
Maintenant, les référendums sont heureusement hors la loi, les sites fermés, leurs responsables ont été déchu de leurs droits, quant aux soi-disant citoyens qui organisaient des milices fascistes « pour se défendre », ils sont en prison.
Le pays imaginaire est enfin sauvé de ce péril des milices et de ces sites qui appelaient à la haine. Les responsables de ce climat ne pourront plus nuire : même les internautes de base, qui alimentaient les sites en faits divers, sont ruinés suite à leurs nombreux procès pour « incitation à la haine », procès intentés par des associations subventionnées ; les animateurs de ces sites, déséquilibrés mentaux, sont en hôpital psychiatriques. Ils voyaient de la « délinquance » et des « criminels » partout !
Fin du synopsis.
Après avoir lu ce texte, je ne peux m’empêcher de penser : « Quand même, quelle imagination, ces romanciers ! On se demande où ils vont chercher tout ça ! » Mais je ne sais pourquoi, avec un tel sujet, je ne suis pas sûr qu’il trouve facilement un éditeur ou puisse en faire un scénario pour un téléfilm. Peut être parce que c’est trop abstrait, trop loin de la réalité… Je crois que ni Josiane Balasko ni Mathieu Kassovitz ne seront intéressés. Allez, je retourne voir « Joséphine ange gardien » ou « Boulevard du Palais » pour qu’on évoque des sujets de sociétés de la France d’aujourd’hui !
Loick




Votation : la nouvelle trahison des élites

La votation des suisses contre les minarets a suscité une vague d’indignation sans précédent de la part des « élites européennes ». On peut être quand même étonné par l’unanimité des gouvernants et des autorités morales contre la Suisse et, surtout, contre les peuples européens – qui, eux, semblent soutenir la décision souveraine des suisses!
Face à un peuple qu’elles ne comprennent plus, les « élites », notamment les juristes, semblent se lancer dans une fuite en avant liberticide. Elles commencent à multiplier les règles pour empêcher les votes, réferendums, ou pouvoir les annuler si ceux-ci ne conviennent pas.

Il n’y a pas de « complot mondialiste »

Certains croient qu’il y a un « complot mondialiste ». Au cours de grandes réunions, à Davos ou ailleurs, des groupes de décideurs poursuivraient un grand projet totalitaire. Ils voudraient imposer leur « Nouvel ordre mondial » contre les peuples, en brisant toutes résistances. Cette vision a l’inconvénient de prêter de mauvaises intentions aux dirigeants. Or, comme le disait Socrate, « nul n’est méchant volontairement. » Les acteurs sont d’autant plus dangereux qu’ils sont plus sincères, et croient oeuvrer pour le bien. Ce qui caractérise ces élites – qui comprennent aussi les autorités morales comme les chefs religieux, les intellectuels et les artistes donneurs de leçons – c’est qu’elles ne comprennent plus les peuples. Il y a un fossé cognitif, pourrait-on dire, une zone aveugle, les peuples sont devenus une énigme pour leurs dirigeants, qui recourrent sans cesse à plus de sondage pour essayer de prévoir des gens qui leur sont devenus étrangers…

« La révolte des élites »

Christopher Lasch nous propose une bonne grille de lecture de ces événements (voir « la révolte des élites »). Il y décrit l’émergence d’une élite au mode de vie particulier, qui parcourt le monde et se détache de plus en plus des nations, va de grandes réunions internationales en colloques, concentre pouvoir médiatique et hauts revenus, et surtout veut régenter le monde selon ses propres principes. Cette élite, promue par de grandes études, est convaincue de sa supériorité intellectuelle et morale, elle considère le peuple comme une caricature du beauf’ de Cabu, juste bon à bosser et à obéir à ses visions grandioses d’un monde unifié, rapide, fluide, ouvert.

Elle est composée de hauts hommes d’affaires, de grands fonctionnaires internationaux, d’intellectuels médiatiques, d’artistes millionnaires etc., et n’a plus de contact avec les gens ordinnaires. Elle n’envoie pas ses enfants à l’école publique, elle ne se déplace pas en RER, elle ne vit pas dans les villes de banlieues ; protégée dans ses écoles privées, ses beaux quartiers, elle interprète sans rien comprendre les souffrances du peuple.
Les gens demandent plus de police, une justice plus sévère contre les agresseurs, moins d’immigration ? C’est une demande quasi-incompréhensible, pense l’élite ; un peuple qui, on ne sait pour quels délires ou par contagion médiatique, verse dans le fascisme. Cette élite, qui ne veut absolument pas se mélanger, qualifie de racistes, sécuritaires et xénophobes des gens confrontés tous les jours à la diversité, la délinquance ou – sujet évidemment différent – à l’islamisation ! Cette élite, qui vit protégée dans ses bureaux de standing, avec ses vigiles, refuse la protection aux plus humbles ; il suffit de regarder ces acteurs riches et arrogants, tant dénoncés par Zemmour (le seul quasiment dans les médias à pouvoir s’exprimer sur ce sujet), qui font la morale à tous les pauvres gens.
L’écart se creuse entre l’élite et les peuples d’Europe. Plus ces peuples souffrent, moins l’élite comprend, et elle interprète de travers les cris de détresse. Elle les prend comme des cris de haine, haine de l’étranger, du pauvre, haine de l’ouverture. Que répondre à cette « haine » ? se demande sincèrement l’élite. Sa situation particulière, sa bulle, ses voyages, font qu’elle n’est plus en mesure de comprendre, le plus simplement du monde, le vécu quotidien des gens moyens. Elle craint alors le « retour de la bête immonde ».
Cette élite se sent humaniste et souvent elle tient un discours de gauche. Il faut évidemment réprimer la haine, un si mauvais sentiment ! D’ailleurs les Eglises le disent toutes en chœur. Il n’y a que des « salauds » pour avoir une vision différente. Les peuples sont naturellement racistes ; on ne peut pas céder sur ce terrain, on va leur imposer la diversité.

La fuite en avant liberticide des dirigeants de l’UE

Plus il y aura de rejet du peuple, plus ce sera le signe qu’il est malade, intolérant et xénophobe, et le remède sera encore plus d’immigration, de lois pour protéger les minorités et interdire les critiques envers l’islam ou l’immigration. On est dans un cercle infernal, où à chaque demande de protection, l’élite répondra en démentelant encore plus vite toutes les protections!
Au lieu de plus de démocratie, et d’essayer de répondre aux besoins des gens, les dirigeants – épaulés par le discours médiatique – vont réprimer ceux qui demandent un peu de sécurité et de calme, ou (sujet différent) moins d’islamisation ; dans cette fuite en avant, cette élite est tentée d’instrumentaliser lois et institutions pour sanctionner ce qu’elle interprète comme « la haine » ; elle supprimera de plus en plus de démocratie, pour poursuivre à n’importe quel prix et contre la volonté des citoyens son projet pharaonique d’union européenne technocratique et ultralibérale.
Certes, Sarkozy parle des préoccupations populaires ; c’est pour cette raison qu’il a été élu ; mais maintenant, lui aussi ne tient pas compte des souffrances exprimées ; de leur côté, les socialistes veulent régulariser tous les sans-papiers et ne semblent pas défendre la laïcité (cf. les prises de positions de Martine Aubry sur les piscines non-mixtes) ; aucun parti crédible ne semble échapper à ce processus, les leaders reflètent uniquement la volonté de ces élites sourdes et aveugles.
Face à un tel déni, il y a désaffection du politique. Les peuples se résignent, voyant jour après jour les élites fouler aux pieds les grandes promesses électorales, ou casser les référendums (cf. le « non » français et le « non » néerlandais au Traité Européen, qui ont été annulés, les élites passant en force contre la volonté exprimée).
Les représentants politiques, sauf exception, ne semblent pas prêts à écouter les populations et à aller dans le sens de plus de démocratie réellement participative. Au lieu de cela, ils veulent réduire celle-ci, l’encadrer, empêcher par différentes mesures les gens de s’exprimer.
Ces temps ci, les Verts, qui devraient être le fer de lance du « pouvoir citoyen », sont le fer de lance d’un discours liberticide. L’entourage de Ségolène Royale, semble loin de son idéal de démocratie participative, et argue qu’il faudrait, avant toute consultation populaire, organiser de « vrais débats ». Soit ; mais en Suisse il y eut nombre de débats. Si un vrai débat n’est que celui qui donne le vote voulu par les chefs, s’agit-il encore d’un vrai débat? Si les questions posées doivent être d’abord validées par les chefs, et par les juristes, s’agit-il encore de « démocratie participative »? Tout cela montre surtout que les dirigeants, même ceux de la relève politique, ne veulent plus écouter et encore moins obéir aux peuples.
Comment les peuples pourront-ils reprendre leur destin en main ? La question reste posée, et on ne voit pas de solution évidente.
Loick




Les prétendus antifascistes méprisent le peuple et servent la soupe à un nouveau fascisme

Eloge de la Peur !
La peur de l’insécurité fait-elle le jeu du système et de Sarkozy? Ou est-elle une réaction légitime?
La peur est-elle déshonorante ?

Lors de nombreux débats, quand on parle d’insécurité ou d’intégrisme, les bien-pensants brandissent un argument-massue : « Vous avez peur ! » Ce mot accusateur est accompagné d’un discours, comme celui de l’humoriste T. Vaquette, Mardi 24 novembre à « Ce soir ou jamais » face à Eric Zemmour : « En attisant les peurs, le Système met en place un contrôle social. » On pourrait compléter cet argument par : « Cette peur est créée de toutes pièces pour détourner des vrais problèmes. » Il est amusant de voir que souvent, ceux qui critiquent « la peur » quand il s’agit de violence, d’insécurité ou d’intégrisme, n’ont pas la même attitude quand on parle du réchauffement climatique, de la fin du pétrole etc. Il y a donc des peurs légitimes, et d’autres qui ne le sont pas. La peur peut être positive si elle nous mobilise contre un réel danger – comme les dangers écologiques.
Mais alors, la peur des violences urbaines ou de l’intégrisme, ne seraient-elles pas des peurs salutaires, voire nécessaires ? Ne sont-ce pas ces bien-pensants qui, eux, « n’ont pas peur » (peut-être parce qu’ils vivent dans de beaux quartiers, se déplacent en voiture et pas en RER, ou bien sont des jeunes gens en pleine santé ne se sentant pas « en insécurité »), qui seraient en fin de compte aveugles et les véritables alliés du Système ?
A force d’ignorer les peurs d’un peuple qu’ils méprisent, les donneurs de leçons laissent la situation d’insécurité se dégrader et, à terme, ils favorisent des tentations répressives. En fait, les bien-pensants ne seraient-ils pas les « idiots utiles » du fascisme à venir ? Nous y reviendrons.

Une accusation de racisme à peine voilée

En réalité, les bien-pensants veulent toujours – comme à leur habitude – faire taire leurs opposants. Cela ne les intéresse pas de discuter, de chercher à éclaircir la situation, de confronter des points de vue. Ils aiment la diversité surtout entre gens d’accord sur les mêmes idées, les mêmes valeurs. Un drôle de pluralisme. Mais quand on formule des opinions gênantes, ce qu’ils veulent, c’est discréditer l’autre (par ex. Zemmour ou Riposte Laïque), et identifier leurs contradicteurs avec l’extrême droite. Si l’opération réussit, il n’y aura plus à discuter. Car c’est bien connu, on ne discute pas avec un facho, on le met « hors d’état de nuire », on lui tape dessus ou au moins on lui fait des procès pour le ruiner et l’empêcher d’exprimer ses idées nauséabondes.
Quand, lors d’un débat sur l’insécurité, un bien-pensant dit « vous avez peur », il suggère : « vous avez peur de l’autre, des musulmans ou des ‘jeunes des cités’, parce que vous êtes raciste. Votre peur est la peur du petit blanc, ou du petit bourgeois, face aux classes dangereuses. Cette peur a toujours servi à justifier la répression et l’Etat fort. Votre peur n’est pas recevable, moi je n’en ai rien à faire ! » Il est intéressant de noter à quel point cette leçon de morale est insupportable, pleine de mépris pour tous ces gens qui souffrent d’une insécurité véritable, d’agressions, ces profs, ces pompiers, ces médecins. Nos bien-pensants, que proposent-ils de faire des plaintes de toutes ces personnes, à part les qualifier de « racistes » ? Mais passons…

Vrais et faux problèmes

Si notre bien-pensant argumente, sa position revient à ceci : « Vous vous intéressez à un faux problème. L’islamisme, l’insécurité ? Ce ne sont que des conséquences de conditions sociales difficiles, de l’exclusion et du chômage. Au lieu de vous intéresser aux conséquences, travaillez aux causes, améliorez l’économie, luttez pour de meilleurs salaires, moins d’exclusion etc. »
– Sur l’islamisme : il est évident qu’il s’agit d’une force idéologique, qui mobilise autant chez les exclus que dans les classes moyennes, y compris occidentalisées. Ben Laden est un riche ; les auteurs des attentats de Londres appartenaient aux classes moyennes « intégrées ». L’islamisme est un choix conscient et volontaire, pour imposer un autre modèle de société. Ce n’est pas une « invention de Bush », un faux problème etc. On peut reconnaître à la fois le danger de l’islamisme et le danger de la mondialisation néo-libérale. Comme on le dit suffisamment sur Riposte Laïque, les craintes par rapport à cet intégrisme devraient être partagées par tous les progressistes. Car même si les problèmes sociaux étaient résolus, nombre d’injustices réparées, cela n’empêcherait pas certains d’épouser la cause de l’intégrisme.
– Par exemple, on entend souvent que « si on résolvait le conflit israélo-palestinien, l’islamisme cesserait ». Etrange idée ! La Révolution iranienne n’avait pas pour « cause » le drame palestinien. On pourrait aller bien plus loin, et dire que l’islam a vocation à s’universaliser, et à conquérir – par la prédication – le monde et les âmes. Cette volonté universaliste ne dépend de rien, ni des injustices vécues par les musulmans, ni du peuple palestinien.
L’islamisme met en mouvement une volonté de domination, comme celle qui a pu animer l’Eglise ou d’autres idéologies. Les conquêtes musulmanes remontent au Moyen-Age, et les islamistes veulent reconquérir Al Andalous ; travailler à un monde moins injuste est un idéal tout à fait valable, mais ce n’est pas cela qui désarmera les partisans d’un grand Califat ! C’est la liberté « occidentale » elle-même que récusent les islamistes ; c’est l’existence de civilisations laïques qui les choque. A la limite, seule notre conversion pourra les satisfaire. Cela n’a rien à voir avec la fin des injustices.
– Sur la violence urbaine : la traiter à part, s’en inquiéter, serait une mauvaise approche, faisant « le jeu de l’extrême droite en agitant les peurs ». Certes, la délinquance ne peut pas être traitée uniquement par une approche répressive. Cela est réducteur et inhumain. Beaucoup de délinquants ont besoin d’éducation, de repères, etc. Il y a le rôle essentiel de la misère sociale. Mais le problème est le suivant : il est peu probable que le plein emploi soit à l’horizon. Dans les années qui viennent, étant donné les délocalisations et la mondialisation prônée par l’UE, on sera en butte à un chômage de masse. La pauvreté va vraisemblablement augmenter. Le chômage touchera d’autant plus les jeunes des quartiers, peu qualifiés, peu intégrés et déjà discriminés. Tenter d’intégrer ces jeunes aux entreprises serait sans doute un mode d’intégration fort utile ; peut-être qu’une part de « discrimination
positive » permettra à quelques-uns d’être embauchés. Le problème subsistera, car quoiqu’on fasse, on ne pourra pas leur donner à tous un emploi, alors que le chômage restera élevé et que des immigrés continueront d’arriver en masse en Europe. Que fera-t-on alors si la machine économique continue d’être en panne ? Acceptera-t-on que la violence augmente ? Cette difficulté sociale devra-t-elle toujours rester l’excuse d’actes violents, souvent parfaitement gratuits (comme les scènes insoutenables vues à Paris récemment, lors de la fameuse distribution d’argent) ?

La peur est salutaire

Alors oui, on peut avoir peur. Peur de cet avenir d’une société qui se dissout, peur de la montée de l’islamisme, peur du durcissement général des relations humaines. Au lieu de douceur, de politesse et de convivialité, que verra-t-on ?
On verra des gens hostiles, refermés sur eux-mêmes, défiants et agressifs ; des rues avec des groupes de jeunes machos, homophobes et violents pour le moindre regard. De cette situation tendue, ne pourront sortir que des demandes de plus en plus pressantes de sécurité.
A force de laisser la situation empirer, il y aura de plus en plus de drames : tournantes, femmes brûlées vives, écoles saccagées, émeutes, crimes racistes et réactions xénophobes… A la longue, l’Etat devra « reprendre les choses en main » et la lente décomposition de notre société prépare des lendemains fachos. Et pas facho pour de rire ; une vraie reprise en main musclée, policière, tout ce qu’il faut pour contrecarrer des éléments qu’on aura laissés devenir incontrôlables, des bandes de barbares à la Fofana pratiquant enlèvements et tortures.

Les prétendus « antifascistes » font-ils le jeu du fascisme de l’avenir ?

La responsabilité de ce gâchis ? Certes, il sera dû à la crise économique ; mais aussi au laxisme, au discours bien-pensant qui désarme ce qui est encore un Etat de droit. A force d’empêcher la police républicaine de travailler, les récidivistes et les meneurs (un petit noyau ultraviolent) d’être mis pour un long moment dans des centres fermés, etc., les bien-pensants auront préparés l’avènement d’une société invivable et répressive.
Tous ces « anti-fascistes » auront donc fait le jeu :
– D’abord, des caïds fascistes ;
– puis ensuite de l’Etat violent qui finira par « remettre de l’ordre ».
Ou encore, comme certains semblent le désirer, on confiera la remise au pas des cités à un encadrement religieux, qui aura des valeurs, certes, mais assez peu laïques ni favorables au féminisme, à la liberté des mœurs, à la liberté d’expression…
Merci donc à tous ces « antifascistes » qui nous préparent un futur répressif, vert ou brun, mais en tout cas aux antipodes d’une société humaniste et sereine.
Loick




Est-il raciste de critiquer le Ramadan ?

« Riposte Laïque » s’est attiré de nombreuses critiques, notamment en mettant en cause la pratique du Ramadan. Le débat est né à partir d’un article où Lucette Jeanpierre se disait consternée en apprenant que 70% des français de culture musulmane suivent ce jeûne. L. Jeanpierre jugeait cette pratique obscurantiste et archaïque, et la mettait sur un plan équivalent au port du voile ; elle disait qu’elle serait indignée de la même façon en apprenant que de nombreux catholiques mangent du poisson le vendredi, ou veulent arriver vierges au mariage.
Certains ont fait remarquer que critiquer le Ramadan, cela revenait à jeter la pierre à tous les musulmans, et en somme sortait du domaine du débat républicain. Il ne s’agissait plus d’attaquer une religion, une vision du monde (l’islamisme, voire l’islam), mais des croyants qui ne demandent qu’à vivre paisiblement leur foi. Une telle attaque pourrait même tomber sous le coup de la loi, disaient-ils, puisqu’elle stigmatisait un ensemble de citoyens à raison de leur religion ou de leur origine.
Tout d’abord, notons que le fait de critiquer la simple pratique du Ramadan, personnelle ou familiale, constitue une attaque contre un des piliers de l’islam. C’est un peu comme si on critiquait le fait d’aller à la Messe le dimanche pour un catholique. Est-il possible de rester catholique sans aller à la Messe, ou de rester musulman sans suivre le Ramadan ? Une critique aussi radicale n’est plus recevable par un croyant. Elle consiste à dire : « il faut cesser de respecter votre religion et de suivre ses injonctions. »

En gros, poussé à l’extrême, cela revient à identifier « combat pour la laïcité » et « combat pour l’athéisme ». Or la laïcité n’est pas l’athéisme, elle doit permettre à chaque personne de vivre ses choix existentiels, voire sa religion. Elle doit avant toute chose protéger la liberté des individus et leurs choix, y compris spirituels.
En ce sens, la critique du Ramadan me semble difficile, si l’on veut respecter la foi et la pratique normale des musulmans. Est-ce à dire qu’il n’y a pas des aspects critiquables, d’un point de vue laïque, dans le Ramadan ?
Supposons des catholiques qui vont à la Messe dans une petite ville ; si ces chrétiens observent les autres, et qu’il y a une pression sociale pour obliger les voisins, la famille, à aller à la Messe, celle-ci devient une forme de contrainte. La personne n’est plus libre d’aller à la Messe ou de ne pas y aller. Il me semble que s’il y a quelque chose de critiquable dans une pratique religieuse, c’est cet aspect de contrainte – et même de contrôle social. La pratique devient alors obligatoire pour toute la famille, et loin d’être une option personnelle, vécue dans l’intimité, elle se transforme en démonstration. Les gens doivent montrer à tout leur groupe familial ou même au village (aujourd’hui au quartier) leur adhésion. Ils protestent publiquement de leur foi, de leur choix spirituel.
On sait que les pratiques religieuses visibles, parfois exagérées pour la galerie, on été maintes fois brocardées en France ; je songe au Tartuffe de Molière. En climat mystique, j’ai entendu parler d’une tradition, celle des « gens du blâme » : il s’agit de personnalités spirituellement réalisées, qui font exprès de braver des interdits sacrés (par exemple boivent de l’alcool), pour s’attirer les foudres des croyants ordinaires (le « blâme »). C’est une forme d’ascèse, permettant de dépasser les dimensions de la religion purement exotérique. Sans aller aussi loin, une pratique extérieure même scrupuleuse n’implique pas toujours une haute spiritualité ni le respect véritable des autres. Mais c’est un détail ici.
Cet aspect de visibilité est en partie combattu par la laïcité. Car il s’accompagne presque nécessairement de contrainte sociale – si tu ne montres pas que tu vas à la Messe, ou que tu suis le Ramadan, tu seras critiqué ou même rejeté par tes proches. Et cet aspect démonstratif peut aussi entraîner de l’agressivité et de la violence envers les brebis égarées qui ne suivent pas les préceptes de la religion. Dans son article, L. Jeanpierre rappelle quelques cas où des personnes se trouvent sermonnées voire agressées parce qu’elles ne suivent pas le Ramadan ! Bref, on crée de toutes pièces une communauté vertueuse, qui montre l’exemple et un groupe « déviant », ceux qui ne suivent pas vraiment les pratiques exigées par l’orthodoxie.
Néanmoins, d’un point de vue laïc non-hostile aux religions (neutre par rapport aux religions), il me semble que la pratique du Ramadan, comme la Messe, la prière, le jeûne complet, les mortifications, etc., ne peuvent pas être critiqués en eux-mêmes ; mais peut-être est-ce à condition d’en ôter tout caractère démonstratif, se réclamant d’une visibilité sociale et pouvant donc devenir une contrainte et un marqueur négatifs pour ceux qui oseraient s’y soustraire. Dans ce cas-là, on pourrait dire que la laïcité s’accorde avec toute pratique spirituelle intérieure, personnelle, pudique, mais risque bien de s’opposer aux démonstrations religieuses voyantes – non parce qu’elles seraient voyantes, mais parce qu’elles entraînent quasiment toujours des discriminations envers les membres récalcitrants, ceux qui ne « respectent pas » la pratique mise en vue.
Ainsi, si on en revient à l’Islam, cette religion comporte des aspects sociaux très marqués. Pour les « islamophobes », ces aspects sociaux – pourtant souvent sympathiques, comme le partage festif du repas de rupture de jeûne – peut devenir un moyen d’emprise sociale, facilement contraignant. Les pratiques de l’islam, quand elles prennent un tour familial et même impliquant les voisins, les amis, etc., seraient vues (par les « islamophobes ») comme opposées au choix libre de l’individu. Les « islamophobes » voudraient un islam beaucoup plus intérieur, cantonné à la Mosquée ou à l’intimité du foyer, mais qui ne se rend pas visible dans le quartier. Espérer un tel islam, est-ce réaliste ? D’ailleurs, le catholicisme n’est-il pas visible et démonstratif, lui aussi ? En ce cas, pourquoi exiger de l’islam une non-visibilité particulière ? Cela sera considéré comme de la discrimination par les musulmans.
D’un autre côté, la pratique très socialisée d’une religion n’est-elle pas, hélas, souvent un vecteur de contrainte de groupe ?
L’article de L. Jeanpierre, en lançant des flèches contre le Ramandan, devrait nous conduire à poser ces questions, qui sont légitimes pour des laïques. Mais loin, bien sûr, de tout esprit de stigmatisation envers les croyants.
Loick




Immigration, intégration, islam : comment trouver une expression politique viable ?

Il me semble que Riposte Laïque a fait un travail essentiel, mais qui ne
trouve pas de représentants politiques crédibles pour le reprendre. Ceci,
parce que les questions de l’islam et de l’immigration sont entremêlées, ce qui verrouille le débat en France et sans doute dans la plupart des pays européens.
Dans le champ politique, pour l’instant la critique de l’islam reste
cantonnée dans des sphères d’extrême droite ou de droite nationaliste (comme celle de De Villiers). Il semble qu’il y a une logique à ce problème : lorsqu’on considère que l’islam, tel qu’il est professé par beaucoup de personnes aujourd’hui (c’est-à-dire un islam plutôt traditionnel, trop souvent hélas empreint de valeurs rétrogrades, et non l’islam des Lumières, le magnifique islam mystique ou l’islam réformé de Pascal Hilout), rentre en contradiction avec nombre de valeurs des Lumières, on en arrive souvent à se positionner « contre » le toujours-plus d’immigration musulmane. On demande alors une sorte de moratoire plus ou moins long sur l’immigration, par principe de précaution – le temps pour l’islam de France de développer une
relation de plus en plus positive avec la laïcité, et le temps pour les
enfants de l’immigration de mieux s’intégrer à des sociétés séculières, laïques, féministes, dont les valeurs parfois les choquent.
Or, en le déplorant, il faut bien reconnaître qu’un tel discours critique
sur l’immigration n’est prononcé aujourd’hui, dans le champ politique, que par l’extrême droite. Il est associé dans ce cas à des tendances xénophobes, des nostalgiques de Pétain ou de Louis XVI, etc. Alors, que peuvent faire les citoyens qui se sentent de gauche ou écologistes, n’adhèrent pas aux soi-disant solutions économiques ni aux valeurs sociétales des droites dures, et qui pourtant questionnent ce toujours-plus d’immigration musulmane ?
Il faut analyser les verrous idéologiques, qui sidèrent littéralement tout
responsable politique face à ces questions.
 

La gauche morale

 
A gauche : nombre d’humanistes considèrent que l’accueil des immigrés,
notamment musulmans, est un devoir. Chrétiens, ils considèrent que fermer les frontières, c’est être égoïste, trahir les préceptes évangéliques du partage. Athée, ils veulent lutter contre les frontières et les nationalismes. Pour eux, fermer les frontières, c’est créer des inégalités injustifiables : pourquoi être né d’un côté du monde devrait vous vouer à la richesse, et d’un autre côté à la pauvreté ? Tant pour ces chrétiens que pour ces internationalistes, refuser l’immigration est une position intenable moralement.

Plus grave encore : les pays du Nord ayant pillé durant des siècles les pays d’Afrique, c’est un juste retour des choses de tendre la main aux Africains et de les accueillir aujourd’hui.
Soyons très clair : pour la gauche, être contre l’immigration, c’est être un
salaud. Il faut avoir le courage d’un Zemmour pour assumer dans l’espace public un tel rôle, devant des accusateurs comme tout ce que compte le show biz et les gardiens de la morale. Il n’y a pas beaucoup d’autres candidats pour jouer les trouble-fêtes et recevoir les huées d’un public de jeunes conditionnés à suivre les chanteurs et comiques qui font l’air du temps.
A mon avis, bien des personnes de cette gauche moralisatrice auraient
intérêt à s’inquiéter de la montée de l’homophobie, du sexisme, de
l’antisémitisme dans les quartiers. Il est évident que ces tendances sont
opposées aux valeurs essentielles de la gauche (et du show biz !), alors
qu’elles sont souvent véhiculées par des prêcheurs islamistes et des sites incendiaires.
 

La droite cynique

 
Maintenant, à droite : nombre de libéraux, beaucoup plus cyniques, disent que l’on va avoir besoin de millions d’immigrés en Europe, pour des raisons purement économiques. Là, ce n’est pas une question de morale ni de sentiments. Il faut faire venir toujours plus d’immigrés pour remplacer les baby boomers quand ils prendront leur retraite. La natalité européenne est trop faible, nous répète-t-on. Depuis 20 ou 30 ans, on nous annonce la grande catastrophe démographique : les pays européens manqueront de bras, les retraites ne seront plus payées faute de cotisants, les pays se désertifiant faute de population, il n’y aura plus assez d’enfants pour maintenir les écoles ouvertes, nos « vieux » n’auront plus personne pour s’occuper d’eux etc.
Certes, on ne voit pas pour l’instant le chômage décroître ; certes, on voit en revanche des milliers de jeunes sans emploi en bas des immeubles, dans les quartiers ; certes, les personnes qui partent en retraite ne libèrent pas des millions de postes car souvent elles sont remplacées par l’automatisation et l’informatisation, qui permettent de supprimer nombre de postes. Qu’importe ces faits, il faut des dizaines de millions d’immigrés, on vous dit, chaque nouveau Rapport de l’UE le martèle, ne discutez pas, vous êtes des ignorants, laissez les experts décider à votre place !
 
Ces deux visions, celle des humanistes de gauche et celle des libéraux
obsédés par « les retraites », convergent vers le même projet politique :
l’ouverture des frontières en grand. Chômage qui ne fait qu’augmenter,
pénurie des logements, problèmes de cohabitation voire difficultés
d’intégration : rien ne compte face aux deux discours idéologiques.
Evidemment les responsables se disent que les peuples ne veulent pas de ces frontières grandes ouvertes, mais ils sont convaincus que les peuples ont tort, ne voient pas sur le long terme, réagissent « avec leurs tripes » ou par racisme ; d’où le refus d’organiser un débat collectif suivi d’un référendum sur de telles questions. D’ailleurs, si référendum il y avait, et qu’il ne donnait pas la réponse souhaitée, il ne serait pas entendu – on a vu ce qu’il s’est passé pour le rejet de la « Constitution européenne ».
Pour toutes ces raisons, tout responsable ou tout mouvement politique qui s’opposera à l’islamisation, étant du même coup « contre l’immigration », sortira du champ politique normal.
 

Comment sortir de l’étau ?

 
Comment alors réussir à échapper à la stigmatisation et à la
disqualification ? Comment trouver des représentants politiques qui pourront s’exprimer clairement et, du moins, poser le débat qui doit exister sur ces deux questions brûlantes : l’immigration (en a-t-on réellement besoin ?
Est-elle une nécessité pour nous et un bien pour les pays pauvres ?) ;
l’islam (comment peut-il devenir de mieux en mieux compatible avec la
laïcité ? Que demander aux représentants autorisés de l’islam pour que cette religion soit pleinement acceptée et reconnue, sans susciter des problèmes et des tensions par rapport aux valeurs en vigueur dans l’UE ?).
 
Il faut agir sur deux fronts : désamorcer d’une part les accusations de la
gauche morale, et d’autre part le raisonnement économique de la droite
libérale. Il faut que ces questions ne soient plus du tout une chasse gardée de l’extrême droite, qui n’est pas crédible et dont les valeurs s’opposent aux valeurs humanistes. A mon avis, c’est en travaillant et en réfléchissant sur ces questions (ces verrous psychologiques) qui bloquent des représentants politiques et empêchent de prendre ces sujets à bras le corps, que Riposte Laïque fait un pas de plus. Un pas décisif, qui mène hors des constats, vers un début de résolution, pacifique et respectueux des personnes.
Car les questions cruciales de l’immigration, de l’intégration et de l’islam
(questions différentes mais qui se mêlent aujourd’hui) ne pourront être
abordées qu’avec tous les acteurs, dont les enfants et petits-enfants de
l’immigration, les musulmans, les associations de terrain, pour chercher
ensemble les meilleures solutions. Contrairement à ce que veut la droite
xénophobe, il ne s’agit pas d’exclure celles et ceux qui sont de plein droit
nos concitoyens, mais de réussir à créer les meilleures conditions du
vivre-ensemble et d’une évolution conjointe des mentalités, même si cela
nécessitait (après débat contradictoire où chacun s’exprimerait) un
moratoire sur l’afflux de nouveaux immigrés, pendant une période de quelques années.
L’Europe n’a pas à se fermer et à manquer de générosité. Elle devrait notamment accueillir les victimes de l’islamisme, les minorités opprimées – homosexuels, musulmans laïques et éclairés, femmes qui luttent contre les discriminations, dissidents des pays où règne les théocraties. Le fait que l’UE et différents Etats européens aient tergiversé pour défendre Ayan Hirsi Ali est un drame moral, dont bien peu de nos vigilants se sont inquiétés d’ailleurs. Autant l’accueil de personnes qui n’adhèrent pas aux valeurs de la laïcité, de l’égalité hommes/femmes, du libre-choix de sa religion, voire qui combattent ces valeurs, autant cet accueil demande à être questionné, car il est vecteur de tensions futures et d’une remise en cause de nos plus grands acquis ; autant l’acceuil chaleureux des personnes qui luttent pour ces valeurs est un impératif moral. Si la gauche morale veut un idéal constructif, il semble se situer là.
Loick




Les Musulmans doivent accepter la frustration et "les offenses", comme tout le monde !

Bien souvent, des citoyens Musulmans se disent victimes d’une laïcité intolérante, voire discriminatrice. Il est vrai que durant de longues périodes, les concitoyens et immigrés musulmans ont souffert de discriminations, souvent informelles ; je songe par exemple aux moqueries sur les prénoms « arabes », sur leurs tenues, aux « blagues » racistes, et à mille autres vexations quotidiennes qu’ils devaient subir. Ce racisme bien réel des sociétés française et européenne a conduit aux mouvement antiraciste que l’on connaît. Pour lutter non seulement contre les discriminations instituées, explicites, mais aussi contre un ensemble beaucoup plus diffus de préjugés et de rejets xénophobes.
Dont acte.
Mais aujourd’hui, ceux que l’on pourrait appeler des « musulmans revendicatifs », voire certaines associations antiracistes, continuent d’appliquer un ancien schéma pour penser des rejets et des situations qui ne relèvent pas du racisme, mais des normes d’une société pluraliste. Ces groupes « antiracistes » et autres veulent faire croire que des simples règles de la société laïque sont des discriminations à leur égard. C’est là une grave erreur, et un terrain sur lequel une partie de la gauche les suit.
Au nom de la diversité et du respect, on voudrait que les religieux se sentent entièrement à l’aise dans leur foi au sein de nos sociétés laïques. Cette revendication est-elle réaliste, et même souhaitable ? Un croyant peut-il se sentir pleinement content dans un monde sécularisé ? Rien n’est moins sûr. Et exiger, comme un droit, le respect des religions, mène en fait à une impasse. Car, en continuant sur cette pente, à quel moment les gens religieux s’estimeront-ils satisfaits et non-victimes de discriminations? Jusqu’où faudra-t-il aller? A part l’application de la charia pour les uns, ou le retour à la royauté très-chrétienne pour les autres, il n’y aura jamais plein accord entre religieux et société laïque. Dire l’inverse, c’est mentir à nos concitoyens, notamment musulmans. En effet, vivre dans une société occidentale, laïque, plus ou moins féministe, c’est-assumer, en tant que croyant musulman (ou catholique, juif etc.) que l’on sera frustré, voire insatisfait et choqué, par ce que l’on verra. Et cette frustration n’aura jamais de fin, sauf bien sûr à retourner plusieurs siècles en arrière, dans les « beaux modèles » de théocraties et royautés religieuses !

En réalité, tous les citoyens d’une société pluraliste sont frustrés et peuvent se sentir « choqués ». Un catholique a tous les jours des occasions de sentir offensés par les propos sur le Pape, les blagues de Canal+, les allusions, les rappels incessants et « catholicophobes » à l’Inquisition, etc.
Un athée se sent aussi gêné par les restes de culture chrétienne, très présents dans nos sociétés, sous forme de jours fériés, d’habitudes alimentaires, d’entretien de monuments religieux etc. Des féministes pourront se sentir choqué(e)s par le voile.
Personne n’est indemne. Et c’est là le contrat pluraliste par excellence : accepter cette frustration, accepter de voir son idéal et ses valeurs « victimes » de discriminations, d’offenses, de moqueries. C’est cela, la vraie diversité : supporter l’autre. Alain Laurent a montré dans son essai fondamental « la société ouverte et ses nouveaux ennemis » (Les Belles Lettres, 2009) que le choc ne se situe pas entre « les Musulmans » et les Occidentaux, comme le pensait Huntington avec son fameux choc des civilisations, mais entre partisans d’une société ouverte et tenants des sociétés fermées, traditionalistes, holistes.
Or certains Musulmans, que j’appelle revendicatifs, et leurs associations de soutien semblent incapables d’assumer le pluralisme de la société ouverte. Ils réduisent toute marque de vivre-ensemble, dans ses aspects inévitablement désagréables, à du racisme, de la discrimination, et veulent frapper d’interdit cette pluralité des valeurs. Au lieu de lutter contre la susceptibilité et la sensibilité exacerbée de nombreux Musulmans aux « offenses », ces associations et ces autorités attisent cette susceptibilité et le ressentiment qu’elle génère. D’où montée sourde de tensions « communautaires » et d’un sentiment de stigmatisation.
Or il faudrait aider les musulmans à accepter la différence et ce qu’elle implique d’accommodements personnels, et non répèter à longueur de temps qu’ils ont raison de s’indigner, que la loi sur les signes religieux est une atteinte à leur foi, que le rejet de la burqa est un racisme et ainsi de suite.
Certes, les populations chrétiennes et athées ont aussi à s’adapter à de nouveaux concitoyens, mais un groupe qui accepte le pluralisme, devrait se dire prêt à assumer les critiques envers son mode de vie, ses valeurs, et même son sacré. Par exemple le droit de critiquer la religion, de faire des caricatures parfois blessantes, est accepté en général, bon gré mal gré, par les catholiques. Il n’y a pas à supprimer ces offenses, inévitables, et il serait souhaitable que les autorités musulmanes et les associations plaident pour la société ouverte, et même se réjouissent de cet état de libre critique et de pluralité. Or on soupçonne, parmi certaines associations « antiracistes » et certains groupes musulmans, un refus de la frustration et de « l’offense » – compréhensible à la suite des réelles offenses et frustrations connues naguère, certes, mais aujourd’hui qui n’est plus aussi justifié.
Comme si les autres, catholiques, juifs et athées, n’étaient pas frustrés ni offensés par tel ou tel aspect de la laïcité, nos Musulmans revendiquent une sorte de droit imprescriptible au « respect ». Sur cette pente, à partir de quoi pourront-ils s’estimer « respectés » dans leur foi ?
La nourriture hallal ne suffira pas, la séparation hommes-femmes ne suffira pas, il faudra des lois anti-blasphémes, des appels audibles à la prière, et il faudra que la société s’adapte à une grande part des prescrits coraniques pour que ces Musulmans revendicatifs puissent se considérer comme « non-discriminés ».
Cette démonstration par l’absurde montre que cette demande n’est pas une demande de « non discrimination », mais une demande de charia et un retour vers la société close, aux valeurs « sacrées » ; autant la première est tout à fait honorable et nécessaire, autant la seconde est problématique en démocratie et dans nos sociétés plurtalistes.
Concitoyens Musulmans, par pitié, acceptez la frustration, le stress, voire les offenses inévitables à vos plus hautes valeurs ; ces choses, nous les acceptons tous ; en société ouverte, nous sommes tous égaux devant cette insatisfaction, qu’il faut assumer à jamais pour qui veut vivre en société pluraliste! Il est temps que les intellectuels Musulmans reconnus comme Tariq Ramadan fassent passer un tel message, et conduisent leurs coreligionnaires à vivre sous la dure loi de la frustration.  
Lorik




Le procès à charge de l'Occident : éléments de réponses à Dieudonné et aux racistes anti-occidentaux

La civilisation occidentale est l’objet d’un procès à charge, principalement depuis la Seconde Guerre mondiale et la décolonisation, repris par des mouvements récents. Ce procès est un élément clé de la crise morale que connaît notre civilisation.
Celle-ci refuse d’affirmer ses propres valeurs à l’ONU (comme on l’a vu lors de Durban I et II), tête haute, et même de les faire respecter dans les pays européens. En réalité, les Occidentaux d’aujourd’hui ont honte de leur civilisation, et cette culpabilité les conduit à faire profil bas, à accepter des comportements inacceptables, à ne pas être clairs sur des points non-négociables. Ainsi, on ose pas dire aux citoyens européens que la laïcité est non négociable, tout comme la liberté d’expression. On voit mille atermoiements en Europe, par exemple lors de l’affaire des caricatures de Mahomet : qu’a fait le Président Chirac, alors en exercice ? Il a attaqué les caricaturistes et « Charlie Hebdo » qui les avait publiées, au lieu de défendre les valeurs de notre civilisation « occidentale ».
Dans le même registre, on accepte que des expositions « reliogophobes » soient interdites par peur de troubles à l’ordre public. On donne le droit à certains de faire interdire la représentation de la pièce de Voltaire « Mahomet ». Sur d’autres plans, on ose pas dire que des phénomènes d’une sous-culture urbaine, comme le rap et les tags, sont inférieurs à la musique classique et à la peinture académique. On a peur qu’affirmer la supériorité de valeurs « occidentales » puisse apparaître comme du racisme. Même les Droits de l’Homme sont soumis à ce malaise, accusés d’être « occidentaux », ethnocentristes, donc mauvais.
C’est ce lien entre « l’Occident » et « le mal absolu » qu’il faudrait interroger. Est-il bien certain que l’Occident soit une civilisation essentiellement criminelle, ou en tout cas infiniment plus que les autres civilisations ? N’est-on pas passé d’un extrême à l’autre ? Au début du XXème siècle, l’extrême était d’affirmer la supériorité tout azimut de l’Occident, et de vouloir imposer ses valeurs au monde entier. Aujourd’hui, on affirme implicitement son infériorité, on ose plus jamais dire que l’on est fier d’être français ou européen, et que certaines réalisations et valeurs de l’Occident sont supérieures à celles d’autres civilisations (tout comme chacune des autres civilisations a aussi des réalisations éminentes à son actif, et parfois supérieures aux réalisations de l’Occident). Ce fait d’affirmer que certaines valeurs et réalisations du monde occidental – réalisations concernant certains points précis et circonscrits – comme « supérieures » semble un racisme.

Dans ce cas, au nom de quoi pourra-t-on défendre les Droits de l’Homme, la liberté d’expression, l’égalité des sexes. Si tout se vaut, pourquoi pas la Charia plutôt que les droits de l’Homme?
 
Le procès fait à l’Occident a de nombreux fondements. L’Occident a été jugé responsable de l’esclavage, de la colonisation, des deux guerres mondiales, et enfin de la Shoah. Sans oublier le désastre écologique et, en partie, la misère actuelle du tiers-monde.
Les critiques de l’Occident considèrent que ces drames découlent presque directement des structures mentales et des croyances de l’Occident chrétien, que ce soit le catholicisme romain (ayant produit l’Inquisition, les massacres des Indiens en Amérique du Sud etc.), le Protestantisme (génocide des Indiens, Apartheid). Poursuivant une telle logique, des courants non-religieux sont à leur tour accusés. Napoléon a été considéré comme « ancêtre d’Hitler » ; l’esclavage est un crime supplémentaire que l’Occident a rendu possible malgré ses valeurs « humanistes ». Pis, les Lumières sont accusées d’avoir provoqué la colonisation en tentant d’imposer leurs valeurs « supérieures », en voulant lutter contre l’obcurantisme, et éduquer le monde entier. Aujourd’hui, l’interdiction du voile à l’école et la laïcité ne seraient que des relents du même esprit colonialiste.
 
Avec un tel Palmarès, l’Occident semble difficile à défendre. Il devrait plutôt se retirer de l’Histoire, voire se suicider. La seule chose que les Occidentaux devraient faire, c’est se repentir et chercher à réparer leurs fautes passées. L’idéal de notre humanisme moderne se tient là : acceuillir les sans-papiers pour se fair pardonner ; supporter une délinquanceparfois violente de quelques « enfants et petits enfants de la colonisation » parce qu’on sait bien qu’au fond, nos arrière-grands-parents ont eu des comportements bien pire à l’égard de leurs arrières-grands-parents, et que leur ressentiment, leur « haine », sont tout à fait compréhensibles..
   
Bien sûr, découlant encore de cette culpabilité, il y a la difficulté à affirmer la supériorité de certaines valeurs « occidentales » et leur universalisme. De telles affirmations rappelleraient l’esprit colonialiste, elles sont donc impossibles – et devraient être sanctionnées par de nouvelles lois anti-racistes, si on pousse à l’extrême cette logique.
   
Que répondre à ce procès ? Comment défendre un peu l’Occident, et, d’ailleurs, le mérite-t-il ? Pour cela il faudrait discuter les points suivants, et montrer que :
– les Lumières ont permis de lutter contre les excès de l’Occident (abolition de l’esclavage, droits de l’Homme) ;
– C. Delacampagne note dans son « Histoire de l’esclavage » des remarques qui pourraient susciter la controverse :
« en plus de ses buts politiques et économiques, l’entreprise colonisatrice possèd(ait) un objectif humanitaire qu’on ne saurait réduire à un simple prétexte : la lutte contre les formes résiduelles de traite et d’esclavage (…) de fait … les puissances coloniales s’employ(èrent) à arrêter la traite dans les territoires qu’elles contrôl(aient), ainsi qu’à poursuivre les « négriers » qui persistent à dévaster l’Afrique (tel le fameux Rabah, finalement vaincu en 1900 à Kousseri, près de l’actuelle capitale du Tchad, par tois colonnes françaises) » (p. 234, Histoire de l’esclavage, de l’Antiquité à nos jours, Le Livre de Poche, coll. Références). D’autres sources parlent du Grand Marché aux esclaves d’Alger supprimé par les colonisateurs français. Evidemment, l’entreprise coloniale est particlièrement néfaste et indigne, néanmoins de tels éléments ne doivent pas être tus même s’ils ne changent pas la condamnation sans appel et globale que mérite la colonisation.
– certains disent que le nazisme révéle l’essence profonde de l’Occident, qu’il en est l’aboutissement logique et normal. L’Occident serait alors foncièrement destructeur, sa logique perverse aboutissant au pire génocide que l’humanité ait connu. Il faut quand même se rappeler que le nazisme était un mouvement explicitement anti-occidental, puisque Hitler haïssait le christianisme, les Lumières, le libéralisme ; rendre « l’Occident » responsable du nazisme, et réduire la civilisation européenne au nazisme, devenu comme son « essence », est étrange. Cela équivaut à réduire le vaste monde islamique au mouvement Jeune-turcs et au génocide des Arménien.
– il y a eu des crimes contre l’Humanité dans toutes les contrées, par ex.
le génocide Arménien, mais aussi le génocide qu’aurait subis les Hindous lors de la conquête musulmane. Ce sujet peu connu est bien sûr controversé, il suscite un débat en Inde et a donné lieu à quelques articles en français, voir sur le site de F. Gautier un article intitulé “le révisionnisme ou le négationnisme en Inde”
http://www.jaia-bharati.org/histoire/revision-fg.htm  montrant que peut-être 80 MILLIONS D’HINDOUS auraient été massacrés directement ou victimes indirectement de leurs conquérants Musulmans lors de divers crimes collectifs.
– quant à l’esclavage, il perdure encore dans quelques pays dits musulmans, et l’esclavagisme n’a guère été combattu en dehors de l’Occident. Le monde musulman n’a pas connu un courant abolitionniste et anti-esclavagiste puissant, de même qu’il n’a pas non plus mis à l’honneur la lutte contre les discriminations – tout en étant plus tolérant, durant des siècle, que le monde occidental.
Alors que les terres d’Islam étaient en avance moral sur le monde occidental sur de nombreux points, aujourd’hui hélas ce n’est plus autant le cas, il suffit de voir le sort des minorités religieuses, des chrétiens notamment, dans les pays d’islam, souvent mal traités, parfois massacrés ou obligés à l’exil. On pourrait aussi songer à la condition des Juifs, considérés comme « dhimmis »,c’est-à-dire « protégés » et tolérés en terre d’islam, mais sporadiquement massacrés, exilés, et dans une situation inférieure juridiquement durant des siècles. La tolérance islamique, si elle était bien supérieure à celle des chrétiens au Moyen-Age, n’a pas suffisamment évolué et reste bien limitée selon les standard contemporains. Ne parlons même pas du sort des homosexuels dans les pays musulmans.
   
Même si l’Occident a commis des crimes impardonnables, souvent pires que les autres civilisation, doit-on oublier ses meilleurs réalisations ? Car c’est aussi cette civilisation qui a proposé nombre de valeurs encore valables, et qu’on peut légitimement considérer comme bénéfiques et universalisables : je songe ici à la liberté individuelle, à l’égalité des sexes, au droit de changer de religion ou d’être athée, à la liberté d’expression et de débat, à la défense des minorités religieuses et sexuelles, à la démocratie.
Ces valeurs sont supérieures aux valeurs contraires : autoritarisme, inégalité des sexes, racisme et discriminations, interdiction de changer de religion, interdiction de critiquer les religions et de « blasphémer », refus du débat et de la remise en cause. Sur ces points précis, les autres civilisations devraient, en idéal, adopter les normes dites « occidentales », simplement parce qu’elles sont plus avancées que les normes pratiquées dans des sociétés plus traditionnelles. Ces dernières sociétés sont bien sûr plus avancées que les sociétés occidentales sur d’autres plans, la solidarité intergénérationnelle par exemple, le sens du partage, etc.
   
En tout cas, les valeurs positives du débat, du libre examen critique, ont permis à l’Occident de développer la science. C’est parce qu’il avait acquis cette supériorité technologique qu’il a pu – en en faisant un usage souvent criminel et impérialiste – dominer le monde. Ce n’est pas parce que l’Occident est intrinséquement « impérialiste » qu’il a dominé les autres civilisations ; toutes ou presque sont impérialistes ou se croient supérieures aux autres ! L’Occident a été conquérant parce qu’il était le plus fort. D’autres civilisations, si elles avaient été plus fortes, auraient conquis l’Occident. Ainsi on pourrait se poser des questions qui resteront sans réponse, mais donnent à réfléchir : le monde musulman, si il avait développé une science supérieure à celle de l’Occident, n’aurait-il pas poursuivi sa conquête et soumis Rome, puis Vienne et Paris ? Ou bien, peut-on supposer que cette civilisation n’avait pas de tentation « impérialiste », et n’aurait pas cherché à conquérir les autres ?
Difficile de répondre, mais il est vraisemblable que chaque civilisation puissante tend à conquérir et s’avère alors « impérialiste ».
Il n’y a donc pas de jugement moral à avoir sur ce point, ni à accuser l’Occident d’un impérialisme exclusif, qui serait miraculeusement absent dans d’autres contrées, « innocentes » par essence. L’impérialisme européen a battu l’impérialisme des Empires Moyen-Orientaux, certes, mais cela relève d’un rapport de force et non d’une méchanceté spécifique, d’une appétence de conquête tout à fait particulière à l’Occident. 
On peut donc avoir un “bilan” mitigé de l’Occident comme de toutes les autres civilisations. Mais n’attaquer que l’Occident (ou l’Europe et les USA) comme responsable de tous les maux du monde, ne serait-ce pas une forme de racisme élargi ?
Il faut appliquer l’attitude du soupçon à tous ces procureurs et tribunaux anti-occidentaux, démasquer leur volonté de puissance, ce qui les motive et à quelles fins ils instrumentent cette haine anti-occidentale. Il est temps de dire haut et fort que si « l’Occident » a commis de nombreux crimes (c’est indéniable), d’autres civilisations – sinon toutes – ont été criminelles, esclavagistes et impérialistes. La repentance ne peut pas être à sens unique.
Loick