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Résistant en 1940, j’ai l’impression de revivre une autre occupation

Ceux qui ont vécu, comme moi, la sombre période de l’Occupation allemande lors de la Seconde guerre mondiale, de 1940 à 1944, ont la sinistre impression de revivre un mauvais rêve.

Toutes proportions gardées – et, comme on dit, mutatis mutandis – la situation actuelle est comparable par bien des traits à celle d’autrefois.

Nous sommes occupés. Bien sûr, pas militairement, mais “mentalement“. Nos corps ne sont pas les sujets d’une invasion armée, mais nos esprits sont imprégnés par un conditionnement étranger. L’hégémonie anglo-saxonne domine la politique, l’économie et la culture, en imposant  son atlantisme et sa stratégie néocolonialiste, son libre-échangisme néolibéral, sa conception mercantile d’une société formatée par la “pensée unique“. La mainmise n’est évidemment pas nazie, mais, dans un autre genre, elle est aussi totalitaire que la précédente.

Comme jadis, nous avons des “collabos“ qui se plient aux exigences de l’alliance occidentale et propagent l’idéologie capitaliste de Washington, comme les politiciens et journalistes de l’époque relayaient l’information tendancieuse de Berlin.

Les occupants d’hier avaient crée le STO (Service du travail obligatoire) qui obligeait les recrues à se mettre au service des usines du Reich. Ceux d’aujourd’hui ont créé l’OTAN qui impose à nos troupes de participer aux guerres de l’empire américain.

Jadis la doxa officielle était axée sur l’Europe, et l’unification pacifique de ses peuples ; elle l’est encore aujourd’hui. Et qui trouve-t-on, une fois de plus, à la tête de cette Europe, aussi artificielle que l’ancienne ? L’Allemagne. Certes pas la même, mais toujours aussi forte et présente.

Des mesures de rigueur détériorent nos conditions de vie. Autrefois, elles étaient les restrictions du temps de guerre, aujourd’hui elles sont l’austérité du temps de crise. On ne rationne pas la nourriture, mais nos aliments sont dénaturés par mille procédés profitables aux transnationales de l’alimentation. La circulation n’est pas limitée, mais le prix des carburants ne cesse d’augmenter. Le gaz et l’électricité ne subissent pas des coupures, mais ils coûtent de plus en plus cher. L’accès à l’existence normale n’est pas bloquée comme  elle l’était dans la pénurie du conflit armé, mais on nous serre la ceinture dans la disette de l’effondrement financier.

Sous Pétain, la démocratie n’existait pas ; le parlement était supprimé, on ne votait pas. Sous Sarkozy, elle est bafouée ; quand on vote, comme au référendum sur la constitution européenne, le résultat est annulé. Les guerres sont déclarées et menées de façon arbitraire. Dans les scrutins, les bulletins blancs ne sont pas comptabilisés. L’exigence des 500 signatures nominalement précisées et le coût des campagnes électorales limitent aux classes fortunées les candidats éligibles. La moyenne d’âge de l’Assemblée et du Sénat est de 60 ans, et la composition des deux chambres est totalement dépourvue de toute représentation populaire.     

Officiellement, personne n’est raciste. Le racisme est même hors la loi. Mais de même que jadis il était obligatoire d’être raciste, aujourd’hui il est obligatoire de ne pas l’être. Et ne retrouve-t-on pas, dans les sanctions légales de ces obligations, une répression en miroir qui repose sur les mêmes distinctions ? Les lois Gayssot et “mémorielles“ en général sont le pendant exact, à l’opposé, des lois antisémites d’antan : moins horribles dans leur application, mais aussi faussement fondées, injustement coercitives et dangereusement liberticides. Et que dire de la politique d’immigration et des mesures d’expulsion des Roms ou des étrangers, dont le caractère discriminatoire rappelle de tristes souvenirs de rafles et de déportations ? Certaines catégories de la population sont de nouveau poursuivies pour leur appartenance ou leur opinion.

Comme la démocratie, la laïcité est ébréchée. Le régime nazi n’était pas particulièrement religieux et affichait même une sorte de paganisme mythologique. Mais il éliminait les oppositions et maintenait l’ordre en favorisant un contrôle confessionnel de l’État. Le catholicisme – culte officiel de Vichy encouragé par Berlin, et source intarissable de racisme antisémite – a par exemple inspiré l’épouvantable régime d’Ante Pavelic en Croatie et un grand nombre des pires bourreaux des camps de concentration à travers l’Europe. Ce déni de laïcité continue de nos jours sous la forme d’entorses répétées à la séparation de l’Église et de l’État, et de capitulations incessantes devant le prosélytisme musulman.

Pour faire avaler toutes ces remontées fascisantes, il faut bien sûr interdire ce qui leur est contraire. Revoilà une vieille connaissance : Anastasie. La censure n’est pas aujourd’hui la version dure d’une dictature, elle est la version molle d’une fausse démocratie. A coups de tabous frileusement respectés, de connivences et de pressions ; grâce à l’étouffement de la vérité par la communication officielle et des critiques dangereuses par le silence. Les grands médias sont dirigés par les fidèles de Sarkozy, les insolences sont réprimées par des procès en diffamation, les satires sont assimilées à des offenses à la religion ou à la bienséance. Le seul débouché permettant une expression à grande échelle, l’internet, est dans la ligne de mire de contraintes préparées. Les oppositions percutantes n’ont pas accès aux moyens de se faire largement connaître.

Enfin, tout comme sous l’Occupation allemande, la France est privée de sa souveraineté. La bureaucratie de Bruxelles et la solidarité occidentale l’ont décapitée de son indépendance, et l’ont réduite au rôle d’un satellite à l’image de l’État vichyste d’autrefois. Son armée est devenue une milice de pétroliers, une composante des expéditions coloniales de Washington ; sa politique étrangère est inexistante ; son image mondiale de Lumières, de modernité et de progrès n‘est plus qu’une brumeuse nostalgie qui n’inspire plus personne.

Conditionnement de l’opinion, services obligatoires, décisions imposées, propagande européenne, domination allemande, restrictions pesant sur le peuple, suppression de la démocratie, racisme déguisé, laïcité écornée, censure sournoise, espionnage des opposants, perte de prestige et abandon de souveraineté : comme le notait Marx, l’histoire se répète sous la forme d’une caricature. Tout y est. Nous revivons 40-45 dans la léthargie de la ouate au lieu de la souffrance dans un enfer.

Quelle est la conclusion qui s’impose ? Elle est limpide. La Résistance avait réagi à l’ancienne Occupation, c’est la Résistance qu’il faut retrouver pour réagir à la nouvelle. Elle avait rassemblé des Français de toutes provenances et de toutes opinions dans une bataille commune. A sa tête, le Conseil national de la résistance (CNR) avait défini cinq objectifs de rétablissement de la démocratie : indépendance nationale, justice économique et sociale, pluralisme, laïcité et liberté d’expression. Aujourd’hui, la situation est différente et il faut y adapter les actions à accomplir. Mais l’essence des problèmes reste la même. Et surtout l’esprit d’hier demeure la force à faire renaître. Nous avons des objectifs similaires à atteindre, des adversaires comparables à vaincre. Nous nous sommes battus jadis pour la libération d’un joug insupportable, la réforme de la société et la restauration de notre stature. Nous devons encore le faire aujourd’hui. De la même façon, ensemble, sans distinction. Le combat est à mener contre des dérives et des dangers analogues. Il doit s’incarner dans la nouvelle Résistance d’un peuple qui reconquiert avec courage, en rejetant la nouvelle Occupation, sa dignité, ses valeurs et sa place respectée dans le monde. Ce sera le renouveau d’une nation faisant revivre – sans le caricaturer cette fois – un des moments les plus glorieux de son Histoire.

Louis DALMAS

Directeur de B. I.  22 janvier 2012.    

        

 




Mladic n'est pas le "boucher des Balkans", c'est un patriote qui s'est battu contre l'invasion islamique

Il est difficile de ne pas être écœuré par la façon dont nos grands médias reprennent en chœur les clichés de la haine des Serbes à propos de l’arrestation du général Ratko Mladic. Avec un mépris total de la présomption d’innocence dont doit bénéficier tout prévenu, ils le condamnent d’avance dans l’opinion publique en le traitant de “boucher des Balkans“ (après avoir fait de même avec Milosevic et Karadzic). Cette sordide qualification a été abandonnée pour Slobodan Milosevic, ce dernier ayant réfuté toutes les accusations portées contre lui par le Tribunal pénal international de La Haye, avant que cette parodie de justice ne le laisse mourir pour éviter de l’innocenter. Quant à Radovan Karadzic, sa “boucherie“ a été provisoirement passée sous silence en attendant le verdict de son procès. Mais le titre refleurit aujourd’hui de façon obscène à propos d’un homme vilipendé sans le moindre scrupule par les tristes perroquets de notre information.
On a la nausée en écoutant ou en lisant les commentaires de son arrestation. Pas un doute, pas une réticence. Tous les slogans de la diabolisation aveugle des Serbes, qui a duré plus d’une décennie, sont repris sans la plus infime référence aux nombreuses mises au point et démentis qui ont rectifié les erreurs, aux multiples témoignages et documents qui ont dénoncé les mensonges, à la quantité de livres faisant autorité qui ont permis une vue impartiale de la guerre dans les Balkans. Nos télévisions, nos radios, nos journaux ressassent à l’aveuglette les mêmes stupidités, les mêmes calomnies. On a, une fois de plus, la sinistre image de la nullité de nos médias, incapables d’enquêter de manière indépendante, de surmonter les préjugés, confits dans la facilité de la propagande et un mimétisme de demeurés.
Ce psittacisme est particulièrement fétide en ce qui concerne Mladic. Tout ce dont on l’accuse est contraire à la réalité. Partisan de la Grande Serbie ? Il a toujours été un défenseur acharné de l’ex-Yougoslavie, fédérale et pluraliste. Favorable à des épurations ethniques ? Il a toujours veillé à ce que son armée soit composée de soldats de toutes appartenances ethniques ou religieuses. Auteur d’atrocités ? Il détestait les milices paramilitaires dont il dénonçait le mépris des lois de la guerre. Massacreur de prisonniers ? Il était connu pour la sévérité avec laquelle il punissait ceux de ses hommes qui maltraitaient des détenus. Tout cela a été étudié, prouvé, non seulement par ses propres déclarations, ordres ou comportements, mais par les gens qui l’ont fréquenté, de la base au sommet. Il était admiré par ses pairs, les généraux occidentaux, qui le considéraient comme un grand militaire de carrière, pas seulement pour ses qualités de stratège et sa bravoure légendaire, mais pour sa lucidité et son intégrité. Il était vénéré par ses troupes qui voyaient en lui un leader exceptionnel. On ne peut pas oublier le compliment qui lui fut adressé par le général américain Wesley Clark, commandant en chef des forces de l’OTAN à l’époque du conflit : “Vous êtes le seul chef militaire que je connaisse qui ne dit pas à ses hommes “en avant !“ mais “suivez-moi !“. Un éloge, venant d’un adversaire, qui avait son poids.
Je n’ai pas connu personnellement Mladic. Mais deux de mes chers amis ont été de ses proches et m’ont souvent parlé de sa valeur humaine. Le premier était le général Pierre-Marie Gallois, récemment décédé, qui ne cessait de lui rendre hommage. Le second est le photographe de presse Shone, qui l’a accompagné dans toutes ses campagnes, et qui m’a évoqué à maintes reprises sa droiture, son courage et sa générosité. De plus, j’ai édité un livre qui lui est consacré, traduit d’un ouvrage américain de 750 pages qui rassemble un impressionnant ensemble de documents à son propos – discours, règlements, anecdotes, analyses politiques – et qui trace le portrait d’un personnage hors du commun.
En ce qui concerne le soi-disant “génocide“ de Srebrenica, il est déprimant de voir que nos médias ne tiennent aucun compte des études sérieuses qui ont rétabli la vérité. Il y a longtemps qu’a été fait litière du mythe de 8.000 musulmans exécutés. Non seulement j’ai aussi édité un livre où de hautes personnalités internationales ridiculisent ce chiffre imaginaire, mais un ouvrage pratiquement définitif vient d’être publié aux Pays-bas – “Deconstruction of a Virtual Genocide : an Intelligent Person’s Guide to Srebrenica” – qui rend compte des recherches approfondies d’un groupe de scientifiques et d’universitaires internationaux. Leurs conclusions concernant le mythe de Srebrenica sont corroborées en annexes par toutes sortes d’éléments irréfutables, tels que les noms des victimes, le nombre de tués, les résultats des exhumations de cadavres, les textes de comptes rendus militaires et civils, les rapports d’autopsies, les relevés de pertes des deux côtés ; les listes de villages serbes incendiés et pillés par les troupes de Naser Oric (le chef des troupes musulmanes de Srebrenica), etc.
Ajoutons un mot de politique générale. On connaît aujourd’hui les détails désastreux de l’intervention occidentale. La guerre menée contre l’ex-Yougoslavie a abouti au dépeçage d’un pays co-fondateur de l’ONU et fidèle allié de la France dans deux grandes guerres ; à l’expulsion de 200.000 Serbes d’une Krajina où ils vivaient depuis des siècles ; à l’“épuration“ de Croatie de dizaines de milliers d’autres ; à la création de six nouveaux petits Etats dépendant de l’aide internationale (alors que les Européistes militent pour l’unification continentale) dont deux sont des constructions fantoches musulmanes (une partie de la Bosnie et le Kosovo) ; à la ruine de la Serbie et à l’affaiblissement de plusieurs autres pays balkaniques ; à la pollution de vastes territoires par les armes à l’uranium appauvri ; et désormais à la capture d’un des plus vaillants défenseurs de la chrétienté.
Ratko Mladic n’est pas un “boucher des Balkans“. C’est un patriote qui s’est battu contre l’invasion islamique des mudjahidin. Au lieu de l’incarcérer, on devrait lui élever une statue. Les vrais criminels de guerre ne sont pas les Karadzic ou Mladic. Ce sont qui jubilent aujourd’hui de les voir en prison.
Louis DALMAS
Directeur de B. I.
http://www.b-i-infos.com/
Lire également interview de Louis Dalmas sur le site Enquête et Débats :
http://www.enquete-debat.fr/archives/louis-dalmas-au-lieu-d%e2%80%99incarcerer-ratko-mladic-on-devrait-lui-elever-une-statue
http://www.islamisation.fr/archive/2008/07/05/le-tpi-disculpe-le-plus-grand-nettoyeur-ethnique-d-ex-yougos.html




Comprendre les dessous de la guerre de Libye

Le nuage de morale martiale et droitdel’hommiste vaporisé par nos politiciens sur la guerre en Libye cache un certain nombre de réalités qu’il est utile de rappeler.
1) La “révolte“ libyenne n’a rien à voir avec les soulèvements populaires non violents en Tunisie, Egypte et autres Etats arabes. Elle est une opposition politique de rivaux de Kadhafi, préparée, entretenue et armée par l’étranger pour des motifs stratégiques (comme les “révolutions de couleur“ dans le Moyen Orient), et très différente des manifestations de masses spontanées – et justifiées – contre les injustices et inégalités sociales de régimes quasi-féodaux.
2) Le foyer de la “rébellion“ – l’est de la Libye, la Cyrénaïque – se recommande d’objectifs religieux et monarchiques (complètement absents des autres insurrections). Il a fourni plus de militants d’Al Qaeda et a envoyé plus d’hommes combattre l’invasion US en Irak que tous les autres pays arabes. De nombreux observateurs ont noté la présence d’agents et d’entraîneurs étrangers de la CIA et du M 16, ainsi que l’équipement et l’armement d’une opposition à Kadhafi organisée depuis longtemps. Exactement comme jadis en Bosnie et au Kosovo, l’intervention occidentale prend le parti d’islamistes actifs dirigés par des groupes considérés par ailleurs comme « terroristes ».
3) La guerre à Kadhafi n’a rien d’une expédition humanitaire. Elle n’est qu’un épisode de plus dans la traque des chefs d’Etats de taille moyenne (Russie et Chine étant de trop gros morceaux) qui résistent au Nouvel Ordre Mondial des USA. Ils doivent être éliminés le uns après les autres. Ceaucescu, Milosevic, Noriega, Saddam Hussein l’ont déjà été. Ahmadinejad, Lukashenko, Gbagbo, Chavez sont en point de mire. Ils n’avaient –et n’ont – rien de commun, et personne ne songe à les défendre indistinctement. On n’est pas forcément d’accord avec un attaqué parce qu’on dénonce celui qui l’attaque. La seule ressemblance entre ces chefs d’Etats est leur insubordination nationaliste, qui suffit à les désigner comme cibles.
4) Kadhafi a sans doute des défauts, mais son pays avait l’Indice de développement humain (IDH) le plus élevé d’Afrique et un taux d’alphabétisation de la population supérieur à celui des Etats-Unis. L’espérance de vie y atteignait environ 78 ans, et les habitants ne mouraient pas de faim comme au Maroc, en Tunisie ou à Bahreïn. L’eau et l’électricité y étaient gratuites. L’essence ne coûtait presque rien. Des aides financières étaient accordées aux jeunes mariés pour acheter une maison ou une voiture. A l’ascension de Khadafi au pouvoir, les salaires avaient été multipliés par 2 voire 3. Depuis, les services sociaux et médicaux ont été sans cesse renforcés. Il a fait construire, sans aucun appel à l’aide financière internationale, un formidable réseau de pipelines enterrés en profondeur s’étendant sur 4.000 km permettant d’irriguer de vastes territoires à partir d’immenses aquifers souterrains.
5) Un des motifs de l’intervention occidentale est évidemment le pétrole. Le géant anglais BP a par exemple plus de 15 milliards de contrats d’exploitation offshore à défendre. Lorsque Kadhafi a déclaré qu’il ne vendrait plus son pétrole qu’à la Russie, à la Chine et aux Indes, il a fourni à l’Occident une bonne raison de l’agresser. Le 25 janvier 2009, Il avait déjà annoncé que des plans étaient à l’étude pour une nationalisation des compagnies étrangères, qui auraient procuré à la Libye 5,4 milliards de dollars de revenus supplémentaires. Ce projet avait affolé les puissantes compagnies opérant dans le pays : entre autres, l’anglo-hollandaise Shell, la britannique BP, les américaines ExxonMobil, Hess Corp., Marathon Oil, Occidental Petroleum, ConocoPhillips, l’espagnole Repsol, l’allemande Wintershall, l’autrichienne OMV, la norvégienne Statoil, l’italienne ENI et la canadienne Petro Canada.
6) La notion d’ingérence “humanitaire“ s’est perfectionnée : elle est devenue totalement préventive. Elle repose toujours sur des mensonges (les “épurations ethniques“ de Milosevic ou les “armes de destruction massive” de Saddam), mais elle se justifie désormais par une simple intention. Plus la peine de dire “le criminel a commis des crimes“ (même inventés) ; il suffit d’affirmer qu’il va les commettre. Kadhafi n’a encore décimé personne, mais “il va noyer Benghazi dans un bain de sang.“
7) Comme Milosevic jadis, Kadhafi a été accusé dès le départ de “massacres“ de la population civile. Malgré la sophistication et la quantité de nos moyens modernes de reportage, aucune télévision n’a montré la moindre image de ces massacres. Pas plus que n’ont été vus les moindres témoignages d’“épurations ethniques“ serbes au moment de la guerre dans les Balkans ou d’“armes de destruction massive“ en Irak.
8) Le soit-disant mandat de la Ligue arabe n’a été “voté“ que par 11 membres présents à la réunion (sur 22) dont deux – la Syrie et l’Algérie – se sont prononcés contre. Depuis, le secrétaire général de la Ligue, Amr Moussa, a mis un sérieux bémol à son accord. Les grands médias ont complètement ignoré la résolution vigoureusement négative de l’Union africaine, qui compte 53 pays membres, et qui s’est prononcée contre toute intervention, et même contre toute interdiction de vol.
9) L’assentiment “arabe“ a été le résultat d’un marché : vous justifiez notre intervention ; en échange, on ferme les yeux sur vos écrasements de soulèvements populaires. Résultat : des répressions violentes en Arabie Saoudite, au Bahrein, en Jordanie, au Yemen, en Syrie, en Algérie, au Maroc, dont certaines comparables à celles reprochées à Kadhafi – et même sans doute pires. Ainsi qu’une reprise en main des justes révoltes populaires, soigneusement calculée, en Tunisie et en Egypte.
10) Les ambassadeurs des pays de l’UE restés à Tripoli (Italie, Hongrie, Bulgarie, Roumanie, Grèce, Pays-Bas, Malte et Chypre – les autres étant partis) ont soutenu, le 8 mars, la proposition de Kadhafi de créer une commission de l’ONU indépendante qui enquêterait sur les accusations d’abus des droits de l’homme en Libye. La proposition est restée sans réponse. Une offre de médiation de Chavez a été repoussée. Depuis, tous les pays susnommés – auxquels il faut ajouter l’Allemagne, la Pologne, la Turquie, la Russie, la Chine et un certain nombre de pays d’Amérique latine et d’Afrique – ont manifesté leurs réticences à l’intervention. L’unanimité de décision de la “communauté internationale“ est une évidente contre-vérité.
11) La résolution du Conseil de sécurité visait une interdiction de vol (No-Flight Zone) mais n’autorisait en aucune façon des bombardements de villes ou de troupes gouvernementales, qui sont des prises de position en faveur d’un côté dans une guerre civile à l’intérieur d’un Etat souverain, et des actes flagrants de guerre faisant des morts dans la population.
12) Au 22 mars, 151 missiles de croisière Tomahawk avaient été tirés sur les installations militaires de Kadhafi, chacun valant 1,16 million de $. Le prix de l’établieement d’une zone denon-vol sera de 400 à 800 millions de $ et son maintien coûtera 100 millions par semaine. Des sommes à ajouter aux fortunes dépensées en Irak et en Afghanistan, dérobées aux contribuables.
13) Quelles que soient les déclarations rassurantes, toute guerre fait des victimes civiles, soit en les tuant directement, soit en détruisant les infrastructures de leur pays, Les morts de “dommages collatéraux“ sont souvent plus nombreuses que celles causées par le “tyran“ que l’on combat. Les ruines de la Yougoslavie, de l’Afghanistan et de l’Irak sont là pour en témoigner. En Libye, Kadhafi n’a “massacré“ personne, mais les bombardements tuent tous les jours les civils qu’ils sont censés “protéger“.
Si l’on ajoute à ces différents démentis de la version officielle, la honte de voir le ministère français des Affaires étrangères désormais aux mains d’un pseudo philosophe mythomane et menteur, on aura une idée de l’abîme dans lequel sombre une France dirigée par un matamore épileptique au service des Etats-Unis.
Louis DALMAS, Directeur de B. I.




Bravo pour l'interview d'Arnaud Gouillon, sur le Kosovo

Riposte laïque a publié, le 4 octobre dernier, une excellente interview du président de l’ONG Solidarité-Kosovo, Arnaud Gouillon. C’est avec ce jeune militant particulièrement dynamique que nous avons organisé au centre culturel russe de Paris, en 2009, une exposition de dessins d’enfants serbes du Kosovo. Et nous rendons fréquemment compte dans notre journal B. I de son aide remarquable aux enclaves serbes ghéttoïsées dans le soit-disant “Etat“ kosovar. Nous sommes donc très heureux de le voir reprendre des idées et des arguments qui sont les nôtres depuis plus de quinze ans.
Ce n’est pas par hasard que ses opinions se sont cristallisées autour du Kosovo. Cette province historique serbe, que sa reconnaissance nationale par un certain nombre de nations vassales des Etats-Unis a transformé en satellite-croupion de Washington, est à la fois le microcosme et l’illustration de la néfaste politique de l’empire occidental.
Tout y est résumé. Tout en part et tout y revient. Le changement démographique qui remplace la majorité serbe par une majorité albanaise. L’invasion islamique qui s’attaque à la tradition orthodoxe. La diabolisation des Serbes accusés d’opprimer les Albanais. La dénonciation du seul nationalisme de Belgrade par la communauté internationale, qui accepte tous les autres. L’accusation d’épuration ethnique portée contre la Yougoslavie, le pays le plus pluraliste d’Europe. Le bombardement de la Serbie, coupable du crime de vouloir défendre son territoire. Le chantage de l’adhésion à l’Union européenne, qui fixe comme condition d’entrée la reconnaissance de la nouvelle caricature d’Etat et l’arrestation du plus admirable défenseur de la chrétienté contre le prosélytisme musulman, le général Ratko Mladic.
Une accumulation de calculs cyniques de trois complices – l’Allemagne, le Vatican et les Etats-Unis – qui voulaient la disparition du grand Etat yougoslave, multiethnique, orthodoxe et indépendant, et d’erreurs fatales de gouvernements européens inféodés au dollar. L’engrenage a abouti à un édifiant résultat : la fabrication de six nouvelles nations dans une Europe dont on prétend faire un continent homogène, la consécration des haines de clocher par la reconnaissance de territoires ethniquement purifiés et la création de deux Etats musulmans (la Bosnie et le Kosovo) au cœur même de la chrétienté. Sans parler de la souillure d’une grande partie des Balkans par l’uranium appauvri des armes de l‘OTAN, la pollution du Danube par les produits toxiques suintant des décombres de la guerre et les restes de munitions à fragmentation qui continuent à tuer les enfants dans les campagnes serbes.
On comprend pourquoi ce tragique épisode – la première guerre déclenchée en Europe depuis le second conflit mondial – est devenu un trou noir de notre histoire continentale. Personne n’en parle plus. Les morts sont ensevelis dans l’oubli. Les criminels qui les ont assassinés, comme Clinton, Blair et les dirigeants qui les ont suivis comme des chiens, gagnent des fortunes en signant leurs mémoires ou en paradant sur les estrades de conférences internationales.
Pourtant, l’éclatement de la Yougoslavie avec ses conséquences est un moment capital de notre géopolitique moderne. Un de nos plus grands spécialistes, le général Pierre-Marie Gallois, qui faisait partie du comité de rédaction de notre journal, et qui vient de décéder en pleine lucidité à un âge presque centenaire, l’a montré dans des livres exceptionnels qui devraient figurer dans toutes les bibliothèques. Il a décrit comment cette opération honteuse prenait place dans la stratégie de la superpuissance américaine, comment elle marquait son mépris des instances internationales, comment elle a servi de prélude à ses agressions de l’Irak et de l’Afghanistan, comment elle a facilité son hégémonie en supprimant un leader du Tiers monde et un obstacle à son expansion vers le proche Orient et l’Asie centrale. On ne rendra jamais assez hommage à cet homme intègre et courageux qui a été l’auteur du plus brillant réquisitoire à ce jour contre l’impérialisme du Pentagone et de l’industrie pétrolière.
Je dis en toute humilité que je suis fier de l’avoir eu comme collaborateur et ami, et que je suis fier de pouvoir aider selon nos moyens le travail d’Arnaud Gouillon et de Solidarité-Kosovo.
Louis DALMAS
Directeur de B. I.
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Pierre-Marie Gallois, un ami irremplaçable, un modèle et un exemple

Einstein a dit un jour : la seule chose qui nous donne une idée de l’infini, c’est la bêtise.
On peut malheureusement mesurer tous les jours la justesse de cette constatation. Comment ne pas considérer comme une stupidité monumentale le fait que Pierre-Marie Gallois n’ait pas été honoré d’un poste majeur de responsabilité dans la conduite des affaires de notre pays ? Comment un homme aussi averti de la géostratégie internationale, aussi expérimenté et talentueux, et en même temps aussi brave, aussi honnête – et aussi sympathique – n’a-t-il pas accédé au cours de sa carrière aux plus hautes fonctions de l’Etat, ou du moins n’a-t-il pas été invité plus souvent aux innombrables débats de la télévision et de la radio, et respectueusement écouté pour sa lucidité et ses conseils ? Cet outrage au bon sens, et au mérite, en dit long sur la médiocrité du recrutement de nos dirigeants et de nos informateurs, et justifie l’amère observation de l’inventeur de la relativité.

Peut-être ne devrions-nous pas le regretter, car si Pierre-Marie Gallois avait été à la place qu’il aurait du occuper dans l’estime de la nation, il aurait risqué d’apprécier moins la place qu’il a occupé dans l’affection de ses amis. C’est ce que nous lui disons en ce triste moment où il nous quitte : ne regrettez rien, général, vous n’avez peut-être pas conquis un bâton de maréchal au gouvernement, mais vous vous êtes enraciné comme un arbre dans nos cœurs.
Les aventures au plus haut niveau n’ont pas manqué à l’auteur du “Sablier du siècle”. Sa vie a été une succession d’épisodes passionnants dont le récit se lit comme un roman, depuis sa guerre de pilote de la célèbre escadrille Normandie-Niémen jusqu’à ses vibrantes dénonciations du démembrement occidental de la Yougoslavie, en passant par son combat pour l’indépendance de la France, un combat qui a doté notre pays de son armement nucléaire. Je laisse aux biographes le soin de les énumérer. Mais ce qui m’a frappé chez ce grand soldat de carrière, moi qui suis peu militaire de tempérament étant plus libertaire que discipliné et n’ayant jamais dépassé le grade de caporal-chef-pilote, c’est la rare combinaison d’intelligence, de courage et d’humanité qui sont le propre d’une personnalité hors du commun.
Jusqu’à ses derniers jours, il n’a cessé de commenter l’actualité mondiale avec une pertinence rare, accumulant des livres qui sont devenus des ouvrages de référence. Et ce qui était le plus attachant, c’était sa constante disponibilité, sa courtoisie, sa gentillesse, l’ardeur infatigable qu’il mettait à rechercher la vérité associée à la cordialité d’un gentilhomme d’un autre siècle. Pour défendre ses idées, il ne refusait jamais un discours, une réunion, un article ou une signature. Et il nous gratifiait de son accord avec une modestie loin d’être à la mesure de sa valeur, mais qui donnait encore plus de force à sa tranquille autorité.
J’ai déjà eu l’occasion de dire combien l’expérience de notre journal B. I. m’avait valu de faire la connaissance de femmes et d’hommes de qualité venus d’horizons variés. Pierre-Marie Gallois en a fait partie, bien sûr, sans doute un des plus célèbres, certainement un des plus admirables. Des nombreuses vertus dont il était pétri, il en est deux que certains considèrent comme vieillottes, mais qui sont essentielles et qui manquent tragiquement à la plus grande partie de nos “élites” : ce sont l’indépendance et le courage. Dans ce domaine, Pierre-Marie Gallois était un homme d’une trempe exceptionnelle, capable de manier aussi bien le sabre de la bataille que la plume de la liberté.
Qu’on me permette de dire, en hommage sincère exprimé avec humilité, que cela a fait de lui plus qu’un ami irremplaçable, un modèle et un exemple que beaucoup gagneraient à imiter.
Louis DALMAS
Directeur de B. I.
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Les trois volets de notre identité

Sarkozy a créé un ministère de l’identité nationale et de l’immigration dont le titre lui-même semble graver dans le marbre une différence insurmontable entre nous les citoyens et eux les étrangers. Dans la foulée, le 12 novembre dernier, il a lancé un débat sur cette identité nationale, que sa marionnette Eric Besson a matérialisé sous la forme d’un document adressé aux préfectures en deux parties, seize chapitres et cent vingt questions. Ce faisant, il a embrouillé un problème beaucoup moins compliqué qu’il n’y paraît.
Passons sur les motifs de l’opération : racoler les électeurs du Front national et surfer sur une xénophobie populaire alimentée par le prosélytisme de l’islam. Le coup est classique. Quand un politicien voit chuter sa cote, il brandit le drapeau. Le panache blanc (en l’occurrence tricolore) auquel ses troupes doivent se rallier.
La manœuvre a déclenché le raz de marée habituel de réactions contradictoires, le nationalisme ayant toujours été un sujet sensible. Les uns y voient un déchet anachronique (“la remise sur le métier d’une nostalgie populiste et rance”, dit Bernard-Henri Lévy) ; un refus inacceptable de la merveilleuse Europe ; un obstacle à la bienfaisante hégémonie de l’OTAN et de l’empire américain. D’autres s’en cuirassent contre la mainmise apatride des juifs sur les affaires de l’Etat ou l’invasion sournoise des fanatiques de l’islam. D’autres enfin y décèlent une trahison de la solidarité humaniste et une dangereuse introduction au fascisme.
Pauvre nationalisme, qu’on s’arrache, qu’on manipule ou qu’on piétine. Il ne mérite ni cet excès d’honneur ni cet abus d’indignité. Si l’on arrive à calmer les passions, on s’aperçoit qu’il peut faire l’objet de quelques commentaires simples qui situent le problème bien mieux que le questionnaire de Sarkozy. A l’origine aussi de mises au point importantes que se gardent bien de faire nos grands médias.
Partons d’un extrait de “L’armée nouvelle” de Jean Jaurès, qui traite avec bon sens des rapports entre internationalisme et nationalisme. “Par l’expérience, par l’action commune et concentrée, tous les prolétaires, tous les hommes de justice sociale et de paix internationale appartiennent d’avance à la même patrie humaine, à la patrie universelle du travail affranchi et des nations conciliées. Mais ce haut idéal, ils ne le projettent pas dans le vide. Ils ne peuvent le réaliser que dans la nation autonome, selon les méthodes d’action et de combat que suggère ou qu’impose l’histoire de chaque pays, avec les éléments fournis par chacune des substances nationales. (…) L’action révolutionnaire, internationale, universelle, portera nécessairement la marque de toutes les réalités nationales. Elle aura à combattre dans chaque pays des difficultés particulières, elle aura en chaque pays, pour combattre ces difficultés, des ressources particulières, les forces propres de l’histoire nationale, du génie national.”
Voilà une approche intelligente de ce qu’on peut penser de la nation. Qui nous amène non seulement à en définir une conception française, mais à déduire de cette conception des prises de position pouvant servir d’exemple.
“Substance nationale”, dit Jaurès. Quelle est la nôtre ? Il me semble qu’elle s’incarne dans un modèle républicain à trois volets : un volet politique, un volet économique et un volet culturel. Chacun de ces volets définit le but à atteindre et l’ennemi à combattre.

Le volet politique est celui de l’indépendance nationale. La bataille est à livrer contre un double adversaire : l’impérialisme américain et l’Europe du capitalisme libéral. L’hégémonie de Washington est ébranlée par le développement de la Chine, de la Russie et de l’Inde ; par les affranchissements d’Etats latino-américains ; par les alliances nouvelles qui créent des zones différentes d’influence géostratégique. Le système de marché parasité par le cancer financier a plongé dans une crise profonde le mondialisme des banques et de la grande industrie.
L’Europe des multinationales et de la haute finance, en se diluant dans un élargissement ingérable et en se dotant de structures dépourvues de tous rapports avec les peuples, s’avère de moins en moins crédible. L’OTAN, qui a révélé sa vraie nature de bras armé du Bureau ovale, s’enlise dans des guerres sans issue tout en voulant contrôler militairement la planète. De la Révolution à la Résistance, la France a une histoire d’indépendance qui a été longtemps admirée. Face aux bouleversements actuels de la planète, elle doit y faire honneur en s’affranchissant du nouvel ordre mondial.
Le volet économique est celui de la justice sociale. La bataille est à livrer pour une réduction des inégalités. Un gouffre s’est creusé entre une “élite” minoritaire qui vit dans le cocon de la richesse, et une masse dont la proportion de pauvres ne cesse d’augmenter. L’explosion du système financier a révélé les rémunérations démesurées des grands patrons et les scandaleux sauvetages des escrocs de la bourse. La fiscalité favorise les fortunés, alors que le restant du peuple souffre de la compression des salaires, de la baisse du pouvoir d’achat, de la montée du chômage, de la distension de l’éventail des revenus et de la dégradation des conditions de vie. La France a une tradition de conquêtes populaires qui doit se perpétuer dans une redistribution des ressources nationales et de drastiques régulations du profit.
Le volet culturel est celui de la neutralité intellectuelle. Là aussi, la bataille à livrer est double : dans le domaine des convictions, pour la laïcité ; dans celui des origines, contre le racisme. Le prosélytisme religieux, ainsi que toutes les infiltrations confessionnelles, sont à combattre avec force dans la mesure où la foi, quelle qu’elle soit, sort du spirituel pour empiéter sur le temporel. La croyance en un Dieu, l’agnosticisme ou l’athéisme sont des affaires privées et ne justifient aucun exhibitionnisme public, aucune ostentation. La séparation de l’Eglise et de l’Etat est une obligation fondamentale de la République. De la même façon, toute discrimination ethnique, tout jugement de valeur découlant d’une appartenance à un groupe, d’une différence d’opinion ou d’une couleur de peau, sont à proscrire dans le cadre de la citoyenneté républicaine.
Indépendance nationale, justice sociale, neutralité intellectuelle, voilà les trois volets de notre modèle républicain, de notre “substance” nationale. C’est, à mon sens, une façon claire de définir notre identité, et une réponse simple au questionnaire de Sarkozy.
Louis DALMAS
Dernier livre paru : “Le bal des aveugles”, Editions Le Verjus