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Etre ou disparaître

Dans sa Lettre ouverte à ceux qui ont applaudi Ayaan Hirsi Ali dimanche soir, Fanny Truchelut souligne avec raison la lâcheté des théoriciens et autres nantis qui, sous bonne escorte, disent le Droit. Si elle n’avait pas subi les terribles épreuves que l’on sait – alors qu’elle est sans reproche – elle serait allée plus loin dans sa juste dénonciation du voile, et aurait dit que chaque femme qui porte le voile ne réduit pas uniquement sa liberté, mais aussi la nôtre, et ce, par la force d’une loi désormais visible : le nombre ! Tarik Ramadan l’a clairement compris, qui ne cesse de demander aux femmes musulmanes vivant chez nous de sortir voilées pour habituer les Francais à ces nouvelles Françaises – et, parmi ces Français, les enfants qui, plus tard, seront tout étonnés que des voix puissent s’élever pour refuser ce qu’ils ont toujours vu comme « allant de soi ».
Or, le voile islamique ne va pas de soi : c’est une marque ostensible d’oppression, de discrimination et d’exclusion : oppression, car le voile est inséparable de la surveillance rigoureuse – pour ne pas dire rigoriste – qu’exercent d’abord les grands frères, ou un frère plus jeune, puis les parents, sur le sexe féminin communautaire ; discrimination – et même discrimination double – le voile ne concernant d’abord que les femmes, ensuite que les musulmanes – et exclusion puisqu’en incluant sur son sol le port du voile, la France inclut l’exclusion dans l’espace public ! Faute d’avoir perçu cette réalité – ou faute d’avoir le courage de la dénoncer – nous tolérons que des mères voilées se fassent accompagnatrices d’élèves de CM1 ou CM2 pour telle ou telle excursion scolaire – ce qui, de leur part, est loin d’être innocent – comme nous tolérons que des mères voilées circulent librement dans nos établissements scolaires, alors même que nous affirmons le caractère rigoureusement laïque de l’école !
Et ce n’est pas tout : lorsque des filles voilées défilent dans nos rues en se parant du drapeau tricolore, elles nous disent non pas qu’elles se soumettent aux valeurs françaises – car la France n’a pour valeur que l’obéissance aux lois de la République, ce qui invalide l’obéissance à je ne sais quelle oppression, discrimination ou exclusion – mais au contraire que le drapeau français lui-même est voile islamique, autrement dit qu’il entérine la nécessaire soumission de la France à l’islam ! En conséquence, tout Français doit désormais admettre cette nouvelle donne, s’il veut accepter l’évolution de sa propre société. Or, à vivre dans un pays qui compte toujours plus de femmes voilées, ce n’est pas dans « quelques décennies » que nous aurons des régions françaises sous juridiction islamique : c’est demain ! Que le Kosovo obtienne son indépendance, et cela ne manquera pas de faire jurisprudence. Autrement dit, ce ne sont pas « nos petits-enfants » qui connaîtront cela, mais nous !
Que faire donc ? Imposer les lois de la République, et par suite affirmer haut et fort qu’une religion n’est pas sacrée en soi, autrement dit qu’ il ne suffit pas d’apposer le label « religieux » à une croyance pour que cette croyance soit, ipso facto, « respectable » ! Sommes-nous pour l’inégalité des sexes, les mariages forcées, la répudiation, la polygamie, l’excision, l’infibulation, la suppression de la libre critique, le délit de blasphème, l’abolition de la laïcité, la théocratie, les châtiments corporels, la peine de mort… ? Si oui, qu’attendons-nous pour changer notre célèbre « Liberté, Egalité, Fraternité » en  » « Religiosité, Inégalité, Communautés » – comme le dit Jacques Julliard ? Mais peut-être préfèrerions-nous « Islamité, Imparité, Intégrité » ? Allez savoir !
Maurice Vidal




Du voile dans les universités turques… et françaises

La volonté du gouvernement turc de faire entrer le voile à l’université remet en pleine lumière nos propres aberrations en la matière puisque chez nous, c’est-à-dire en France, l’université – mais aussi les écoles primaires -ne sont pas à l’abri des spécificités musulmanes.
En effet, dans le primaire, certaines mères d’élèves sont voilées au point de n’être pas identifiables. Dès lors, comment être sûr que c’est bien la maman qui vient récupérer son enfant à midi ou en fin de journée ? Pour répondre à cette nouvelle donne, des écoles ont installé un « sas », sans fenêtre, la directrice pouvant ainsi, deux fois par jour, reconnaître les mères avant de leur rendre leur enfant.
Des problèmes comparables se posent à l’université, spécialement lors des examens, où quelques étudiantes, qu’on ne peut identifier que par la voix – mais faudrait-il encore qu’elles fussent suffisamment connues du surveillant ou de l’examinateur pour cela ! – arborent des coiffes susceptibles de dissimuler des écouteurs et autres instruments frauduleux. Que faire donc si les candidates refusent de retirer ce « fichu fichu » autorisé par la loi ? Devront-elles quitter la salle afin de satisfaire au contrôle d’identité ? Faudra-t-il diligenter l’intervention d’une femme pour s’assurer, dans une cabine à part, qu’il n’y a ni fraude matérielle ni substitution de personne ?
Devra-t-on surtout continuer à ne pas voir la réalité en face, sous prétexte que l’université n’est pas concernée par la loi sur la laïcité ?
Mais pourquoi les universités échapperaient-elles à la loi qui touche lycées et collèges ? Ne sont-elles point régies par le principe de neutralité religieuse ? On répondra que les étudiants sont majeurs. Mais n’y a-t-il pas des élèves mineurs qui accèdent à l’enseignement supérieur, et, a contrario, des élèves majeurs en fin d’études secondaires ? Insistera-t-on en alléguant la vocation internationale de l’université ? Mais en quoi cette internationalité d’accueil serait-elle altérée par l’interdiction du voile islamique, dont il serait bon de rappeler qu’elle exclut un signe religieux, non la personne ? Objectera-t-on ici que le voile est consubstantiel à celle qui en est affublée, comme le Fils est consubstantiel au Père ? Ah bon ? Les filles viendraient-elles au monde voilées ? Si c’est le cas, que ne laisse-t-on les étudiantes portant burqa passer les examens nationaux !
En fait, la France est si mal à l’aise avec le religieux en général et l’islam en particulier qu’elle est incapable de fixer des limites à leur endroit, seraient-elles civiques. Et c’est cela qui est grave, car faute de limites civiques, nous en viendrons de part et d’autre à des comportements-limites, et ce sera la guerre civile ! Bel avenir, n’est-ce pas ?
Maurice Vidal




Pourquoi nous avons peur

Si nos frères musulmans veulent s’épanouir en Occident, ils doivent changer – comme la France a su le faire par les Révolutions de 1789, de 1830 et de 1848, et comme elle saurait encore le faire. A eux donc de définir des priorités à visage humain, en commençant par le bannissement de la violence pour régler de simples conflits d’interprétations ! Et puisque les populations musulmanes sont à même de réagir vivement à la violence fictive d’un coup de crayon, elles devraient pouvoir réagir à la violence effective de ceux qui prennent des tours pour des pistes d’atterrissage, ou qui décapitent Nick Berg ou Daniel Pearl parce qu’ils sont juifs !

Or, face à ce type d’horreurs, l’Occident reçoit au mieux des marques de silence, au pire des manifestations d’allégresse, comme il s’est vu un peu partout dans la communauté musulmane de quelque pays que ce soit après les attentats du 11 septembre : pourquoi ? Mais il y a tellement de « pourquoi » !

Pourquoi ceux qui défendent avec la détermination que l’on sait la liberté religieuse ne manifestent-ils point contre le régime saoudien qui interdit aux chrétiens vivant en Arabie Saoudite de célébrer la messe, et punit de mort ceux qui propagent la Bible en arabe ? Pourquoi ne s’élèvent-ils pas contre la loi algérienne adoptée le 20 mars 2006, qui punit d’une amende de 10 000 euros et jusqu’à 5 ans de prison « quiconque incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion » ? Pourquoi ne s’insurgent-ils pas contre le Front Moro de Libération Islamique qui, aux Philippines, décapite des prêtres ? Pourquoi ne dénoncent-ils pas les musulmans qui brûlent des chrétiens au Nigeria ? Pourquoi ne protestent-ils pas, d’une façon générale, contre le sort réservé aux religions non musulmanes en terre d’Islam ?

Pourquoi de plus en plus d’étudiants musulmans demandent l’interdiction du Mahomet de Voltaire, sans se soucier un seul instant de L’Antéchrist de Nietzsche ? Pourquoi s’offusquent-ils qu’on puisse montrer l’érotisme des danses orientales, et ne disent-ils pas un mot sur Les Onze mille verges d’Apollinaire ? Pourquoi incriminent-ils le prétendu « racisme » des évocations orientales de Chateaubriand, sans jamais accuser le racisme d’où qu’il vienne ? Comment se fait-il que la communauté musulmane reconnaisse en chaque mosquée « un lieu de recueillement et de prière » qui commande le respect, et qu’elle ne semble point troublée par l’occupation illégale de nos églises ? Nos églises ne sont-elles pas des lieux « de recueillement et de prière » ? Ne méritent-elles pas, à ce titre, le même respect ?

Que faut-il en conclure ? Que l’islam ne s’intéresse qu’à l’islam ? Que le monde se réduit à l’islam seul ? Que l’islam veut, à terme, réduire le monde non islamique comme on réduit l’ennemi par le fer et le feu ? Si le régime de fer qui cadenasse l’Iran déchaînait le feu nucléaire sur Israël, le feu nucléaire ne se déchaînerait-il pas sur l’Iran ? L’échange se cantonnerait-il à ces deux pays ? Les retombées radioactives respecteraient-elles les frontières ? Et quid des retombées politiques ? Est-ce à cela que doit conduire la soumission au Dieu de miséricorde et de paix ?

NOUS AVONS PEUR !

La situation actuelle est suffisamment sérieuse pour qu’un questionnement de ce type ne soit pas écarté. Or, nous l’écartons de toutes nos forces, au point d’oublier qui nous sommes. Et je crains que la raison de cet oubli ne soit contenue dans cette nouvelle donne géopolitique qui fait que nous sommes dans le viseur de certains musulmans de notre pays, comme de certains pays musulmans, et que nous avons peur ! Voilà pourquoi, en France comme en Europe, nous avons peur de faire de la politique, c’est-à-dire d’assumer « ce perpétuel péril de guerre au milieu de l’universel désir de paix ». (Jean Jaurès, Discours à la Chambre des députés, 7 mars 1895)

D’où nos amputations progressives, que nous dissimulons sous le prétendu respect de ceux qui nous tiennent en respect ! D’où nos sursauts contre nous-mêmes ! D’où nos indignations contre l’indignité de quelques dessins ! Sus donc aux caricatures, et par suite aux dessins ! Sus aux journaux satiriques, et par suite aux journaux ! Sus aux films de divertissement, et par suite au septième art ! Sus aux imitateurs, et par suite au music-hall ! Sus aux humoristes, et par suite à la plaisanterie ! Sus aux libres penseurs, et par suite à la pensée ! Sus à la pensée, et par suite à l’homme ! Sus à l’homme, et par suite… ?

Mais la peur n’est pas une excuse, surtout lorsque cette peur émane du Pouvoir. Tout Pouvoir a un devoir, et ce devoir, c’est de pouvoir ! Si tout Pouvoir est périlleux, l’absence de Pouvoir est pire ! En politique, la faiblesse est une erreur, et la bonté une niaiserie : si la bonté régnait, pourquoi aurions-nous une police, des tribunaux, des huissiers, une armée ? L’humanitaire lui-même a besoin de la politique, et la politique a besoin de fermeté, surtout si cette politique est démocratique, car que peut faire une démocratie face à ceux qui la combattent ? Les ignorer ? Mais s’ils ne l’ignorent pas ? Les respecter ? Mais s’ils ne la respectent pas ? Les tolérer ? Mais s’ils ne la tolèrent pas ? Les convaincre ? Mais comment le pourrait-elle s’ils sont convaincus de la justesse de leur combat ?

Maurice Vidal




Si j’étais islamiste…

Si j’étais islamiste, je remercierais Allah d’avoir dépouillé les gouvernements européens de tout courage pour exiger non seulement la reconnaissance du génocide arménien mais encore l’acceptation, par Ankara, de réparations aussi bien financières que territoriales à l’égard de ce peuple. Je louerais Chypre Nord occupée par les Turcs et revendiquerais Chypre Sud.

Je combattrais la demande d’autodétermination du peuple kurde, et les prétendus dédommagements que nous devrions aux populations chrétiennes, expulsées, à juste titre, depuis 1950. Je rayerais du code pénal turc les dispositions conformes au Droits de l’Homme – et en particulier cette perversion typiquement occidentale qu’est la fameuse liberté d’expression.

Je prohiberais le film Midnight Express, pour ses images éhontées sur les conditions d’incarcération turque. Je commémorerais le 13 mars 1981, jour où Mehmet Ali Agça a voulu abattre, en la personne de Jean-Paul II, le chef des mécréants. J’approuverais les attentats-kamikazes contre nos ennemis, où qu’ils se trouvent, et privilégierais les attentats antisémites, au motif que « les fils de Sion » sont « des oppresseurs malfaisants et tyranniques ».

J’exalterais le cheik Youssef al Qaradawi, chef spirituel des Frères musulmans et Président du Conseil européen pour la Fatwa et la Recherche, qui, en 2002, sur le site Internet [www.islamonline.net->www.islamonline.net], a explicité les « signes de la victoire de l’islam » en Europe, parmi lesquels le plus visible est le dessèchement d’une culture matérialiste au regard de laquelle l’islam finira par apparaître comme la seule oasis de fraîcheur et de pureté.

Voilà pourquoi – selon ses propres termes – « les Européens se convertiront à l’Islam ». Je me réjouirais d’observer les réactions de la France face à la « Da’wa », – c’est-à-dire à l’ « appel » religieux utilisé comme propagande pour étendre l’influence de l’islam dans les pays non musulmans – car derrière l’immigration musulmane, c’est de cela qu’il s’agit -, et je serais d’autant plus satisfait que les scrupules démocratiques et républicains vrillent les consciences non musulmanes au point que plusieurs d’entre elles continuent de rechercher les lignes d’un compromis sur la laïcité.

Je féliciterais Fouad Alaoui, qui va plus loin que ces dernières en demandant aux musulmans de respecter les lois du pays dans lequel ils vivent – excepté celles qui sont contraires à l’islam. J’encouragerais secrètement ceux qui entendent abolir la loi sacrilège du 15 mars 2004 interdisant le port du voile en milieu scolaire, car le port du voile est une prescription religieuse qui fait l’unanimité des écoles de jurisprudence islamique – qu’elles soient sunnite, chiite, zaydite ou abâdite – et qui, de ce fait, ne saurait souffrir une interdiction, émanant, de surcroît, de quelques impies, c’est-à-dire de personnes que leur culture disqualifie en ce domaine comme en tout autre !

J’aurais la plus grande bienveillance à l’égard de Dalil Boubakeur, qui, d’une part, n’hésite pas à mettre en justice les réalisations prétendument artistiques susceptibles de porter préjudice à l’islam, et, d’autre part, suggère, sans jamais se lasser, des « aménagements » du calendrier grégorien pour que les musulmans puissent participer aux grandes fêtes de l’islam. Je sauterais d’allégresse en voyant se multiplier, en terre non musulmane, les foulards islamiques, les djellabas, les keffiehs et les barbes règlementaires.

Je danserais devant ces façades d’immeubles ornées d’antennes paraboliques qui nous permettent de ne pas rompre avec nos pays d’origine respectifs. Je vanterais les cantines scolaires qui, désormais, bannissent la mortadelle, les jarrets, la saucisse, le saucisson, le boudin, les rillettes, les lardons… et introduisent la viande halal pour se conformer aux divines règles alimentaires de l’islam. J’encenserais les bars et les restaurants ne servant plus d’alcool pour les mêmes raisons. Je tendrais la main aux évêques français qui, pour avoir souffert de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ne veulent pas que nous connaissions les mêmes souffrances, et que nous soyons, en l’occurrence, les « mal-aimés de la République ».

J’aurais une pensée particulière pour les protestants de France, qui sont, d’entre les infidèles, les plus fervents adeptes du droit qu’a notre religion à s’implanter partout dans le monde, et qui, dans une magnifique cohérence, militent pour son développement chez eux. Je n’omettrais pas de rendre grâce aux élus français qui paient la cantine, les transports et les affaires scolaires de nos enfants dont les parents connaissent des difficultés pécuniaires, simplifient l’entrée de nos étudiants à « Sciences-Po », nous concèdent toujours plus de terrains pour construire nos abattoirs religieux, nous proposent des prêts à taux zéro pour édifier nos centres culturels et cultuels, réfléchissent à la nécessité prochaine d’adjoindre des minarets aux mosquées déjà existantes et de les inclure automatiquement dans les mosquées en construction et les mosquées à venir, n’hésitent pas à poser la première pierre d’un lycée musulman ou d’une école coranique, préparent déjà les inaugurations suivantes, marquent avec nous la fin du ramadan et nous promettent d’en faciliter la pratique pour l’année à venir.

Surtout, je ne tarirais pas d’éloges sur le gouvernement français, seul capable en Europe, et peut-être dans le monde, de comprendre nos « jeunes » qui, du fond de leurs souffrances quotidiennes, rappellent à la République ses devoirs en illuminant les banlieues aux cris de notre foi, et lui serais infiniment reconnaissant d’avoir préféré, à la répression de leur juste colère, le déblocage de 100 millions d’euros doublé d’une exhortation à devenir électeurs !

Bref, je serais heureux de vivre dans un pays qui, soucieux de ne pas me couper de mes racines, monte des associations musulmanes, crée des comités de défense islamique, m’apporte son soutien juridique et financier, ouvre des magasins respectant mes traditions vestimentaires, multiplie les discours en faveur de l’islam et donne son aval à l’ensemble des « mouvements » fédérés par nos imams – que je salue pour leur dévouement en faveur du Message, à telle enseigne que la France se teinte dorénavant d’un beau vert pâle sur le planisphère des religions !

Maurice Vidal