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Les 4 actes de l’énorme manipulation Macron

Le face à face Marine Le Pen / Macron du mercredi 3 mai ne fera probablement pas basculer l’opinion publique ; on a vu pourtant un Macron perdant pied mais arrogant et méprisant, coupant la parole à tout moment, donneur de leçons, incapable de présenter un programme cohérent (exaltant, par exemple, « la France, pays de culture » alors qu’il avait déclaré, voilà quelques jours, qu’il n’y avait pas de culture française). Un candidat procédant par affirmations, souvent gratuites, éludant les questions embarrassantes ou répondant par des généralités, ce qui laisse perplexe quant à ses capacités à gouverner le pays.

Son cheval de bataille : répéter à tout propos que le FN est le mal, constat indiscutable autour duquel se rassemblent ses soutiens hétéroclites, tous ceux qui sont soit dupes, soit profitant du système et ne voulant pas que ça change, se souciant comme d’une guigne de tous ceux qu’ils laissent sur le côté, puisque eux vivent bien et vivront mieux encore, croient-ils, dans une France mondialisée.

L’équation est sans détours : le FN est le mal, et Marine Le Pen l’ennemi public n° 1, à discriminer par tous les moyens, fût-ce en la calomniant, en l’injuriant et, si besoin, en l’accusant sans apporter de preuves, procès d’intention qui nous ramène à certaines périodes de notre histoire. M. Macron, Trissotin des temps modernes, a compris que le mensonge inlassablement répété et les affirmations péremptoires sont la meilleure potion pour endormir les foules et les fédérer autour d’un danger plus fantasmé que réel. N’est-ce pas ce que les nazis et d’autres inquisiteurs avaient fait avec les juifs désignés comme les ennemis de l’Allemagne ou de l’Eglise, boucs émissaires qui, dans l’histoire, ont souvent servi de rassembleurs ? En effet, le pouvoir, en entretenant la peur du FN réunit autour de lui une coalition patchwork, ce qu’avait bien compris Mitterrand qui, à l’époque, avait favorisé son développement pour agiter ensuite l’épouvantail et rassembler autour de lui les électeurs, même si certains le détestaient.

Il en est de même aujourd’hui où l’enfumage touche tous les publics, toutes les couches sociales. D’abord, ceux complices du pouvoir, électeurs indéfectibles, ensuite ceux qui, tout en le critiquant voire le combattant, devant le « danger fasciste », le rejoignent. C’est le cas des leaders de la France insoumise radicalement hostiles qui demandent à leurs électeurs de faire barrage au FN. C’est-à-dire de faire élire Macron. Question fondamentale : représente-t-il le moindre mal, à moins que, pour juguler la peste, on favorise le choléra.

Ce débat du 3 mai fut éludé, simplificateur, parfois inaudible, comme l’ont été les élections où, pour la première fois, les deux grands partis ont été éliminés, remplacés par deux figures antagonistes incarnant deux visages de la France. Mais comment un système à bout de souffle, discrédité, méprisé, a-t-il pu, pour se maintenir, fabriquer un candidat téléguidé présenté comme un homme de renouveau, au-dessus des partis, au fil d’une campagne médiatique sans précédent pour l’encenser et lyncher son concurrent ?

Ainsi, a-t-on l’impression qu’à une France de gauche s’oppose une France de droite mais de façon consensuelle, avec alternance et complicité de fait, s’est substituée une France coupée en deux : d’un côté la périphérie, de l’autre les métropoles, d’un côté les petites gens, les oubliés de l’histoire attachés à leur vieux pays, de l’autre les nantis, les modernes, les citoyens du monde plus préoccupés de leur réussite que de leurs racines. Quatre axes de réflexion permettent de comprendre les manipulations :

1/ la candidature de Macron a été montée de toutes pièces par Hollande qui, démonétisé, n’entendait pas se représenter et cherchait un joker, incarnant la jeunesse, la modernité et les « nouvelles classes » mondialisées. Ce sera Macron qu’il aidera à ses débuts en lui laissant le temps de se muscler pour jouer l’homme de la rupture « au-dessus des partis », tout en feignant, lui, président, d’être trahi et ulcéré.

2/ Hollande veille aussi sur les primaires du PS et fait en sorte que soit élu le candidat le plus extrémiste, Hamon, repoussoir idéal pour les sociaux-démocrates, qui disposeront ainsi d’un passeport pour rallier Macron « seul candidat crédible ».

3/ Parallèlement, Hollande surveille les primaires de la Droite en espérant que Juppé, candidat compatible avec la gauche, l’emportera. Pour le soutenir, 700 000 électeurs de gauche iront voter Juppé. En vain, Fillon gagnant les primaires grâce à son programme radical dont certains aspects ne sont pas loin de ceux défendus par le FN, programme rompant avec les habituelles professions de foi, interchangeables droite gauche et vice versa, et qui sera vivement critiqué par les tièdes et les mous du camp centriste et républicain. Survient alors le complot contre Fillon, « révélé » par un hebdomadaire au-dessus de tout soupçon et entretenu par le clan politico-juridico médiatique. Il s’agit de créer un climat de défiance pour brouiller les cartes, faire oublier son programme et inviter les électeurs à manifester leur colère au nom de la vertu outragée : promus soudain gardiens de la morale, ils se détournent de leur candidat, bouc émissaire d’un monde politique auquel les Français ne croient plus.

Complot qui trouve un soutien chez la plupart des leaders centristes et bon nombre de républicains notamment juppéistes et sarkozistes qui n’ont pas digéré leur défaite. Jouant aux pères la vertu, ils justifient leur ralliement à Macron présenté comme le « seul candidat crédible », inscrit dans la modernité, neuf et sans faute. Bien évidemment, ni dans le monde politique ni dans les médias, nul ne s’intéresse réellement à son passé et à ses activités.

L’attitude de la droite qui prête foi aux « affaires », sans s’interroger sur leur calendrier et sur leur exploitation systématique par les médias, interpelle. Contre Macron, Fillon l’emporterait. En le discréditant, on peut l’affaiblir ou l’amener à démissionner pour céder la place à Juppé. D’où la hâte avec laquelle les lieutenants de Fillon quittent le navire. Mais Fillon, sans doute au courant des magouilles hollando-juppéistes, est battu. Exit Fillon.

4/ Le complot a réussi et placé en finalistes Macron et Marine Le Pen, ce que souhaitait Hollande. Le moment est venu de demander aux électeurs de droite et de gauche de se dresser contre le FN non pas à cause de son programme qui, comme tout programme, est discutable, mais à cause de ce qu’il porterait en lui de dangereux : procès d’intention donc plus qu’analyse raisonnée. Il s’agit de persuader les électeurs qu’ils sont le rempart au fascisme imminent, comme avant le premier tour on avait fait d’eux les gardiens de la morale. Ainsi, après avoir tout manipulé pour créer le duel MLP/Macron (avec l’appui des appareils de droite), la gauche feint d’être surprise et atterrée et appelle au secours. Dire cela ce n’est pas prendre parti pour MLP mais c’est dénoncer une situation créée de toutes pièces par ses détracteurs mêmes, as de la manipulation.

S’ensuit une campagne anti-FN omniprésente qui ne s’interdit ni mensonge ni amalgame ni rappel historique frauduleux (quel rapport entre la période 1933-34 ou celle de l’Etat vichyste et la situation d’aujourd’hui ?). Ce « sursaut national » savamment orchestré va rassembler toute une faune hétéroclite : gauche et droite, syndicats, monde des affaires (Gattaz à la rescousse), Justice (Badinter conscience morale), milieu culturel (écrivains, artistes, chanteurs, comédiens, réalisateurs,…), représentants du monde juif, anciens résistants et fils de résistants, « personnalités » tel Borloo qui « veut aider Macron », lui qui devait aider Fillon mais s’est soigneusement défilé. N’oublions pas le renfort des bien-pensants, politiquement corrects, antifascistes patentés, associations antiracistes et musulmanes de tous bords… Cette offensive tous azimuts fait fi des millions d’électeurs qui votent FN en les ostracisant, sans s’interroger sur les raisons de leur adhésion et se rendre compte qu’ils ont été abandonnés par la gauche devenue mondialiste et n’ayant plus désormais d’autre credo (derrière ses généreuses déclarations) que la quête du fric. On appelle les électeurs de tous bords – même s’ils n’adhèrent pas au « programme de Macron » – à combattre le FN, devoir suprême, sans qu’on imagine les mêmes accommodements à ceux qui voteront Marine Le Pen sans forcément adhérer à ses idées.

Voter Macron, défenseur des valeurs républicaines et démocratiques, incarnation du bien (ou du moindre mal), faire  barrage au FN (figure du mal absolu) : un devoir pour chaque Français qui pourra ainsi se parer du titre de sauveur de la République. En réalité, en effrayant les électeurs pour les amener à voter massivement, il s’agit d’obtenir non une victoire pour Macron mais un plébiscite. D’où les invites pressantes : ne vous abstenez pas, ne votez pas blanc sinon vous devenez complices et passibles du Purgatoire. Pour ceux qui votent Marine Le Pen, c’est l’Enfer. Seuls les électeurs de Macron iront au Paradis. On verra même des élus LR lancer un « site contre le FN », Estrosi se proposant d’aller faire la danse du ventre à Avignon devant les cultureux. On verra même Thierry Solere, ancien porte-parole de François Fillon et qui, au moment des « affaires », l’avait courageusement abandonné, comparer le FN aux nazis… Mais parler ainsi du « péril extrême » que représenterait le FN c’est faire silence sur le vrai péril islamiste, concret celui-ci ; c’est tenter de faire oublier enfin que le FN est un parti reconnu par la République, respectant ses institutions et qu’on ne saurait accuser d’être un parti comploteur, liberticide et responsable d’attentats. Double manipulation du corps électoral qui, une fois encore, conforté dans sa bonne conscience, va se laisser duper.

Dernière manipulation : les leaders de droite entretiennent leurs troupes dans l’illusion en leur laissant croire que les législatives corrigeront les présidentielles et constitueront un contre-pouvoir au nouveau président : ultime enfumage car la plupart des nouveaux élus, fidèles à leur opportunisme, à leur voracité et à leur couardise, cautionneront Macron en lui apportant la majorité dont il aura besoin pour gouverner, façon 4e République. Quant aux électeurs de Fillon, cocus et battus, en votant Macron ils éliront l’un des artisans du complot qui a éliminé leur candidat. A eux, ainsi qu’à tout citoyen, de décider s’ils veulent ouvrir les yeux ou accepter le prêt-à-porter électoral.

Max Chaleil




Le grand vainqueur du premier tour, c’est Hollande

Le grand vainqueur des élections c’est Hollande. Cet homme sur qui, hier encore, nul n’aurait parié un kopeck, tant sa politique fut désastreuse pour la France et dont le manque de courage et l’art de l’esquive ont marqué le quinquennat, a su, sous les habits neufs du président Macron, duper une nouvelle fois les Français et à faire d’un individu sans base électorale, sans expérience politique, sans vrai programme, candidat-girouette, le favori des présidentielles. Ainsi, Hollande, piètre politique, mais as de la magouille, machiavélique et retors, a réussi un hold-up historique qui a permis à une social-démocratie minoritaire, discréditée et rejetée par tous, de l’emporter sur une droite majoritaire. Chapeau l’artiste ! Lequel vient d’ailleurs de se prononcer pour Macron, en papa président volant à la rescousse du fiston qui s’en serait bien passé : il est en effet des soutiens plutôt compromettants.

Travesti en président charismatique, sauce américaine (il ne manque que les paillettes et les go-go girls), Macron va, cinq ans durant, poursuivre son travail de dérégulation de l’économie française, sous la houlette des représentants de l’oligarchie financière internationale qui, très tôt, l’avaient rejoint et étaient devenus ses conseillers. Ainsi pourra s’achever le démantèlement de l’industrie auquel il a déjà participé comme ministre de l’Économie, les délocalisations, l’ouverture accrue à la concurrence sauvage, la destruction d’un monde ancré dans une tradition historique et culturelle, pour y substituer une société ouverte, uniformisée, mondialisée, motivée par la seule réussite individuelle et le goût du profit à tout va.

Ce maître illusionniste, représentant du capital international le plus impitoyable et qui se définit frauduleusement comme un homme nouveau au-dessus de la mêlée, a su réunir autour de lui, pour réussir son OPA, la gauche et la droite, en ralliant les opportunistes des deux bords, politiciens cuits et recuits, jamais rassasiés. Ce rassemblement hétéroclite, de divers courants et partis, a tout de l’auberge espagnole qu’en d’autres temps Marine Le Pen avait qualifiée d’UMPS.

Il a su séduire aussi une jeunesse avide de pouvoir, une jeunesse pressée, vorace, pour laquelle l’appartenance nationale est un frein à ses ambitions sans frontières, semblable, toutes proportions gardées, à ces adolescents de banlieue rêvant de devenir de nouveaux Zidane. Il en est tout autrement pour cette autre jeunesse réunie autour de Mélenchon, issue de milieux populaires et qui, frustrée dans ses désirs, rêve de la Révolution qui abattra le mur de l’argent et redistribuera les rôles. Utopiste, sinon naïve et se refusant à voir les vrais ennemis du pays, elle reste tout de même plus authentique que la jeunesse bobo, affairiste et cynique.

Il a su enfin attirer l’électorat musulman, n’hésitant pas pour cela à dénigrer la France, à nier son histoire, sa culture, pour prôner mezzo voce le multiculturalisme et refusant de pointer du doigt le danger islamique. Message reçu 5 sur 5 si l’on en croit la présence de femmes voilées dans les files d’attente de certains bureaux de vote.

Mais, plus décevant encore que les résultats de la farce électorale fut le spectacle, dimanche soir, d’une capitulation républicaine sans conditions. Voilà que tout à coup les irréductibles adversaires faisaient front commun contre le « danger totalitaire », slogan éculé, mais inlassablement répété à gauche et à droite. Fillon qui, hier encore, se définissait par un programme offensif et radical, dénonçant le péril islamique, le communautarisme, le laxisme généralisé, la désagrégation de l’État, souscrit illico au front républicain, aussitôt suivi par ses « courageux lieutenants », ceux du moins qui lui restaient. Que s’est-il donc passé pour que cet homme, qui, depuis trois mois, tenait tête aux assauts multiples de ses ennemis et de ses amis, trahisse celles et ceux qui avaient cru en lui et l’avaient soutenu ? Mélenchon, lui, et lui seulement, a laissé ses électeurs choisir.

L’ennemi principal n’est donc plus celui que Fillon désignait, mais, étrange amnésie, le FN, un parti populiste que l’on ne peut pourtant pas accuser de défier la République, d’instaurer des zones de non-droit ou d’organiser des attentats. Un parti mis en avant pour faire peur et garder le pouvoir. On vise ainsi à culpabiliser ces Français abandonnés par le PS : classe ouvrière (jugée en 2011 comme n’étant plus « le cœur de la gauche et plus en phase avec l’ensemble de ses valeurs »), pauvres, chômeurs, travailleurs non qualifiés, autant de laissés pour compte méprisés, passés aux pertes et profits et qui se sont tournés vers le FN où ils ont trouvé refuge. Autant de populations mises à l’écart, de plus en plus confrontées à la montée de l’intégrisme, à la paupérisation, au laminage du Service public. Français de seconde zone, taxés de petits-Blancs réactionnaires quand ils refusent leur relégation, tandis que l’élite chante à l’unisson les vertus de l’autre, de l’étranger.

Dans cette droite explosée où rares sont ceux qui refusent d’obtempérer, une proposition ubuesque a vu le jour : voter pour Macron au 2e tour, voter contre les candidats soutenus par ce même Macron aux législatives ! Gymnastique d’autant plus inutile que la victoire d’En marche! semble inévitable et n’avait nul besoin du renfort de la droite visant à mieux la légitimer. Dernier ralliement en date : celui de Nicolas Sarkozy, l’inventeur jadis du « ni-ni », qui, tout à coup, retourne sa veste. À la prochaine révolution, va-t-il, comme le chante Jacques Dutronc, « retourner son pantalon » ?

Plus que jamais, le pays est coupé entre une France des métropoles et une France périphérique, Macron incarnant la France d’en haut, celle de l’élite, de l’oligarchie, de la high-tech, de la mondialisation ; Marine Le Pen la France d’en bas, celle du peuple, des oubliés de l’histoire, de la ruralité, de l’enracinement, de la Nation.

Aujourd’hui, la déception est immense pour tous ceux qui avaient espéré que la bulle Macron se dégonflerait et que Fillon l’emporterait. Nul doute que nombre d’électeurs, qui s’estiment floués, vont se tourner vers Marine Le Pen, comme une partie de l’électorat de Mélenchon, qui tous exècrent le mondial libéralisme de Macron au service d’une économie globalisée et d’un capitalisme insatiable.

Parallèlement, les politiciens bayroutisés, prêts à entrer dans des combinaisons partisanes, achèvent de se déconsidérer. Tels des chevaliers blancs, ils invoquent bien sûr leur dévouement à la France, leur sacrifice, mais qui peut être dupe des grandes déclarations de Lemaire et d’Estrosi ? En trompant les attentes du peuple, ils signent leur mise à mort, car plus que jamais apparaissent au grand jour leur absence de convictions, leur versatilité, leurs appétits… Autant de lâchetés qui, n’en doutons pas, s’accentueront lors des prochaines législatives et, plus encore, lorsque Macron sera contraint de se chercher une majorité pour gouverner en renouant avec les alliances suicidaires de la IVe République qui ont entraîné sa chute.

Cette élection téléguidée, caricaturale, confisquée, va achever de fragiliser le pays et aggraver une situation critique en intensifiant la fracture régionale et sociale, le chômage, l’insécurité. Une fois encore, une bonne partie des politiques, tant à droite qu’à gauche, a refusé d’entendre le peuple à leurs yeux quantité négligeable et décrété réactionnaire. Mais, fort de son bon sens et du poids de l’histoire, ce peuple, attaché à ses valeurs, va-t-il encore longtemps se laisser piétiner et accepter de disparaître ?

Max Chaleil




Vous voulez 5 ans de plus de hollandisme ? Votez Macron !

Nous voici à la croisée des chemins, à l’issue d’une campagne présidentielle, confisquée par un pouvoir qui s’ingénia à monter une affaire visant à déstabiliser le favori et à inventer un candidat passe-partout, candidat de substitution au hollandisme.

Il s’agit aujourd’hui de savoir si l’on veut ouvrir les yeux ou les fermer, de se pencher sur un vrai programme et des réformes fondamentales dont le pays a cruellement besoin, ou d’opter – par paresse intellectuelle et indignation mal placée – pour un homme sans expérience ni assise politiques, « homme nouveau » s’adaptant à chaque public, promettant tout et n’importe quoi et à n’importe qui, mais dont le programme ne s’attaque en rien aux problèmes de la France : dette abyssale, chômage exponentiel, fracture territoriale, immigration incontrôlée, communautarisme en expansion, radicalisation islamique, antisémitisme, insécurité, menaces visant certaines personnalités notamment Fillon, attentats de plus en plus fréquents…

Nous sommes confrontés à quatre candidats :

À l’extrême gauche, Mélenchon ; le candidat officiel du PS, Hamon, lâché par ses pairs, désavoué par Valls et sous peu par Hollande, ayant été désigné pour servir de repoussoir à la gauche modérée afin de justifier le ralliement de celle-ci à Macron. Mélenchon, ancien trotskyste relooké, joue du populisme progressiste pour électriser une jeunesse déçue par la gauche et qui rêve du « grand soir » sans voir les lendemains qui déchantent. Pourtant, l’admiration que porte l’ancien lambertiste aux deux « révolutionnaires » latino-américains : Castro qui a fait de Cuba un cauchemar politique et économique, Chavez qui a ruiné le Venezuela pourtant un des pays les plus riches d’Amérique du Sud, devrait ouvrir les yeux à ces jeunes dupes. Ne parlons pas de ses propositions pour un immigrationnisme accru et de ses promesses faramineuses qui se traduiraient par des dérives financières considérables, préambule à de nouveaux impôts.

À l’extrême droite, Marine Le Pen, personnalité qui a su dédiaboliser le FN, même si gauche et droite agitent en permanence l’épouvantail frontiste, défend un populisme virulent. Reste que si le tableau qu’elle dresse de la France est sans complaisance, son programme économique inquiète.

Au centre droit, un libéral conservateur, François Fillon, au programme intransigeant, prévoit des réformes radicales pour la France, qui séduisent un électorat conscient de la situation. Mais ce candidat, le pouvoir s’est employé à l’ostraciser et à le déconsidérer en montant en épingle l’embauche de son épouse comme attachée parlementaire – faute vénielle eu égard aux urgences nationales –, que nombre de députés de droite et de gauche exercent légalement. Mais Fillon a, lui, été victime d’un lynchage mené par une caste juridico-médiatique déchaînée alors qu’elle n’a pas montré le même acharnement pour l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux coupable de pratiques similaires sinon plus graves…

Ce faisant, on a chargé François Fillon d’une faute majeure afin de lui faire perdre la confiance des électeurs en le désignant à la vindicte publique comme bouc émissaire d’une classe politique à laquelle les Français ne font plus confiance. En transformant la présidentielle en campagne morale, on évitait de parler du programme des candidats, les affaires revenant inlassablement sur le tapis, et l’on a permis à une partie de l’électorat centriste, frileux, qui depuis plus de deux siècles a toujours louvoyé à l’écart des courants, protégeant ses intérêts et sa bonne conscience, de cautionner son ralliement à Macron.

En effet, ce n’est pas sur le programme de ce dernier – si tant est qu’il en ait un – qu’ils se sont décidés mais en mettant en avant leur vertu offensée. Cette frange qui réunit aussi des bobos donneurs de leçons, des intellectuels aux indignations sélectives, a tout du mouvement « d’indignés » qui se placent au-dessus de la mêlée sans s’interroger vraiment sur la véracité et le timing de cette campagne d’enfumage. Finalement, celle-ci leur permet de ne pas s’engager pour celui qui préconisait des réformes, à leurs yeux, excessives. Devenant tout à coup juges, ces moralistes pouvaient retrouver leurs douillettes certitudes, préférant se voiler les yeux que de faire face à la crise et aux dangers d’un monde en surchauffe.

Car Macron, l’illusionniste, le bateleur, prolixe et contradictoire, évasif, flou, le candidat de « l’extrême centre » est, au fond, leur homme, celui du consensus mou qu’incarnaient déjà en leur temps Lecanuet et Bayrou, lequel a rejoint Macron, lui apportant avec d’autres transfuges de droite, l’équilibre indispensable perturbé par l’arrivée des trop nombreux ténors du PS. Macron qui se dit au-dessus des partis, qui joue sur le sentiment, l’élan fusionnel : « Je vous aime, je vous aime farouchement ! », main sur le cœur, visage en extase comme s’il était tout à coup investi d’une révélation divine, se présente comme un homme du juste milieu, apaisant et rassurant. Mais ce nouveau gourou s’inspirant des télévangélistes américains, expert en communication conseillé par de richissimes hommes d’affaires, est en réalité un représentant des lobbies financiers et de l’oligarchie mondialiste. Ce faux nez de Hollande est, comme la gauche recyclée, le candidat capitaliste sans frontières.

Et s’il se garde d’aborder les questions essentielles, il n’oublie pas, pour être élu, de draguer un certain électorat en dénonçant, depuis Alger, la France colonisatrice coupable de « crime contre l’humanité », en affirmant qu’il n’y a pas de culture française mais des cultures, ce qui revient à encourager le multiculturalisme et à préférer la diversité aux citoyens de la France profonde que, candidat de l’élite « hors sol », il n’hésite pas à qualifier d’« aigris et de ringards ». Il sait aussi séduire une jeunesse avide de réussite, subjuguée par l’ancien banquier et ministre, lequel se présente comme un ambitieux casseur de codes.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’enjeu des présidentielles c’est le redressement de la France, non les aménagements, les emplâtres ou les paroles creuses qui, en filigrane, cachent l’ouverture d’une économie sans frontières et de nouveaux peuplements non maîtrisés, une menace pour notre identité et notre démocratie. Derrière le théâtre macaronique, on devine un projet de mise en coupe réglée du pays, une globalisation grimée en avenir radieux ; derrière un populisme soft, une soft dictature ; derrière les sourires et les mamours, la police de la pensée.

Max Chaleil




Gauche et droite unis pour faire tomber Fillon

Courageusement, un certain nombre d’élus de droite abandonnent François Fillon, et pour justifier leur décision, évoquent l’intérêt de la droite, sinon du pays. C’est une règle, en effet, que d’habiller ses lâchetés du manteau de la vertu, de l’honnêteté et de l’indignation.

Le père François (Bayrou), coutumier des coups fourrés, des dérobades et des trahisons, a ouvert le bal en ralliant Macron qu’il avait pourtant éreinté à plusieurs reprises et encore récemment. Pour prix de son ralliement, le candidat Macron devait s’engager à faire figurer dans son programme « une loi de moralisation de la vie publique ». OK, François, répond le golden-boy. Mais le plus cocasse de l’affaire c’est que la secrétaire particulière de Bayrou-la-vertu – selon Corinne Lepage, dans son livre Les mains propres, plaidoyer pour la société civile au pouvoir –, aurait été payée « par l’enveloppe d’assistance parlementaire de Marielle de Sarnez, sur fonds européens ». N’est-ce pas là un détournement de fonds publics, ce dont on accuse Marine Le Pen ? Messieurs les juges, voilà une autre affaire à instruire avec la même diligence que vous avez déployée pour François Fillon. Au passage, vous pourriez vous intéresser aussi à Macron, à ses frais de bouche, au rapport de la Cour des comptes, et à ses financements opaques…

Après Bayrou, Bruno Lemaire, autre crocodile à la guimauve et combattant d’opérettes, a, à son tour, levé le pied, bientôt suivi des centristes et autres créatures des marécages, la charge étant menée – si l’on peut dire – par les ectoplasmiques Lagarde et Jégo. On a vu ensuite quelques responsables des républicains leur emboîter le pas, pour la plupart d’anciens sarkozystes et juppéistes qui n’avaient pas digéré la défaite de leur poulain aux primaires, et ce malgré les 700 000 voix de gauche qui s’étaient mobilisées pour sauver le soldat Juppé. Citons, parmi les plus connus : Fenech, Lelouche, Vautrin, Keller, Solère, Stéfani, Apparu… La liste sera à compléter au cours des défections…

À les entendre, ils ne désertent pas, ils se retirent au nom de l’exigence morale, de la probité, mais aussi parce que leur voix sur le terrain serait devenue inaudible. Et de se draper dans leur devoir de transparence et leur belle conscience, au lieu de s’employer à renverser la machination hollandiste en expliquant la nature du complot politico-juridico médiatique dont François Fillon est la victime. Car si ce dernier a prêté le flanc en embauchant son épouse comme assistante parlementaire (ce qui est toutefois pratiqué par une bonne partie des députés, droite et gauche confondues), il reste que l’inhabituelle célérité de la justice, les fuites organisées dans la presse et le choix du calendrier (en pleine campagne présidentielle) ne sont pas, quoi qu’en disent la gauche, les magistrats et le pouvoir, le fait du hasard…

Mais si le procès à charge fait à François Fillon par la justice et les medias unanimes, est éminemment suspect, la hâte avec laquelle les élus et notables de droite – à l’exception de quelques fidèles – l’est tout autant. Essayons de comprendre.

Prélude

 A droite : Dès le départ, les élus de droite, dans leur majorité, escomptaient la victoire de Juppé. C’est que son programme timoré, politiquement correct, prônant l’identité heureuse (alors que les conflits inter-communautaires sont la règle) les séduisait, car il correspondait à leur vision de la société, à leur pusillanimité. Un réformisme mou, prudent, proche de celui de la gauche. Patatras ! une énorme majorité d’électeurs de droite, se reconnaissant dans le programme de Fillon, courageux, volontaire et qui annonce des mesures radicales pour redresser le pays, le désigne comme leur candidat aux primaires. Une fois encore, la fracture entre les électeurs et les élus, entre la base et l’appareil, est aveuglante. Mais les élus ont-ils envie d’en tenir compte ?…

Dans l’immédiat, ils feignent de s’incliner devant le verdict des urnes et, du bout des lèvres, rejoignent Fillon, le soutenant comme la corde soutient le pendu. Dans l’attente de la revanche. En attendant, ils lancent une première charge pour atténuer le programme de François Fillon et le réduire à un consensus mou à la Juppé. Mais Fillon refuse de mettre de l’eau dans son vin, car c’est son audace qui a plu aux électeurs conscients que le sauvetage du pays exigeait des remèdes de cheval. À ce moment-là, Fillon comprend que ce n’est pas avec les élus mais contre eux que son programme peut être engagé. 

A gauche : c’est la déception, car Juppé faisait un très bon candidat centre-droite/centre gauche qui, quelques différences mises à part, aurait poursuivi la politique hollandaise (il n’est qu’à voir les papiers qui, à gauche, le saluaient, Cohn-Bendit s’en faisant le thuriféraire : il a, depuis, rejoint Macron). Arrivent les primaires de gauche où Valls peut l’emporter, mais Hollande lui envoie le scud Peillon que l’on a sorti de sa retraite et qui, en grignotant des voix, fait passer Valls derrière Hamon. Hollande a donc un candidat de la gauche extrême qui va rassembler les frondeurs et autres mécontents du hollandisme. Mais il lui faut trouver un candidat rassemblant centre-gauche/centre-droit, ce qu’il espérait de Juppé mis KO. On lance donc Macron présenté comme un traître à Hollande, mais en réalité son complice, et qui, avant de quitter son ministère, a pu, de l’intérieur, profiter de sa situation pour nouer des contacts. Certains avancent même que Hollande aurait différé l’annonce de sa déclaration où il dit qu’il ne se présentera pas afin de permettre à Macron de construire son personnage et de creuser son trou.

La gauche est en ordre de bataille, avec un candidat officiel minoritaire sans avenir électoral et un candidat ramasse-voix et consensuel, un candidat qui se prétend indépendant, ni de gauche ni de droite, au-dessus des partis, alors qu’il est soutenu dans l’ombre par la finance internationale, les grands patrons français (Niel, Bolloré, Drahi, Bergé,…), les conseillers financiers : Attali, Minc…, et qu’on oublie de parler de son rôle auprès de Hollande dont, de 2012 à 2016, il inspira et appliqua la politique.

D’ailleurs, on voit nombre d’élus socialistes, très rapidement, le rejoindre, au point que Macron s’en inquiète. Pour faire contrepoids et maintenir l’illusion de l’indépendance, des élus de droite arrivent à leur tour. Il n’y a là aucune contradiction car gauche et droite sont liées à la grande finance, favorables à l’Europe contre les nations et à la mondialisation globalisée.

Le complot

Mais Fillon s’envole dans les sondages, et les réformes draconiennes qu’il envisage menacent élus de gauche et de droite confortablement installés au pouvoir. Pouvoir qui, dans le régime des partis qui s’est peu à peu installé dans la Ve République dont de Gaulle voulait les écarter, passe alternativement d’un camp à l’autre avec, en cas de menace, un front dit républicain pour éliminer les intrus.

Il faut donc abattre Fillon. L’entreprise de déstabilisation, de dénigrement est lancée visant à rendre sa campagne impossible. Et, du coup, à faire monter Macron. Mais, malgré le harcèlement permanent, les perquisitions, la calomnie savamment orchestrée, François Fillon résiste. Il faut donc le priver de ses appuis politiques lesquels abandonnent le navire l’un après l’autre – les centristes, eux, sont partis en bloc –, en déplorant l’obstination du candidat taxé par beaucoup de « populiste », alors que le populisme symbolise, depuis le XVIIIe siècle, l’attachement à son pays.

À entendre ces blanches âmes républicaines, François Fillon, par son entêtement, nuirait à sa famille politique, voire à la démocratie et à la France ! Et d’inviter au retour du candidat Juppé pour sauver les meubles. Mais outre le fait que le temps manque pour changer de candidat, outre le fait qu’aux primaires Fillon avait été largement préféré à Juppé, outre le fait que le programme de ce dernier n’a rien à voir avec celui de Fillon, on voit mal comment Juppé pourrait être le sauveur de la droite.

En fait, l’entreprise de déstabilisation lancée par les complotistes de gauche et entérinée par les élus de droite vise à un même but : éliminer Fillon qui, au premier tour, pourrait devancer le candidat de gauche (Macron), et, au deuxième, battrait Marine Le Pen, lançant immédiatement ses réformes dont les élus de tous bords, plongés dans leur sommeil et jouissant de leurs privilèges, ne veulent pas, les syndicats ayant même annoncé qu’en cas de victoire de Fillon ou de Le Pen, ils descendraient dans la rue…

Le challenge

Aujourd’hui où le complot se développe, où la fuite en rase-campagne des élus républicains s’intensifie, rien n’est réglé : en effet, Fillon s’accroche en s’appuyant sur la France d’en bas contre la France d’en haut, défendant l’authenticité contre les combinazzione, l’amour du pays contre sa liquidation programmée. De deux choses l’une : soit il persiste, et la campagne continue cahin-caha jusqu’aux élections avec, à l’arrivée, des surprises toujours possibles, Fillon pouvant retrouver la confiance des électeurs du fait de son programme offensif, tandis que la bulle Macron, auberge espagnole vide de sens et de contenu, pourrait se dégonfler, soit il renonce.

Dans cette hypothèse, Fillon serait remplacé par Juppé, mais quel espoir aurait ce dernier de devancer Macron, d’autant que nombre d’électeurs de droite, floués, pourraient voter pour le FN ? Quel est alors l’intérêt, pour les élus de droite, de participer à l’hallali en se débarrassant de Fillon sans croire réellement à la victoire de Juppé ?

Tout simplement parce qu’après la présidentielle viennent les législatives et que les grandes tractations gauche/droite pourraient, comme à chaque élection, s’engager ; ne l’a-t-on pas vu aux dernières régionales où, pour « barrer la route au FN », les prétendus ennemis socialistes ont offert la région Nord Pas-de-Calais à Bertrand, et la région PACA à Estrosi (avec sans doute des compensations cachées). Pour les candidats en quête d’investiture, être élu est la seule chose qui importe ; et, face au danger lepéniste brandi à tour de bras, on ressuscitera, une fois encore, l’union sacrée pour éviter les triangulaires afin que Macron, s’il est élu président de la République, ne soit pas mis en difficulté par une Chambre hostile.

François Fillon, homme de droite atypique, du fait des valeurs spirituelles qui l’animent, propose un programme à la fois révolutionnaire et conservateur qui ne peut plaire à aucun des responsables politiques au pouvoir, quelle que soit leur couleur politique car il annonce la fin d’un système vermoulu et confiscatoire.

Il en appelle au peuple, à l’autre France, à la France qui se réveille, à la société civile. Sur les élus, il est net : « On fera sans eux ! » Il devrait donc se réjouir de la débandade des pleutres, de leur ralliement à un opportunisme passe-partout. De tels alliés freinent plus qu’ils n’aident quand ils ne vous poignardent pas dans le dos. Plus que jamais, le dicton est d’actualité : « Protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge. » Le seul atout de Fillon c’est le peuple, ce peuple qui doute des politiques, des juges et des médias mais qui doit comprendre que, malgré les erreurs ou les imprudences du candidat, compte seule sa détermination à restaurer la France et la démocratie, une démocratie bien malmenée depuis des années, mais surtout lors de cette campagne de tous les espoirs et de toutes les turpitudes.

Max Chaleil




Macron sauce béarnaise

 

Enfin s’achève l’insoutenable suspense qui a pu duper les maigres électeurs du Modem et autres amateurs de mises en scène frelatées : François Bayrou, lors d’une conférence de presse suivie par de nombreux journalistes, les mêmes qui ont toujours joué les caisses de résonnance pour ce politicien opportuniste et pontifiant, vient d’annoncer qu’il ne serait pas candidat à la présidence de la République, mais se ralliait à Macron. La belle histoire vraiment. Plutôt un non-événement monté en épingle, un tour de passe-passe du vieux briscard aux allures de père noble, entré en politique en 1979, après avoir enseigné quelques années, et qui, ayant pris conscience de ses faiblesses, tant en électorat qu’en signatures, tant en ressources financières qu’en troupes sur lesquelles s’appuyer, a fait de nécessité vertu. Celui qui, deux fois de suite, s’est fait rétamer aux présidentielles et ne représente qu’un pseudo-parti squelettique, a proposé à Macron la « Belle Alliance », soi-disant pour sauver la France en péril et s’opposer au FN, épouvantail que, depuis vingt ans, la classe politico-médiatique agite à chaque élection, sans vouloir s’interroger sur les causes de son ascension.

Événement significatif, les marchés financiers ont remonté, preuve que le Béarnais apporte à Macron une aura centriste rassurante propre à faire oublier que, derrière Macron, s’agitent les représentants de la grande finance : Bergé, Niel, Drahi, Bolloré, entre autres… et les « conseillers » opportunistes comme Minc, Attali, Kouchner, Ségala ou encore Cohn-Bendit…

Ainsi Bayrou a joué les utilités en réorientant le mouvement « En Marche » qui, avec l’arrivée de nombreuses recrues socialistes (abandonnant Hamon pourtant candidat officiel du PS) qui constituent de facto un shadow cabinet, apparaissait trop ouvertement comme la continuation du hollandisme dont Macron fut d’ailleurs un des acteurs majeurs. Dès lors, l’image du candidat libre et rassembleur, au-dessus des partis, « ni droite ni gauche », redevient crédible et peut à nouveau capter des électeurs déboussolés et manipulés.

Gageons aussi qu’avec ce ralliement opportuniste présenté comme une décision mûrement réfléchie, François Bayrou peut espérer un maroquin si le marionnettiste Macron était élu. Les adhésions utiles sont parfois payés de retour, encore que, dans le passé, le Béarnais n’a rien obtenu de Hollande pour qui il avait appelé à voter en 2012 ; d’où aussi le soutien apporté à Juppé l’eau tiède, qu’il croyait voir sortir vainqueur des primaires de droite et qui aurait été un candidat acceptable pour la gauche et le centre. À défaut de Juppé, Hollande a inventé Macron et l’a propulsé sur le devant de la scène en feignant d’être trahi. Pour François Bayrou, il était donc urgent de se repositionner.

En rejoignant Macron et en accablant Fillon, le vieux politicard, qui fut, sous Balladur, puis sous Juppé, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche – sans laisser d’ailleurs d’inoubliables souvenirs –, a boosté la campagne, bien qu’en termes de renouveau politique, on repassera. Mais en usant de formules sentencieuses et en jouant de son allure de paysan madré, le Béarnais passe pour incarner la voix de la raison.

Merveilleux tandem que ces deux illusionnistes, ces deux outres vides : d’un côté le candidat jeune, dynamique, survolté, ne lésinant pas sur les promesses, de l’autre, le notable expérimenté, mesuré, racorni même, qui, depuis près de quarante ans, débite les mêmes platitudes. Image caricaturale de la France profonde, cette France que, précisément, les financiers, alliés et soutiens de Macron, représentants de la finance internationale toujours en quête de rentabilité accrue, achèvent de liquider, tant dans son tissu social, industriel et agricole, que dans sa culture, son histoire et sa langue. Avec, comme but, le formatage du peuple pour en faire une masse de consommateurs passifs, d’assistés et d’accros aux jeux vidéo et à la téléréalité. Plus que jamais « Panem et circenses » est à l’ordre du jour.

Voilà à quel jeu s’est prêté Bayrou, traître d’opérette venu cautionner Macron, démagogue new-look, en lui donnant une respectabilité politique et en corrigeant, de ses traits burinés par les ans et les épreuves, le côté superficiel de l’enjôleur public. La rouerie politicienne se conjugue ici à l’enthousiasme trompeur pour que, surtout, rien ne change, alors que, sous nos yeux, tout se dégrade. Leurs paroles creuses et leurs palinodies tentent de masquer la faillite programmée du navire France et les risques d’affrontements. Mais cet écran de fumée ne saurait empêcher la tragédie qui vient.

Max Chaleil




Macron, un golden boy à la franciscaine

Nous avons lu avec beaucoup d’attention, dans le JDD du 12 février 2017, l’article consacré à Emmanuel Macron : « Ce qu’il a, ce qu’il dépense : les finances Macron. » Mais il vaut de se pencher sur l’analyse détaillée du patrimoine et des revenus du candidat d’En marche, telle que la présente le journal.

Nous sommes étonnés que le couple Macron, réduit aujourd’hui à louer un appartement dans le 7e arrondissement de Paris, a « pour seuls revenus la retraite d’enseignante de Madame (2150 € par mois) et les droits d’auteur de Monsieur pour son livre Révolution paru en novembre 2016, lequel se serait vendu (en 3 mois) à 112000 exemplaires et lui aurait rapporté 250 000 €. Cela reste néanmoins possible si les droits d’auteur sont élevés. Mais on peut douter qu’un éditeur règle pareille somme trois mois après la parution du livre, ne serait-ce qu’à cause des retours prévisibles que l’éditeur rembourse, retours ne générant, bien sûr, aucun droit pour l’auteur. Mais M. Macron a sans doute reçu une avance substantielle.

En outre, Emmanuel Macron pour qui – dixit le JDD – « l’argent a toujours été un moyen, pas une fin », et qui n’est pas un homme « âpre au gain », ayant même « des goûts modestes », a engrangé dans un passé récent des sommes rondelettes.

Chez Rothschild où il a travaillé de 2008 à 2012, il gagnait, si l’on en croit le journal, 400 000 € par an, ce qui, sur 4 ans, est loin d’être négligeable, même s’il s’agit là de sommes brutes avant impôts. Il a, en outre, perçu une prime de 2.8 millions d’euros (avant impôts) entre 2010 et 2012 pour avoir conclu le rachat d’une branche de Nestlé par Pfizer. Par la suite, devenu secrétaire général adjoint de l’Elysée auprès de François Hollande, il voit ses revenus baisser fortement puisqu’il ne gagne plus que 12 000 € bruts mensuels, salaire ramené à 9 940 € bruts mensuels quand il devient ministre de l’Economie jusqu’en août 2016. Il fallait donc que les ambitions politiques du golden boy fussent fortes pour qu’il abandonnât son confortable salaire chez Rothschild et acceptât de tels sacrifices.

Il reste que chez Rothschild, entre 2008 et 2012, chez Hollande entre 2012 et 2016, Emmanuel Macron a perçu des sommes à des années-lumière du SMIC. Ne parlons pas des 120 000 € de frais de bouche en 8 mois à Bercy, histoire, écrit Nicolas Miguet dans Bourse Plus, « de recevoir à nos frais les futurs cadres d’En marche ».

L’article du JDD poursuit sa campagne de transparence en affirmant que l’ex-golden boy « ne s’est pas constitué un patrimoine spectaculaire ». On note toutefois un certain nombre de placements d’environ 350 000 €, mais M. Macron devrait encore 250 750 € sur un emprunt contracté en 2011 auprès du Crédit mutuel pour rénover la maison de son épouse au Touquet. Cette maison rénovée, aujourd’hui estimée entre 1.2 et 1.4 millions d’euros, vaut à Emmanuel Macron d’être soumis à l’ISF. Précisons, au passage, que François Fillon, déstabilisé par le Penelopegate, n’est, lui, pas soumis à l’ISF.

On apprend aussi qu’en 2007, « le jeune haut fonctionnaire (il était alors inspecteur des Finances) s’était lourdement endetté pour acquérir un appartement de 83 m2 à Paris 7e. Prix : 950 000 €, alors que son salaire annuel avoisinait 40 000 € ». Stupéfiant qu’avec un salaire d’environ 3 000 € par mois, M. Macron ait pu emprunter pareille somme auprès du Crédit mutuel (le même établissement bancaire qui, en 2011, lui prêtera à nouveau 350 000 € pour rénover la maison du Touquet). Mais ce prêt, insuffisant pour l’acquisition immobilière, fut suivi d’un autre prêt de 550 000 € consenti par l’homme d’affaires Henry Hermand – qui avait fait fortune dans l’immobilier –, ancien compagnon et mécène de Michel Rocard. Henry Hermand, dont le JDD précise qu’il aurait repéré en 2003 le jeune Macron alors stagiaire de l’ENA, et l’aurait aidé jusqu’à sa mort en novembre 2016. Emmanuel Macron était-il donc à ce point dans le besoin ?

Ce prêt, à 3.50% d’intérêt, aurait été « souscrit devant notaires et entièrement remboursé », affirme l’entourage de Macron. Sans doute grâce à la vente de ce même appartement (quand ?) cédé au prix de 980 000 €, transaction qui, avec la dévaluation et les intérêts, ne couvre même pas l’achat initial, ce qui surprend, surtout pour un bien situé dans le 7e. Plus surprenant encore, de la part d’un ministre de l’Economie, mais à défaut de transparence, contentons-nous de l’image sulpicienne.

Image qu’entretient ce représentant de la « mondialisation heureuse » et de la finance internationale mais qui se dit ni de droite ni de gauche (en réalité faux-nez de Hollande ou de Juppé), ce qui lui assure la bienveillance des médias toujours en quête d’outsiders branchés. C’est à ce titre qu’il est devenu le héros d’un centre mou et couard qui, du Tiers-Parti, appelé aussi Marais sous la Révolution, à François Bayrou aujourd’hui, a toujours pris soin de ne pas s’engager, se ralliant tantôt à un bord tantôt à un autre, afin de protéger ses intérêts et ses appétits, derrière un discours rassurant qui ne trompe que ceux qui le veulent bien.

Max Chaleil