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Aïd, tueries et bigoterie

Après la lapidation du diable dans le bienheureux pays des décapitations et de l’asservissement des femmes, voici venu le jour de l’Aïd el Kébir. Dans les deux cas, le pèlerinage et la fête, d’innombrables moutons passent de vie à trépas pour le bonheur d’Allah. Et à l’heure où la bigoterie islamique atteint des sommets, nos médias observent une fois encore avec un regard ému ce rituel.

Abdelwahab Meddeb disait sur France culture : «Ce rite nous vient de Rome, de la Grèce, du paganisme. Celui qui continue de sacrifier ne peut pas évoluer. Il faut vivre aujourd’hui un sacrifice symbolique

L’Aïd implique d’égorger un mouton à la manière halal. En principe, l’homme sacrifie au rite en présence de la famille. Les jeunes garçons sont initiés à leur tour à cet art du coupe-gorge. Dans nos sociétés, pour des raisons sanitaires, c’est heureusement un boucher qui doit tuer les bêtes. La méthode n’en reste pas moins cruelle.

Outre l’aspect effrayant de cette gigantesque tuerie, ce rituel comprend quelque chose de plus angoissant: «Déjà lorsque j’étais enfant, se souvient Meddeb, je vivais le cauchemar de ma propre identification au bélier lorsque le couteau aiguisé lui tranchait la gorge. Comment ne pas penser que ce cérémonial autour du sang versé incline au geste qui coupe le cou de l’homme…» *

Difficile en effet de ne pas revoir ces terroristes qui égorgent des otages, leur kalachnikov à l’épaule. Ou ces faits divers où l’on tue par égorgement.

Il existe aujourd’hui dans les communautés musulmanes une affolante course aux prescriptions : foulard, halal, Aïd, ramadan, prières quotidiennes, rejet fanatique du porc, de l’alcool. Non seulement les rituels se multiplient, mais ils sont appliqués avec une rigueur croissante. Le « droit au ramadan » malgré ses conséquences dans le milieu du travail s’impose chaque année davantage.

Les conséquences de cette bigoterie sont connues, et particulièrement graves dans la religion islamique.  Le doute est totalement absent, la fermeture à l’autre complète. Les fidèles sont prêts à se battre pour imposer leurs vues. Dans la communauté unie autour de son imam, la liberté de pratiquer n’existe plus.

La soumission n’a jamais autant mérité son nom.

Mireille Vallette 

* Sortir de la malédiction, p. 128

 




Les Suisses n'ont pas cru aux minarets de paix et d'amour…

Non, les Suisses n’y ont pas cru. Un million et demi d’entre eux (57%) doutent du refrain que leur ont chanté sans trêve les opposants à l’initiative : « Tous les musulmans de Suisse s’intègrent harmonieusement dans notre pays, ils sont d’un troisième type, ni proches des musulmans d’Europe, encore moins de ceux des sociétés islamiques. Ils ne sont pas pratiquants à 90%, car venus de Turquie et des Balkans. » Les musulmans invités dans les débats et dans la presse, se sont eux aussi bien gardés de faire allusion au mouvement intégriste. Certains d’ailleurs en étaient des militants connus.
Les opposants à l’initiative sont allés jusqu’à inviter l’ambassadeur de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) pour célébrer nos libertés… qu’il s’efforce sans trêve à l’ONU de limiter. Mais personne ne semblait savoir ce que l’OCI fait à l’ONU.
Aucune étude n’existe qui corrobore les affirmations concernant la pratique religieuse de « nos » musulmans. Pour ma part, je n’ai connaissance que d’un sondage datant de 2004 où les musulmans balkaniques se disent à 60% assez ou très pratiquants. Quant à la Turquie laïque, les Allemands pourraient mieux que moi expliquer quel degré d’intégrisme ses ressortissants d’origine peuvent atteindre. Et de toute manière, dans les mosquées aussi, on ne nous a montré que douceur et tolérance. Mais des foulards bien serrés, accompagnés souvent de l’habit qui cache ce corps diabolique des femmes… et pas rare, des petites filles.

En Suisse, il existe bel et bien ce mouvement intégriste ! L’imam de la mosquée de Genève, Youssef Ibram a participé à un « Recueil de fatwas » dont la misogynie n’a d’égal que l’obscurantisme. L’interdiction de la liberté religieuse (pour les musulmans) fait partie de son propos. Les auteurs de ce recueil sont réunis dans le Conseil européen de la fatwa et de la recherche autour de Youssef Al Qaradawi, éminence grise des Frères musulmans. Hani Ramadan, La Ligue des musulmans de Suisse sise à Neuchâtel, suivent ce sillage.
Youssef Ibram accueille chaque semaine 5000 croyants aux sermons du vendredi, il est à l’œuvre depuis 20 ans dans la ville de Calvin, avec une interruption de dix ans à celle de Zurich. Il a dû quitter ce dernier canton pour avoir déclaré : « La lapidation, je ne peux pas être contre. » Genève l’a repris à son service sans hésiter. C’est vers lui, entre autres, que d’innombrables micros se sont tendus afin de connaître son –si triste- sentiment sur l’initiative contre les minarets. Sans jamais aucune question dérangeante.
Ce sont donc des milliers de musulmans qui sont sous la pression intégriste !
Mon hypothèse est que beaucoup de Suisses ont voté cette initiative « par défaut », parce qu’aucun parti ne porte leur inquiétude face à ce courant, ni n’a donné la moindre garantie de défendre nos valeurs contre ceux qui les combattent. Une demi-douzaine de femmes de gauche mont confié avoir voté pour cette interdiction et donc « avec l’UDC », ce qu’elles n’auraient jamais cru possible.
Mais je ne suis pas naïve : beaucoup de ces opposants à l’initiative sont xénophobes ou de façon primaire anti-musulmans.
Je trouve tout de même à tous un certain courage d’avoir résisté aux arguments qui nous prédisaient des conséquences économiques graves, et le sort réservé au Danemark en cas d’acceptation.
Ah, quelle jouissance le soir-même de la votation, d’aller tendre le micro à ces autocrates musulmans pour les entendre condamner l’intolérance de la Suisse, eux qui n’ont jamais su ce que sont ni la démocratie, ni la liberté de religion ! Et auxquels comme d’habitude il ne viendrait à personne l’idée de leur rappeler.
Mais nos édiles, nos intellectuels, les partis de tout l’échiquier politique ont–ils compris le message ? La Suisse va-telle échapper aux dérives d’autres démocraties européennes et devenir un modèle de résistance à l’intégrisme ?
Pour l’instant, ce sont des manifestions de résistance à ce vote qui s’organisent. Et le président suisse des Verts a annoncé que son parti allait faire une démarche à la Cour européenne de Strasbourg pour le faire annuler.
Mireille Vallette
Quelques extraits des fatwas sauce Frères musulmans et Youssef Ibram si le cœur vous en dit :
Fatwa n° 6, voile
« Nous sommes tenus de convaincre la musulmane que le fait de se couvrir la tête est une obligation religieuse (…) Dieu a prescrit cette tenue pudique et ce foulard pour la musulmane afin qu’elle puisse être distinguée de la non musulmane et de la non pratiquante. Ainsi, par sa tenue, elle donnera l’image de la femme sérieuse et honnête, qui n’est ni une séductrice ni une tentatrice, qui ne fait de tort ni par ses paroles ni par un mouvement quelconque de son corps, afin que celui dont le cœur est pervers ne puisse pas être tenté par elle. »
Fatwa no 17, mariage
Rappel d’une conduite « absolument illicite, à savoir le mariage d’une musulmane avec un non-musulman ».
Fatwa no 22, avortement
L’avortement est interdit par la charia à partir du premier jour de la grossesse. Et après 120 jours, il est « assimilé à un meurtre qui nécessite le versement du prix du sang d’un montant de 500 dirhams ou environ 213 g d’or ». Le destinataire n’est pas précisé.
Fatwa no 24, ils commandent
Le recueil rappelle ces versets du Coran : « Les hommes ont autorité sur les femmes… » et « les hommes sont à un degré au-dessus des femmes ».
Fatwa no27, ménage et héritage
Quelle est la part de la femme aux dépenses du foyer? « Sa contribution s’élèvera au maximum à un tiers des dépenses, les deux tiers restants étant à la charge du mari. En effet, si en matière d’héritage celui-ci a droit à une double part, il est normal qu’il supporte le double de sa part en matière de dépense. »
Fatwa no 32, contrôle
Le mari a le droit d’interdire à son épouse la visite d’une autre femme s’il juge cette dernière « néfaste ». Le mari doit en effet préserver sa famille de tout danger « qu’il soit réel ou supposé ».
Fatwa no 38, vélo
Question : « Est-il permis à la femme de monter à bicyclette ? Qu’en est-il pour les filles vierges, avec le risque qu’elles perdent leur virginité? »
Réponse : « Monter à bicyclette ou conduire une voiture ou prendre tout autre moyen de locomotion est un droit reconnu en soi (…) Quant à l’éventualité de la perte de la virginité pour les filles vierges, il est nécessaire d’étudier la question et de connaître le degré de risque. »
Et si celui-ci est grand, ajoute le Conseil, il faudra interdire la bicyclette aux jeunes filles.




Suisse : l'intégrisme musulman est une menace grave pour la démocratie

L’initiative visant l’interdiction des minarets ne menace ni la liberté religieuse, ni la liberté de culte, qui peuvent être pratiquées – et le sont – dans de multiples salles de prière sans minaret. Son acceptation créerait néanmoins un climat malsain, elle tendrait à donner raison aux chantres de l’intégrisme qui crient sans trêve à la discrimination. Et son acceptation ne résoudrait rien du problème que pose cet intégrisme aux démocraties.
Changeons quelques minutes l’orientation des projecteurs et passons de l’UDC et de son affiche aux guides spirituels musulmans. Qu’enseignent-ils, ces porte-parole, imams et responsables d’associations culturelles en matière de liberté de religion à leurs ouailles? Et plus précisément:
Sont-ils favorables à ce que les musulmans puissent sans aucune restriction ni contrainte quitter leur religion?
Sont-ils d’accord que les femmes de leur communauté puissent aussi, comme les hommes, épouser un juif ou un chrétien, et plus généralement qu’hommes et femmes puissent convoler avec la personne de leur choix, fut-elle athée ou shintoïste?
Apprécient-ils l’extraordinaire liberté de prosélytisme dont ils jouissent dans nos démocraties et souhaitent-ils que cette même liberté soit accordée aux autres communautés religieuses dans tous les pays, y compris musulmans?
Sont-ils partisans de la liberté d’expression et donc opposés à l’introduction dans notre droit de toute sanction pour «diffamation des religions» ou «blasphème»?
Ces questions ne sont ni provocantes, ni aberrantes. Selon ses textes «sacrés», il est en effet interdit à un musulman de changer de religion. L’apostasie est punie de mort par la charia et cette sanction est encore en vigueur dans une demi-douzaine de pays islamiques. Dans les autres, les punitions en cas de transgression sont lourdes. A la prison sont souvent associés le harcèlement social, le divorce imposé, l’enlèvement des enfants, bref, la dévastation de la vie du «coupable». La critique de l’islam (blasphème, diffamation) et le prosélytisme d’autres religions sont aussi prohibés dans ces pays, sous peine de sanctions graves.
Selon cette même tradition, une musulmane n’a pas le droit d’épouser un non-musulman. L’inverse est autorisé (une juive ou une chrétienne seulement), quoique déconseillé dans les pays où les musulmans sont minoritaires.

Historiquement, l’islam a toujours attribué une suprématie absolue à sa religion. Qu’on ne nous rappelle pas une fois de plus le verset du Coran qui dit «Nulle contrainte en religion». Il se réfère au droit des non-musulmans à embrasser l’islam, et des dizaines d’autres versets incitent à combattre tous ceux qui n’ont pas rejoint «le sentier d’Allah». Les guides spirituels musulmans pensent-ils qu’on peut – qu’on doit – aujourd’hui ignorer ces appels à la guerre sainte?
Les porte-voix musulmans peuvent bien sûr ne pas souscrire à la liberté de conscience: la démocratie n’exige pas que tout le monde partage ses valeurs. Mais pour les démocrates et féministes, il est important de savoir qui sont leurs adversaires afin le cas échéant, de les combattre avec fermeté dans le débat démocratique.
Cette initiative a priori absurde a recueilli plus de 100 000 paraphes et récoltera probablement beaucoup plus de votes. Tous des racistes? Outre l’absurdité de ce terme accolé à une religion et à des personnes de toutes couleurs et de toutes origines, la réalité est qu’une partie des signataires et des votants tentent par là d’exprimer leurs craintes face à un mouvement obscurantiste de plus en plus puissant. Un mouvement qui en Europe réintroduit la religion dans toutes les institutions: entreprises, écoles et universités (où l’on réserve des salles pour que travailleurs et élèves puissent prier), hôpitaux, espace public (des rues de Paris sont fermées par des musulmans durant plusieurs heures chaque vendredi pour y prier), tribunaux où les procédures destinées à obtenir de nouveaux droits se multiplient.
Ce mouvement est engagé dans une régression profonde de l’égalité entre hommes et femmes. Elle se traduit par un foulard en croissance exponentielle (suivi désormais de la «burqa»), par des demandes de dispenses scolaires, des mariages forcés (on les estime à 17 000 en Suisse), des crimes d’honneur, la demande (et la délivrance!) de certificats de virginité, la réfection d’hymen… la liste est longue.
Les citoyens qui tentent de résister à ce mouvement, dont les musulmans progressistes, se sentent légitimement abandonnés par les partis de gauche et la droite humaniste qui devraient être les premiers à monter au front. Et ceci d’autant plus qu’en Suisse la quasi-totalité des leaders musulmans régulièrement sollicités par les médias adhèrent à une version intégriste de leur religion. L’initiative est une des rares
occasions de débattre de ce mouvement théocratique qui travaille les populations musulmanes.
Mais… est-ce que je me trompe? L’ouverture est-elle en réalité du côté de ces guides spirituels? Qu’ils démentent cette méfiance et rassurent ceux qui les craignent. Etre dans l’erreur, pour une fois, me ravirait.
Mireille Vallette
Mireille Vallette est l’auteur de «Islamophobie ou légitime
défiance? Egalité des sexes et démocratie: la Suisse face à l’intégrisme islamique», paru chez Favre en 2009.

Article publié dans « Le Temps »
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