1

L’Europe des hypocrites

Ralphgiordano3Manifestations violentes dans Paris, aux cris de « Mort aux Juifs », fenêtres brisées de la maison du Grand Rabin de la ville Hollandaise de Amersfort, drapeaux israéliens et américains brûlés à Bruxelles, hordes de manifestants pro palestiniens dans les coins les plus reculés des petites et grandes villes allemandes, ce sont les forces vives de l’internationale antisémite et anti-israélienne, qui se mobilisent sous la bannière de « Gaza ».

Je retrouve dans cette haine des juifs, encadrée par l’antisionisme, les « compagnons fidèles » de ma vie presque centenaire.

Jamais, en aucun lieu, sous aucun ciel, ne sont apparus si ouvertement les mensonges de leurs champions.

L’Europe des hypocrites !

A nouveau, ce qui est dissimulé de la manière la plus abjecte et la plus évidente, c’est que le Hamas, et non Israël, est le premier responsable des victimes, y compris des victimes palestiniennes. Le désengagement collectif de l’occident sur les vrais coupables de ces morts civils et militaires, est une tare historique. Tout le potentiel d’agression du Hamas repose sur ce fondement fragile.

Certes, Israël n’est pas à l’abri de toute critique. La vie d’un Palestinien ne vaut pas moins que celle d’un Israélien. On est profondément bouleversé, lorsqu’on voit d’ici, ces enfants orphelins, errer, gémissants, dans des paysages de ruines jusqu’à ce qu’ils soient eux-mêmes finalement touchés par une balle ou des éclats d’obus. Et, soit dit au passage, ce qui caractérise le Hamas, c’est qu’il donne l’impression de ne jamais avoir assez de ces morts.

Encore une fois, Israël n’est pas à l’abri de toute critique.  Bien au contraire. Aussi pénible que soit la critique, elle n’en sera que plus salutaire. L’humanité est indivisible. C’est bien dans sa charte démocratique et sa loi fondamentale que réside la force d’Israël. Depuis sa naissance, ce pays a mené avec succès un combat très dur, qui a demandé des efforts considérables, aussi bien contre des ennemis intérieurs qu’extérieurs,  et cela avec la majesté de la liberté dans sa colonne vertébrale.

Et ces Allemands confortablement assis, qui s’autorisent à donner des leçons, le plus sérieusement du monde, du haut de leurs certitudes, sur la façon dont  les Israéliens doivent se protéger des attentats des djihadistes et du Hezbollah ! Et comment l’on doit vivre dans un pays où tout un chacun, à chaque instant, partout, peut devenir la cible d’attentats ! Peut-on demander à ces gens haineux, ce qu’ils diraient, si une pluie de bombes tombait sur la République Fédérale d’Allemagne ? Et que diraient-ils, si la peur d’attentats se glissait dans leur vie quotidienne ? Nul besoin d’une grande imagination pour prévoir la suite : panique, chaos, appel à un « homme fort », rétablissement de la peine de mort ! Et la démocratie alors ? Ici, mon imagination me fait défaut.

Je m’interdis aujourd’hui comme hier, de comparer les mesures de protection qu’Israël met en œuvre pour protéger ses populations, aux attaques terroristes sournoises. Je me l’interdis catégoriquement.

Ce n’est pas d’Israël que viendra l’immense obscurantisme qui tombera sur le 21ème siècle. Il tombera des quelques cinquante pays du monde arabe, dont la population est cinquante fois plus nombreuse que celle d’Israël, dont la superficie est huit cent fois plus étendue, et qui ont les plus grandes difficultés à s’adapter au monde moderne (sans oublier qu’ils doivent rechercher en eux l’origine de leur inadaptation).

Aux accusateurs autoproclamés d’Israël, que j’interpelle ici, que j’accuse, ceux qu’on retrouve dans certaines salles de rédaction de médias allemands, je conseillerai vivement de s’occuper de manière plus intensive de cet outrage mondial, qui s’est transformé, depuis un certain temps déjà, en une menace mondiale. Nulle part, il n’est écrit que l’Allemagne restera une tache blanche sur la carte géographique des terroristes !

Ce qui me donne des poussées d’adrénaline, ce sont les réactions, les réflexes sans limites et unilatéraux sur la culpabilité d’Israël, qui apparaissent aujourd’hui dans les grands pans de l’opinion publique allemande. Le plus effrayant est l’antisémitisme exacerbé qui se développe au sein de la minorité musulmane, bien plus que dans l’ensemble de la République Fédérale. Sans vouloir généraliser mon propos, cette brutalité se reflète, comme dans un miroir, par les drapeaux verts et noirs du prophète dans la rue.

Bien sûr qu’il existe des camarades de bonne volonté, des amis puissants et des compagnons d’armes. Ils se tiennent étroitement du côté d’Israël, cela jusque dans les rangs de la haute administration, parlementaire et dans des cercles privés pourvus d’influence.

Mais la communauté juive allemande éprouve le sentiment d’une nouvelle insécurité au sein même de la République Fédérale, auquel s’ajoute la peur des menaces qui pèsent sur l’Etat juif au Moyen Orient.

C’est comme un anathème, comme une malédiction, qui ne se seraient jamais arrêtés, qui viennent frapper ce nouvel Etat,  sur une vieille terre. Qui mettent les Juifs en danger, là où ils se sentaient le plus en sécurité, après que leurs espoirs millénaires de vivre « l’année prochaine à Jérusalem » fussent devenus réalité après la guerre des six jours.

Je me sens indissolublement lié à cet Etat en danger de mort, indépendamment de tout courant politique. Mon amour pour lui est l’enveloppe de ma critique.  A lui, revient mon admiration et tant d’autres choses qui me restent au fond de la gorge, lorsque je veux les exprimer et que je m’en sens incapable, tant elles me bloquent toute parole. Je suis convaincu de la force de ce pays et de son avenir. Je fonde mon espoir sur son imagination, sa créativité, son impressionnante vitalité et sa capacité de survie.

Israel3Cependant, je reconnais une profonde inquiétude juive, comme je l’ai exprimé dans un de mes ouvrages, paru il y a presque vingt cinq ans, mais plus que jamais d’actualité : Israel, um Himmels Willen Israel . (Israel, au nom du ciel, Israel)

Je n’hésite pas à le reconnaître : mon cœur tremble, lorsque je suis de nouveau témoin de cette haine que j’ai connue en 1933, quand j’avais dix ans, et que j’ai gardée en mémoire. Mon regard s’assombrit lorsque j’observe les images d’aujourd’hui, où je retrouve tous les stéréotypes de pensées et de paroles, que j’ai ressentis de façon si tragique, dans mon propre corps,  dans le cadre d’un pouvoir d’Etat.

Jamais je n’aurai cru que mes ennemis mortels d’hier pourraient se réincarner sur mes vieux  jours, jusque dans mes cauchemars, comme cela est le cas aujourd’hui.

La seule conclusion à tout cela est : « Massada ne tombera plus jamais. »

Ralph Giordano

Traduction de Sylvia Bourdon

 




Expédition contre la vérité

Lettre de Ralph Giordano dans le SPIEGEL nr. 43/2010, à propos d’un échange avec Feridun Zaimoglu, sur ses parents turques, sa période scolaire difficile à Münich et le débat Sarrazin.
Et voilà en route l’illusion multiculturelle (Multi-Kulti) et çà, d’un très haut niveau et dans une excellente langue allemande !
Bien entendu de la bouche du collège habituel des rapporteurs de la lutte en provenance du front Allemand de l’immigration, qu’un collègue très avisé avait intitulé : « La guerre de Feridun Zaimoglu contre l’Empire ».
Une expédition donc, contre la vérité et en particulier ses critiques : « Provocateurs, qui ressemblent aux charcutiers équipés de couteaux émoussés, qui piquent, coupent, écartent et tirent. Les éclaireurs. L’infanterie de la démocratie, les papistes de la culture et les conservateurs de droite. » C’est le ton de Zaimoglu en 2007. On en devient tout ouie ! La derrière se cachent les arguments les pires. Celui qui ose critiquer la construction de méga mosquées, le foulard ou même l’islam est raciste, néonazi, ennemi de l’étranger. C’est l’exercice d’intimidation de toute une nation. On ne peut pas être plus insolent. L’argument qui tue. C’est la plus basse instrumentalisation de la pression de culpabilité de l’époque nazi. « Je ne nie pas qu’un grand nombre de choses se passent mal » puis-je lire. Ah oui – les immenses problèmes d’une société parallèle, quelque chose de marginal ? C’est bien là le talon d’Achille de Feridun Zaimoglu : balayer tout simplement d’un revers, une situation qui devient le problème de la politique intérieure de l’Allemagne, si ce n’est pas déjà devenu le problème numéro un.
Traduction Sylvia Bourdon pour Riposte Laïque
Feridun Zaimoglu est un écrivain Allemand né en 1966 à Bolu en Turquie.




Je ne veux pas voir de burqas et de tchadors dans les rues allemandes

Alors que Riposte Laïque naissait, avant la parution récente du livre de Thilo Sarrasin, qui fait débat en Allemagne, voici ce qu’écrivit déjà courageusement, dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, le grand écrivain Allemand, Ralph Giordano, en date du Ier juin 2007.

NON, et trois fois NON !

Ralph Giordano ne se laisse pas intimider par les menaces de mort dont il fait l’objet, suite à sa critique contre la construction d’une mosquée à Cologne, contre la burqa, le tchador et les tentacules d’un système de chantage venu d’Asie Centrale. Il s’exprime ici sans tabous.
Giordano garde aussi à l’œil les « négateurs autorisés d’intérêts personnels. »

Ma demande aux autorités politiques de la ville de Cologne, de mettre en veille le projet de construction d’une grande mosquée à Cologne-Ehrenfeld, car celle ci donnerait une fausse image, face à un échec de l’intégration, m’a valu d’être menacé de mort. Cela en langue turque. Je souligne que malgré tout, je ne jette aucun soupçon général sur la communauté musulmane toute entière.
Ensuite, je déclare impérativement que je continuerai sans aucun tabou à m’exprimer contre tous les réfractaires à la loi fondamentale et contre ceux qui créent ainsi des relations et un état d’esprit au sein d’une minorité de la communauté musulmane, en particulier un positionnement inacceptable de la femme, comme l’exprime de manière bouleversante la sociologue Necla Kelek, au nom de toutes ses camarades de peine, déshonorées et menacées.

Ni burqa, ni de tchador

Aussi continuerai-je à prendre des positions critiques contre les imams et dirigeants d’associations, qui utilisent le cadre libéral de la tolérance de notre constitution, afin d’imposer dans leurs enclaves leur point de vue politico-religieux totalitaire, qui continuent leur endoctrinement anti-occidental, qui prodiguent des cours orientés vers la charia, qui refusent les standards de la démocratie, comme l’éducation sexuelle, le sport mixte, les excursions d’écoles, l’égalité des sexes et qui minent ainsi les règles du jeu de l’Etat de droit.
Je continuerai à défendre mon auto-détermination culturelle, de défendre une manière de vivre qui est la mienne et qui est majoritairement incompatible avec l’islam. Cela, je veux pouvoir l’exprimer librement en toute sérénité. Je veux avoir la liberté de dire que je ne veux pas voir de burqas et de tchadors dans les rues allemandes, ainsi que d’entendre l’appel à la prière des muezins du haut des minarets.
Aussi voudrai-je pouvoir réfléchir ouvertement, sur l’attitude du Ministre des Affaires Etrangères Turc, dont le pays ambitionne l’appartenance à la Communauté Européenne, qui envoie ses filles étudier en Allemagne car elle peuvent y faire tout ce qui leur est officiellement interdit en Turquie. Par exemple aller en cours avec foulard. Pour cela, je ne vais pas demander l’autorisation aux directions des associations musulmanes en Allemagne, en particulier à la Ditib. En effet, de leur côté, je n’attends qu’obscurantisme..

Réfractaire notoire à la loi fondamentale

Je ne vais pas non plus adapter mon avis sur la liberté d’expression à un esprit malfaisant qui déclare : « Chacun a le droit de s’exprimer de façon à ne pas contredire la charia. » NON, trois fois NON. La charia, la loi de l’islam, est notoirement réfractaire à la loi fondamentale. C’est d’un anachronisme scandaleux. Le fossile d’une époque révolue de l’humanité, ainsi qu’un obstacle majeur sur le chemin de la réforme et de la modernisation de l’islam. Je la critique naturellement, comme le coran, la biographie de Mohammed, le vieux et le nouveau testament. Et, cela, je veux pouvoir le penser, dire et l’écrire – même menacé par une fatwa.

Celui qui ne se couche pas vit dangereusement !

Ou sommes nous donc, d’être obligé de réfléchir, si nos faits et gestes plaisent aux musulmans radicaux ? Ou sommes-nous donc, de nous laisser dicter l’obéissance par des religieux fanatiques, sur ce que nous pouvons ou ne pouvons pas dire ? Ou sommes nous donc, à devoir nous mettre à genoux devant n’importe quel de ces imams qui expriment ci et là leur rage et leur indignation collective islamique, du Caire à Bali, comme nous l’a montré par exemple la parution des caricatures sur Mohammed ? Je suis dégoûté par ces traditions, ces mœurs et ces usages, qui transforment chaque critique en offense, uniquement si elle provient d’autres croyants. Je résiste contre ce potentiel de chantage, qui exige de nous soumettre à l’observation de l’islam et qui étend ses tentacules d’Asie Centrale à l’Asie Occidentale jusqu’au beau milieu de l’Europe. Celui qui ne se couche pas, vit dangereusement. Dois-je donc me taire et trahir toutes mes valeurs chèrement acquises ?

Pas d’alternative paisible concernant l’intégration

Germania, qu’est ce qui a si mal tourné qu’aujourd’hui nous devons nous interroger de la sorte ? Je veux en venir à ces professionnels de l’illusionisme multiculti-xénophiles, ces avocats issus de la gauche libérale, comme Hans-Christian Ströbele et Claudia Roth, ces négationnistes autorisés, sans pitié, qui dissimulent par intérêts personnels une appréciation réaliste de la situation du problème de l’immigration à la société toute entière. Ceux-là, il faut les garder à l’œil. Pour ce qui me concerne, je me trouve aux côtés de toutes les musulmanes et tous les musulmans séculaires, qui, par des réformes, veulent ouvrir le chemin à l’intégration. Nous en sommes encore très éloignés. Ce qui ne m’empêche nullement de soutenir ce rapprochement avec mes propres moyens. Car une alternative paisible à l’intégration n’existe pas.
Ralph Giordano
Traduction Sylvia Bourdon