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La guerre contre les hommes amène à un fascisme féministe

Lors d’un colloque dans la région nantaise, Pierre Cassen a rencontre Yann Carrière, auteur d’un livre au titre iconoclaste : »du sexisme au fascisme ». L’occasion pour lui d’approfondir quelques réflexions avec l’auteur…

Riposte Laïque : Vous avez écrit en 2014 un livre au titre choc : « Du sexisme au fascisme ». Avant d’évoquer cet ouvrage, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Yann Carrière : Je suis psychologue, et je combats le discours politiquement correct, qui est une forme de mensonge.

Riposte Laïque : Afin que nous comprenions bien votre titre, ce que vous appelez sexisme n’est pas n’importe quel sexisme. Vous évoquez plutôt le sexisme de certaines organisations féministes contre les hommes, non ? Quoi qu’on pense des excès caricaturaux de certaines associations, la comparaison avec le fascisme n’est elle pas un peu exagérée ?
Yann Carrière : Mon travail visait à montrer comment le prétexte de la lutte contre le sexisme misogyne mène à un fascisme de sexe misandre, qui complète la série des fascismes de classe (communisme) et de race (nazisme).

Le fascisme désigne ici un totalitarisme violent dans la destruction des personnes, que cette destruction soit physique ou psychique. La théorie du genre par exemple vise à la destruction de l’identité. Comme le rappellent régulièrement des intellectuels, le fascisme est une phase aiguë du progressisme utopique (Hayek, Goldberg). C’est donc une tendance constante de nos sociétés, repérée encore récemment par votre contributeur Robin Dubois. Dans mon livre, je développe les parallèles entre les trois utopies totalitaires liées à la classe, à la race ou au sexe. Par exemple, contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’idée de solution finale n’est pas absente du fascisme de sexe. D’ailleurs depuis la parution du livre, les appels au meurtre des mâles blancs sont devenus courants, et ce en toute impunité, notamment aux USA. Certes, via les suicides de pères divorcés notamment, l’idéologie misandre tue, mais la destruction des hommes est surtout menée psychiquement par une propagande, dans le prolongement d’un dévoiement des travaux de R.J. Stoller sur les questions de genre.

Or, il ne s’agit pas seulement ici d’excès d’associations, mais d’une idéologie favorisée par le pouvoir et développée à l’aide d’idéologues créateurs ou relais d’une pensée perverse, autour du stéréotype oppresseurs/opprimé(e)s.
Notons par ailleurs que même si l’obligation/interdiction de penser en dehors de la doxa politiquement correcte est le plus souvent assurée elle aussi par la propagande, ou instrumentée justement via de multiples associations, le décret du 3 août 2017 en France, qui criminalise jusqu’aux conversations privées, et aux US les pétitions pour supprimer la liberté d’expression (premier amendement) afin de ne pas froisser les narcissismes délicats sont effectivement en train de nous faire passer d’une société fascisante à des régimes fascistes à la Georges Orwell.

Cela souligne le lien entre destruction des personnes, fascisme et lutte contre la vérité (ici e.g. par déni des différences hommes-femmes). Soljenitsyne, qui rejoint là Orwell, explique que la plus grande souffrance des gens en régime totalitaire c’est l’obligation de vivre dans le mensonge, ce qui de fait détruit la personne, comme le note le psychiatre anglais Dalrymple.

Riposte Laïque : Vous dénoncez, de manière étonnante, deux faits qui, pourtant, paraissent des vérités incontestables. Selon vous les violences physiques des femmes commises contre des hommes seraient équivalentes, alors que les chiffres montrent que les femmes meurent plus souvent sous les coups de leur compagnon que le contraire. Et vous contestez également les inégalités salariales entre les deux sexes. C’est énorme…
Yann Carrière : Votre questionnement mêle plusieurs thématiques. Allons-y pas à pas, sans oublier qu’une caractéristique de la propagande est de court-circuiter la réflexion par l’émotion et l’amalgame.

Notons tout d’abord l’incongruité de la centration exclusive dans le débat public sur les défauts et les avantages apparents des hommes, en les stigmatisant comme privilégiés et mauvais, excitant ainsi l’envie et la haine à leur égard. Comme si les femmes étaient moralement parfaites et ne jouissaient d’aucun talent spécifique. En sus de cette centration sexiste inique, les deux thèmes que vous évoquez correspondent à deux énormes mensonges qui servent de piliers à la propagande opposant les sexes.
Dans les deux cas, il s’agit de mensonge par omission, qu’on peut aussi nommer déni. Cela consiste à mentionner un aspect de la réalité, en omettant des éléments pertinents qui permettraient d’appréhender celle-ci avec un recul suffisant. On construit ainsi dans le cerveau des gens une représentation fausse du réel, parfois à l’opposé même des faits.

Un exemple consiste à citer le nombre de femmes tuées par leur conjoint sans même mentionner le nombre d’hommes tuées par leurs conjointes, ce qui donne une image fausse de la réalité mais conforte l’idéologie que l’on veut imposer, celle qui présuppose l’oppression universelle des femmes par les hommes. Ou encore on mentionne les violences conjugales féminines mais pour les ridiculiser et les minimiser, comme dans cette émission TV dans laquelle on citait une mamie maltraitant son époux avec le tuyau d’aspirateur.

Prenons le cas des violences physiques en général. Les hommes fournissent la majorité des victimes (peut être aussi des exécutants, notamment à la guerre), mais sauf quelques experts, tout le monde s’en moque. Au point que des auteures affirment sans ciller le contraire. Cela seul suffit à discréditer le concept fallacieux de violences faites aux femmes. En outre il n’existe pas de violences spécifiques. En particulier, les hommes aussi sont violés, mutilés sexuellement etc… L’utilité du concept réside en réalité dans l’acte implicite d’accusation des hommes : c’est encore de la propagande, toujours au service du stéréotype oppresseurs/opprimés qui emporte si facilement l’adhésion affective. Ce stéréotype est si puissant que la loi du 9 juillet 2010 sur les violences dans le couple ne protégeait initialement que les femmes. Un strapontin y a ensuite été ajouté pour les hommes, qui sont devenus cependant ainsi des citoyens de seconde zone.

Mais votre question visait plutôt, semble-t-il, ce thème des violences conjugales. Or les chiffres des études universitaires sérieuses donnent depuis le début (années 70) une symétrie des violences, du moins en Occident (cf. Murray Strauss et Fiebert aux US). En 2007, une étude portant sur 32 pays donnait une majorité de violences mutuelles, un bon quart de violences exclusivement féminines et un petit quart de violences exclusivement masculines.

https://www.researchgate.net/publication/233717660_Thirty_Years_of_Denying_the_Evidence_on_Gender_Symmetry_in_Partner_Violence_Implications_for_Prevention_and_Treatment

Les statistiques françaises donnent plutôt un tiers d’hommes battus par rapport aux femmes battues, mais la propagande ne fait même pas justice à cette proportion. L’écart avec les études anglo-saxonnes apparaît lié à leurs méthodologies plus précises (notamment sur la nature des coups). Quant à l’argument du nombre de morts, il est faible pour plusieurs raisons, aussi bien de collecte des chiffres que d’explications potentielles concurrentes : par exemple une plus grande efficacité des hommes, qui explique aussi en partie leur taux de suicide trois fois plus élevé. À propos, où sont les campagnes spécifiques sur le suicide des hommes ?

La notion d’efficacité est également la grande absente du débat sur les prétendues inégalités salariales à travail égal, deuxième grand mensonge de la propagande officielle. En effet aucune étude statistique globale n’a pu mettre en évidence de telles inégalités. Elles existent, et dans les deux sens, aujourd’hui probablement principalement en défaveur des hommes, à la suite des politiques sexistes de discrimination dite « positive ». Mais les démarches utilisées, qui font la plupart du temps fi des importantes différences de comportement entre les hommes et les femmes, n’ont jamais abouti à autre chose que l’existence d’une « part inexpliquée » de différences salariales, plus ou moins automatiquement attribuée à une discrimination sexiste, en se gardant bien de creuser les nombreuses raisons possibles. Or l’auteur américain Warren Farrell par exemple en cite 25, démonstrations à l’appui.

Une polémique récente sur le système automatisé de rétribution des taxis Uber aurait dû mettre fin à cette escroquerie intellectuelle : on y constate que les hommes gagnent plus car ils sont plus efficaces, tout simplement. Mais les politiques, engagés dans leur culte victimaire aveugle, n’en ont cure. À moins qu’ils /elles ne persistent dans la vieille intention de diviser pour régner ? Pour les lecteurs francophones qui veulent des précisions, les articles du statisticien Cyrille Godonou sont éclairants tout en restant très mesurés.

Riposte Laïque : Lorsque vous avez écrit votre livre, le phénomène « Balance ton porc » et « me too » ne s’étaient pas encore déroulés. Je présume qu’ils ne vous ont pas surpris ?
Yann Carrière : Comme on l’a vu plus haut, lorsqu’on étudie un tant soit peu sérieusement le discours dominant sur les hommes et les femmes, on ne peut que conclure à une dimension idéologique et manipulatoire importante, selon le schéma oppresseurs/opprimés qui a fait les beaux jours des totalitarismes communiste ou nazi. On vise ainsi à instituer en bouc émissaire le groupe des (notez la déshumanisation) mâles (hétérosexuels blancs). Le procédé est à la fois politique (diviser pour régner) et métaphysique voire religieux (le bouc émissaire permet de gérer la notion de mal et de souffrance dans la société (René Girard). Le choix du sexe comme base de l’identité du bouc ou porc émissaire, comme l’écrit joliment Eugénie Bastié, est particulièrement habile, pour des raisons que je détaille dans mon livre. De ce fait ce totalitarisme-là risque d’être plus résistant que les précédents.

Toujours est-il qu’il s’agit pour le pouvoir d’entretenir ce feu de haine en permanence, afin que le peuple divisé soit ainsi continuellement affaibli. Et comment mieux l’affaiblir qu’en brisant l’amour entre hommes et femmes ! Or les mensonges évoqués plus haut s’usent, la vérité se fait jour progressivement, par exemple en ce qui concerne les inégalités salariales. Comme l’a noté Hannah Arendt, les mensonges ne sont pas stables comme la vérité. Il convient donc sans cesse d’en inventer de nouveaux. Non que les faits dénoncés dans les campagnes que vous citez soient contestables (même si certains le sont), mais c’est justement le choix restreint des thèmes qui constitue le mensonge : à quand une campagne contre les fausses accusations contre les hommes, qui détruisent tant de vies ? Encore une fois, l’exclusivité de la localisation du mal chez le mâle (explicitement endossée par certains intellectuels de « bonne foi » !) révèle la perversité intrinsèque des phénomènes politico-médiatiques que vous évoquez.

Riposte Laïque : Comment expliquez-vous que les féministes, que vous dénoncez régulièrement, soient aussi conciliantes avec les hommes issus de la diversité, et notamment ceux qui imposent le voile islamique à certaines femmes, alors qu’elles sont intransigeantes avec les mâles français ?
Yann Carrière : Je dénonce essentiellement un discours sexiste et toxique qui s’abrite derrière des prétextes féministes. À ne pas confondre avec les légitimes revendications féministes à déterminer en fonction des situations et des cultures. Là encore, les contradictions telles que celles que vous soulevez devraient ouvrir les yeux du public sur la fausseté des drapeaux et affichages officiels. Il faut donc dépasser l’analyse à deux niveaux d’acteurs (idéologues et décideurs dits « féministes » d’un côté, population générale de l’autre), pour en introduire d’autres. Sans oublier que nous vivons dans un monde multiculturel, donc multiconflictuel, pour le plus grand plaisir et le plus grand bien des experts en manipulation, voire à leur initiative…

Car idéologues et suiveurs ne sont pas les seuls acteurs du système de politique-spectacle dans lequel la propagande nous plonge quotidiennement pour nous laver le cerveau. Il faut ajouter une troisième série de protagonistes, probablement les plus puissants, qui orchestrent pour leur profit les mouvements d’opinion. Il s’agit bien sûr de ploutocrates mais sans doute pas uniquement. Ce sont eux qui déterminent que la cause immigrée par exemple a priorité sur la cause sexuelle, probablement parce que cela sert mieux leurs objectifs matériels ou philosophiques : détruire les nations est sans doute plus prioritaire que détruire les familles et les personnes. L’ensemble renvoie, aux confins de la politique et de la religion, à une vision messianique à la Soros. Une vision qui révèle sa malfaisance dans sa manière de s’imposer par la ruse et la force plus que par l’adhésion des personnes en toute liberté.
C’est pourquoi votre remarque permet de pointer à nouveau les aspects religieux en cause : un entrelac de cultes victimaires le dispute à une série d’idoles intouchables comme le mythe du progrès (moral), et bien sûr l’argent, dans une sorte de polythéisme barbare.

Riposte Laïque : Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?
Yann Carrière : Pour résumer, au niveau psychologique, on assiste au développement d’une pensée perverse à la Claude Racamier, dans lequel un pouvoir cherche à étendre son emprise sur le cerveau des peuples pour mieux les dominer et manipuler à sa guise. Au niveau politique, on peut identifier un mouvement totalitaire haineux des personnes, d’abord des hommes mais aussi au fond des femmes. Cependant le niveau le plus fécond concerne l’aspect religieux des totalitarismes. Le philosophe et politologue E. Vögling les identifiait correctement à des gnoses, c’est-à-dire à des phénomènes religieux fondés sur des savoirs théoriques plus ou moins « révélés » (matérialisme dialectique, théorie du genre…). Les délires idéologiques dénoncés ici sont à mon avis à mettre en lien avec les guerres religieuses toujours en cours quoi qu’on en dise, dont la plus fondamentale reste la lutte du pouvoir mondial contre la civilisation chrétienne, ou ce qu’il en reste.

Propos recueillis par Pierre Cassen