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Le petit débat de Macron avec des intellectuels triés sur le volet

Un grand débat avec les intellectuels ? Un tout petit débat ! Dans l’entre-soi. Ils auraient été dix-mille que ça n’aurait rien changé. Car, chut ! Pas de vraies questions qui fâchent. Triés sur le volet, les intellectuels. Le seul qui ait soulevé un problème – de taille – est un physicien, qui a suggéré – seulement suggéré – que si la France n’est pas une grande pollueuse, merci, c’est que son électricité est à 80 % nucléaire, et que nos centrales sont d’une très grande fiabilité. Que pèsera son intervention face à la vague écologique passionnelle qui, elle, détermine l’orientation d’une part importante des votes et fait fléchir les politiques ?

Macron, Président, se définit sans cesse par : « ce que je veux pour la France… ». Bien. Un peu immature dans la conjoncture présente… Il parle d’islam et de laïcité, « Il » exige. Il brandit son intransigeance. Mais les principaux protagonistes sont absents. Puisque l’islam est une fatalité française « en même temps » inéluctable et désirable, c’est avec les « savants » de l’islam, avec les oulémas, avec les imams, avec la frange islamique la plus active de la population musulmane qu’il faut débattre, publiquement, avec les plus activistes qu’il faut parler de projet démocratique, « d’adaptation de l’islam à la démocratie », de la modernisation de l’islam. Eux ont des réponses, assurément, moins évasives que nos intellectuels triés sur le volet. Croyez-vous vraiment, sachant ce qu’il en est, que ces principaux intéressés vont accepter qu’on fasse sans eux l’avenir de l’islam français ? Peut-on envisager cet avenir sans tenir compte des postulats fondamentaux de l’islam ? Et s’ils ne sont pas d’accord, ce n’est pas « nos » intellectuels qui définiront l’avenir de la « démocratie inclusive ». Et ils ne peuvent pas être d’accord, leur système est incompatible. Un islam non politique ? L’islam est fondamentalement politique. On se voile la face. On refuse de « paramétrer notre logiciel » sur le réel. C’est comme si on voulait faire voler un avion sans tenir compte de la résistance de l’air…

Certains intellectuels français l’ont bien compris, et l’expriment depuis bien longtemps, ils sont au rebut de la sphère médiatiques, stigmatisés, diabolisés. Ils étaient évidemment absents hier soir. Des chercheurs, des philosophes, des écrivains. On pense à Renaud Camus, à Michel Houellebecq, à Boualem Sansal, à Waleed al Husseini, à Laurent Obertone, à Alexandre del Valle, à Georges Bensoussan, à Michèle Tribalat mise à l’écart avec la bénédiction de François Héran, qui lui a sa place au Collège de France pour faire l’apologie de l’immigration du haut d’une chaire respectable. Et bien d’autres. Mais je pense que dans la belle et sage assemblée d’hier soir, bien homogène, ceux-ci ne sont pas considérés comme tels. Mais surtout, ce sont les musulmans eux-mêmes qui sont inexistants, non seulement dans la salle, mais dans le débat. Les savants de l’islam, les oulémas, les imams qui eux, des conférences publiques, en font des milliers chaque semaine devant leurs ouailles pour qui il ne s’agit pas de réfléchir, mais de recueillir la seule parole de vérité.

On parle d’eux comme d’une pâte à modeler, une matière qui se laissera docilement mettre en forme selon les desiderata d’une république et d’une laïcité malades et à bout de force. Qui se résoudra à accepter notre bon vouloir. Monsieur Macron, ce n’est pas à cet aréopage de scientifiques qu’il faut dire que nous ne soumettrons pas la réalité scientifique au relativisme des idées les plus abracadabrantes. C’est aux jeunes de quartiers, aux populations qui fréquentent les mosquées, aux patrons de kebabs, aux « No borders » qui saccagent le pays, aux élèves endoctrinés des « quartiers » qu’il faut le dire. Et le faire admettre, ce qui est beaucoup plus délicat. Allons ! N’avons-nous pas déjà fait très amplement l’expérience d’une démocratie lâche qui se met à genoux au moindre signe de refus ? Qui se laissera à ce rythme submerger jusqu’à la noyade par la marée islamiste ? Qui trouve toutes les excuses aux actes les plus barbares ? Et comment peut-on prétendre poser le problème en ignorant le paramètre essentiel : l’évolution démographique ? Comment peut-on parler de ce qui implique les relations que nous prétendons avoir avec des gens dont on refuse de prendre en compte comment ils se voient eux-mêmes ? Kamel Daoud : « l’histoire fonctionne au sang, et on va en payer le prix, on le paye déjà, d’autres pays payent beaucoup plus cher que la France, l’Algérie notamment. Si on ne fait rien, on peut perdre beaucoup ».

Or on ne fait rien, cette nième grand-messe de la bien-pensance en est une nième démonstration. Démonstration d’impuissance. Boualem Sansal : « L’écrivain que je suis, hyperattaqué dans son pays, sait depuis son premier roman l’intelligence et la ténacité des assassins de la liberté et de la pensée ». Waleed al-Husseini. « Si les islamistes parvenaient à islamiser le monde entier, cela ne tiendrait pas à leur force intellectuelle, ni à leur foi, et encore moins à leur puissance militaire mais à la lâcheté de leurs adversaires. « La tolérance illimitée ne peut que déboucher sur la disparition de la tolérance. Si nous étendons de façon illimitée la tolérance, y compris en faveur de ceux qui sont intolérants, si nous ne sommes pas préparés à défendre une société tolérante contre les assauts des intolérants, alors les tolérants seront détruits, et la tolérance avec eux. Karl Popper. Cette conférence est la dernière en date des expressions de cette lâcheté. 

Pierre-André Taguieff, dans son ouvrage sur Julien Freund [Julien Freund: Au cœur du politique] rapporte un dialogue entre Jean Hippolyte et Julien Freund lors de la soutenance de thèse en 1965 de ce dernier. Hippolyte dit : Sur la question de la catégorie de l’ami-ennemi, si vous avez vraiment raison, il ne me reste plus qu’à aller cultiver mon jardin.

Freund répliqua : Écoutez, Monsieur Hippolyte, vous avez dit […] que vous aviez commis une erreur à propos de Kelsen. Je crois que vous êtes en train de commettre une autre erreur, car vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi, comme tous les pacifistes.

Du moment que nous ne voulons pas d’ennemis, nous n’en aurons pas, raisonnez-vous. Or c’est l’ennemi qui vous désigne. Et s’il veut que vous soyez son ennemi, vous pouvez lui faire les plus belles protestations d’amitiés. Du moment qu’il veut que vous soyez son ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin.

Yves Queyroux

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/12/21/01016-20181221ARTFIG00235-ces-intellectuels-victimes-du-politiquement-correct-a-l-universite.php




Carmen, réinterprétée à la sauce féministe par des crétins

A Florence, au Teatro del maggio, a été donnée une représentation du Carmen de Bizet où il a été décidé, comme ça, sans demander l’avis de l’auteur, que ce n’était pas Don José qui tuerait Carmen, mais l’implacable Carmen qui achèverait Don José. Pour contrer l’image dévaluée de la femme victime, c’est dans le vent. Carmen transformée en Calamity Jane, l’idée aurait certainement amusé Bizet, et plus encore, Mérimée…

Carmen, réinterprétée à la sauce féministe main stream

Quelle tartufferie… Qui a commandité ou accepté cette version ? Quel est l’âne bâté qui a osé lui donner corps ? C’est le metteur en scène, Léo Muscato, qui donne la raison profonde de cette idée géniale : « À notre époque, marquée par le fléau des violences faites aux femmes, il est inconcevable qu’on applaudisse le meurtre de l’une d’elles. » Un engagement courageux donc.

Carmen est une femme hautaine, fière, altière, dominatrice. Don José, qu’elle séduit, est son jouet. Non parce qu’elle est cruelle – bien que -, mais parce qu’elle est inflexible. Son éducation, ou son tempérament de gitane somptueuse ne met rien plus haut que sa liberté, et que sa personnalité inaltérable. Parce qu’elle est d’une indépendance féline, irréductible. Une sorte de moderne Athéna. Elle domine. Dès le début, elle le prévient le Don-José : aime moi, mais ne t’attache pas. Et si tu veux que je t’aime, suis-moi. Sans attendre. Ce pauvre naïf n’a rien compris et il a déjà le pied pris au piège de la tragédie. Le rappel est sonné à la caserne. Le pauvre petit soldat doit rentrer, “malgré son amour”. Mais il reviendra, pour sûr. Carmen peut-elle croire cela ?  Carmen ne l’accepte pas en tout cas : « Taratata, c’est le clairon qui sonne. Taratata, je vais être en retard ». Elle se moque, le blesse cruellement.  Il n’est pas libre, donc il est indigne d’elle. Et elle le lui fait savoir crument. Ce pauvre nounours en peluche, qui a abandonné sa Micaella pour cette garce de gitane, qui s’est mis sa hiérarchie sur le dos en la libérant sous l’emprise de sa terrible séduction, qui va faire du cachot pour manquement grave à son devoir va, aussitôt sorti, pleurer dans son giron pendant des heures, un peu comme ces pignoufs qui allument des bougies après les attentats qu’ils ont refusé de voir venir.

Ce qui aiguisera le mépris de la Carmencita à son encontre. Il est perdu. Comme tous les amants transis et trahis, son désespoir le pousse petit-à-petit vers le précipice. « Menace ou prière » ? Rien n’y fait ; Carmen est indestructible, Parce que l’amour pour elle n’a pas le même sens que pour lui. Parce que l’amour « est un oiseau volage ». Point-barre. Qui m’aimera, je l’aimerai. C’est clair ? Et le pauvre Don José, mené du début à la fin par le bout du nez par cette allumeuse sans scrupule, le voilà aujourd’hui condamné par le tribunal international des imbéciles comme un vulgaire obsédé sexuel, un dragueur coupable de harcèlement, un implacable prédateur. Il est pourtant bien difficile de la considérer comme une pauvre victime, la Carmencita… Comme une faible femme. Comme une victime du machisme. Son amant éconduit, qui ne consommera jamais l’amour charnel qu’elle éveille en lui par un jeu de séduction des plus pervers, ce pauvre don José, deviendra son assassin ; Amoureux transi, ridicule ; elle se fait tuer en le  méprisant, avec condescendance. Elle ne cède pas, elle ne s’effraye pas à la vue de l’arme que Don José tient en main ; avec la superbe et la dignité de qui, jusqu’à la mort, sait dire « Non ». Elle méprise cet homme qui a cédé à la passion. Sa mort l’élève à l’absolu de sa condition, la consacre comme figure emblématique de la liberté. D’une manière bien différente certes, mais comme les martyrs chrétiens. Comme les résistants. Comme les soldats qui se jettent au feu sans la moindre hésitation. Elle ne recule jamais. Elle devient une idole. Si la capacité à être libre se lit dans l’aptitude au sacrifice, alors sa mort est indispensable pour rendre explicite toute la dramaturgie. Sa mort, c’est la solution à l’équation posée.

Le seul homme qui aura été, en quelque sorte, son alter ego, c’est Escamillo, le Toréador, précisément, on ne peut plus couillu et macho. Superbe mâle dédaigneux, elle est seule à faire fléchir son dédain. Genre de mec que les féministes ne portent pas dans leur cœur. Elle aime visiblement se confronter à la virilité. Lui aussi, d’une autre manière, il affronte la mort, « car avec les soldats, oui, les Toreros, peuvent s’entendre ; Pour plaisirs, pour plaisirs, Ils ont les combats ! ».  Il est digne, arrogant, suffisant. Il est à la hauteur. Pas comme ce minus de Don José, qui ne cesse de se ridiculiser, et qui se tord de douleur de voir que c’est cette horrible bête de torero qui va l’emporter. La jalousie est à son comble. Quand Don José tue Carmen, de fait il se suicide. Par ce superbe sacrifice, elle, consacre sa personne, son irrévocable liberté, elle s’affirme de manière définitive. Elle est splendide dans la mort, il est un homme écrasé par sa propre faiblesse.

Voilà en substance le contenu de l’œuvre

Revenons à la version hautement révolutionnaire exposée par Léo Muscato. Carmen qui tue Don José ? Elle ne l’aurait jamais fait. Pas à la hauteur, le Don José. Il n’en est pas digne. Elle ne se serait jamais abaissée à cela. Elle le méprise trop pour attenter à sa vie. Cette inversion est d’une incommensurable bêtise. Elle fait de Carmen une mégère sordide, une salope de bas étage qui martyrise et qui, après s’être tapé le toréador, va flinguer celui qui fut son souffre douleur pendant des mois. Il devient un christ, elle un démon. Quelle bassesse, quelle nullité. Le niveau monte dans le domaine des arts ! Le féminisme le plus ringard a de beaux jours devant lui avec ce ramassis d’imbéciles.

Le haut courant de pensée humaniste qui affiche le vagin de la reine bien en vue dans le parc du palais de Versailles, un “plug anal” dégueulasse en place de la colonne Vendôme, où un artiste créateur expose ses merdes (ce n’est pas une métaphore) dans une exposition à Londres, où l’on vend des centaines de millions de dollars une cuvette de chiottes en or, où un vieillard malade conchie une effigie du Christ en pleine Cour des Papes dans le cadre d’un prestigieux festival de théâtre, mais où l’on demande la censure d’un tableau de ce pédophile de Balthus,  où l’on fait disparaître les croix sur les photographies d’édifices religieux, où l’on trafique les photos de Sartre, de Camus, de Gainsbourg pour que n’apparaisse plus leur mythique cigarette, où de grandes œuvres classiques sont stigmatisées pour un rien qui déplaît, où le moindre mot “déplacé” au sein d’une œuvre littéraire ou dans un commentaire public condamne l’auteur à passer au tribunal… « Le poids du droit est devenu tel qu’un nouveau phénomène rend les anciennes pratiques de censure obsolètes : l’autocensure. De peur d’être accusé de porter atteinte à telle ou telle communauté, les médias, les artistes et toutes personnes ou institutions disposant d’un espace de parole public, contrôlent leurs paroles à l’excès. Les idées controversées, les polémiques et les joutes verbales disparaissent derrière les menaces de sanctions légales. L’inflation de lois sur le sujet prouve que le droit est devenu le substitut du débat : plus besoin de contester ou de débattre d’une idée lorsqu’il est possible de simplement interdire son évocation sur la place publique. L’omniprésence du droit explique désormais la frilosité des polémistes : une parole trop libre mène parfois son auteur à la situation inverse. Mais de l’impossibilité du débat découle l’atrophie de la pensée : il n’y a plus de contradictions possibles lorsque seules les opinions aseptisées restent légales ».
(http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/n-y-a-t-il-vraiment-plus-de-censure-en-France).

Nos “carménistes” florentins font mieux : comme de plus en plus “d’artistes engagés”, ils prennent servilement les devants, lèchent le c… par avance, anticipent la demande, s’inclinent comme des laquais devant les rois de la bêtise. Des fois que ça leur assure un succès qu’ils sont incapables de trouver autrement. La procédure devient constante. Cette époque apparaîtra un jour, je l’espère, au regard de l’histoire, pour ce qu’elle est, envahie et dominée par une multitude de dégénérés moribonds incapables de comprendre le monde et d’une tristesse désespérante. Une époque au regard de laquelle l’Angleterre victorienne semblera un gigantesque lupanar…

Ce militantisme de crétins se développe dans un climat général qui résulte d’une instrumentalisation politique de tout et de rien, amplifiée et consacrée par une mafia médiatique qui fait feu de tout bois. Mais quand on monte une telle pièce dans un théâtre de la prestigieuse Florence, on fait nécessairement l’effort de lire le texte et de l’analyser, non ?

C’était quoi, ton argument, Muscato ? La version initiale est superbement féministe, avec panache, c’est le moins qu’on puisse dire. La version “corrigée” se révèle épouvantablement misogyne.

Retourne à l’école, Muscato. Analyse de texte et compréhension : 0,1/20.

Parce qu’on ne met jamais, par humanité, zéro à qui n’a pas eu l’audace de rendre copie blanche. C’eut été pourtant préférable.

Yves Queyroux

Musicien




Réforme de l’enseignement des mathématiques : étrange ironie de l’histoire !

Quelle étrange ironie de l’histoire !

Nous apprenons par les informations de huit heures, le jeudi 19 octobre au matin sur France Culture, qu’afin de réformer l’enseignement des mathématiques – qui en a bien besoin -, Jean-Michel Blanquer, notre ministre de l’Education nationale, allait confier cette tâche à Cédric Villani, séduisant, brillant et très médiatique mathématicien, titulaire de la médaille Fields  en 2010. Aujourd’hui député macronien. Le commentateur nous explique à ce propos que la “méthode d’enseignement des mathématiques de Singapour”, actuellement très en vue, serait l’une des meilleures au monde, ce dont on ne doute pas, et qu’il serait bon de s’en inspirer… Que tourne la roue de la fortune ! Cette méthode de Singapour, il me semble opportun de le rappeler, n’est, n’était à l’origine qu’un emprunt, une réactualisation, une adaptation… des méthodes d’enseignement traditionnelles françaises, dont les Indonésiens s’étaient eux-mêmes inspirés, et qui avaient cours dans nos écoles communales avant les réformes catastrophiques imposées en 89 par le gouvernement Jospin ! Les mathématiques ne furent pas la seule discipline durement affectée par ces réformes : écriture, lecture, histoire, géographie furent durement mutilées par des options apparemment techniques, mais qui en fait avaient comme moteur principal des options idéologiques clairement énoncées comme révolutionnaires et antibourgeoises.

L’enseignement primaire fut littéralement saccagé, notamment avec la méthode globale pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture et avec l’abandon quasi systématique de toute référence à la littérature classique (les enseignements plus élevés étant relativement protégés par les exigences disciplinaires). On rebaptisa ainsi pompeusement du terme de mathématiques un enseignement qui ne peut être de fait qu’un enseignement du calcul et d’une arithmétique élémentaire, pragmatique, fondée sur l’expérience courante et déjà susceptible de bien des complexités, fondatrice de la conscience du nombre, des proportions, et de leurs implications pratiques. Savoirs fondamentaux, si fondamentaux qu’on n’aurait jamais songé autrefois, sous le coup d’une telle évidence, à les qualifier ainsi, et qui dans le désastre auront été sacrifiés. On décida, pour protéger l’enfant du traumatisme d’un enseignement sélectif, d’appauvrir  drastiquement les contenus et l’on n’enseigna plus les tables, on infantilisa tous les élèves par des opérations mentales précarisantes, en restreignant l’enseignement du Cours Préparatoire à la pratique ânonnante d’une addition primitive, en reportant aux calendes grecques la multiplication, en éradiquant même la division, en éliminant la règle de trois, en formalisant de manière absconse le système décimal. Tout ce qui constituait un ensemble cohérent et fonctionnel fut déstructuré, émietté, dilapidé. Les résultats ne se firent pas attendre : chute libre du niveau des élèves. Le même travail de sape s’accomplissait dans les domaines de la lecture (méthode globale, abandon de la culture littéraire), de l’histoire, de la géographie. Ce système a perduré maintenant bien plus d’une génération, et le corps enseignant lui-même, formaté par les IUFM qui imposent ce catéchisme pédagogique en sanctionnant sévèrement les récalcitrants,  est aujourd’hui affecté des carences conséquentes !

Face à ce désastre, les écoles alternatives non conventionnées se développent un peu partout, sous la menace d’ailleurs de leur interdiction, afin d’échapper aux pressions des lobbies pédagogistes et de rétablir un minimum de bon sens, de santé mentale dans les objectifs, la manière de transmettre, les contenus. Une association citoyenne, SOS Education, les soutient quotidiennement, et lutte depuis déjà longtemps pour promouvoir le retour au bon sens au sein de l’éducation nationale. Cette association soutient depuis plusieurs années déjà  l’adoption – la ré-adoption ? – de la méthode dite “de Singapour” qu’elle promeut depuis plusieurs années, qu’elle défend bec et ongles, particulièrement en en diffusant presque exclusivement les manuels traduits en Français ! SOS éducation donc, que nos pédagogistes révolutionnaires et leurs affidés méprisent, déconsidèrent, vilipendent, diffament du haut de leur docte hauteur et de leur moralisme de flics de la pensée… Pédagogistes qu’un autre mathématicien de renom, lui aussi médaille Fields (2002), Laurent Laforgue, requis sous le ministère de Gilles de Robien (2005-2007) pour tenter d’ouvrir à la réflexion ces prêtres de la stupidité sur des orientations plus saines, avait quitté l’assemblée sous le coup de la colère et en claquant la porte, en les traitant vertement de “khmers rouges”, ce qu’on peut interpréter ici sans nul doute comme synonyme de crassement intolérants, irrémédiablement dogmatiques, et intrinsèquement malfaisants.

Les années qui ont suivi nous ont bien montré qu’il avait parfaitement compris la situation. SOS Education donc, courageuse association de défense de l’enseignement, n’a cessé pendant des années de promouvoir activement la méthode de Singapour.  Association décriée, stigmatisée par les mêmes au pouvoir et diabolisée par la gauche caviar. Je me suis entendu répondre un jour par un collègue,  dans le conservatoire où j’enseignais (car tout le monde est touché et dans la musique les IUFM ont leur pendant, leurs satellites, les CEFEDEM qui sont tenus bride courte par les mêmes obscurantistes “pédago”), alors que je l’évoquait à propos d’un autre tabou de la bien-pensance, la méthode syllabique : « on peut défendre cette méthode sans pour autant s’allier avec les fachos »… Car de facto, étant en désaccord avec la doxa, SOS éducation ne pouvait être qu’une assemblée de nazillons.

Si le bon sens, que probablement ne contredira pas la pensée d’un mathématicien habile, est si peu audible qu’il faille lui substituer ce type de médiatisation ostentatoire – faire appel à une personnalité médiatique, brillant mathématicien, pour seulement rétablir le bon sens si longtemps décrié, et faire appel à l’exotisme (c’est où, la Malaisie ?) pour finalement promouvoir ce qui était ancré depuis plus d’un siècle dans nos traditions, c’est bien que l’intelligence commune, celle sur laquelle se fonde normalement le débat démocratique, a disparu corps et âme dans un système de pensée hautement totalitaire.

Bien de modestes enseignants qui n’ont pas sombré dans le dogme, et dont l’avancement de carrière a été bloqué pour cette raison, seraient alors d’aussi bons conseillers qu’un mathématicien prestigieux.

La méthode de Singapour était ce jour là illustrée par le commentateur par l’une de ses caractéristiques : l’emploi d’objets singuliers concrets (gobelets et billes) en cours préparatoire, pour matérialiser des opérations arithmétiques élémentaires au cours de manipulations simples. Ironie ? Achetez au hasard, d’occasion, n’importe quel ouvrage d’enseignement de l’arithmétique en école primaire datant des années 30, 40, 50, ou même antérieurs ; et vous verrez que c’est ce qu’on faisait chez nous il n’y a pas si longtemps que ça. Et que billes, grains de riz ou cailloux, gobelets ou cercles de craie ne changent rien à l’affaire. L’enseignement des mathématiques en France était alors réputé mondialement, et les classes d’élite qui forment aujourd’hui encore en France d’excellents mathématiciens vivent de cet héritage que quelques filières prestigieuses – et onéreuses – ont préservé. Face au désastre de la situation actuelle, en tant qu’enseignant de la musique  (flûte traversière, piano), il y a bien longtemps que j’ai dû compenser des lacunes qui se répercutent immanquablement  sur mon enseignement. L’un des points les plus importants étant que l’enseignement des quatre opérations, pour être cohérent, doit se faire de manière quasi simultanée, quand notre nouvelle école reporte à la fin du primaire l’apprentissage de la division, et de quelle manière ! Et que cette lacune structurelle, avec bien d’autres, conduit les enfants à être tout bonnement paralysés devant les nombres. Alors, parfois même à des élèves de secondaires, qui font de l’équilibrisme avec des concepts plus élaborés mais qui ne savent pas encore très bien qu’on peut diviser par deux un nombre impair, je dois revenir comme un instit de CP sur des concepts de base aussi élémentaires que les fractions ! Et je m’appuie évidemment pour les plus petits sur la méthode de Singa… Pardon : sur les bonnes vielles méthodes de l’éducation nation… non, de l’instruction publique d’autrefois. Si moderne.

La division ?

Voici un petit dialogue que je pratique avec des enfants de CP, sans que cela pose problème (la division est utile pour comprendre le rythme):

—    Combien cela fait, quatre divisé par deux ?

—    Je n’ai pas étudié la division (réponse souvent donnée par des enfants même de cours moyen…)

—    Ce n’est pas compliqué : tu as quatre billes : tu les partage avec un camarade, et vous en avez autant chacun. Combien en as-tu ?

—    Silence de trois, quatre secondes… Deux !

—    Bravo ; Tu viens de faire une division par deux. Plus difficile : tu as six billes : Combien en auras-tu après le partage ?

—    Silence de trois, quatre secondes… Trois !

—    Tu as compris.
Je passe à l’idée abstraite :

—    Alors, huit divisé par deux ?

—    Quatre.
En cinq minutes, on est passés du “concret” à “l’abstrait”, de l’expérience à la notion. Il n’est pas rare alors que je puisse aussitôt continuer.

—    Et trois divisé par deux ?

—    On ne peut pas.

—    Avec des billes, effectivement on ne peut pas ; mais avec des gâteaux, on peut…

“Un et demi”, puis trois et demi…  sont alors vite assimilés. Il suffit de reprendre cet exercice pendant quelques cours et l’automatisme est acquis dans la rapidité. Porte ouverte – mais ce n’est plus mon affaire, encore que… – vers la division euclidienne, base essentielle de la compréhension arithmétique. Je prolonge par des divisions par trois, quatre. Et ça marche. Mes petits de sept ans comprennent tous. Non seulement ils ont fait, mais il s’avère que le concept de division leur est acquis car ils peuvent extrapoler sans grande difficulté.

Notre nouveau ministre s’est déjà clairement prononcé face aux “pédagogues” dogmatiques dont il a la charge et dans les médias, sur un retour à la méthode syllabique. Car comment comprendre l’arithmétique si une pensée verbale cohérente vous fait défaut ? L’un d’eux a eu la meilleure idée qui pouvait lui venir : il a démissionné. Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes (CSP), (lemonde.fr/education/article/2017/09/26/) : « J’ai le sentiment que le ministre n’est pas prêt à confier au CSP des missions correspondant aux chantiers à venir, comme ceux du lycée et du bac . A chacune de ses déclarations, Jean-Michel Blanquer prend grand soin de se présenter comme l’anti-Najat Vallaud-Belkacem , celui qui veut sortir l’école de la funeste politique de refondation décrite par ses détracteurs comme le parachèvement de la destruction de l’école par les « pédagogistes » et les « égalitaristes ».

Bon courage, M. Blanquer. Je crois que vous en avez, et je souhaite de tout cœur que vous soyez l’artisan d’un retour au bon sens.

Yves Queyroux, musicien, professeur de musique




Les races n'existent pas, point final !

colere« La France, pays de race blanche ».
Nadine Morano, citant Charles de Gaulle.
Dans l’une des dernières parutions du Monde (6_10_2015), en marge de ”l’affaire Morano” – ne s’agit-il pas d’un procès ? -, une scientifique de renom, Dominique Stoppa-Lyonnet, nous explique dans un article intitulé « Race : l’ignorance conduit à la détestation », que la notion de race est inapplicable à l’espèce humaine. J’en ai moi-même été convaincu, et je le reste, par la lecture d’ouvrages d’éminents savants. Entre autres, l’admirable « Mal-mesure de l’homme », de Stephen Jay Gould, le « Traité du vivant » de Jacques Ruffié, « L’Homme » d’André Langaney et d’autres encore tout aussi instructifs et convaincants qui montrent en toute rigueur la fausseté et l’ignominie des théories raciales développées au XIXe siècle, celles-ci n’ayant pas eu comme seule conséquence l’horrible apothéose nazie, mais aussi comme objectif direct de justifier l’esclavage, les principes sociaux discriminatoires de la sociobiologie ou du darwinisme social, l’exploitation coloniale, la tentative d’éradication du peuple Héréro par les colons allemands, l’élimination massive de populations, la négation du statut d’être humain à l’encontre des aborigènes australiens, conduisant sur notre sol même au mépris atroce des “ratons”, des “melons”, des “niakoués” et autres peuples colonisés jugés inférieurs.
La craniométrie, la morphopsychologie (celle ci continue de s’étaler de temps en temps en toute bêtise dans des revues de mode ou dans des publications pseudo-scientifiques), ont été des outils de propagande efficaces dans un contexte préscientifique qui prétendait aligner les sciences humaines naissantes sur la rigueur des sciences dures.
Ceci étant acquis, nul doute que « la France, pays de race blanche », est une locution naïve, même si elle devait émaner d’un personnage de dimension historique aussi impressionnante que le général de Gaulle. Personne n’est à l’abri…
Mais la curée contre cette pauvre Nadine a quelque chose d’hallucinant, et qu’un, ou une scientifique cautionne le concert des injures montre bien aussi, que la science ne préserve personne des sophismes, des positions partiales, des emballements collectifs. La caution scientifique dans des domaines aussi sensibles, se voit souvent abaissée à une procédure rhétorique bien peu rationnelle.
Tous les astronomes savent qu’il n’y a pas de mer sur la lune, et cependant ils continuent de nommer ainsi, par souci poétique peut-être autant que par commodité de langage, les grandes plaques basaltiques qui y dessinent les ombres de son visage nocturne. La continuité et la permanence de la langue dans le temps conduit à une inévitable polysémie, à une ambiguïté intrinsèque dès lors que les mots échappent aux codages rigoureux de la science ou de la philosophie. Certes, la notion de race pose évidemment d’autres problèmes que ce terme de “mer lunaire”, n’en ayant pas la neutralité.
On voit dans cette affaire à quel point l’emportement et la mauvaise foi constituent un réel danger pour l’intelligence des faits,: et en quoi les mécanismes d’une idéologie aveugle et stéréotypée submerge alors la pensée collective. La réaction aux propos de Nadine Morano n’est pas disproportionnée : elle est proportionnée à la volonté évidente de massacrer une personne encombrante, et surtout, d’exciter des foules idéologiquement serviles, d’amplifier les mécanismes de diabolisation sur lesquelles s’appuie le conditionnement idéologique d’un peuple qu’on souhaite aliéner à une pensée profondément totalitaire. Maintenant, prenons congé, poliment s’il vous plait, de Nadine.
Les races n’existent pas, point final. Larousse envisage l’élimination du mot de son dictionnaire (il ne peut donc avoir existé). Larousse ne précise pas si, logiquement, il envisage de supprimer aussi l’article “racisme”, et s’il ne le fait pas, comment il se sortira d’une définition sans faire référence à la racine même du mot…
Bannir le mot de la langue, mais aussi de la constitution où il figure encore en bonne place. Peu de gens semblent frémir qu’on propose de légiférer pour l’éradication d’un mot ! Que des responsables politiques osent seulement en émettre l’idée montre qu’ils sont aux abois, à court de raison, dans une dénégation proprement pathologique. Un mot existe en effet, il est trop tard pour le regretter ! Les idées qu’il exprime ne disparaitront jamais, plus jamais. Elles resteront éternellement concevables, donc formulables. Nier la validité d’un concept, exige même de ses adversaires qu’ils le nomment. Récuser le postulat racial exige la présence du mot race. Le refus le plus radical exige le mot. Vouloir éradiquer le terme signifie qu’on en admet le concept, qu’on le pense, même pour le refouler. Donc, qu’on le veuille ou non, qu’on lui donne sens. En débattre, signifie qu’on le prononce, publiquement, qu’on le claironne, qu’il plane dans l’air.
La notion de race s’enracine dans l’Histoire : nier le terme, c’est entrer de plain pied dans une conduite négationniste. En tant que concept au moins, la race existe, et le mot recouvre une réalité complexe qui fait part du regard que les hommes peuvent porter sur eux-mêmes, sous le jour éventuellement des plus terribles tourments que l’humanité a connus : un génocide est affaire de race, curieusement, même si les races “n’existent pas” !
Tout neurologue sait ce que signifie la disparition d’un espace de pensée : la méconnaissance de la partie droite ou gauche du corps, l’ignorance d’un membre qu’on ne reconnaît plus, les diverses formes d’aphasie, d’agnosie, la cécité corticale… Tout ceci ne procède que d’une amputation des facultés mentales. Fermer les yeux n’ôte pas la mémoire de la lumière ! Mais si la structure cérébrale est détruite, alors disparaît du même coup jusqu’à l’existence même de l’image mentale. J’en appelle à notre scientifique du “Monde” : le seul moyen d’éradiquer une pensée, c’est la lobotomie. Lorsqu’elle n’est pas chirurgicale, ce sont les totalitarismes qui s’en chargent, mais ils n’y parviennent jamais, n’engendrant que d’inutiles souffrances. Comment envisager l’Homme défait d’un seul des termes que sa réflexion a produits  ?
Si l’on admet que la notion de races humaines n’a pas de fondement biologique, compte tenu du brassage génétique millénaire (relire Langaney et les autres), l’histoire des hommes s’est néanmoins fondée sur des stabilités géographiques sans lesquelles aucune socialisation, aucune civilisation n’auraient pu s’établir : il en résulte une très riche typologie humaine. Dominique Stoppa-Lyonnet, qui pour les besoins de la cause oublie quelque peu les rigueurs de sa discipline, nous parle des grandes migrations préhistoriques par lesquelles l’homme s’est répandu sur la terre : mais elle passe sous silence la période de stabilisation déterminante par laquelle elles s’achèvent, par laquelle l’homme rapidement sera créateur de son histoire : la grande sédentarisation du néolithique, où l’homme, de chasseur-cueilleur quasi animal, devient cultivateur éleveur, fondant villages, tribus, cités, royaumes, et développant de ce fait les écritures, le calcul, l’architecture, les lois, les règles sociales, la technique, la rationalisation de l’agriculture, les arts, les mathématiques, les religions, la philosophie, les mœurs propre aux différents enracinements qui font s’épanouir les civilisations… Rien que ça. Mais, silence. Quant aux peuples restés nomades, rappelons qu’ils ne sont plus migrateurs. Leurs déplacements restent géographiquement limités, définis : ils sont pour la plupart semi-nomades semi-sédentaires, sur des territoires bien précis. Et ceux dont les déplacements sont de plus grande envergure, tels les Touaregs, effectuent les liens commerciaux entre des populations sédentaires éloignées, limitrophes du désert, entre le Sahel et le Maghreb par exemple. Quand aux migrations forcées du début du moyen-âge, elles sont le fait d’invasions guerrières, militaires, et furent sanglantes, d’une violence inouïe, accompagnées de razzia, saccages, massacres, pillages, meurtres, viols, tortures…   Exit la science objective quand elle pourrait entériner de mauvaises idées. On a alors recours à Jacques Attali et son apologie des migrations “dont nous sommes issus”, qui fait l’éloge des grands renversements dont il semble que nous procédions exclusivement et, comme il le suggère, peu importe si la France doit s’islamiser. Jacques Attali qui entrevoit depuis son confortable nuage les massacres futurs, et tout ce que je viens d’énumérer plus haut. C’est dans l’air du temps, à quoi bon s’opposer ? A t-il une fille ? bref, revenons à nos moutons, si j’ose dire…
Avec cette sédentarisation, des caractères spécifiques surgissent dans des conditions différentes : le système génétique réagit aux pressions diverses de l’environnement. Les hommes, sans atteindre le stade de la spéciation tant qu’ils restent des hommes, ne s’en différencient pas moins en populations hautement caractérisées adaptées à différentes conditions climatiques, à différents modes de vie. Se développe donc une riche typologie humaine que la notion de race, aussi inexacte soit-elle sur le plan biologique, recouvre et que le sens commun est parfaitement en mesure d’appréhender. Des mutations génétiques s’opèrent, déterminant des caractères physiques locaux, comme pour toute espèce animale, des différences pour employer un terme très prisé, sous l’effet de diverses pressions environnementales. Alors, la France pays de race blanche, aussi maladroite que soit cette formulation, exprime une réalité historique observable, tout simplement, même si je procède à mon insu en partie d’une lointaine grand-mère qui aurait subi le viol par un soldat d’Attila, d’un hypothétique ascendant mauresque, ou à coup sûr, d’un Homo erectus qui aura fait de moi le “cousin” d’un Bantou ou d’un Mongol… La petite taille des pygmées, les yeux bridés à l’extrême des esquimaux, la blondeur d’une petite fille nordique, le regard aigu d’un cavalier afghan, la silhouette athlétique d’un Nouba, le profil aquilin d’un guerrier indien (d’Amérique) font partie de tous les clichés naïfs que chacun possède, et bien innocemment, entretient jour après jour. Mais ces clichés, pris avec précaution, sont les “accroches” stimulant tout ce que nous savons d’autre de ces peuples, avec plus ou moins de précision, plus ou moins d’approximations et d’erreurs selon notre éducation. Ces clichés, même sommaires, “collent” à une réalité incontournable, correspondent à une réelle prise en compte de ce qui se voit ; réalité observable, de laquelle procède la splendeur de l’humanité. Cette prodigieuse et sublime diversité résulte de stabilisations géographiques, sociales, culturelles, ethniques, nationales même, et mon identité n’est pas que dans ma couleur de peau, elle est aussi dans mes héritages proches, une campagne française, Zola, Hugo, le Nôtre ou Mansart, Fauré ou Debussy, un magret de canard, Renoir ou Vigée Lebrun, Voltaire, ou Picasso bien qu’il soit espagnol, et parce que du coup je reconnais aussi Stravinski, Hokusai, l’art dogon, une mélodie persane ou l’architecture islamique pour ce qu’ils sont : les témoins de hautes cultures, d’une humanité splendide – pour combien de temps encore ? -, mais pas les produits d’une “humanitude” – quelle laideur – invertébrée et décérébrée que les dogmes modernistes veulent infliger à la terre tout entière. Tout cela, je l’ai dans ma peau. Blanche. Française.
On fait aujourd’hui comme nous venons de le voir, l’éloge exclusif et très politique des migrations humaines. Au service de quoi, de quelle illusion d’humanité qui enfonce le monde dans la guerre et la veulerie. L’école même s’emploie à ne transmettre que le seul dogme de la diversité. Nous savons que l’Homme est né en Afrique, s’est répandu sur toute la terre. Point final ? Une vérité fait ainsi place à une doctrine, elle devient fausse par la distorsion qu’on lui inflige. La rigueur de pensée bafouée, parfois par les scientifiques eux-mêmes, au service de la mauvaise foi conquérante. La diversification dans la nature s’est faite toujours par le biais de principes et de forces antagonistes et complémentaires à la fois, tous relevés par de grands esprits qui fondèrent les paradigmes de la connaissance. Le hasard et la nécessité ; le génétique et la pression environnementale. La contrainte et l’adaptation. Les migrations et les sédentarisations. La vérité et l’erreur. L’intelligence et la bêtise, tout concept est tenu de cohabiter avec son contraire ; le grand, le petit : le froid, le chaud. La bonne foi, la mauvaise foi… Développer dans l’esprit des gens, comme à l’école d’ailleurs, une vision de l’histoire humaine fondée de manière quasi exclusive sur les migrations, les interférences, les interactions, les interpénétrations, les mélanges, en évitant soigneusement un regard sur la stabilité des peuples, des nations, des particularismes, et donc d’inaliénables déterminants identitaires, confine à un déni de réalité, bien peu scientifique… Petit jeu auquel on se livre aujourd’hui jusqu’au cœur de l’école publique.
Les races n’existent plus ? Destituons Obama, nobélisé au saut du lit, avant d’avoir subi l’épreuve des faits, autant que Martin Luther King pour le seul usage qu’ils font du concept de société multiraciale. Bannissons tout mouvement ou toute expression liés plus ou moins explicitement à ce mot honni, à ce concept devenu par magie inexistant. Mais vous voyez bien que vous êtes obligés de le penser… Ne nommez plus jamais l’Afrique “continent noir”. Niez l’existence des Arabes, des asiatiques : et qu’un Bantou ne se prétende pas bantou, ne revendique pas, selon l’expression d’Aimé Césaire sa négritude, si un Français ne peut prétendre à sa “blanchitude”, pauvre Nougaro, cité par Dominique Stoppa-Lyonnet, qui n’a pas le sens du rythme, lui qui n’est que “ blanc de peau” ! Et enfin, les mots mêmes perdant toute légitimité à traduire quelque enracinement culturel, toute étymologie devenant honteuse, Klaus ne sera plus un prénom allemand, Pierre un prénom chrétien, Kadija un prénom arabe. Le Mont Blanc lui même devra avoir honte. Mais ces prénoms, hélas, ont une antériorité à jamais attachée à leur existence.
Nous remplacerons alors utilement les noms des gens par des numéros, comme il fut fait dans les camps. Ou bien un code barre, pourquoi pas ? Afin de “déculturer”, “déracialiser”, “désidentifier”, “dédiscriminer”, bref, de déshumaniser, un à un, chaque individu.
Eradiquer la langue. Beau projet auquel de notables énergies semblent être consacrées.
Yves Queyroux