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Chemnitz : autorités allemandes et journalistes salissent les manifestants

Les photos de néo-nazis montrant le salut d’Hitler ont fait le tour du monde

Voici ceux qui protestaient aussi à Chemnitz mardi. Ni tatouages, ni vestes de cuir. Seulement leur chagrin.

Chemnitz ou, pour faire plus simple, l’ensemble de la Saxe ayant pu profiter depuis le dernier week-end d’une véritable décharge verbale de la République et du monde entier, le rédacteur en chef du Chemnitz « Freie Presse », Torsten Kleditzsch, fait entendre un autre son de cloche. Pas entièrement différent mais, compte tenu de ceux qui nous sont précédemment parvenus, quasiment révolutionnaire.

Le fait qu’une personne soit morte et deux autres gravement blessées (sans oublier les centaines de morts laissés par l’envahisseur) n’intéresse personne ici. Mais les deux dernières minutes de l’interview diffusée sur Deutschlandfunk Kultur le mardi 28 août sont plus intéressantes. Vous pouvez sauter en toute confiance les absurdités mentionnées par deux femmes (mot-clé « contenance »). Kleditzsch, loin d’approuver les marches, les manifestations, etc., livre d’étonnantes révélations. Ne vous en faites pas, à Chemnitz les pierres sont encore l’une sur l’autre. Rien à voir avec les débordements du G20 à Hambourg.

Hier, Michael Kretschmer, Premier ministre de la Saxe, a convié à une réunion de conciliation.

Une minute de silence pour Daniel, le jeune papa lardé de coups de couteau.

Des néo-nazis ? Je ne vois que des gens recueillis, accablés par la situation insupportable qu’on leur impose.

Certains prennent la parole, expliquent la situation. « On ne fait pas entrer les renards dans le poulailler », dit l’un. Les méchants goupils représentant les demandeurs d’asile, les Allemands étant les poules, on l’a compris. Un autre, plus concret : « depuis trois ans, Chemnitz est en état de guerre à cause des réfugiés. »

Nous, les citoyens normaux, nous en avons assez, déclare une intervenante. « J’étais abasourdie de lire le journal ! Je suis une grand-mère, pas une raciste. » La violence est entrée ici avec les réfugiés. « Nous voulons la vérité. Assez de beaux discours ».
La suivante se présente, elle est infirmière. Elle remercie Kretschmer, il serait le seul politique à ne pas dénigrer les habitants de Chemnitz, à ne pas les traiter de nazis. Le lundi, elle participait à la manifestation, se trouvait au centre. « Il y avait des enseignants, des médecins, des parents, des apprentis, des jeunes, tous clamaient : on ne nous prendra pas notre ville ». Elle aussi accuse les médias de mensonges. « À aucun moment je n’ai eu peur. La police n’a jamais été dépassée. Mensonges. »

En ce qui concerne le « lynchage » de dimanche après-midi, « nous n’avions pas du tout cette impression ». La manifestation a certes provoqué quelques altercations avec les migrants, les policiers mais : « il s’agit de quelques cas isolés ». « Rien à voir avec une chasse aux sorcières. Rien n’a été passé sous silence, et certains incidents ont conduit à des arrestations. »

Si des termes comme « chasse aux sorcières » qui ont peut-être aidé à booster l’un ou l’autre blog à l’occasion, et que le gouvernement fédéral utilise même parfois dans ses déclarations, les gens sur le terrain, cependant, en ont une autre perception. Ces mensonges des médias ne contribuent pas à calmer la situation mais à encore réduire la confiance dans les médias établis.

Pogrom en Saxe?

Manuela Schwesig, Premier ministre de Mecklembourg-Poméranie occidentale, n’a pas le temps d’écouter la radio. Elle préfère parler elle-même et évoquer des « émeutes de type pogrom » . Un fort en Histoire, pourrait-il attirer l’attention de la brave dame totalement dépassée sur la monstruosité de ses déclarations ?

Wolfgang Thierse, ex-président du Bundestag, a apparemment des problèmes de perception passive – on ne s’intéresse plus vraiment à lui – il s’exprime néanmoins au sujet des événements de Chemnitz. Pas un mot sur le mort, sur les deux autres jeunes lardés de coups de couteau. Non, à propos des manifestations et d’elles seules ! Auparavant, il y aurait certes eu quelques « excès », déclare-t-il, « mais un tel déchaînement de violence, en plein centre d’une grande ville saxonne, avec une chasse aux personnes, juste parce qu’elles ont une apparence différente – c’est épouvantable. » Ces manifestations sont une « attaque contre notre État de droit et la démocratie libérale. « Et les citoyens mécontents qui sont en désaccord avec la politique des réfugiés, de l’État social et la politique des loyers, devraient savoir, lorsqu’ils participent à ces rassemblements, qu’ils participent à cette attaque. » Exactement, Monsieur l’ex-président du Bundestag !

Le public rassemblé autour de Kretschmer ne cesse d’insister sur un point : la seule chose importante, lance une femme, c’est que quelqu’un a été lâchement poignardé. Tout le reste n’est que futilité.
Personnellement, je n’ai qu’une attente : que nous soyons aussi courageux que les Est-Allemands et exprimions enfin notre dégoût, notre colère. Facile de critiquer en les regardant à la télé (juste le temps de prendre une bière dans le frigidaire), facile de les traiter de néo-nazis, nous qui sommes des moutons. J’espère qu’ils nous serviront d’exemple et que bientôt, nous nous rassemblerons pour crier notre exaspération. Il est grand temps.

Anne Schubert