Aux camarades Mélenchon et Corbière, qui rêvent d’éradiquer la France d’avant 1789

Publié le 3 juin 2015 - par - 269 vues
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VersaillesCamarade Mélenchon,

Camarade Corbières,

Les rois dont vous accusez le charmant, érudit et très inoffensif Stéphane Bern d’être la malfaisante créature, ont oeuvré durant près de quatorze siècles pour construire ce que manifestement vous rêvez de démolir à coups de certitudes imbéciles. Vous concernant, ces deux mots sont tout sauf un oxymore, vous l’aurez compris.

Ces hommes (et ces femmes ; pas mal d’entre elles, en fait, régnèrent) dont vous eussiez sans aucun doute apprécié de contempler les cadavres démembrés, décapités, brûlés, profanés, pulvérisés, furent de caractères et de tempéraments fort différents. Il y en eut ainsi de braves et de poltrons, de désinvoltes et d’obstinés, de magnifiques et de discrets, d’intelligents et de bornés, de sages et de fous. Les choses sont-elles vraiment différentes à la tête de nos partis politiques « modernes » ? Vous-mêmes, où donc vous placez-vous dans ce fourre-tout si basiquement humain ?

Les rois, donc. Durant tout ce temps, et quelles que fussent leurs capacités à gouverner, ils eurent en tête la constitution puis la défense donc la pérennité, à partir d’éléments plutôt disparates, d’un ensemble que l’on se plait encore, ici et là, à nommer selon l’humeur pays, nation, terroir, patrie. France. Ou cauchemar pour grand soir embourgeoisé jusqu’à l’os. Là, bien sûr, c’est de vos rêves agités dont qu’il s’agit.

Disert et heureux de partager notre royale et commune, que vous le vouliez ou non, saga, Bern nous raconte ce qui fut l’odyssée française pour l’essentiel de sa durée. De Clovis à Louis-Philippe, quatorze siècles, palsambleu, ce n’est pas rien ! Quel roman, quand en parallèle vos aimables frangins coraniques des déserts d’Arabie, des madrasas de Lahore, des harems d’Istanbul, des mosquées du 93 et des fosses communes de l’Etat Islamique n’ont pas changé une seule virgule du leur. C’est Dumas contre Boukhari, l’amour courtois contre le voile imposé, la liberté de créer, d’inventer, de souffrir et d’aimer contre la mille-deuxième nuit, celle qui, hantée par vous, referma pour toujours la boite à fantasmes orientaux.

Bern raconte l’Histoire dans ses justes proportions de temps. Votre pays, camarades, n’est pas né en 1789. J’irai même plus loin : Empires, Républiques, État, combien de morts violentes, en deux seuls petits siècles, comparées aux guerres d’avant la Convention ? J’ose : la Vendée de Westermann (qui se fit faire des abats-jour en peau de chouan, ça vous rappelle quelque chose ?) a tué en quelques semaines davantage de gens que mille quatre cents ans d’épopée monarchique. On parie ?

corbieremelenchonAlors, plutôt que d’accabler un hôte dont les manières sont aux vôtres ce que le trait de Fragonard est à celui d’Otto Dix, vous feriez mieux de vous occuper de la souffrance citoyenne étalée au bas des murailles de vos forteresses. Celle-là est d’aujourd’hui, et elle… Empire !

Finissons malgré tout sur une note souriante : les amours d’Henri IV, les complots des Valois, les poisons de Versailles et même la destinée tragi-comique du Général Boulanger, ça a une autre allure que la gâterie, au frais du contribuable, qui envoya ad patres le bien ordinaire Président Felix Faure. On a les modèles que l’on veut. Les vôtres font comme tout le monde ce qu’ils peuvent pour passionner les historiens. Je ne nie bien sûr pas leur intérêt. Permettez-moi cependant de préférer les états d’âme d’un François 1er tourmenté, défendant la France encerclée par Charles V, à ceux d’un Robespierre décrétant froidement la Terreur sur l’ensemble du territoire.

Alain Dubos

Écrivain-médecin

Prix Historia 2012

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