Avec ou sans islam, l’Europe est vouée à mourir… et peut-être à renaître

Publié le 8 juillet 2013 - par - 2 118 vues
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Hommage à Marcel de Corte (1905-1994)

 

Marcel de Corte

Marcel de Corte, philosophe belge de l’homme-masse

Quiconque a lu Philosophie des mœurs contemporaines de Marcel de Corte, ouvrage publié en 1944 en Belgique occupée, ne peut que faire le parallèle avec la situation actuelle. Ce traité consacré à l’homme-masse, où la filiation avec Ortega y Gasset est explicitement assumée par de fréquentes références au vieux maître espagnol, ne peut que dérouter, comme tous les traités de l’homme-masse, puisque, chaque fois, alors qu’on s’attend à une protestation tonitruante et démagogique contre un totalitarisme venu d’ailleurs, on se retrouve renvoyé à nos propres responsabilités. Le véritable ennemi n’est pas la force d’occupation, mais c’est, à chaque fois, nous-mêmes.

On trouve la même idée dans les ouvrages de Simone Weil, la jeune philosophe décédée en 1943, où l’homme-masse réapparaît sous une autre forme, équivalente, celle de l’homme déraciné. Le véritable envahisseur n’est pas horizontal, mais vertical ; le véritable barbare est la dégradation affligeante de ce que nous étions ; l’Europe meurt sous les coups d’un personnage parfaitement autochtone (on dirait aujourd’hui « souchien »), quoique nouveau, qui est l’homme-masse, figure de la plus cruelle bêtise et du plus profond aveuglement. L’homme-masse, ou le culte de la nouveauté pour la nouveauté. L’homme-masse, négation perpétuelle des traditions vivifiantes, insulte perpétuelle aux anciennes valeurs qui ont fait leurs preuves.

Les trois penseurs de la masse, Ortega y Gasset, Simone Weil et Marcel de Corte n’ont pourtant que très peu, ou pas, pensé l’immigration de remplacement, et encore moins la montée de l’islamisme sous la pression démographique des migrations ou des naissances… Entendons-nous bien : en cherchant finement dans leur œuvre, on y trouverait bien quelque chose ; on se souvient par exemple du fameux « magma islamique » d’Ortega y Gasset, que Marcel de Corte reprend d’ailleurs dans Philosophie des mœurs contemporaines. Simone Weil, quant à elle, s’interroge sur le colonialisme, qu’elle n’approuve pas, et dans lequel elle perçoit un signe supplémentaire du déclin occidental. Mais, quoiqu’il en soit, les questions, chères à Renaud Camus, du Grand Remplacement et du « changement de peuple » ne sont pas, en tant que telles (dans leur version contemporaine), traitées par les trois philosophes de la masse. Et pourtant – et la chose surprendra plus d’un lecteur – le grand remplacement et le changement de peuple existent bel et bien pour ces trois anciens penseurs : le grand remplacement, le changement de peuple, c’est avant tout, pour nos vieux penseurs, l’avènement totalitaire de l’homme-masse au XX° siècle, non que l’homme-masse n’existât point avant ce siècle, mais bien parce qu’il a été doté récemment d’un pouvoir surprenant, terrifiant, celui de gouverner en lieu et place des minorités excellentes, celui de supplanter l’aristocratie de l’effort, celui d’être, en définitive, le seul et unique cœur du politique. L’homme-masse, le « barbare vertical », a envahi l’occident, surtout l’Europe, et règne désormais en maître absolu. Les vraies élites existent bien toujours, mais vouées à la marginalité et aux persécutions de toutes sortes.

Sans (presque) jamais évoquer l’islam ou l’immigration, le Marcel de Corte de 1944 prévoit une authentique fin du monde occidental, avec des accents dramatiques que n’auraient point reniés les survivalistes d’aujourd’hui. Ce qu’il faut comprendre est que le seul avènement de l’homme-masse, la seule « décivilisation » pour parler comme Renaud Camus (la décivilisation, fondamentalement interne, autochtone, étant le concept actuel le plus proche de l’inspiration de nos vieux penseurs de l’homme-masse) suffirait à ruiner l’occident, quand bien même il n’y aurait ni immigration ni islamisation sur le sol européen. Le seul totalitarisme de l’homme-masse suffirait à plonger l’occident dans le fanatisme, le crime et l’ultra-violence, même si nos banlieues n’étaient peuplées que de sauvageons blonds aux yeux bleus.

Il ne faut jamais oublier que d’horribles massacres ont été commis dans le passé par des autochtones, notamment des adolescents fanatisés, sur d’autres autochtones. Les historiens objecteront que les « sociocides » de Mao ou Pol-Pot se mêlaient d’une dimension génocidaire et que la « lutte des classes » masquait souvent des campagnes de purification ethnique. Mais enfin, c’était chinois contre chinois, cambodgiens contre cambodgiens. L’Espagnol de Barcelone n’est peut-être pas le même que celui de Madrid, le chouan de Vendée se distingue peut-être du Parisien sans-culotte, mais enfin, tous étaient espagnols durant la guerre civile, tous étaient français pendant la Révolution.

L’impérialisme musulman, qui fit d’énorme dégâts en d’autres contrées, ne saurait expliquer la Révolution Culturelle ou encore la Terreur jacobine. Il ne s’agit pas ici, bien entendu, de plaider la cause de l’islam ; il s’agit simplement de reconnaître les maladies internes de notre civilisation, et de poser cette simple hypothèse de travail, qui paraîtra un peu métaphysique à certains mais qu’importe : si l’islam n’existait pas, si l’immigration elle-même était inenvisageable ne serait-ce que par l’effet d’impossibilités techniques diverses, l’Europe connaîtrait de toute manière, prochainement, une Troisième Guerre Mondiale, où se mélangerait des guerres civiles sanglantes et des conflits internationaux cruels. Cette hypothèse, du reste, n’a rien de personnel : les vieux penseurs de l’homme-masse considéraient les conflits du XX° siècle, ceux qu’ils avaient connus et vécus, comme de simples étapes dans un processus colossal et terrifiant de décivilisation absolue, processus terrifiant et pourtant chargé d’espoir. Marcel de Corte n’hésitait pas à écrire que la restauration des valeurs demanderaient peut-être des siècles, mais qu’elle adviendrait quand même… A la limite Ortega et Weil étaient un peu plus optimistes.

Marcel de Corte, concluait Philosophie des mœurs contemporaines par ces propos d’un style un peu lourd, mais d’un élégant mysticisme, où l’homme des valeurs retrouvées, le minoritaire, l’aristocrate véritable, était assimilé à une sorte de Christ.

 

« Nous sommes arrivés à un moment crucial. Voici naître le temps où l’homme n’a plus le choix qu’entre la mort et la vie, où la négation des valeurs, naguère triomphante, se termine au chaos, où en est cet abîme ténébreux, brille, vacillante, la frêle lumière que détiennent ceux qui, sans le savoir peut-être, les affirment encore. Voici les âges sombres où d’élever une famille, d’aimer son métier, de vénérer sa patrie, est une tâche surhumaine. L’homme d’élite est seul, cerné de barbares, accourus non comme au Moyen-Âge du fond de l’Orient, mais surgis à ses côtés du bouillonnement de la société rationaliste. Sur ses épaules affaissés, Dieu lui-même s’appuie de tout son poids. Tous les soucis de la terre et des cieux déferlent en son cœur, Il est écrasé par ce qu’il est, par ces richesses qu’il détient à lui seul, et qui sont sa vie. Voici naître le temps bienheureux où donner en abondance sera se délivrer d’un fardeau insupportable. »

 

Quelques pages auparavant, d’une manière plus prosaïque, Marcel de Corte, se rangeait, avant même que le concept en soit formé, du côté de ceux qu’on appelle aujourd’hui les survivalistes, non que le survivalisme soit, à lui seul, la solution (et dire cela serait encore une ratiocination toxique), mais parce qu’il contribue à ré-enraciner l’homme dans le concret, c’est-à-dire dans la vie, loin des concepts futiles et dangereux de l’État-providence rationaliste et de l’assistanat pour tous, soutenu par des abstractions fumeuses.

 

« Le chant de la nécessité, dont parle Nietzsche, commence à se faire entendre. L’homme ne peut plus compter paresseusement sur la collectivité ; il doit énergiquement être lui-même ; l’État qui lui paraissait la panacée de ses maux et le remède providentiel à ses défaillances parce qu’une symbiose parasitaire s’était établie entre eux, voici qu’il redevient ce qu’il a toujours été depuis que l’homo rationalis l’a créé à son image et à sa ressemblance (l’État le lui a bien rendu) : la ventouse qui dévitalise ; il ne peut plus rien lui donner, il ne peut que lui enlever ; le distributeur automatique de faveurs, de prébendes et de fonctions inutiles s’est transformé en faucheuse. En même temps, la dure étreinte de la réalité matérielle détourne l’homme des utopies, des faux idéals qui aimantaient jadis sa vie et sa pensée. A l’ordre logique planant dans les nuées se substitue dans d’étroits contours un ordre réel. Mieux vaut à tout prendre pour l’homme, et pour ses mœurs, de bien soigner ses poules et ses lapins, même dans un but égoïste, que de poursuivre « généreusement » d’impossibles chimères. »

Jacques Philarcheïn

Post-scriptum : Marcel de Corte a écrit sur l’islam en 1956 et 1964, notamment sur les liens islam-communisme. Voir sur le site bivouac-ID.

Ou encore sur L’Antidote : http://users.skynet.be/lantidote/ouvaislam.html et http://users.skynet.be/lantidote/nouvelislam.html

 

 

 

 

 

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