Ayaan Hirsi Ali persiste et signe dans une dénonciation sans concession de l'islam

Quand des Occidentaux bien intentionnés, soucieux de défendre le respect de la religion et de la culture des minorités, ignorent des pratiques comme celle du mariage forcé et du confinement afin d’ « empêcher la société de stigmatiser les musulmans », ils refusent à de nombreuses jeunes musulmanes le droit d’arracher de haute lutte leur liberté à la culture de leurs parents. Ils ne savent pas se montrer à la hauteur des idéaux et des valeurs de la société démocratique et ils nuisent à la minorité qu’ils cherchent à protéger.
 
C’est ainsi que Ayaan termine le onzième chapitre de son nouveau livre : Nomade (1).
couverture
Je trouve cette phrase tout à fait juste et à l’image de ce que nous constatons dans nos sociétés européennes, et en France en particulier, où l’encouragement à l’émancipation des femmes musulmanes qui avait prévalu et qui semblait effectif, jusque dans les années 90, s’est soudain figé, arrêté avec l’apparition d’un discours contre-productif, stérile pour leur liberté, on a coupé un élan prometteur !
Dans ce nouvel ouvrage, Ayaan poursuit courageusement son combat (2), continue de dénoncer les pesanteurs et l’archaïsme de l’islam qu’elle connaît bien. On retrouve, en partie, son histoire de petite fille qu’elle avait déjà développée dans Insoumise(3). Education de parfaite petite musulmane victime de violence partout, à la maison, à l’école coranique, avec ses camarades de classe, un témoignage pour signifier que l’islam elle le connaît de l’intérieur.
Insoumise
Rappelons, pour ceux qui l’ignoreraient que son ami, le cinéaste Théo Van Gogh, avec lequel elle avait réalisé un film dénonçant la violence de l’islam, fut assassiné aux Pays-Bas, où Ayaan était élue députée. Elle-même fut, et est toujours, menacée de mort. Bien que cela lui pèse, elle a pris son parti de sa vie « sous surveillance policière », elle croit en la cause qu’elle défend, jamais elle ne renoncera, c’est sans doute, de mon point de vue, une des femmes les plus courageuses du monde !
Ce qu’elle analyse plus particulièrement dans ce dernier ouvrage, ce sont les dégâts qui persistent, les destructions terribles de la personnalité des musulman(e)s, même pour ceux qui viennent vivre en Occident. Les nouveaux arrivants en pays occidentaux, elle a particulièrement suivi les Somaliens mais aussi d’autres communautés, gardent leurs habitudes,  claniques et religieuses, avec une pression terrible sur les petites filles et les femmes. On se déplace, on vient en occident, souvent pour les avantages sociaux,  mais rien ne change, l’enfermement persiste avec le même code rétrograde dit « de l’honneur ». Elle constate à l’intérieur de sa propre famille, et aussi de bien d’autres, l’incapacité de comprendre l’ouverture que ces familles pourraient trouver en occident, refusant même cette ouverture, sauf l’argent et les aides de toutes sortes, qu’elles envoient à la tribu restée au pays!
Entre les Pays Bas, l’Allemagne, la Grande Bretagne, les USA elle constate que partout des immigrés qui demandent asile gardent une haine farouche de la société occidentale impure dont ils  profitent. Une large facette du livre porte sur la responsabilité des occidentaux dans la perpétuation de ces anomalies culturelles et de l’importance qu’elles peuvent prendre à l’intérieur de nos sociétés. Avec le nombre grandissant de personnes issues de l’immigration qui vivent maintenant en Occident, la reproduction de la société d’origine devient une norme à l’intérieur de la modernité. Chaque fois, elle rappelle que ce sont les femmes qui en payent le plus lourd tribut, de plus,  en maintenant pour leurs enfants la même éducation clanique, elles vont poursuivre et vivifier les contraintes et les rites, on continue  la  pratique de l’excision des filles par exemple.
Je crois que la sujétion des femmes à l’intérieur de l’islam constitue le plus grand obstacle à l’intégration et au progrès des communautés musulmanes en Occident, écrit-elle.
Elle développe ensuite longuement  son action actuelle aux USA où elle a trouvé refuge.
Elle démonte le danger que l’islam, qui prétend être la religion à la plus forte croissance du monde, fait courir à nos sociétés. Elle fait des conférences partout, elle milite pour l’émancipation des femmes mais elle a une fonction de conseil aux USA. Les pouvoirs militaires souhaitaient être en mesure de distinguer les traditions inoffensives des nouvelles pratiques des musulmans politisés, afin de déceler où risquaient de couver des évènements susceptibles de mettre les intérêts américains en péril. Les analystes militaires s’intéressaient au processus qui radicalise des communautés entières au point qu’elles aideront, encourageront, soutiendront et abriteront des combattants du djihad .
Elle explique que l’on ne passe pas d’emblée d’un état à l’autre mais que la phase primordiale est la phase 1. Que ce qui compte, surtout, c’est la première étape et l’enseignement coranique: on vous éduque à vous soumettre et pas à poser des questions… si vous êtes musulman, depuis l’heure de votre naissance votre esprit est préparé…le stade qui précède cette radicalisation dans l’esprit musulman, cette étape où l’on enseigne l’islam « ordinaire » est très importante… elle prépare à l’arrivée de l’activité radicale…. L’islam se vend par tranches et c’est également vrai en Amérique. D’où la dangerosité des écoles  coraniques.
Elle propose des remèdes pour que cela change. D’abord les penseurs occidentaux doivent cesser d’attribuer aux apologistes de l’islam des chaires au sein des institutions les plus distinguées de l’enseignement supérieur. Elle critique, avec beaucoup de pertinence, tous ces sociologues, ethnologues et chercheurs qui font leur business de la justification  du maintien des immigrés dans leur Etat culturel basique, au lieu de promouvoir pour eux  des avancées vers la modernité, elle les juge dangereux et inconscients du mal qu’ils font, surtout vis à vis des femmes.
Ensuite il faut travailler à la mise en cause de l’islam.
A une réinterprétation édulcorée du Coran elle préfère une campagne d’éclaircissement. Elle déplore que les chercheurs universitaires laïcs et non musulmans qui se sont mis en devoir d’explorer la nature du Coran historique craignent pour leur vie, et soient obligés d’écrire sous des pseudos. Elle aimerait que les musulmans puissent s’ouvrir à l’idée que : « le Coran a en fait été écrit par un groupe d’hommes au cours des deux cents années qui ont suivi la mort de Mahomet, rien n’empêche alors que l’on ouvre le verrou «  lecture seule » du livre Saint. Si les musulmans osaient éventuellement comprendre qu’un livre saint était nécessaire pour justifier les conquêtes arabes, toutes les investigations et tous les changements culturels deviendraient possibles».
Elle écrit à ce propos: Le Dieu des fondamentalistes est tout- puissant; il a dicté le Coran, et nous devons vivre ainsi que vivait le Prophète. C’est là une posture claire. Les théologiens occidentaux sont pris au piège de la confusion  parce qu’ils veulent soutenir que le Prophète était un être humain parfait… et que toutes les injonctions -tuer les infidèles…tuer les homosexuels… condamner les juifs etc-….ne sont que de mystérieuses erreurs de traduction.
 
Elle aimerait que la critique de la religion qui s’est faite au XVIII ème siècle en occident et qui a conduit au siècle des Lumières puisse se faire aussi pour l’islam et sans risques pour ceux qui vont la conduire, mais elle sait que pour que cette évolution naisse en occident, il  a fallu du temps et que nombre d’hommes et de femmes y ont laissé leur vie.
Au-delà du témoignage d’une vie engagée, Ayaan rapporte les exactions commises  en occident au nom des convictions musulmanes,  des exemples  précis, des meurtres commis à l’intérieur des familles, sur des jeunes filles musulmanes, ou contre d’autres personnes. Elle analyse par exemple les similitudes entre Mohammed Bouyeri assassin de Théo Van Gogh aux Pays -Bas et Nidal Malik Hassan, psychiatre musulman, incorporé dans l’armée américaine qui tua 13 soldats sur une base américaine, précisant que ces deux hommes n’étaient pas entrés en contact avec l’islam radical dans un pays musulman, mais bien en occident. Ils avaient tout deux fini par haïr leur nation d’accueil, au point de vouloir tuer leurs concitoyens. En juin 2007, comment un homme, né en Ecosse, ayant fait des études de médecine, a-t-il pu envisager au nom de l’islam de faire sauter un aéroport avec toutes ces femmes et ces enfants? Pour Ayaan, une partie de la réponse tient au refus obstiné des Occidentaux d’admettre qu’il existe un choc des civilisations entre l’ouest et le reste du monde, en particulier entre l’islam et l’Occident. Elle rappelle que dès les années 1990 des prédicateurs musulmans, formés à l’islam radical en Arabie Saoudite,  faisaient du porte à porte dans les cités de Leeds, Lille et du Limbourg. Cette période correspond pour nous, Français, au début de l’offensive du voile à l’école.
 Est-ce que les bouleversements que connaît le monde arabo-musulman aujourd’hui, vont bousculer l’islam, l’obliger à se remettre en question ou au contraire le conforter ?  Est-ce que ce bouillonnement conduira à l’ouverture  des esprits et à la  contestation  du Coran qu’elle appelle de ses vœux ?  Les laïcs l’emporteront-ils sur les intégristes frères musulmans, ou au contraire verra-t-on une réaffirmation des postures les plus intégristes approuvées par les peuples ? La référence  de ces pays à l’exemple turc, dont le journal Marianne (4)vient de souligner l’évidence de la poussée islamiste du pouvoir Erdogan, doit nous inquiéter, les récents évènements contre les Coptes d’Egypte aussi (5).
A toutes ces questions que nous nous posons, Ayaan a répondu dans un article du Monde (6): Non, le monde arabe n’est pas l’Europe de l’est en 1989.
Chantal Crabère
(1)  Nomade. De l’islam à l’occident, un itinéraire personnel et politique. Editions Robert Laffont. A lire absolument!
(2) Elle a crée en 2008 une fondation AHA, organisme caritatif qui contribue à la protection et à la défense des droits des femmes.
www.theahafoundation.org
(3)  Insoumise collection Pocket.
(4) Marianne N°732 du 30 avril  article de Martine Gozlan : L’islamisme « modéré » devient autoritaire.

(6) www.lemonde.fr/…/premieres-lecons-des-revolutions-arabes_1478328_3232.html

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